Hibernensis, xxxix, 11; I. if., p
5. Règle de S. A'ibe, éd. J. 0' Keill, str. 33, 48, 52 (Ériu, ta, 1907, p.
sages d'Irlande, consultés au sujetdu mouvement d'émigration qui entraînait, au vme siècle, tant de religieux hors de leur patrie, l'auraient désapprouvé1 . Néanmoins, le nombre considérable des moines indigènes, l'exemple de saints tels que Colomban, Fursy, Kilian, une réelle vocation pour l'apostolat, l'appel à un degré plus élevé de vie ascétique, les païens de la Gaule et de la Germanie à convertir, les ignorants à instruire, ne sontce pas là des motifs propres à légitimer les entreprises lointaines de ces voyageurs infatigables, dont les résultats, malgré les déchets inhérents à toute œuvre collective et longue, demeurent un titre de gloire pour leur pays et pour la religion?
8 7. — Manière de voyager des insulaires.
Wattenbach a cité, dans son mémoire intitulé Die Congrégation der Schottenklôster in Deutschland2 , un curieux passage de la Chronique de Jocelin de Brakelond qui offre, à ses yeux, une vivante peinture des mœurs du pèlerin irlandais au bas moyen âge3. Mais une double raison nous empêche, pour notre part, d'utiliser ce document. D'abord, la Chronique de Jocelin, qui fut composée à la fin du xne siècle et rapporte, à l'endroit visé, des événements datant des années 1159 à 1162, serait, pour nous, qui ne nous
105, 109). — « Mortificationis igitur triplex est ratio... [tertio] non ire quoquam absolute » (Reg. Columbani, 9; P. L., LXXX, 216).
1. Cf. W. Keeves, The Culdces of the British Islands, Dublin, 1864,
2. Wattenbach, dans \&Zeitschrift fur chrislliche Archaeologie und Kunst, 1836, p. 21-30, 49-58, mémoire traduit en anglais sous la direction de W. Reeves et publié dans U. J. A., vu, 1859, p. 227-246 et 295-313.
3. Jocelin de Bkakklond, Chronica, 35, éd. J. Gage Rokewode [Camden Soc), l.ondon,1840, p. 33; éd. Th. Arnold, Mémorial* of Saint Edmund't Abbey (R. B. S.), London, 1890, t. I, p. 252 sq.
occupons que des pérégrinations irlandaises antérieures au xie siècle finissant, une source déjà tardive. Puis, d'un autre côté, il est difficile de décider si, dans le passage en question, l'auteur a voulu faire allusion à des pèlerins irlandais ou à des Ecossais. Scotti, sous la plume d'un écrivain anglais du xiie siècle, désignerait plutôt, à notre avis, des Écossais1. Dès lors, ce passage de la Chronique n'aurait, pour nous, qu'une simple valeur d'analogie. Aussi préférons-nous recueillir, ici et là, dans les documents contemporains de la période que nous étudions, les traits les plus propres à nous représenter exactement les conditions dans lesquelles les Irlandais du haut moyen âge voyageaient et étaient accueillis sur le continent.
Ils partaient généralement par bandes. Une même bande comprenait souvent douze individus et un chef2. Aussi bien, il eût été imprudent d'entreprendre seul une longue pérégrination à l'étranger dans ces siècles tourmentés et violents3. S'ils ne se sentaient pas suffisamment en nombre ou en force, les moines et les clercs se joignaient volontiers aux caravanes de marchands : c'est ce que firent Clément, le colporteur de sagesse, et son compagnon, dont il sera parlé dans un autre endroit4. Je ne sais où M. J. V. Pflugk-Harttung a vu que les émigrants atteignaient généralement la Gaule par la Bretagne Armoricaine et la Loire3.
1. Th. Arnold (op. cit., p. xi.ii) et le traducteur de la Chronique, M. L. C. Jane (The chronicle of Jocelin of Brakelond..., London, 1907, p. 226) traduisent Scotti par « Écossais >.
-2. Voir Adam., Vita Col., éd. W. Reeves. p. 2TO-303 et W. Levison, Af. G., S. S. fi. M., V, p. 714.
3. Sur les précautions à prendre propter frequentiam latrocinii en voyage, à l'époque carolingienne, voir la lettre 14 d'Einhard (M. G., Epist , V, p. 132) et la lettre 104 de Loup de Ferrières (ibid., IV, p. 91).
i. Voir en. vin, § 6.
a. Pflcgk-Harttung, The Old Irish on the Continent (Trans. of the Roy. Hist. Soc, nouv. sér., v, 1891, p. 77).
Aucun texte ne le dit. Plusieurs, au contraire, attestent expressément que les Irlandais faisaient voile tout d'abord vers la Grande-Bretagne, traversaient cette île, puis venaient se réembarquer sur le littoral sud, dans quelque port du Kent, sans doute, pour franchir le détroit en sa moindre largeur1. Tel fut, selon nous, dans ses grandes lignes, l'itinéraire suivi par saint Colomban. Ce fut aussi celui de Clément le Scot, celui de saint Kilian, celui de saint Rombaut et de plusieurs autres2. Agilbert, le futur évêque de Paris, revenant d'étudier l'Ecriture Sainte en Irlande, n'en suivit point d'autre3. Au reste, Thierry de Saint-Trond nous dit que dès le temps de saint Rombaut (vme siècle), cette route était constante4. C'est, avec l'appellation similaire des deux Bretagnes, île et presqu'île, la croyance à une vague parenté de races qui a induit, sans doute, certains auteurs modernes à croire à la fréquence des relations entre l'Irlande et l'Armorique. En réalité, les communications directes entre les deux pays furent plutôt rares5.
1. Vulganius (Mabillon, A. Sanct. 0. S. B., ive s., 2e part., p. 541), S. C&dvoe (Act. Sanct. Bol., t. I de mars, p. 47G) s'embarqueutsur la côte du Kent. — Sur le port de Ricliborough (Rutubi portus), près de Sandwich (Kent), comme lieu d'embarquement pour le continent, voir Bfde, H. E„ i, 1 et les notes de Ch. Plummer sur ce texte (t. II, p. 5).
2. Unpomt obscur de l'itinéraire de S. Colomban venant en Gaule (An. Br., xxi, 1907, p. 327-343). — t Contigit duos Scottos de Hibernia cum mercatoribus Brittanis ad litus Galliae deyenire » (Gesta Karoli, i, 1; M. G., S. S., II, p. 731). — « Ad vicinam Scotiae Britanniam pervenit, quam non longa navigatione praeteriens, Galliam attigit » (Passio Kiliani, A. Sanct. Bol, t. II de juillet, p. 615). — Thierry de S'-Trund, Vita Rumoldini, i, 3 (A. Sanct. Bol., t. I de juillet, p. 215).