‹ Les Chroniques de l'homme masquéChapitre 18 sur 35 · LE FISC · texte numérisé non relu

LE FISC

épargnes et souvent celle de leur pain? Ils ont expédié des papiers jaunes, des papiers bleus, des papiers verts à de malheureux travailleurs, et ils ont déposé chez nos concierges des menaces de saisie et de garnison collective.

Pipelet sait déjà que vous êtes en retard et il le raconte à Vautour. On jase fortement dans les corridors. Si l'oubli ou le retard se renouvelle à l'autre trimestre, voilà votre crédit perdu. Ah ça! de quel droit ces animaux-là se permettent-ils de propager sur des torche... multicolores des bruits nuisibles à la considération des citoyens ? Qui est-ce qui les autorise à publier que j e dois encore à l'Etat deux francs soixantedix-sept sur ma part d'impôt locatif? En voilà des mœurs ! Us ont le droit de me saisir, de me vendre, bien ; mais de me délivrer des mauvais points rouges et citron, non pas. Si ce sont des avertissements, qu'ils les remettent en mains propres, et non pas dans les mains sales des cerbères. Et si on n'est pas là, qu'ils reviennent !

C'est une chose inouïe, renversante et infâme que des percepteurs français ne se donnent même pas la peine de placer sous enveloppe les menaces coercitives qu'ils adressent aux contribuables en défaut. L'Etat tient donc beaucoup à leur salive ? Les pains à cacheter sont donc si chers !

Mais ce n'est pas tout. Quelquefois de pauvres femmes éperdues par une menace orange ou vert pomme, se précipitent, le dernier jour, leur ménage fini et les marmots repus, dans les cages perceptorales de leur quartier ; elles apportent contributions, amendes et intérêts, dans leur mouchoir. Elles arrivent

à quatre heures moins dix, et la grille ferme à quatre heures. Si elles ont à. attendre que trois autres aient passé, les voilà prises, car la grille descendra à quatre heures sonnant, comme le triangle de la guillotine. Le lendemain matin elles auront l'huissier chez elles. Aimables manières du Fisc !

Pardon, quel est l'article de loi qui décrète que les impositions seront perçues dans les bureaux de perception, et non ailleurs? Où est-il le texte qui force des gens, dont la journée est précieuse, à perdre cinq heures devant les guichets, sur des banquettes, et à revenir si les fîscaillons déjeûnent? Est-ce que, par hasard, on ne pourrait pas toucher au domicile du contribuable ? La Banque de France a bien des garçons de recettes, pourquoi donc le ministère des finances n'en aurait-il pas ? Est-ce que vous me remboursez mon temps perdu, est-ce que vous m'indemnisez des cinq heures que j'ai gâchées à regarder grignoter vos ouistitis rageurs? Quelle drôle de situation on fait au citoyen français ! Y avez-vous réfléchi? Gomme électeur, on lui baise les pieds, comme contribuable, on les lui écrase.

On peut être un grand peuple cependant sans imposer des mœurs d'huissier à ses fonctionnaires. Je parle des huissiers. En voilà encore de jolis cocos, ces magistrats ! Tout se fait en famille avec eux, c'est charmant. Il vous tombe un protêt : (notez que ce protêt est le point de départ d'un procès que peut-être vous gagnerez !) N'importe, l'huissier arrive à l'huis, et si vous êtes absent, ce qui arrive, il dépose onctueusement son pli imagé dans le sein de votre cuisinière. Dix minutes après, vous rentrez : la cuisinière

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