‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 124 sur 301 · E. Martin, Saint Colomban, Paris, 1903, livre V · texte numérisé non relu

E. Martin, Saint Colomban, Paris, 1903, livre V

i. .Ionas, Vita Columbani. i, 4, 5 {M. G.. S. S. R. M., IV, p. 71 . Cf. An. Br., XXI, 1907, p. 327-343.

son fondateur, un puissant attrait sur les indigènes. La règle de saint Colomban devint bientôt l'objet d'une telle vénération que, vers le milieu du vne siècle, beaucoup de cloîtres gaulois l'adoptèrent conjointement avec celle de saint Benoît '. Il n'est pas, croyons-nous, dans les annales du monachisme, d'autre exemple d'une pareille combinaison de règles, d'esprit d'ailleurs si différent.

Chassé de Bourgogne par Brunehaut en 610, Colomban reprit ses pérégrinations. Elles ne furent point stériles. Son exemple, ses exhortations, et, plus d'une fois, sa seule bénédiction donnée à l'enfant d'un leude qui l'hébergeait, firent germer des vocations précieuses dont plusieurs ensuite devaient s'épanouir en nouvelles floraisons monastiques 2. Aussi peut-on dire que, pour se rendre compte des progrès du monachisme en Gaule au vne siècle, il n'est que de suivre les itinéraires de notre saint. Les monastères de la Brie, Faremoutiers (627). Jouarre (630), Rebais (vers 636), durent leur origine à ses disciples ou à ses amis. Par la suite les Irlandais s'en souvinrent. Nous voyons par la Vita Agili qu'ils prirent l'habitude de passer par Rebais en se rendant à Rome. Ils s'y reposaient et y laissaient ceux des leurs que les fatigues de la route avaient épuisés 3.

Faron (7 v. 672), le frère de sainte Fara. ou Burgondofara, la fondatrice de Faremoutiers, que, toute enfant, saint Colomban avait bénite, fut également secourable aux voyageurs irlandais quand il fut devenu évêque de Meaux. A son instigation deux d'entre eux

1. Vita Salabergae, vu (Mamllox, A. Sanct. 0. S. B„ h9 siècle, p. 425). Cf. A. HADCK, Kirchengeschichte Deutse/ilands, Leipzig, 1904, t. I, p. 297.

2. G. Bohbt-Madry, S. Colomban et la fondation des monastères irlandais en Brie au VIIe siècle {lier, hist., lxxxiii, 1903, p. 285).

3. Vita S. Agili. x\iv Mabillon. A. Sanct. 0. S. B., n" s., p. 32t .

se fixèrent définitivement en Gaule, saint Kilian, à Aubigny, près d'Arras, et saint Fiacre, dans l'ermitage de Broilum, aux environs de la ville de Meaux1.

Les fondations qui se rattachent aux pérégrinations de saint Colomban et de ses disciples en terres allemandes et en Italie sont particulièrement connues2. Après s'être arrêté quelque temps à Bregenz, sur le lac de Constance, Colomban se mit en route pour l'Italie. Mais saint Gall, son compagnon, qui s'était rendu familières les langues du pays et avait arraché à l'idolâtrie plusieurs indigènes, saisi d'ailleurs d'un violent accès de fièvre, ne put continuer le voyage et demanda à se fixer dans ces lieux (612). Il se construisit une cellule, à quelque distance du lac, et y mena, avec quelques compagnons, une vie retirée. Après sa mort une église fut érigée là en son honneur. Avant le milieu du vme siècle cette église se transformait en monastère : saint Othmar en fut le premier abbé. Telles furent les origines de la célèbre abbaye, puis de la ville de Saint- Gall.

Cependant Colomban, avec le reste de sa troupe, avait descendu les Alpes, traversé la plaine lombarde et trouvé, dans une vallée de l'Apennin ligure, le lieu de son repos, Bobbio. Le repos suprême ne tarda pas à venir, l'intrépide moine mourut le 23 novembre 615.

Dans les siècles suivants, Saint-Gall et Bobbio furent pieusement visités par les Scots. On voit, au ixe siècle, l'évêque irlandais Marc, revenant de Rome, léguer ses livres à la bibliothèque de Saint-Gall, son neveu Moengal, ou Marcel, demeurer dans ce monastère 3,

1. Vita Fiacrii, i (A. Sanct. Bol., t. VI d'août, p. 605). — VitaFaronls. 98-99 {M. G., S. S. R. M., V, p. 191). — Vita S. Killiani Albiniacensis, éd. A. Poncelet (A.B., xx, 1901, p. 432-444).

a. E. Martin, S. Colomban, livre II, ch. u et m.

3. EkkeuaRD IV, Casus S. Galli (M. G., S. S., II, p. 78 sq.).

un Irlandais du nom d'Eusèbe se fixer aux environs, dans la solitude du Mont Saint-Victor, où il vécut trente ans1. Un nécrologe nous a conservé les noms de plusieurs Irlandais morts à Saint-Gall2. On trouve de même à Bobbio, aux vme et xe siècles, un Cummian, un Dungal et d'autres religieux de noms irlandais 3.

L'action personnelle exercée en Gaule par saint Colomban fut considérable. Après sa mort, ses idées sur l'exemption des monastères, sur la pénitence et la confession, sa règle monastique surtout, continuèrent de se propager grâce au zèle de ses nombreux disciples immédiats ou des disciples de ces derniers *. Maints personnages très influents de l'époque, ces palatins notamment qui abandonnèrent, avec un tel ensemble, la cour pour le cloître ou l'épiscopat, les Dadon, les Faron, les Éloi, les Wandrille, les Philibert, semblent avoir particulièrement apprécié la formation ascétique de Luxeuil et travaillé à sa diffusion.

Wandrille, ayant résigné ses fonctions de comte, se livre dans la solitude à des pratiques d'oraison et d'austérité (récitation intégrale du psautier, génuflexions, immersions dans l'eau glacée) qui rappellent singulièrement les mortifications des moines d'Irlande. « Il est probable, a-t-on remarqué, que le souvenir de Colomban hantait la pensée de Wandrille 'à ». De fait, il séjourne quelque temps près du tombeau de saint Ursin, un disciple de Colomban : il se rend à Bob-

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