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LA REPUBLIQUE ARTISTE

heureux, jamais être ne fut plus déshérité des fées et des Muses ! Peinture, poésie, mjisique, tout lui était fermé comme par la fatalité. L'historiographe de la cour des Tuileries (à toi, ô Adrien Marx !) n'aura pas à enregistrer un fait, un mot, une velléité, un soupir artistique émanant de ces trois infortunés : le père, la mère et l'enfant. Ils aboyaient à la musique; ils faisaienl bô ! bé ! aux beaux vers ; ils commandaient des choses à Gabanell Pendant le second empire, l'art a dardé de Guernesey, même pour les fidèles du prince ténébreux. Certes, la France fournissait sa moisson régulière d'artistes ; mais aucun ne vivait et ne produisait sous l'aile de l'aigle aux yeux crevés.

Triste époque ! Ne la recommençons pas ; voulezvous ? La République n'est pas la propriété exclusive des professeurs de droit qui l'ont mise dans ses meubles. Je vous avertis qu'elle a horreur de l'esprit pion et que les purs la suffoquent. La République est une bonne fille, à l'esprit vaste et au cœur sensible, qui saura parfaitement visiter les ateliers, si vous la laissez agir, qui s'y fera aimer, et même y posera pour les maîtres. Elle n'est ni prude, ni farouche, et elle est autrement belle que la royauté ou l'empire, ces vieux modèles décatis. Soyez tranquilles! elle saura ramasser comme il sied les pinceaux des Titiens tombés à terre comme le premier d'Orléans venu, elle montera à un Decamps la culotte qu'a laissée un tailleur chez le concierge, et elle jouera délicieusement son rôle de noble amie et de protectrice délicate.

Vous pouvez vous en fier à elle, mais, pour l'amour de Dieu, laissez-la sortir seule et seule se charger de sa popularité, cortège de pions que vous êtes.

Le Français ne vit pas seulement du pain sec de la politique, mais aussi de tout miel qui tombe des lèvres de ses poètes, de ses musiciens, de ceux enfin qui boivent aux sources sacrées de l'Art. Aussi féru que l'on soit de prosélytisme, quand on jouit d'une peinture, on ne demande pas dans quelle mesure elle peut servir à la fixation des droits de l'homme, ou si le peintre bien pensant a employé les trois couleurs nationales. Ce serait une bêtise amère. Cette bêtise, dois-je vous dire, nos pédagogues la commettent tous les jours. Ils jugent l'œuvre d'art à son degré de civisme. Je mets en fait que le lauréat bien avisé qui, dans un concours, représenterait aujourd'hui les neuf muses dansant sur le Pinde avec neuf écharpes tricolores, aurait pour lui sinon la faveur du jury, du moins l'attendrissement patriotique de M. Turquet.

Certes ! loin de moi l'idée de désobliger cet excellent homme, tout farci de bonnes intentions. Mais comme il personnifie éloquemment le goût artistique du gouvernement actuel ! Un zèle énorme, un désir de bien faire qui va jusqu'à trépigner sur place, une épouvantable bonne volonté. Si on écoutait M. Turquet, tous les pianos de l'univers joueraient la Marseillaise à quatre pattes, et, dans toutes les chaumières de France et de ses colonies pénitentiaires, il

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