‹ Les choses voient; romanChapitre 2 sur 7 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

C'était une maison d'aspect honnête, parcimonieux et cossu, une de ces maisons de province en pierre de taille qui semblent, comme les objets qu'elles abritent, avoir été longtemps gardées dans un papier soigneusement ficelé.

Il devait y avoir cent cinquante ans, à peu prës, qu'elle était installée là et que de ses cinq fenêtres, trois au premier et deux au rez-de-chaussée, elle regardait les boules absurdes dont Sambin a coiffé Safnt-Michel.

Un siècle et demi n'est rien pour une maison. Celle-ci n'avait donc pas de rides et pas de style. Elle n'était pas un hôtel, car sa porte ne possédait qu'un battant. Ce n'était pas non plus un de ces immeubles qu'on loue en partie et qui servent, tant bien que mal, à parfaire l'équilibre budgétaire de

LES CHOSES YOIENT

qui les possëde : non, elle était d'un seul tenant, très bourgeoise. Rien qu'à l'apercevoir, enserrée entre le long hôtel de La Breton nière et l'hôtel de Chavaines, on sentait que pour avoir pris, fût-ce un si petit espace, en ce coin aristocratique du vieux Dijon, ses habitants avaient appartenu au tiers surélevé, parlementaire ou basochard.

Elle en avait gardé un air de fierté. Elle paraissait dire : « Regardez-moi : je n'ai pas de lignes somptueuses, je suis incommode, j'ai poussé sur un terrain allongé qu'on a utilisé avec difficultés; du moins, je fais honneur à mes relations. »

A mesure que le temps avait passé, d'ailleurs, ces relations s'étaient dispersées. On ne sait trop aujourd'hui où ont échoué les Bretonni^re. Quant aux Chavaines, ils cachent à Paris le regret de leur fortune dissipée. Les êtres ont la mobilité et l'éphémère durée des vagues : seules, les choses qui leur ont servi de témoins sont comme la mer et demeurent immuables.

Les maisons, de même que les hommes, ont un

visage.

Le visage de celle-ci était étroit et correct. C'était un visage de bon ton, buriné par les mœurs régulières.

Il reste encore en province de vieilles dames qui donnent l'impression d'être attachées au monde, tout en traversant la vie avec des pas de couvent; semblablement, le voisinage des Bretonnière et des Chavaines avaient bien pu donner à la maison un air mondain : cependant son âme véritable était rivée à l'ombre de Saint-Michel.

A peine si, le matin, la maison échappait à cette ombre.

Des dix heures, celle-ci, trottinant à petits pas, avançait vers la place. Lentement, elle déjeunait avec les bancs qui entourent le bassin et le pré d'herbes qui pousse entre les pavés. Puis, elle faisait un saut brusque sur le trottoir et, tout d'un coup, avalait la façade. Elle demeurait là jusqu'à quatre heures-; après quoi, au lieu de repartir, elle s'évaporait; et, comme de l'humidité restait ensuite sur les pierres, on pouvait croire que chacune d'elle^^pleurait son départ.

Toute la journée aussi, les cloches sonnaient.

Ce n'était pas seulement pour les fêtes, les angélus ou les messes. Il ne pouvait survenir un événement sérieux dans la ville, qu'elles ne le criassent par-dessus les toits avec une force à briser les vitres. Noces, enterrements, baptêmes, elles annonçaient tout avec une égale certitude que de tels changements survenant dans la bonne société avaient le devoir d'intéresser la ville.

Chaque fois, la maison prenait sa part de ces excellentes nouvelles. Même, à force d'écouter, elle avait appris à les redire. A chaque coup, les châssis de ses fenêtres répondaient par ua sourd grésillement. Quand le bourdon entrait en branle, la porte, elle-même, daignait s'agiter. Quelle que fût la sonnerie, les cordes tendues au galetas pour sécher le linge se mettaient à danser.

Ainsi il apparaissait que la maison n'était pas seulement l'abri de gens qui se respectent, mais gardait encore la mémoire d'une société perdue.

Elle semblait toujours attendre qu'on l'interrogeât pour fixer des généalogies. Elle pouvait décréter que celui-ci était du monde et tel autre, pas. Elle était mieux que distinguée : elle inspirait du respect et résumait des traditions.

A l'intérieur, sa disposition était singulière.

Un escalier de pierre installé au milieu la dévorait presque en entier. Il passait, au premier, entre un énorme salon éclairé par trois fenêtres qui donnaient sur la place et une chambre à peu près aussi vaste. Au rez-de-chaussée, mêmes dispositions, mais avec des dimensions moindres, à cause du couloir d'accès. Le second était formé par un grenier unique, haut comme une salle de chapitre. Un petit corps de logis installé au fond de la cour et relié au précédent par une série de pièces étroites complétait les communs. Cette cour enfin n'était qu'un puits oblong, limité, en guise de margelle, par les trois bâtiments et un mur nu d'égale hauteur.

