‹ Les choses qui s'en vont [microforme]Chapitre 4 sur 5 · EE · texte numérisé non relu

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Pendant ce temps-là, les gornouilles et les Wawarons s’en donnaient dans la mare, au bout du grand jardin. Ce concert semblait s’éterniser uniquement pour préparer le sommeil qui ne tardait pas à venir clôre la journée laborieuse et refaire les forces pour recommencer le lendemain.

Dans ce temps-là, les gens de la ville ne dédaignaient pas de venir donner #n Coup de main aux travaux des champs:

on ÿ a vu des écrivains, des avocats, des universitaires et même des demoiselles très-bien. On y a vu particulièrement des écoliers du séminaire, venus après la distribut‘ n des prix, avec plus de médailles que de santé: un teint de clair de lune, des doigts de pianiste et un appétit de moineau. Il est vrai qu’ils retournaient après les vacances, avec des têtes d'Iroquois, des mains qu’on aurait prises pour des harts de liard, üne faim de bûcheux, et parfois étout, les hardes en aiguillettes. Mais ils-avaient aussi du sang plein les joues, de la joie plein les yeux, du courage plein le coeur pour retourner aux

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oasis ratraîchissantes de les thèmes grecs. Si je ne me trompe, nous ne pouvions guère leur donner plus pour les rendre heureux.

J’allais émettre le souhait que les colonies de vacances utilisent — dans le double but d’affermir leur santé et de prêter secours aux agriculteurs — l’acti- .vité des enfants qu’elles groupent chaque été pour les faire canoter en attendant qu’ils se noient. Mais j'oubliais que les dites colonies de vacances ont été créées chez nous, depuis que... nous ne faisons plus les foins à la petite faux, absolument comme si ceci devait remplacer cela. Avec les fauclieuses, les enfants seraient d’ailleurs ruisibles aux champs, lorsqu'ils ne seraient pas en danger; car la radieuse machine leur couperait un membre avec la même sérénité qu’elle fauche la mortelle ou les verges d'or.

Dites ce que vous voudrez, les enfants auront beau jouer à la balle, au golf, au tennis, et faire de la gymnastique sous la direction des professeurs les mieux di-

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plômés, il leur manquera toujours — et vous saurez me le dire — les saines fatigues du travail dans l'air pur des champs, avec l’odeur des foins coupés.

Oh! l’odeur des foins coupés, Ça ferait .

revenir un mort...

La laiterie

OUS avez entendu dire des merveilles, je gagerais, de l’étonnante machine à tirer les vaches! Alors, si vous avez de la jarnigoine pour deux sous, vous vous êtes dit:

Pauvres vaches! Oui, pauvres vaches, va! quoique ce ne soit pas de mes affaires

ni rien en toûte, j'aimerais presque autant les voir tirer... avec un fusil. Parce qu’elles vont dans les pacages couper l'herbe, on les prend pour des faucheuses ; “on leur amarre sur le dos des courroies sous lesquelles on cache traîtreusement des fils qui conduisent l'électricité; puis l’on pompe, sans autres cérémonies, le lait, qui passe de la vache dans le célèbre : bidon, et: “Marche donc, Fann”! Le lait, la crème et le beurre sont vendus: rien de mieux. En revenant de mener le lait à la Beurrerie, on achète de la graisse en chaudière pour faire cuire les crêpes, et

du thé qui remplacera le lait que l’on buvait avec. Puis, on marchande une carriole neuve pour remplacer le borlot.

