Les Chroniques de l'homme masqué
Ça, camarade, ce n'est pas de jeu. Vous gardez votre masque et vous me faites venir, frimousse à Tair.
Pourquoi donc?
J'aurais dû rester dans mon coin — pour vous et pour moi : pour vous, qui n'avez que faire de paraître un timide, après avoir joué la crânerie : pour moi, qui n'engage pas que mon nom, quand je prends un trognon de plume et que je le promène sur un chilfon de papier.
Mais c'est bien pour cette raison, malin que vous êtes, que vous m'avez appelé.
Moi aussi, je porte un masque, et, si mon style lance parfois des lueurs, c'est qu'il n'est qu'un loup, par les trous duquel passe l'éclair des yeux de la foule.
il PREFACE.
Je ne compte pas, ne veux pas compter ! Je no suis que le porte-parole d'un monde qui a pins connu de Mercredis des cendres que de Mardis gra s, d'une innombrable armée de soldats inconnus comme vous. A ceux-là, non plus, on ne leur voit pas le visage. Ils travaillent tout le jour, la tête basse, penchés sur le morceau de pain qu'il faut arracher de l'étau. Quand, soudain, ces fronts se relèvent, c'est que le souffle des révolutions a passé ; mais alors encore, les traits disparaissent sous un voile de sang ou de fumée, dans le brouhaha du canon.
Vous savez que j'ai, de bonne heure, plongé dans ce brouillard pour y vivre de la vie des plébéiens.
A mes bons moments, c'est la face du peuple qui est collée et qui frémit sur les pages que je jette au vent de la place publique.
Vous avez voulu savoir quelle grimace cette face ferait devant votre bouquin.
Après tout, je vous remercie, au nom des irréguliers et des blousiers, et je viens vous dire, au galop, ce qu'on peut bien penser de vous, dans le 101e Réfc'actaire ou dans le faubourg Antoine.
Eh bien, mon cher, votre livre me botte et bottera les camaros, parce qu'il sent le roussi,
PRÉFACE. m
parce qu'il Heure par endroits le mépris d'un tas de choses qu'on dit sacrées.
Si vous vous effrayez de ces éloges, s'ils vous font chasser des bals tranquilles, masque qui avezpeur d'être entraîné sous l'Horloge, non point celle de l'Opéra, niais celle des Tuileries, arrêtée à 9 h. moins 5, le 21 mai, — tant pis pour vous!., .levons envoie tout de même mes compliments de fédéré en vacances! Attrape, bourgeois qui as voulu faire le joli cœur avec nous etquipensesà t'échapper, si la fille de Barbier t'embrasse : celle qui n'est pas une comtesse et porte un bonnet rouge tatoué sur le bras.
Emeutier de salon qui te serais grisé chez Aspasie et dont la queue de pie frétille aux fêtes de Juliette, regarde : la Marianne te sourit et te salue.
N'aie peur : je ne veux pas te tatouer comme elle, te marquer d'un signe, t'immatriculer, recrue que je n'ai point vue par les chemins où nous avons passé.
On t'a dit que nous enrôlions de force et que nous étions des goujats. On t'a menti !
Mais nous manquons de fifre*s en tête du bataillon, — de fifres, qui, comme l'Ecossais jouant du pibroch pendant qu'on se disputait Waterloo, nous joueraient des airs de gaieté française tandis que la sainte canaille irait de l'avant — sans