Dès qu'on entrait, l'air de grandeur s'évanouissait. Gela paraissait uniquement triste, quoique toujours convenable. Les ouvertures étroites, les enduits verdissants, les pièces en enfilade, l'absence totale de confort, tout affirmait des habitudes de vie étroite et l'obligation de réparer les heures d'apparat par une économie de fourmi. Le résultat d'un tel système est d'ailleurs évident. Depuis sa construction, les maîtres de la maison s'y étaient succédé suivant des hasards de lignée, mais chaque fois par droit d'héritage. Sur la place Saint-Michel, on ne trouvait donc plus que les cloches et ce lieu

Singulier qui eussent le droit de se reconnaître comme n'ayant pas changé. Le temps aidant, la parvenue s'était transformée en aïeule authentique et/, seule, survivait aux ruines d'alentour.

Or, ce mercredi 21 septembre, la façade se ferma et prit un air de morte. Le lendemain, vers huit heures, un homme approcha d'elle à pas tranquilles. Une échelle légère sur l'épaule, un seau à la main, une sacoche en bandouhère, il parcourut des yeux avec une grande attention l'appareillage des pierres et, n'y apercevant pas la place lisse qu'il cherchait, haussa les épaulés d'un air mécontent.

Il déposa ensuite son échelle, prit un pinceau, et l'ayant trempé dans le seau, semit^à badigeonner avec soin le montant de la porte. Quand la paroi lui parut suffisamment humide et même un peu plus, il prit dans sa sacoche un placard rouge, l'appliqua de son mieux à grands coups de brosse, et s'en alla.

Ce fut toiit. La maison était à vendre : désormais elle n'était plus la Maison,

Peu de monde s'en aperçut. A Dijon comme ailleurs, il s'est fait une prodigieuse levée d'êtres sans traditions et n'ayant d'attache pour aucun sol.

Durant près d'un mois, le placard, tel un soufflet, marqua de rouge la porte close.

Puis, un soir, deux messieurs vinrent.

L'un d'eux tira de sa poche une clé, la fît jouer avec peine dans la serrure, et, s'inclinanl, dit avec une politesse obséquieuse :

— Entrez chez vous. Monsieur.

L'autre dit :

— Après vous, mon cher Maître.

C'était M' Cornet, notaire, pilotant M. Weissgemuth, propriétaire de la maison depuis le matin. Ils venaient de concert la visiter.

Avez-vous constaté qu'il est impossible de pénétrer dans une maison inhabitée sans que chacun des pas y provoque un écho? Il semble que les choses, faites au silence, se révoltent contre Timportun qui les dérange. Plus tard seulement, beaucoup plus tard, elles s'habituent à de nouvelles présences coutumiëres...

Dès l'entrée, les murs, qui ne voient pas, mais entendent, répercutèrent les pas des arrivants.

Deux pas, d'ailleurs, très différents. Celui de M* Cornet, notaire, était menu, sautillant, pressé; un pas de moineau en quête de la becquée. 11 était rimage exacte de son possesseur, petit homme avec de gros mollets, une tête en boule et des yeux en vrille. Celui de M. Weis: goiiiulb, au contraire, s'appliquait sur le sol avec ua tlac sonore. Il avait l'air de prendre possession de tout ce qu'il touchait et, à cause de cela, s'eilorçait d'en touclier le plus qu'il pouvait.

M* Cornet reprit :

— J'estime qu'une belle vente, bien annoncée, sera, quoi que vous imaginiez, le mode le plus avantfi^eux.

M. Weissgemutb répliqua :

— Je préférerais deux parts : les meubles courants que Ton vendrait ici, les autres dont je me

déferais à Paris. On n'imagine pas la valeur que prend, à Paris, une vraie vieille chose, même abîmée...

Mieux à portée que les murs et plus sonore, l'escalier s'efforçait à son tour de reproduire cette conversation : mais les voix encore étaient trop différentes. M" Cornet parlait net, se cantonnant dans le rep^istre supérieur. Ses mots avaient le goût d'un bonbon acidulé ; on pouvait croire qu'il les croquait, et l'escalier les répétait sans peine. En revanche, la phrase de M. Weissgemuth s'étalait comme un caramel chaud ; elle collait aux marches et celles-ci, malgré leur bonne volonté, ne parvenaient pas à la renvoyer intacte.

M. Weissgemuth conclut :

— Quand nous aurons reconnu le mobilier, nous déciderons du moyen de nous en débarrasser le plus avantageux.

Il ajouta :

— Par principe, je suis de mon temps. Je n'aima que le neuf.

A ce moment précis, il pénétrait au salon et crut percevoir un léger murmure. Avant même d'être dégarni, celui-ci sonnait comme unn pi^ce vide. Mais déjà M* Cornet avait couru vers la croisée, l'ouvrait triomphalement :

— Regardez !

Il y eut un court silence.

