LE FISC
17 août 1881.
uel est le député qui veut être populaire en vingt-quatre heures? Ne parlez pas tous à la fois, comme chante Banville en ses ballades*.
Je n'ai pas dit, veuillez le remarquer : quel est le député qui veut être élu, réélu, àl'unanimité, toujours, par tous les partis et à tous les modes de scrutin, validé autant que sultanes de ce nom? Je n'ai pas dit : quel est le député désormais imballottable qui désire échapper au roulis électoral, distribuer des bureaux de tabac jusque sur son lit de mort, dans sa dernière prise, et faire passer des routes, sans but, au travers des propriétés sans valeur de ses amis sans le sou ? Tout cela va de soi,, et c'est trop simple. J'ai dit : populaire. Je garantis la popularité, le cœur du peuple, la statue sur Je tombeau, les pèlerinages enthousiastes et tout, voire l'immortalité, s'il en reste à Vapereau. Oh! mon Dieu, c'est bien simple, vous allez voir:
vous prenez une feuille de papier et vous écrivez dessus, simplement, la proclamation ci-dessous :
« Electeurs, Contribuables.
« Mon rôle à la Chambre, si vous m'y envoyez, se bornera à ceci : à chaque séance, quelle que soit la question discourue et traitée par mes collègues, je me lèverai et je dirai :
« Au nom du Peuple Français, je demande que les impôts, dîmes, contributions et billets de crédit soient
perçus POLIMENT.
« Et jusqu'à satisfaction complète, toujours je me lèverai et toujours je prononcerai cette seule et même phrase : Au nom du Peuple Français, je demande... comme il précède.
« Electeurs, si ce rôle de raseur vous semble devoir être rempli fructueusement par un homme de bonne volonté, nommez-moi. Je ne suis pas la vache à Gambon, mais je suis de sa famille. »
Ce petit poème en prose ainsi tourné, vous le portez à votre imprimeur, qui le transmet à votre afficheur, lequel le colle au hasard sur n'importe quel mur, — et vous m'en direz des nouvelles !
Oh ! les impôts perçus poliment, sans brutalité, sans goujaterie, par des individus simplement convenables, et qui n'aient pas l'air de vous dire : « Vous êtes bien heureux que je consente à prendre votre sale argent avec mes doigts au lieu de pincettes ! » Les avez-vous vus dans leurs cages de perception, ces singes maussades, renfrognés, bougons, déshonnêtes, à qui les pauvres gens apportent héroïquement la fleur de leurs