“Autre temps, autres moeurs”, dit-on, pour dire quelque chose. Au temps des crinolines — pour déterminer une époque fameuse de l’histoire — la femme du cultivateur était beaucoup plus fière de sa laiterie que de ses cerceaux encombrants, tout en se trouvant parfaitement à l'aise dans les deux. La laiterie avait pourtant toutes £es prédilections; c'était pour elle un licu de délices, et pour toute la maïisornée, une mine de richesses. C'était le trésor auquel elle était heureuse de recourir aux heures de joie intime où elle devait exercer cette large et chaleureuse:

hospitalité qui a acquis au peuple canadien en général et à la Canadienne en particulier un renom qui ne manque pas degloire. | Chez nous, nous savons nous conformer à la politesse conventionnelle des visites d’étiquette: notre franchise et notre cordialité ne s’en contenteront jamais, parce qu'elles nous semblent l'invention habile

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d’une politique et d'une amitié menteuses.

Le Canadien bien recevant, dont “le coeur a des raisons que la raison ne comprend pas”, jouira délicieusement autant que modestement, il exultera de pouvoir mettre, par l’abondance dar: -»s agapes fraternelles, comme un cache. de générosité et de grandeur aux expressions si simples mais toujours si vraies de son affection.

Je parle ici des snacks qui, il faut l'espérer, seront une des choses qui demeureront ; mais j’appuie spécialement sur ces politesses que la Canadienne sait offrir — les Anglais nous les ont volées pour en faire leur five o’clock — et que nous désignons ainsi, probablement parce que le besoin encore moins que les convenances ne les exige et que, précisément à cause de cela, elles expriment mieux les sentiments qui sont au fond de l’âme canadienne, faite toute de désintéressement et d’amabilité.

Choisissons un exemple entre mille. S'il ressoudait de la visite à la Grite — disons que cette femme d’habitant s'appelle ainsi — qu’Angèle la voisine vint en relevée avec son tricotage; ou bien que les filles

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à Karie vinssent passer l’après-midi pour écharpiller la laine; comme elle était joyeuse de courir à la laiterie et de pouvoir leur offrir un verre de lait avec une tranche de galette. à l’anis. Sans doute, la Grite, comme toute Canadienne qui se respecte — je rappelle que nous sommes au temps des crinolines — avait toujours du sirop de vinaigre de côté: c'était surtout pour le temps des fêtes et les étrangers. Lorsque Monsieur le Curé passait dans la paroïsse, avec le marguillier-encharge pour la quête de l'Enfant Jésus, la Grite ne manquait pas d’en sortir un flacon de l'armoire blanche du fond, et d’en offrir au vénéré visiteur, avec, dans :

une de ses belles assiettes bleues, des biscuits secs, qui fondaient dans la bouche. | Mais le laït ne perdait pas ses privilèges pour cela, surtout pendant l'été. Les soirs, qu’il vint des veilleux ou non, un.

petit réveillon n’était pas de refus. Dans.

un saut la Grite était à sa laiterie et revé-. nait avec du lait du matin-et des petites tartes qui n’attendaient pas le premier de mai pour déménager. Et puis encore, tous :

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les jours, après l’école, les enfants deman-

-. daient à manger une bouchée avant d’aller,

l’un couper des rondins, l’autre cri les vaches et les taurailles dans les fardoches,

au-dessus de la ligne et quelquefois jusque”

dans la pelée, La Grite leur cassait du pain dans une bolée de lait et ils man- £gvaient ensemble sur les marches de l’escalier, en se branlant les jambes. -

Je ne parle pas des repas, où il y avait ‘toujours du lait doux avec sa crème; des cailles avec une bonne couche de sucre du

. pays haché fin — ce qui n’est pas indif-

férent. Parfois aussi, les cailles deve-

naient du lait égoutté lequel avec des

framboises et de la crème, n’est pas piqué des vers; j'en ai connu qui s’en léchaient les barbes. Je ne parle pas du beurre, de

. la crème et du lait qui enrichissaient les

- ‘pâtisseries, car tout cela et tout ce que j'ai

dit est compris dans les richesses qu’offrait la laiterie; et j’en passe, allez!

Nos grands-pères, qui pensaient moins souvent à en faire montre, avaient autant

= d'esprit et de sens pratique que nous.

= Déjà, les soins qu’ils apportaient à choisir

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