Autour de Ja piëce, les meubles soi^^neusement alignés venaient de sortir de la pénombre avec l'air bourru de gens qu'on dérange dans leur sommeil. On aurait encore pu les prendre pour des

darnes distinguées qui, voyant apparaître dans leur cercle un monsieur mal élevé, se demandent : « Qui sont ces gens-là ? »

Planté au milieu d'eux, les sourcils froncés, M. Weissgemuth se demandait aussi : « Qu'est-ce que cela? »

En effet, il n'apercevait aucune de ces vieilles choses, même abîmées, qu'il s'était fait une fête d'écouler à Paris. Tout ici était vieux, évidemment, mais pas assez. Point de crédences ; aucun bois sculpté; rien que des fauteuils et des chaises en acajou, recouverts d'un velours uni couleur ponceau, tels qu'on les aimait en 1827.

— Hé bien? interrogea M* Cornet.

— Le reste est-il du même tonneau? répondit amèrement M. Wessgemuth.

— Peste ! s'écria M^ Cornet, vous êtes difficile î Ils sont pourtant, comme la maison elle-même, en excellent état.

— Continuons, fît M. Weissgemuth d'une voix sourde, nous verrons bien...

M® Cornet referma les volets. Ils parcoururent la grande chambre, les petites pièces qui font suite du côté de la cour, descendirent à la cuisine, arrivèrent enfin à la salle à manger. Partout le môme murmure les accueillait à l'entrée.

M. WeissgeiTiuth, définitivement édifié, repassa en imagination les pendules qu'il avait aperçues. Elles étaient plutôt de 1845, et représentaient soit des bergères gothiques assises au pied d'une croix dressée sur un rocher, soit des dames, également gothiques, et caressant leur lévrier. Il frappa

ensuite le sol avec sa canne, et parce qu'il avait pour habitude de chiffrer ses impressions :

— Agréable surprise ! le tout ne vaut pas trois cents francs.

Bien qu'il n'accusât pas précisément M^ Cornet de ravoir trompé, celui-ci piqué se redressa de toute la hauteur de sa courte taille :

— Les souvenirs aussi ont leur valeur, répliquat-il sèchement, et cette maison en est pleine.

Peut-être parce qu'une bouffée arrivait de la cour au même instant, il sembla que la poussière dansait.

M. Weissgemuth haussa les épaules.

— Quels souvenirs?... historiques?...

M* Cornet ne répondant pas, il reprit :

— Allons ! les gens qui habitaient ici étaient de pauvres gens !

M* Cornet continuait de rester silencieux.

— Vous les avez connus... naturellement?

— Clients de l'étude, depuis...

Cette fois M® Cornet hésita légèrement avant de forcer la note.

— ... depuis deux siècles.

— Ruinés? poursuivitimpitoyablementM. Weissgemulh.

— Je ne le crois pas, soupira M® Cornet.

M. Weissgemuth sourit, réconforté soudain par une combinaison nouvelle.

— Soit ! fît-il avec un geste coupant, on vendra tout, mais aux enchères et sur la place publique.

Si ces gens, en effet, pouvaient payer, ils n'hésiteraient pas à racheter en bloc leurs souve-

nirs de famille, plutôt que de les voir dispersés de la sorte avec ignominie.

M* Cornet s'assit délibérément sur une chaise, non sans avoir au préalable soufflé dessus pour éviter de salir son pantalon.

— Vous aurez tort, dit-il simplement.

— Pourquoi ? Serait-ce parce que vous toucherez moins?

— Vous aurez tort, répéta M*" Cornet.

Il promena sou regard sur le plafond et reprit après une courte pause :

— Quand on est nouveau venu, à Dijon ou ailleurs, il vaut mieux s'abstenir de certains gestes qui prêtent à interprétation discourtoise.

— Je ne saisis pas, dit M. Wcissgemuth avec sécheresse.

— Pourquoi le nierais-je ? poursuivait i\P Cornet : je ne puis me défendre d'un certain attendrissement à la pensée que ces meubles ont vu vivre une famille qui n'était pas, quoi que vous en auguriez, la première venue. De même, quand je vois un vieux Ut, je me demande quelquefois avec émotion qui y est né et qui y est mort... Savez-vous bien, «lonsieur, que si cette table pouvait répéter quelques-uns des propos qui se tinrent devant elle, nous serions peut-être stupéfaits? Oh! ce qu'elle dirait, évidemment, n'aurait rien de tragique ! Elle n'a jamais dû écouter que de braves gens, très méticuleux au point de vue de Thonneur et de la dépense, et qui étaient, comme ces meubles, inconfortables, mais solidement posés sur leurs pieds...

M. Weissg-emuth, énervé par cette éloquence inattendue, interrompit :

— ... A moins que, pour ne pas faire exception, ils n'aient été de parfaits misérables !

