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CHAPITRE IV

$1. — Causes et date de l'émigration.

Il s'est produit plusieurs opinions sur les causes de l'émigration des Bretons insulaires en Armorique.O n a cru longtemps qu'ils avaient fait la conquête de la péninsule dès la fin du ive siècle, conduits par le tyran

BIBLIOGRAPHIE. — Sources : Haddan et Stubbs, C. E. D., II. — Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Paris, 174-2, 1. 1. — Jornandes, Getica (M. G., Auct. ant., V).— Sidoine Apollinaire, Epistolae {M. G., Auct. ant., VIII). — Marius d'Avenche, Chronicon (Bouquet, II). — Grégoire de Tours, Historia Francorum, I. iv et v. — Venance Fortunat, Carmina, m, 8. — Du même, Vita Paterni(M. G., Auct. ant., IV), Vita Beati Maurilii (ibid.).

— Vies des saints Melaine, Samson, Pol Aurélien, Malo, Tutwal Guénolé, Brieuc, etc..

Mansi, Concil., III, VII, IX, XV.

Chronique de Nantes (570env. à 1049), éd. René Merlet {Collect. de textes pour serv. à l'ét. et à l'ens. de l'histoire), Paris, 1896. — Gesla Sanctorum Rotonensium, éd. Mabillon ( Acta Sanct. 0. S. B., IV, 2). —

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J. Loth, De voci» Aremoricaeusque ad quintum post Christum nation saeculum forma atque significatione, Redonibus, 1883. — Du même,

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Maxime et par Conan Mériadec, exterminant les indigènes et s'installant à leur place. Personne ne songe plus aujourd'hui à soutenir un tel système, dont la base est toute légendaire1.

La thèse de Thomas Wright est encore plus inattendue. Suivant lui, il n'y aurait pas eu d'émigration bretonne en Armorique ; ce seraient, au contraire, les Celtes d'Armorique qui auraient peuplé le pays de Galles pendant la période où le reste de l'île était conquis par les Anglo-Saxons 2.

Un critique récent, qui place l'émigration à la lin du ivc siècle, a prétendu qu'elle aurait été déterminée par l'envahissement de la Bretagne occidentale par les Scots venus d'Irlande. Harcelés et dépossédés par ceux-ci, les Bretons auraient été obligés d'abandonner leur patrie3. Il est certain qu'il y eut des établissements irlandais dans cette partie de l'île, mais ils n'eurent point le caractère et l'importance que leur attribue cet auteur, et aucun texte historique ne signale la présence

Les mots latins dans les langues brittoniques, Paris, 1892.— Émigration..., Paris, 1883. — Les langues romane et bretonne en Armorique {R. Cet., xxvin, 1907). — Les noms des saints bretons [R. Cel., xsix, 1908, xxx, 1909.

F. Lot, Mélanges..., Paris, 1907.

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L. Dcchesne, Les fastes êpiscopaux des Églises des Gaules, t. II.

René Merlet, L'émancipation de l'Église de Bretagne (Le Moyen Age, 1898).

1. Gallet et I)om Morice ont tiré cette fable, au xviii* siècle, de Caulrei de Monmouth. Voir une réfutation en règle de cette théorie

chez La Borderie, H. Br., II, p. 441-436. — Dom Plaine a cru à une colonisation pacifique, datant duive siècle, connexe aux entreprises de Maxime et à la légende de sainte Ursule. Voir La colonisation de V Armorique par les Bretons insulaires, Paris, 1899.

2. Th. Wright, On the Origin of the Welsh (Archaeologia Cambrenis, 3e sér., IV, 1858, p. 289-305).

3. F. Lot, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, lxi, 1900, p. 547-549.

des Bretons en Armorique avant la seconde moitié du ve siècle.

D'après les témoignages les plus autorisés, cène sont pas les Scots, mais les Anglo-Saxons qui ont contraint les Bretons à passer la mer. Les premières descentes de ces envahisseurs datent, nous l'avons vu, de l'an 428. Leur nombre s'accrut rapidement dans le cours des années qui suivirent. Ils se mirent aussitôt à parcourir le pays en diverses directions, semant partout la terreur et les ruines. Dès le début, et durant longtemps, les Bretons leur tinrent tête; mais de nombreuses populations, dépossédées de leurs biens, expulsées de leurs territoires, s'enfoncèrent dans les régions extrêmes de l'Ouest, et là, acculées à la mer, n'eurent bientôt plus d'autre ressource que de gagner une terre étrangère * .

Certains allèrent s'établir jusqu'en Galice. Les conciles de Lugo, de Braga, de Tolède mentionnent des évêchés et des évêques bretons dans ce pays au vie et au vne siècles. Le siège de Britonia en Galice survécut au moins jusqu'en l'an 900 2.

La plupart des émigrants abordèrent aux côtes d'Armorique. Dans la seconde moitié du ve siècle, ils s'étaient déjà fixés en grand nombre dans ce pays. Un certain Mansuetus qualifié « évêque des Bretons », sans désignation de siège, est présent au concile de Tours de 461 3. Douze mille Bretons atteignent, vers 470, par l'Océan le pays situé au nord de la Loire et

1. Toute cette matière a été étudiée à fond par M. J. Loth, Émigration, en. iv, § 1, et par le même dans divers articles de la Revue celtique que nous indiquerons ci-après. — Voir, d'autre part, les conclusions de M. F. Lot dans l'Annuaire de l'École pratique des Hautes Etudes, 1908-1909, p. 62.

2. CE. D., II, p. 92-101.— Fita, Concilio Ovetense del ano 000? Texlo inedito (Boletin de la Real Academia de la Historia, xxxvm,

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