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Les choses voient; roman

Ce livre, commencé près de toi, dans la joie, dans la lumière, s^ achève encore près de toi; mais la joie s' est évanouie et la lumière est cachée.

Au début, je ne voulais que demander aux choses le secret du souvenir qu elles portent en elles : je les interrogeais sans respect, comme un enfant démonte un jouet. Tu souriais; mais tes yeux, tes pauvres yeux, déjà savaient quelle réponse allait venir.

Aujourd'hui^ que m'importent les choses! Pour te retrouver, j^ ai besoin de baisser les paupières; pour f entendre, d'écouter le silence. Je sais aussi mon illusion : les choses meurent, les êtres vivent... Tun'es pas morte.

Tu vis toujours. Tu agis. Tu conseilles. Tu pré^ serves. Si tu as cessé d'être visible, ce iiest pas que tu sois partie, c'est que je suis aveugle.

Il IN MEMORIAM

Combien de foisdéjà^ croyant toucher la muraille^ me suis-je étonné d'en trouver le contact si doux? C'était toi qui me serrais dans tes bras m,aternels : hélas! quand j'ai compris, fêtais revenu au centre de la pièce vide,..

Mais y a-t-il des pièces vides ?

Celle-ci, où tu vécus et où je vis, n*a point changé. Comme une cassolette fumante, chaque objet familier y exhale ta mémoire. L'écho de ta voix agite encore les rideaux que tu as brodés. Ton amour est le vrai parfum des roses et des œillets qui fleurissent ta place préférée. Je te sens là, présente divinement, délicieusement. Les objets pourraient être détruits, les rideaux enlevés, les fleurs fanées, r aveugle que je suis t'y sentirait quand même!

0 mère! je te bénis d'être restée; je te bénis pour la douceur dont tu enveloppas l'heure amère, pour les années adorables qui ne sont plus., surtout pour les années qui viennent, si solitaires en apparence et si pleines de toi!

Tandis que je t'ocre ce livre, tu es penchée vers moi. Tu souris de nouveau. Ceci n'est toujours qu'un jouet : l'enfant qui s'en sépare a les yeux pleins de larmes, inais les tiens — les pauvres tiens disparus — 7ne donnent la réponse : je serai consolé.

27 février 1911.

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