— Allons donc î Tout ici crie la vie saine, les traditions saines comme elle. Ne pas le voir est une folie, de môme que juger le passé avec nos idées du présent. Tandis queTun ne s'alimente plus que de spéculations et de fièvre, Tautre était embaumé dans son immobilité vertueuse. Vous-même, d'ailleurs, ne croyez pas à ce que vous dites, car en achetant la maison, c'était un peu sa réputation que vous comptiez acquérir!... Des lors, à votre place, croyez-moi, je ne vendrais rien. Tant pis pour mes honoraires! Je ferais monter au grenier.. A propos, nous ne l'avons pas visité!

— Inutile...

— Je mettrais donc au s^renier qui est très vaste le plus gros du paquet. J'utiliserais le reste pour garnir les débarras, et je respecterais tout entière l'odeur de vertu que fleure la maison.

M. Weissgemuth haussa les épaules :

— Mille regrets ! On vendra la vertu sur la place seul moyen de savoir au juste ce qu'elle vaut.

— Sans compter, continuait M" Cornet tenace, que tout Dijon les connaît, ces meubles ! et les reconnaîtra. Ah ! si ce n'étaient que des reliques de morts ou de disparus ! ou encore, si on pouvait les écouler à la nuit, sans tapage... Mais des vivants sont ià, qui les ont aperçus depuis leur enfance, qui les aiment peut-être... Et tenez, moi-même, presque à cette place, je me souviens d'avoir un

certain soir causé pour la première fois avec une femme qui, plus tard...

Les cloches de Saint-Michel, qui commençaient de sonner au même instant, couvrirent la fin de la phrase.

— Il y a de quoi gag-ner la migraine ! fit M. Weissgemuth, exaspéré à la pensée de renoncer à sa combinaison. Est-ce qu'elles font toujours autant de bruit?

— ; Je ne le crois pas; cependant, on est si près deTéglise...

— Sortons : nous n'avons plus rien à faire ici. Déjà M. Weissgemuih gagnait le corridor d'entrée. M' Cornet se leva pour le suivre.

— Alors, votre décision?

Mais la réponse ne lui parvint pas, car la porte de la salle à manger venait de se fermer violemment. Ce fut au tour de la porte d'entrée de battre ensuite avec un grand coup sourd. Les intrus étaient repartis...

Alors un silence inaccoutumé écrasa la maison. C'était un silence tel que Tombre même, en cheminant, l'aurait troublé. Il semblait que les choses immobiles fussent devenues plus immobiles que de coutume. En vain les cloches amies continuaient au dehors de sonner à la volée, pour la première fois depuis qu'elle existait, la maison ne répondait plus.

Cela dura cinq minutes peut-être : le temps nécessaire pour que la porte d'entrée, qui avait mis un véritable emportement à chasser M* Cornet et son compagnon, cessât de trembler.

Puis UQ bruissement à peine perceptible commença.

Ce n'était rien que l'attouchement léger d'un peu d'air qui rase les murs, le trottis d'une goutte qui descend Tescalier par le limon : moins encore, un souffle dans les serrures comme au fond d'un coquillage, de la poussière qui s'agitait sans marcher...

Aucune oreille humaine n'aurait perçu cet impalpable : pourtant cela sourdait partout, dans chaque pièce, sous chaque siège, le long des plinthes, autour des fenêtres refermées, au pied des cheminées. De la girouette aux poutres de la cave, tout reprenait vie.

Le bruissement grossit. D'où venait-il ? Est-ce qu'on sait? Cette fois, c'étaient les paravents qui, s'agitant devant le foyer, avaient l'air de respirer. Dans le corridor, l'air venu par le vasistas faisait : « Psst ! psst ! » Il sifflait aussi au pied des croisées mal jointes, faisait frissonner les vitres, retroussait le volant des housses. Les parquets crissaient, rongés par d'invisibles tarets. Les murs tremblaient tout bas.

Tout à coup, une pincette, probablement mal Temise en équilibre par M' Cornet, tomba sur le marbre du garde-feu.

Aussitôt, ce fut un branle-bas. Éveillées à une vie inconnue, toutes les choses s'ellaraieut. Des voix soufflèrent :

— Êtes-vous folle ?

— Qu'est-ce qu'il ya?

•— Pourquoi cette crise?

Une chaise leva son dossier avec mépris :

— C'est bien la peine de se vanter de n'avoir que deux pieds, quand on ne peut rester d'aplomb !

La pendule placée sur la cheminée fit : « Crrr... » comme pour sonner l'heure.

Un petit nuage de poussière accourut auprès de la pincette :

— Après tout, vous serez mieux, étendue ainsi. Le tabouret, auquel ce grand bruit avait fait si

pour qu'il en avait sauté sur ses quatre pieds, répliqua d'un air agacé :

— Il s'agit bien de cette pécore ! Avez-vous entendu la nouvelle? Ils veulent nous vendre sur la place !

Le mot vola :

— Nous vendre !.., nous vendre î...

Nul doute que le vent ne le portât d'étag'e en étage. Subitement, pareille à un violon, la maison résonnaitjusqu'au faîte. Tout parlait.

