Fig. chez Joyce, S. H., t. I, p
dus. Mais l'on possède encore ceux de l'évangéliaire de saint Molaise (xie siècle) \ du missel de Stowe (xie siècle)2, du Cathach ou psautier de saint Columba (xie siècle)3, du livre de Dimma (xne siècle) '*, et enfin celui que Ton nomme Domnach Airgid [dominica argenti, église d'argent) à. Ce dernier comprend trois petites caisses, qui s'emboîtent les unes dans les autres. La plus petite est en if, la seconde en cuivre plaqué d'argent, la troisième en argent plaqué d'or. Une inscription prouve que cette dernière n'a été exécutée qu'au xive siècle. Les deux autres sont plus anciennes. On a longtemps cru que ce cumdach avait été destiné à contenir l'évangéliaire dit de saint Patrice, manuscrit du vme siècle, appartenant à l'Académie royale d'Irlande, que l'on appelle, lui-même, du nom de son prétendu réceptacle, Domnach Airgid.
S 3. — Les manuscrits et la miniature.
L'Irlande, quoiqu'on ait pu dire, possédait sûrement des livres avant l'introduction du christianisme, mais en très petit nombre6. Dès les débuts du christianisme il fallut pourvoir aux nouveaux besoins intellectuels, liturgiques et spirituels des crovants ; et les scribes se mirent résolument à transcrire des manuscrits en grand nombre, tant profanes que sacrés, traités de grammaire, ouvrages des anciens, livres bibliques,
I. Fig. chez G. Coffey, pi. vnr, et Marc. Stores, E. C. A. I., p. 93.
i. Fig. chez Romilly Allen, op. cit., en face de p. 170.
3. Fig. chez Sir William Betham, Irish Antiquarian Researches, Dublin, 1827, pi. VU.
*. Fig. chez Betiiam, pi. vi et Marc. Stores, p. 97.
5. Cf. J. H. Bernard, dans les Tr. R. I. A., xxx, 1893, p. 304 305.
G. Voir Victor Tourneur, Esquisse d'une histoire des études celtiques Bibliothèque de la faculté de philos, et lettres de l'Univ. de Liège, fasc. xv), Liège, 1905, p. 46.
ouvrages liturgiques, traités des Pères, etc. C'est presque uniquement de l'œuvre paléographique des Irlandais que nous sommes réduits à nous occuper ici, car les manuscrits provenant des autres régions celtiques sont beaucoup moins nombreux, moins anciens, et aussi bien moins intéressants au point de vue esthétique. Mais les mains irlandaises du moyen âge n'ont nulle part fait preuve de plus de dextérité, d'ingéniosité, de souplesse et d'initiative que dans l'art de transcrire et d'orner les manuscrits religieux, dont plusieurs méritent d'être classés parmi les plus belles productions existantes de la calligraphie et de la miniature.
Les scribes étaient des personnages très considérés dans les monastères et dans la société. Leur pretium sanguinis était aussi élevé que celui d'un abbé ou d'un évêque '. Ils faisaient suivre leur signature de la mention de leur qualité de scriba. Le scribe d'un évangéliaire célèbre appartenant à la Bodléienne, qui vivait vers l'an 820, signe : « Mac Riagoil nepos Magleni, scriba et episcopus abbas Biror 2 ».
Mais, sous les ordres du scribe principal, travaillait, dans le scriptorium du monastère, tout un groupe de copistes subalternes, manœuvres obscurs, qui ne paraissent pas avoir été toujours satisfaits de leur genre d'occupation. Volontiers ils prenaient pour confident de leurs impressions le parchemin sur lequel ils peinaient. Les marginalia des manuscrits nous révèlent ainsi dans son intimité l'existence monotone et dolente de ces plumitifs. A côté de souscriptions comme celles-ci qui traînent dans tous les manuscrits de la chrétienté : « Très digiti scribunt, sed totum corpus
l. Canones Hibernenses chez d'Achéry et Martène, Thésaurus novus uneco'otorum, Pariais, 1717, t. IV, col. 6.
