Lotu, Émigration, p
était en train de se transformer en roman * . A cette langue romane les Bretons substituèrent la leur, le breton armoricain ou bas-breton, encore parlé aujourd'hui dans le Finistère, dans une partie du Morbihan et des Côtes-du-Nord 2. Enfin l'établissement des insulaires entraîna le changement de nom du pays. C'est un fait réalisé au vie siècle. Marius d'Avenches (-J- 593 ou 594), Grégoire de Tours (f 595), Venance Fortunat (-f- 600) appellent cette région Britannia et ses habitants Britanni, Britones 3.
C'est par tribus ou fractions de tribus, sur des flottilles nombreuses, que les Bretons passèrent la mer. Ceux du nord, de la Cumbria, du Strat-Clut, ne semblent pas s'être déplacés en corps. Tout au plus envoyèrent-ils quelques individus en Armorique, peut-être, par exemple, ce saint Ivi, qui a donné son nom à Pontivy.
Le principal foyer d'émigration fut probablement l'ancienne Dumnonia, devenue la presqu'île de Cornouaille (comtés actuels de Cornwall, Devon, Dorset, Somerset). Le nom de Dumnonia a d'ailleurs passé la Manche avec les émigrés de ce pays. Au ixe siècle, ce nom désigne tout le nord de notre Armorique, depuis l'embouchure de l'Elorn jusqu'au Couesnon 4. Toute-
1. Loth, Les langues romane et bretonne en Armorique (R. Cel., xxvill, 1907, p. 374-403).
2. Paul Sébillot, La langue bretonne. Limites et statistique (Revue d'ethnographie, v, 1886, p. 1-29). — Voir une carte de la frontière linguistique de l'ouest dans l'Histoire de la langue et de la littérature française de L. Petit de Julleville, t. VIII, Paris, 1899. — M. P. Sébillot a indiqué les limites de chacun des quatre dialectes bretons (Vannes, Trcguier, Léon, Cornouaille) en 1885, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, xii, p. 425-42".
3. Marics d'Avenche, Chronicon (Bouquet, II, p. 17). — Grégoire de Tours, Hist. Franc, iv, 4,20; v, 16, 27, etc. — Venance Fobtcnat, Carmina, m, 8; Vita S. Patemi,x (éd. Krusch, M. G., Auct. ant., IV, p. 36;; Vita Beati Maurilii, xvi {ibid., p. 93).
4. J. Loth, L'étendue de la Domnonée armoricaine [R. Cel., vin, 1887, p. 156-157).
fois, cette vaste région ne comprenait pas une unité ethnique sans mélange. Ainsi, son extrémité occidentale, le pays de Léon, a dû être occupé par des Gallois venus de Caer-Leon ar "YYysc 4. Les grands évêquesabbés qui ont fondé les premiers monastères-évèchés de la Domnonée; les saints Pol Aurelien, Lunaire, Samson, Magloire, Méen,Malo, sont Gallois d'origine. Tutwal, premier évèque de Trecor, est cependant originaire de la Domnonée insulaire.
Ptolémée signale les Cornovii (Kopvaovtot) tout à fait au nord de l'île de Bretagne 2. A l'époque des invasions saxonnes, on trouve des Cornovii établis à Test du pays de Galles actuel. Chester (Deva) et Wroxeter (Viroconium) sont leurs principales villes 3. Sous la pression de l'invasion germanique, celte peuplade glisse plus au sud et se fixe à la pointe de la Domnonée, à laquelle elle donne son nom : Cornovia, Cornubia '*. en anglo-saxon : Corn-wealas = Cornwall. C'est une forte portion de cette peuplade qui se détacha, au ve ou vie siècle, pour fonder la Cornouaille armoricaine entre l'Elorn etl'Ellé. Les Cornovii ont joué un rôle considérable dans l'émigration. A tel point qu'une foule de noms de paroisses de la Cornouaille anglaise se retrouvent en Armorique 3 et que, d'après les linguistes, le comique et le breton constituent deux dialectes extrêmement voisins. « Le point capital à relever, écrit M. J. Loth, c'est que le breton armoricain