— Oui, c'est chose décidée, déclarait le canapé dans le salon.

— Non, répliquait la table dans la salle à manger, rien n'est plus incertain.

Ventru et pondéré, le buffet suggo'rait :

— Interrogez plutôt les patères du couloir. C'est en sortant que la décision fut prise. Elles ont du l'entendre parfaitement.

Mais plantées sur leur barre d'attache comme des perroquets sîsr un bâton, les patères répondirent :

— La porte d't^ntrée a fait un tel tapage que nous n'nvons rien per^u.

LES CHOSKS VOiiiNT 45

Impassible, celle-ci affectait de regarder la place sans écouter.

— Espèce de folle, cria le paillasson, plutôt que de m'empecher de voir les pavés que vous aperce- A L'z tout le temps, ou de battre stupidement quand il ne faudrait pas, parlerez-vous ?

La porte agita orgueilleusement le p^ne dans la serrure :

— Je les ai mis dehors : que souhaitiez-vous de plus ?

— Enfin, nous vendront-ils ?

— Oh ! moi, je suis bien trop solide pour être enlevée!

Un concert irrité accueillit la réplique :

— Elle s'en moque I

— Hypocrite!

— Égoïste!

— Entremetteuse!

— Moi ? grinça la porte.'

— Avez- vous jamais dil qui vous laissiez passer? Le paillasson hurlait :

— Assez souvent, bien que je sois jeune, je Tai vue laisser sortir la bonne, au milieu de la nuit!

— Elle n*est jamais plus muette que lorsqu'elle favorise une aventure louche, renchérissait l'escalier.

Cependant la rampe, tremblante, précisait la nouvelle :

— C'est décidé : on vendra tout sur la place!

— Qu'est-ce que cela fait? ripostaient les casseroles dans la cuisine : nous en venons, on s'y trouvait parfaitement 1

Le salon gémit :

— M'expulser, quand à mon âge on est aussi bien conservé ! C'est une dépense absurde.

Un flambeau ricana :

— N'avez-vous pas expulsé votre prédécesseur *?

— Il n'était même pas digne du grenier !

— Au fait, reprit l'escalier, ils l'ont oublié, le grenier...

— Vous verrez qu'on ne songera pas au secrétaire î

— Ni au miroir !

— Ni à l'horloge !

— A quoi servent-ils, là-haut?

— On les brûlera, peut-être!

— On ne sait pas qu'ils existent !

Encore les voix s'enlre-croisaient, tel un essaim d'abeilles.

— Le grenier ! On a oublié le grenier !

Si bien que dans ce grenier, enfin, ceux dont on s'occupait ainsi commençaient d'entendre le vacarme.

— Qu'y a-l-il ? murmura le secrétaire, outrageusement sourd.

— La jeunesse qui s'amuse... répondit l'horloge.

— On parle de nous, fit le miroir.

Et s'appuyant de leur mieux contre l'entrait qui les soutenait, chacun d'eux s'efforça d'écouter.

Le salon n'avait pas menti. C'étaient bien trois vieux meubles, de ces meubles précisément que M. Weissgemuth aurait aimé trouver, pour les

offjir à un brocanteur de Paris. Ils n'avaient d'ailleurs entre eux aucun rapport de style.

Le secrétaire, né sous Louis XVI, portait encore très beau. Quoique boiteux, il ne lui déplaisait pas de faire parade de ses pieds en corne de biclie. Il aimait aussi à rappeler que, jadis, chacun de ses tiroirs était orné d'un bouton ciselé. Une entrée de serrure, également ciselée et demeurée sur l'abattant, témoignait de l'exactitude de ce propos. Il était vêtu d'un justaucorps en bois de rose brodé avec des fleurs de marqueterie, coiffé d'un beau chapeau en marbre gris, et fermé à clé. Bien qu'il fût gonflé de papiers, personne ne se rappelait qu'on l'eût jamais ouvert; sa clé était perdue.

Le miroir était ovale, tout en verre, et biseauté. Ijfi collier bleu, hérissé de roses vénitiennes dont la plupart étaient brisées, lui tenait lieu de cadre. C'était un miroir lourd, somptueux, né probablement à Murano aux alentours de 1825. Malgré répaisse couche de poussière qui le recouvrait, il trouvait moyen, maintenant encore, de happer du soleil quand des rayons passaient entre les tuiles du grenier. Il le renvoyait alors en Téparpillant sur ses voisins, cependant que toutes ses roses, brisées ou non, s'irradiaient de points d'or.

— Vous avez l'air d'une poule qui trousse ses plumes, disait chaque fois le secrétaire agacé par cette façon d'éclabousser inutilement les dessous d'une toiture malpi'opre.

