CHAPITRE PREMIER
SI- — Les différentes fractions du monde celtique
d'Outre-Manche. — Part de l'influence romaine.
Répartition géographique.
Les Celtes insulaires se partagent en deux groupes, les Gaëls et les Bretons. Les Gaëls arrivèrent les premiers dans les îles, probablement vers l'an 800 avant Jésus-Christ. Ils y introduisirent l'usage du bronze.
BIBLIOGRAPHIE. — Sources : César, De bello gallico, lib. v et vi. — Pline l'Ancien, Historia naturalis, lib. xvr, xxiv, xxix, xxx. — Tacite, Annales, lib. xiv; Historiae, lib. xxvi; Agricola. — Dion Cassius, Histoire romaine, lib. lxh, lxxvi. — Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, il. — Strabon, Géographie, lib. iv.
Corpus inscriptionum latinarum, t. vu : Inscriptiones Britanniae latinae, éd. E. HL'bner, Berolini, 1873.
Patrice, Confessio ; Epistola, éd. Wh. Stokes, Tr. L. (RBS).
Moirchu Maccu Machtheni, Commentarius {ibid.); Tirechan, Collectanea (ibid.).
Gildas, De excidio (P. L., LXIX); éd. Mommsen, M. G., Auct. ant., XIII. Chr.Min., III.
Vita prima Samsonis (A. Sanct. Bol., t. VI de juillet).
Travaux : G. Dottin, Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique, Paris, 1906. — p. \v. Joyce, A Social History of ancieut
La race inconnue qui les précéda ignorait l'usage des métaux. Ce n'est que cinq ou six siècles plus tard que s'opéra la seconde invasion celtique, l'invasion bretonne. Ces nouveaux envahisseurs étaient des Gaulois du rameau belge. Ils introduisirent l'usage du fer dans les Iles Britanniques et substituèrent peu à peu leur langue, le breton, au gaélique, qui se maintint seulement en Irlande, où les établissements bretons furent de peu d'importance1.
L'Irlande s'appelait en vieil irlandais Eriu. En latin, on la nomma très longtemps, jusqu'aux xne et xme siècles de notre ère, Scottia, le pays des Scotti, autre nom des Gaëls2.
Les deux descentes de Jules César en Bretagne (55 et 54 av. J.-C.) n'aboutirent point à la conquête de l'île. Ce n'est qu'un siècle plus tard, en l'an 43 de notre ère, que Claude soumit la partie méridionale du pays.
En 83 et 84, Agricola porta les armes romaines jusqu'au pied des monts Grampians. Mais Rome ne réussit jamais à réduire en sujétion les peuplades du nord de l'île. L'Irlande également demeura indépendante. Ce n'est qu'au xie siècle qu'elle sentit, pour la première fois, peser sur elle le joug de l'étranger, celui des Scandinaves.
Ireland, London, 1903, 1. 1.— Sir John Rhys, Lectures on the origin and Growth of Religion as illustraled by Celtic Ileathendom (The Hibbcrt Lectures for 1886), London, 1888. — H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, Paris, 1894. — Du même, Les Celtes depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'an 100 avant notre ère, Paris, 1904. — Du même, Les Druides et les dieux à formes d'animaux, Paris, 1906. — Camille Julliax, Histoire de la Gaule, t. I, H, III, Paris, 1908-1909. — J. Loth, L'émigration bretonne en Armorique, Paris, 1883. — E. Hull, Pagan Ireland, Lond<>n, 1904. — G. Guenin, Le paganisme en Bretagne au vie siècle (An. Br. xvn, 1902).
1. D'Ar.Bois de Jlbainville, Les premiers habitants de l'Europe, Paris, 1894, t. II, p. 282-283. — Dottix, Manuel, p. 332.
