Lindsay, op. cit., p
2. W. Reeves, Early Irish Calligraphy {0. J. A., vm, 1860, p. 221, 222, 293) ; Màrg. Stok.es, K. C. A. /., p. 8-9.
grêle et pointue, remarquable par la forme de lettres e, f, g, r, s, par ses majuscules aiguës et par certaines ligatures. La semi-onciale irlandaise s'est probablement formée vers le vie siècle1. Le psautier dit de saint Columba (vne siècle?), celui de Southampton (ixe-xe siècles), les évangéliaires de Durrow (vue siècle), de Kells (vme siècle), le Codex Usserianus (vne siècle , en sont des spécimens fameux. L'antiphonaire de Bangor (680-691), le livre d'Armagh (807), les évangéliaires de Dimma (*?), de Mulling (viie-vme siècle), de MacDurnan (ixe-xe siècle), sont écrits en minuscule. Cette minuscule n'a pas beaucoup varié depuis le vme siècle jusqu'à la fin du moyen âge et même jusqu'aux temps modernes. Aussi, de l'aveu de tous les paléographes, la datation des manuscrits irlandais, d'après le seul examen de l'écriture, est-elle une tâche extrêmement ardue2. Il n'y a pas que les bibliothèques des Iles Britanniques à posséder des manuscrits irlandais. Celles de Paris, Saint-Gall, Turin, Milan, Dresde, Berne, Carlsruhe, Zurich, Vienne, du Vatican, etc., en conservent un certain nombre et même de très précieux3. Quelques-uns ont été apportés d'outre-mer par les Scotli. La plupart furent écrits par eux, une fois installés sur le continent, où leur talent de copistes était très apprécié '. De la sorte la Sc/iptura scottica devint fa-
1. W. Wattenbach, Anleitung zur lateinischen Palaeographie, Leipzig, 1886, p. 28-31 ; Thompson, Handbook of Greek and Latin Palaeography London, 1893, p. 236-241.
2. Thompson, op. cit., p. 23"; Samuel Berger, clans la R. Cel., vi, p. 333, etc.
3. Les relevés de manuscrits de W. Schultze, dans Die Bedeutung der iroschottischen Manche fur die Erhallung u. Fortpflanzung der mittelalterlichen Wissenschaft [Centralblatt f. Bibliolhtkswesen, vi, 1889), ne sont ni complets ni toujours exacts.
'*. Un catalogue de la bibliothèque de Saint-Gall du ix« siècle (Ms. 728) contient une liste importante de libri scoltice scripti (G. Beckjer; Catalogi bibliothecarum antiqui. Bonnae, 1883, p. 43). — Les Irlandais appelaient leur propre écriture scriptura tunsa (Traube, Perrona Scotto-
milière aux continentaux des vme, ixc et xe siècles. Mais, après l'an 1000, cette écriture perdit peu à peu de sa vogue. On ne sut plus la lire. Plus d'un manuscrit scotique, réputé inutile, fut alors démembré et ses feuillets servirent à relier d'autres manuscrits. C'est ainsi qu'en scrutant les vieilles reliures on découvre parfois aujourd'hui de précieux fragments de livres liturgiques irlandais1.
L'écriture anglo-saxonne, qui procède de l'écriture irlandaise, est, dans certains cas, bien difficile à distinguer de celle-ci. Aussi confondit-on, au xvne siècle, ces deux écritures nationales sous une dénomination commune, celle de scriptura saxonica, canonisée par Mabillon. C'est seulement au commencement du xixe siècle, grâce aux patriotiques recherches de Charles O'Conor, bibliothécaire du duc de Buckingham, que fut rétablie la distinction entre les deux écritures insulaires et que furent reconnus les droits de priorité de la scriptura scottica 2.
L'ornementation des manuscrits irlandais, plus encore que les particularités de leur écriture, mérite de retenir l'attention. Les manuscrits les plus ornés sont les psautiers et les évangéliaires, ces derniers surtout. Le plus ancien évangéliaire irlandais est, sans doute, celui de Durrow, qui date, croit-on, du vne siècle. Le plus beau est incontestablement le livre de Kells, lequel
rutn, p. 471 et 532-537). Ceux qui passèrent la mer se servirent quelquefois d'écritures en usage sur le continent.
). Les Irlandais ne paraissent pas avoir été, eux-mêmes, de bons relieurs. Cf. Samuel Berger, Histoire de la Vulgate, p. 34 ; Lawlor, The Book of Mulling, p. 28; Carl Sciierer, Die Codices Bonifatiani in der Landesbihliothek zu Fulda (Festgabe zum Bonifatius-jubilàum, i905, Fulda, lîtOfi, p. 34, n. 5).
•2. Voir sur ce point et sur plusieurs de ceux qui précèdent la lumineuse et pénétrante étude de LtpwiG Trai.be, dans son mémoire, Perrona Scottorum (Sitzungsberichte der philos., philol. u. hist. Classe der k. b. Akad. der Wissenschaften zu Miinchen, 1900, p. 470-47G et 520- 537).
est un peu moins ancien (vme siècle?). Le plus ancien évangéliaire orné écossais est le livre de Deer (xe siècle) , bien inférieur aux deux précédents à tous points de vue *.
L'ornementation se présente, dans les évangéliaires, sous diverses formes. On y trouve d'abord la représentation des symboles des quatre Evangélistes. Ils sont généralement réunis tous les quatre sur un même feuillet. Un encadrement fait d'entrelacs, de dessins géométriques ou zoomorphiques, entoure ce feuillet, lequel est divisé par une croix en quatre compartiments où prennent place les quatre symboles. Quelquefois le feuillet est divisé en quatre compartiments triangulaires par une croix de saint André2. Le même évangéliaire offre souvent plusieurs répétitions des symboles groupés. Il en est où les symboles figurent séparément, chacun d'eux occupant un feuillet à lui seul 3.
Le second élément d'ornementation à signaler, c'est le portrait de l'évangéliste, la plupart du temps très grossièrement tracé, lequel est placé en tête de chaque Evangile. Il arrive que le symbole de l'évangéliste figure encore quelquefois au-dessus de sa tête4. Dans quel-
i. On trouvera de nombreuses reproductions de miniatures de ces manuscrits dans les ouvrages suivants : J. 0. Wf.stwood, Palaeographia sacra pictoria, London, 1845; du même, Facsimiles of Miniatures and Ornamenls in Anglo-Saxon and Irish Manuscripts, London, 1868; J. T. Gilbert, Facsimiles of the National Manuscripts of Ireland, 5 vol., London, 1874-84; John Stuart, The Book of Deer (Spalding Club), 1869; J. A. Bruun, An Inquiry in the Art of the llluminated Manuscripts of Middle Ages, part I, Celtic illuminated Manuscripts, Stockholm, 1897 ; Celtic Ornamenls from the Book of Kells, Dublin et London, 1892-95; F. H. Stanford Robinson, Celtic Illuminative Art in the Gospel Books of Durrow, Lindisfarne and Kells, Dublin, 1908.