L'horloge, elle, était une servanle de cuisine. Elle en avait la tenue, étant engainée dans une caisse brune, plate, sans aucun ornement, comme

une femme de service dans son tablier de loilo bleue. En guise de poids, elle portait encore une grosse pierre suspendue à sa chaîne ; et jadis, quar.d elle marchait, son tic tac était si lent qu'il ressemblait au pas lourd d'une campagnarde chaussée de sabots. Un cercle en cuivre repoussé, placé autour de son cadran, était le seul ornement dont elle s'enorgueillît. Il représentait des faisceaux avec des tambours, des lances et des drapeaux entrelacés. Comme aux paysannes usées par le travail, on n'aurait pu lui donner un âge.

Venue la première au grenier, elle y avait passé de longues années de solitude. Seules les toiles d'araignée tissées fil à fil et qui, parfois, venaient s'appuyer sur elle, modifiaient Taspect de sa prison. Encore, une fois Tan, venait-on les enlever.

Les premiers jours, il lui avait paru qu'on respirait là beaucoup mieux que près du fourneau. Sans doute, il y faisait moins clair ; en revanclie, on était loin du feu qui fait tant souffrir les planches. D'autre part, ce grenier était énorme. Grâce à la pente du toit et à la hauteur du faîte, il ressemblait à une nef d'église.

Puis, peu à peu, une nostalgie avait accablé l'horloge. Le silence affreux qui avait gagné juscju'à son cœur, lui était devenu une telle souffrance qu'elle bénissait les vers qui la rongeaient. Eux, du moins, la nuit, metluicnt un peu de bruit dans le noir.

Un jour enfin, ô bonheur, des gens étaient venus et avaient apporté le miroir. Le secrétaire était arrivé le dernier.

Depuis lors, ils vivaient côte à côte, pareils à ces retraités qui, assis sur un banc de promenade, y restent silencieux des heures, cuvant à la fois leur tristesse de ne plus servir et le délice de ne rien taire. Ils avaient d'ailleurs Torgueil d'être les seuls meubles du grenier, car ils ne comptaient pas pour tels un pot à Feau fêlé, des vases égueulés, des malles, des tréteaux ou des planches à rallonge. D'autre part, ils avaient fini par mépriser le reste des meubles, certains qu'ils portaient en eux l'histoire de la maison.

— Aucun doute, reprit le miroir, on parle de nous.

A travers îa chatière, percée dans la porte d'accès du grenier, l'escalier répondit :

— En effet, on en parle!

— De quoi s'agit-il?

— Attendez que les cloches aient fini leur tintamarre : tout ce fretin d'en bas s'agite, mais ne sait rien : il n'y a que moi qui suis au courant.

— ^ Encore les bavardages de l'escalier ! gronda le secrétaire.

— Eh ! là ! le pot à l'eau ! finirez-vous ? fit l'horloge agacée par le petit bruit continu que faisait celui-ci en frottant contre une assiette fêlée, chaque fois que le bourdon de Saint-Michel donnait de la voix.

L'escalier reprit :

— Il parai t^que l'on doit vendre tcus les meubles du rez-de-chaussée et du premier. On vous a oubliés : vous êtes si vieux que cela ne m'étonne pas.

Le miroir jeta un rayon de travers du côté de la chatière :

— Insolent! au train dont vont les choses, à votre place, je tremblerais pour mes marches. Elles sont tellement usées qu'on en fera des pavés !

L'horloge s'interposa :

— Paix! quand on a duré ce que nous avons duré, chacun est de même âge. Mais savez-vous au moins pourquoi Ton veut tout vendre?

L'escalier bavard souffla par la chatiëre :

— Parce que l'acheteur n'a besoin que de la façade. La réputation de celle-ci sufGra pour couvrir son passé qui doit être douteux.

Il attendit un instant :

— Vous ne comprenez pas? C'est pourtant simple.

Le secrétaire eut un sourire de mépris :

— Bref, il achète l'odeur de vertu qui s'exhale d'un passé qu'il ignore. Jobard 1

L'horloge reprit :

— Marché de dupe! C'est d'ailleurs très bien fait. Tous les hommes sont des bandits. Si je parlais !

Le miroir dit à son tour :

— Les hommes sont très petits : j'arrive sans peine à en réfléchir un tout entier.

— La philosophie m'ennuie, siffla Tescalier. Une autre fois, je ne dirai plus rien. D'ailleurs, la nuit vieiit.

Il poursuivit avant de disparaître complètement dans l'obscurité •

— Surtout ne parlez pas trop î on s'apcfrcevrait que vous existez encore, et on vous vendrait.

LKS CHOSES VOIENT %i

— comme les autres, — sur la place publique l

— Qu'on s'en avise ! répliqua le secrétaire.

Un silence suivit. Les cloches enfin s'étaient arrêtées. Les bruits de la maison n'arrivaient plus ici que faiblement. Ceux de la rue n'existaient pas, faute de passants. Une couleur cendrée filtrait entre les tuiles disjointes, preuve que le soleil venait de se coucher et que l'escalier n'avait pas rnenti en annonçant la nuit. Les trois meubles, retombés dans leur immobilité, semblaient songer.