•2. Voir sur les scribes irlandais l'art. Scribhneoir du Dictionary of Christian Antiquities de Smith; Skene, Celtic Scotland, t. II, p. i23 et M. Stores, E. C.A. I., p. 10.
laborat », « Sicut naviganti dulcis est portus, ita scriptori novissitnus versus », ou bien encore : « Vinum scriptori debetur de meliori», on rencontre dans les manuscrits irlandais maintes réflexions originales, les unes pieuses, les autres attristées et mélancoliques, d'autres naïves, d'autres bouffonnes. Les unes sont écrites en latin, les autres en irlandais; en voici quelques exemples :
« Je me souviendrai, ô Christ, d'avoir écrit ceci pour toi, carje me sens bien las aujourd'hui. Dimanche soir. » (Leabhar Breac, p. 46, marg. inf.) — « Auctor adjuva lucis aeternae. » « Une bénédiction pour l'âme de Fergus. Amen. J'ai bien froid. » « O ma poitrine, sainte Vierge. » (Codex Sangallensis 904, ixe s., passim.) — « Hélas! ô ma main, que tu as écrit sur le blanc parchemin! Le parchemin, tu l'a rendu fameux, mais toi, que deviendras-tu? L'extrémité décharnée d'un fagot d'os. » (Ms. H, 3, 18 de Trinity Collège, Dublin, p. 478. marg. inf.) — « Voici une page qui a été écrite très lentement. » « Le parchemin est rugueux. » « Hélas ! ma main. » « Mauvais parchemin, mauvaise encre. » « Oh ! je ne dis plus rien. » « Midi. » « Sudet qui légat {sic), difficilis est ista pagina. » « Tertia hora. » « Tempus est prandii. » (Cod. Sangall. 904, passim.) — « La nuit tombe, c'est l'heure du souper. » (Thés. Pal. II, p. xx). — « Quelle pitié d'être comme moi sans autre ami qu'un chien, sans autre serviteur que ses propres mains, n'ayant en guise de gobelet que son soulier. » (Ms. Harl. 5280, fol. 46£.)
L'hypothèse de M. Lindsay, qui voit dans beaucoup de ces marginalia des vestiges de « conversations écrites » entre les copistes que la police du scriptorium obligeait au silence, me paraît plausible '.
i. W. M. Lindsay, Early Insh Minuscule Script (S t Andrews Univer-
LES ARTS CHRETIElNS. 333
A la fin du codex, le scribe ou le miniaturiste manquait rarement de réclamer, dans une souscription humble et pressante, la prière du lecteur. Voici comment s'exprime Mac Regol à la fin de son évangéliaire : « Mac Regol depincxit hoc euangelium. Quicumque legerit et intelligent istam narrationem orat (sic) pro macreguil scriptori ». Bien que souvent plusieurs scribes collaborassent à la transcription d'un même manuscrit, il arrivait parfois que celui qui l'achevait ou bien le chef du scriptorium ne se faisait point scrupule de rédiger la souscription comme s'il avait été seul à écrire le tout1.
Les scribes se plaignent parfois de la rugosité du parchemin. Celui dont les Irlandais se servirent du vne au xe siècle est généralement beaucoup plus épais que celui employé sur le continent à la même époque. Pourtant le parchemin du livre de Kells est très fin et par endroits même transparent. On employait la peau de mouton, celle de veau et celle de chèvre. On ne se montrait pas très difficile sur la qualité de la matière : le parchemin est parfois troué ; quelquefois de méchantes rognures d'un format insuffisant tiennent lieu d'un feuillet. L'instrument employé pour écrire était la plume de cygne, d'oie ou de corbeau 2.
Les écritures irlandaises dérivent des écritures latines. Les Irlandais ont employé deux sortes d'écritures : une semi-onciale d'un type particulier, que caractérise le traitement aigu de certains jambages et de certaines hastes, arrondis dans la semi-onciale romaine, notamment dans les lettres a, f, g; l, r, et une minuscule
tity Publications N° VI), Oxford, 1910, p. 42. Des mots comme ceux-ci : > J'irai alors si vous le préférez », écrits dans la marge du Cod. 904 de St-Gall, p. 210, ne peuvent guère s'expliquer que de cette manière.