‹ Les chrétientés celtiquesChapitre 41 sur 301 · Hist nat., xxx · texte numérisé non relu

Hist nat., xxx

ciens qu'ils figurent ordinairement dans la littérature du pays. Ils passaient pour avoir le pouvoir de produire d'épais brouillards, défaire pleuvoir des averses de feu ou de sang, de faire tomber la neige, en plein été, de soulever des tempêtes sur terre ou sur mer, de rendre les hommes déments {. Les chrétiens paraissent avoir redouté la puissance de leurs incantations. Dans sa fameuse lorica, Patrice demande à Dieu de le protéger « contre les incantations des faux prophètes, contre les lois noires du paganisme..., contre les charmes des femmes, des forgerons et des druides 2 ». Il est raconté que, pour mettre l'armée de Diarmait Mac Cerbaill, roi suprême d'Irlande, à l'abri d'un coup de main de l'ennemi, le druide Fraechan Mac Teniusain posa en avant des troupes une barrière magique [airbe drûad). Celui qui osait traverser ce rempart était tué instantanément. Saint Columba, pour ruiner le pouvoir de Fraechan, aurait alors invoqué Jésus, « son druide » ; aussitôt la valeur défensive de la barrière druidique s'évanouit, l'armée de Diarmait perd tout courage et se fait battre 3. Les vieux documents irlandais sont remplis de faits analogues. Cela montre combien la croyance à l'efficacité des charmes et des incantations était profondé-

1. Joyce, The Story of anc. Irish Civilisation, p. 23; du même, S. H., I, p. 246.

2. Tr. L., p. 50. Trad. franc, chez G. Dottix, Les livres de S. Patrice apôtre de l'Irlande, Paris, s. d., p. 56. — M. Joyce voit des druidesses dans les femmes ici mentionnées. Il rapproche de ce texte un canon placé sous le nom de S. Patrice, où il est question des superstitions magorum et pythonissarum et auguriorum {I. K., p. 77). — Sur les maléfices des forgerons, consulter Doiglas Hyde, The Religious Songs ofConnacht, London et Dublin, 1906, t. II, p. 285. — Dans les Apocryphes éthiopiens traduits en français par H. René Basset (Paris, 1893-1900), on trouve des charmes contre les forgerons.

3. Cf. d'Arbois, Druides, p. 9i sq. — Les A. T. (R. Cel., xvn, 4896, p. 143-144). faisant allusion à ce fait, mettent les paroles suivantes dans la bouche de s. Columba : « Il y a mon Druide qui ne me refuse pas: c'est le fils de Dieu qui me viendra en aide. »

ment enracinée dans les esprits. A l'époque chrétienne, le pouvoir de la magie forme encore le fond le plus durable des superstitions '. Un recueil pénitentiel ne juge pas inopportun, au vme siècle, d'édicter une sévère pénitence contre le péché de « druidisme » (druidechta), où il faut reconnaître évidemment la pratique des arts magiques 2.

g 11. — La doctrine de la réincarnation des âmes ; 1 Elysée celtique.

Au fond des traditions religieuses des Gaëls et des Bretons on trouve la croyance à l'incarnation des puissances surnaturelles dans un corps mortel. Ces êtres mystérieux ont même la capacité de se réincarner plusieurs fois, de revêtir de multiples formes humaines ou animales, ou de prendre l'aspect de choses matérielles. Ces métamorphoses successives ne sont point motivées, comme dans certaines mythologies, par des idées de récompense ou de châtiment3. Elles n'ont point de portée morale. Leur signification est purement magique et naturiste. « L'eschatologie irlandaise, a-t-on observé, est dénuée de toute signification éthique4. »

La sanction morale n'apparaît pas davantage dans

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