Que ce soit au fond d'une prison ou dans un grenier, qu'il y ait ou non des fenêtres, un jour qui meurt est un spectacle poignant. Une angoisse incertaine commençait de flotter. On eût dit qu'à l'appel de l'ombre, des spectres se levaient, évoquant le souvenir de ce qui avait été et ne pourrait plus jamais être.

— Espérez- vous dormir? dit tout bas le miroir à l'horloge.

— Je ne pourrais, répondit celle-ci.

— Ni moi, fît le secrétaire.

Le silence croissait. Dans la lumière morte, le faîtage du grenier devenait presque invisible. Il avait Pair de se perdre au ciel, et l'on craignait en môme temps de le toucher du front au premier pas.

Une heure s'écoula.

Soudain le secrétaire murmura tout haut :

— Il achète l'odeur de vertu qui s'exhale du passé!

Le miroir et l'horloge, qui n'avaient cessé de veiller, partirent d'un rire douloureux :

— Le passé !

Le secrétaire reprit :

— S'^* savait !

Doucement, le miroir et Thorloge répétèrent :

— S'il savait !

Pensif, le secrétaire poursuivait, sans les entendre :

— On ne se méfie pas des choses ; on ne se doute pas qu'elles ont des yeux, ni qu'elles regardent, ni qu'elles retiennent... C'est nous, pourtant, les vrais témoins de l'homme, les seuls devant lesquels il n'hésite pas à se découvrir tout entier, les seuls aussi qui n'oublient pas...

Alternativement, comme s'ils égrenaient un rosaire, le miroir et l'horloge répliquèrent à voix basse :

— Malgré notre silence, notre mémoire est implacable.

— Nous sommes la vie des morts !

— L'âme où le souvenir dort, comme en un coffre, sans s'altérer.

— L'âme de la maison, pleine de mystère et durable comme elle.

Le secrétaire acheva :

— Et l'homme ne le sait pas !

— L'homme pour qui, si patiemment, je comptais le temps, sa première illusion, répondit encore l'horloge.

— L'homme pour qui je n'ai jamais cessé do produire des images vaines, dit le miroir.

— L'homme me fait horreur! reprit l'horloge.

— J'aime l'homme, répliqua le miroir 1

— Je le plains, soupira le secrétaire.

Il sembla qu'un écho léger s'emparait du mot pour le répéter dans le lointain.

— Ah ! ah ! dit l'horloge, on voit bien que vous mentez. Vous parlez comme des gens qui ont oublié ce qui se passa dans cette demeure vertueuse !

— J*ai vu souffrir, dit le miroir assombri.

— J'ai vu des misérables et des héros, affirma le secrétaire, d'un ton grave.

L'écho, cette fois, répéta clairement :

— Des misérables et des héros!...

— On nous épie! fît l'horloge effrayée. •— Point : c'est le vent qui passe.

— La girouette a grincé !

Les trois meubles se lurent.

Depuis si longtemps qu'ils causaient en bons voisins, ils n'avaient jamais osé parler de l'homme. Parce qu'ils s'y étaient résignés, ils tremblaient maintenant comme à ia minute d'un sacrilège. Etait-ce pourtant l'annonce que la maison passait en d'autres mains ou la crainte de la tourmente qui menaçait de les disperser, ils éprouvaient un désir violent de continuer.

Ce fut l'horloge qui y céda la première. Elle chuchota :

— J'ai toujours «u peur des lîommes. fis nous obligent à faire des choses que nous ne comprenons pas. Mais, chaque fois que j'ai compris, j'ai frémi d'horreur au spectacle qui m'était donné.

Le miroir continua :

— C'est un phénomène inexplicable que, bien que l'homme aous ait faits, ce soit nous qui lui

survivions. Tant qu'il est présent, nous n'avons (le raison d'être que de servir ses fantaisies. Il a aussi tant de mépris pour nous qu'il ne daigne moine pas se cacher en notre présence. Cependant, à peine esl-il disparu, nous ne vivons plus que pour perpétuer sa mémoire.

L'horloge reprit :

— Les hommes aussi prétendent se souvenir. C'est leur prétexte pour nous prendre, nous envelopper soigneusement, et nous enfermer ensuite, — dans un tiroir, si l'on est petit, — sinon dans une chambre où Ton ne pénclre plus. Qui peut connaître les pensées de l'homme 1

Le miroir interrompit :

— Elles n'ont pas de secret pour moi. Je lis sur son visage !

Le secrétaire poursuivit :

— Je lis ce qu'il écrit! Je suis plein de lettres mortelles.

— Alors, qu'est-ce que l'homme? souilla l'horloge.

Elle parlait de plus en plus bas, mais, si étouffée que fût sa voix, la phrase encore avait voltigé dans la nuit. A leur tour, les poutrelles, les entraits, les tuiles sur leurs lattes, tout, dans le grenier, frissonna. Des sifflements passèrent à travers les fentes.