2. Cf. Les noms anciens des Iles Britanniques (R. Q. H., lxxxiii, 1907, p. 537-547).
Pour se mettre à l'abri des incessantes incursions des peuplades du nord, les Romains élevèrent de gigantesques fortifications: le mur d'Hadrien (122) et le murd'Antonin (142), ce dernier fortifié par SeptimeSévère (208). Les plus redoutables de ces peuples septentrionaux étaient les Pietés. Ils occupaient l'Ecosse actuelle. Les Pietés du nord avaient leur domicile au nord des Grampians, ceux du sud entre cette montagne et le golfe de Forth. L'origine des Pietés est obscure. Sir John Rhys a voulu voir en eux les représentants d'une race préaryenne, parlant une langue ayant des affinités avec le basque1 . Mais d'autres savants les regardent comme des Celtes et seraient disposés à les rattacher au rameau brittonique 2.
De même qu'en France les opinions se partagent sur l'influence exercée par la civilisation romaine sur les populations gauloises, ainsi deux écoles sont pareillement en présence sur la question de la romanisation des Celtes de Grande-Bretagne. Budinszky, Green et M. J. Loth sont d'avis que la civilisation romaine ne déposa sur les institutions bretonnes qu'un léger vernis, qui ne tarda pas à disparaître après le départ des dernières légions3. M. Haverfield se montre, au contraire, partisan décidé d'une romanisation accentuée, surtout dans les parties méridionales et orientales de l'île. D'après ce savant, de simples artisans auraient
1. Sir John Rhys et Bkynmor-Jones, The Welsh People, London, 1900, p. 14 sq.
2. Wh. Stokes, On the linguistic Value of Irish Annals (Trans. of the Philol. Soc, 1888-90, p. 392). — J. Loth, Les Pietés d'après les Iravaux récents lAn. Br., vi, p. 111-116). — Dottin, Manuel, p. 18. — H. d'Arbois de Jibainville, Les Celtes depuis les temps les plus anciens..., Paris, 1904, p. 22; Les druides et les dieux..., Paris, 1906, p. 33.
3. Bidinszky, Die Ausbreitung der lateinischer Sprache ûber Italien und die Provinzen des rômischen Reichcs, Berlin, 1881, cli. îv. —Green, The Making of England, London, 189.v;, 1. 1, p. 5-7. — J. Loth, Les mots latins dans les langues britloniqv.es, Paris, 1892, p. 9-60; Ii. Cel., xxn, 1901, p. 91-92.
même parlé le latin sur plusieurs points du pays avant sa conversion au christianisme'.
Que la langue et la culture latines aient pu s'établir dans les villes où résidaient les représentants du pouvoir impérial et dans les centres stratégiques, nous n'y contredisons pas. Mais si la langue latine avait été assez généralement parlée par les Bretons, elle eût donné naissance, comme en Gaule, au terme de son évolution, à une langue romane. Or il n'y a aucune trace d'une évolution du latin en roman sur le sol breton2. La conquête romaine fut tardive, lente, difficile, jamais complète. Jusqu'à la domination anglo-saxonne il semble que la langue bretonne ait été parlée dans toute l'étendue du pays.
D'après une chronologie récemment rectifiée, c'est en l'an 4283 et non en 449, comme l'affirme Bède*, qu'il faut placer les premières descentes des Anglo- Saxons en Grande-Bretagne. Longtemps après cette date les renforts continuèrent d'arriver, nombreux, de la mère-patrie, aux conquérants. Durant les ve et vie siècles les Bretons leur opposèrent une énergique résistance; mais ils furent peu à peu démembrés par l'envahisseur et refoulés dans l'ouest. Les Bretons du Strat-Clut 5, retranchés au sud des Pietés et à l'ouest des Angles de Bernicie. défendirent jusqu'à la
1. Haverfield, TheRomanization of Romain Britain (Proceed. ofthe Brilish Acad., a, 1906).
2. M. Roger, L'enseignement des lettres classiques d'Ausoneà Alcuin, Paris, 1905, p. 2I0.
3. R. Tnn.NF.YSEN, Wann sind die Germanen nack England gekommen [Englische Studien de Kôlbing, xxii, 1895, p. 163-179). — Alfred Anscombe, The Date of the first Seulement of the Saxons in Britain (Z. C. P., in, 1901. p. 442-514); Èriu, m. 1907, p. 118-119. — J. Loth, R. Cel., xxii, 1901, p. 94. — Cette date ressort de VHistoria Briltonum et de YExordium des Annales Cambriae.