— Comme il y a du vent, ce soir ! fit le secrétaire.

— Vous ne répohdez pas? msista Thorloge. Au fond, vous êtes comme moi : vous ne savez qu'une chose : c'est qu'il est redoutable... Cependant, le

croirez-vous? Tout à l'heure, lorsque Tescalier a dit qu'on nous avait vendus, et que les fils de ceux que j'ai toujours vus ne reviendraient plus, mon poids a tremblé. Il me semble que les temps vont finir; je ne me sens plus d'ilme...

Le secrétaire murmura :

— Horloge, ma chère, vous avez aimé ces hommes qui vous ont t'ait tant peur !

— Non.

Un murmure sourd répéta :

— Vous les avez aimés...

Aucun doute : la Maison, plutôt que de dormir, écoutait les trois meubles. Çà et là, des phrases légères reprirent :

— Ceux qui sont partis ont emporté notre vie !

— La Maison ne sera plus la Maison.

— A chaque génération, j'étais sûr de les reconnaître, car tous avaient le même pas, murmurait le cadenas.

— Etaient-ils si méchants ? interrogeait le faîtage. Je ne les ai aperçus qu'une fois : ils s'étaient mis à cheval sur moi. C'étaient des enfants...

Et tout à coup, du premier, une lamentation vint :

— Eux disparus, arriverons-nous à nous rappeler?

Alors, brusquement, les trois meubles comprirent que la Maison épouvantée venait de se tourner vers eux.

Le secrétaire eut un sourire désabusé :

— Il paraît, murmura-t-il, que cette nuit, les vieux paraissent bons à quelque chose...

Puis, devenu très grave :

— Silence, dit-il, écoutez-moi!

Sa voir était solennelle et tremblait :

— Ecoutez! vous, les pierres, qui faites à la Maison une façade et grâce à qui elle a pu rester jusqu'à ce soir fermée à tous les regards ; et vous aussi les meubles^ qui nous méprisiez parce que vous demeuriez dans les chambres ou au salon, mais qui, demain, serez vendus à Tencan sur une place publique ; écoutez, ô vous, toutes les choses menacées de mourir, car personne ne tiendra plus aux souvenirs que vous portez et qui vous rendent vivantes...

Obéissante et muette, la Maison demeurait suspendue à ces paroles impérieuses : jamais d'ailleurs le secrétaire ne s'était exprimé si haut ni avec une telle autorité. Il reprit :

— Réunies, vous formiez la Maison et résumiez son histoire. Mais, dispersées, vous ne serez plus que des morceaux d'âme, et vous cesserez d'exister. Pour échapper à la mort, il faudrait que chacun de vous emportât la mémoire entière de ce qui a vécu dans ces lieux. Or, seuls ici, le miroir, rhorloge et moi avons tout vu. Tendez Toreille, nous consentons à parler...

— Oh ! s'écria l'horloge, ce que je sais est effroyable. Je n'oserai pas !

— Qu'importe ! nous dirons tout 1 fit le sf^crétaire avec une secousse violente. Il faut tout f'jre, car les hommes ne sont point ce que l'on a'imagine. Ce ne sont ni des dieux, ni des démons, ni des nains, ni des géants : ce ne sont que de pauvres

LKS CHOSES VOIENT 37

bouchons flottant à la surface mouvante de la vie. Pareils à la terre vierge qu'ensemence le hasard, ils portent des fruits de rencontre et obéissent aux circonstances. Il n'y a pas un honnête homme qui ne soit, à une heure donnée, capable de commettre un assassinat, pas un malfaiteur qui ne porte en lui le pouvoir d'un miracle sublime. Toute demeure humaine , quelle que soit sa renommée, a caché des vertus et des crimes. Nous dirons tout!

Il se tut.

Et d'obord, nulle réponse ne vint. La Maison restait sans parole, épouvantée peul-ôlre à la pensée de se retrouver elle-même. Mais bientôt le même bruit sourd recommença. Les choses se consultaient :

— Il a raison !

— Comment survivre à la dispersion, si Ton ne connaît qu'une partie du passé?

— Quand on sait, on n'a plus rien à craindre... L'escalier, soudain, se décida pour tous.

— Qui parlera le premier? fit-il à travers la chatière.

— L'horloge, déclara le secrétaire.

Un dernier silence suivit. Tout était redevenu immobile. La Maison ressemblait à un sanctuaire...

Au même instant, deux personnes qui passaient sur la place s'arrêtaient devant l'affiche rouge collée sur la porte et prononçaient :

— Encore une maison du vieux Dijon qui se

ferme... Les traditions d'honneur disparaissent, le passé s'effondre et ne reviendra plus...

— C'est rhistoire d'un crime que je vais dire, fit rhorloge d'une voix morte.

La Maison, comme pétrifiée, sembla ne pas entendre : tout à coup, elle se souvcaait.

Page 1