LES AVOCATS
qui ne serait pas raisonnable. Il peut y avoir des p « > i : 1 1 s de ressemblance, en'rj Bétojaud et Alcindor, mais qu'il soil tout Alcindor, vous ne le voudriez pis! Ainsi donc, cher maître ue lisons au tribunal que les parties des romans qui auront un rapport immédiat avec le> cas dont il doit juger. Votre réforme est là. Ne le gâchez pas par des enthousiasmes, que je partage, pour l'un des plus beaux livres qui aient été écrits en langue française, un livre digne d'un poète antique, d'une pureté de forme et d'idéal sans pareille, un hymne à la beauté plastique, chanté, en plein gothisme catholique par un Alcibiade de vingt ans.
DEUX SOUS DE xNATUUALISME
13 mai.
n aurait tort de vouloir confondre la bataille de Médan avec celle de Sedan : elles n'ont de rapports entre elles que par une quasi homonymie qui ne suffira certainement pas à dérouter l'histoire. Médan, près Poissy, est un lieu... d'aisance et de plaisance, où de jeunes fanatiques, prosternés nuit et jour devant un cheik constipé, écoutent les gargouillades sacrées de son ventre et tâchent de les imiter p^ar des bruits de bouche similaires. Leur conviction est profonde et leur dévouement absolu. Ces hachichins nouveaux entretiennent leur enthousiasme en mâchant le chanvre de la bêtise, le foin des gros mots et le doux guano vert que le cheik, pareil à l'oiseau Rock, laisse tomber dédaigneusement à ses pieds quand il se débonde. L'initiation se fait simplement et sans mystère. Vous connaissez l'histoire de la fille du vuidangeur?
Il était une fois un vuidangeur illustre et opulent qui. avait une fille belle comme le jour ; elle s'appelait
Foirette. Foirette était vivement courtisée, pour ses appas autant que pour sa dot, et elle comptait nom- Ire de soupirants. L'un d'eux, le fils d'u:i parfume d \ osa risquer sa demande. •• Tu pues la rose! dit le père en contractant les narines avec dégoût, je n'en augure rien de bon pour tes aptitude? à me succéder et à continuer mon commerce. » Et, ce disant, l'illustre vuidangeur décrocha un grand sabre de sa panoplie. « Viens avec moi », dit-il au muscadin, et il l'emmena dans ses laboratoires.
Or, dans ces laboratoires, il y avait des tonneaux vides et il y avait aussi des tonneaux pleins. L'illustre vuidangeur piqua du sabre l'un de ces derniers et il dit encore au soupirant de sa Foirette : « Entre là dedans, et jusqu'au cou ! » L'enfant des parfumeurs, ardent d'amour, y entra résolument ; mais lorsqu'il y fut entré de telle sorte que sa fine tête pommadée passât seule hors du tonneau, le père retroussa sa manche et, d'un revers, fît voler le sabre au ras du fût. L'amoureux s'immergea. Il eut la fille. L'initiation des Médanistes s'opère de la même manière, c'est-àdire que le postulant doit entrer tout entier dans les productions du cheik, sans qu'un cheveu surnage. C'est le baptême naturaliste ; après quoi il est trempé pour le combat.
Ce combat, auquel la postérité conservera le nom de Bataille de Médart, que je lui donne, — j'ose du moins l'espérer, — s'exerce depuis cinq ou six années contre le beau style, le bon goût, la politesse d'esprit, l'imagination, le talent, contre tout enfin ce qui fait que la France est la France et qu'il y a honneur et plaisir à parler sa langue, à vivre sa vie, à être de ses
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enfants. A certaines dates <l<i colique le cheik se hrnce, lui et les siens, sur l'un des hommes <|ui représentent le mieux ces dons nationaux et il l'encambronnise. Tantôt c'est Victor Hugo qui écope, et tantôt c'est Théophile Gauti srqui reçoit l<i pa [uet gluant. Debout parmi ses munitions, le ch ûk ruisselle, et il passe sa langue dans sa barbe, belle de moutarde et fumante. Autour de lui, les petits hachichins, les yeux hors de la tête, font : bran ! bran ! sur des tambours, bombardent et pétardent. C'est le sublime carré de Waterloo-closet.
Nos glorieuxmaîtres, ilestvrai, reçoivent la charge de dos et continuent leur route radieuse sans même secouer leurs vêtements imperméables. Ils savent d'ailleurs que l'injure des sots est l'engrais des génies et qu'il précipite les floraisons immortelles. On ne saurait croire à quel point les trois ou quatre baquets que le cheik a versés sur l'œuvre de Gautier ont fait terreau et quelle vigueur en a prise la fraîche gloire du poète. Pour mon compte, je n'en avais jamais douté et lorsqu'on me parlait des débordements du cheik sur cette chère mémoire, je me bornais à répondre : laissez-le faire, — faire étant le mot propre.
Aujourd'hui, le plan de campagne est changé : c'est au hasard du jet que l'illustre vuidangeur dirige ses purgations. On ne passe plus rue Drouot le dimanche. Il y a là une fenêtre dangereuse pour les . promeneurs distraits ; c'est de là que le cheik braque ses lunettes et qu'il dirige la bataille, la grande bataille de Médan. On l'aperçoit derrière les rideaux, sans chandelles, et on le reconnaît aux rotondités de sa face. Gare là dessous ! Voilà la mitraille. Barbey
d'Aurevilly, Ranc et Scholl y ont perdu des gilets tout neufs, de beaux gilets à fleurs, jolis comme tout. Quelle drôle de bataille que la bataille de Médan ! C'est dans « l'Art de pété », édité en Westphalie, sans doute, que le cheik a appris la guerre et les mouvements tournants ; il n'y a que ce manuel pour enseigner ainsi à utiliser ses derrières et à tirer parti des tranchées. D'ailleurs, comme génie militaire, le cheik n'en est encore qu'au siège de Toulon, pendant lequel le grand Napoléon, etc., etc., On connaît la chanson.
Mais le temps marche et les jeunes fanatiques s'exercent à leur tour ; et quand le Vieux de la Montagne laissera tomber ses bras lassés et glorieusement bitumineux, les lieutenants continueront la bataille, la rude bataille de Médan. Jusqu'à présent le Vieux n'avait risqué que l'oplite Alexis. Dans les grands cas, il s'écriait : Faites donner l'oplite Alexis ! et l'oplite Alexis donnait. C'était terrible, en cela qu'il donnait comme un bœuf. Bouse formidable, ayant un vague parfum d'encens, qui s'écrabouillait sur les personnes, et l'on disait : Ah ça ! qu'est-ce qn'il peut bien manger, l'oplite, pour que ça sente à la fois si bon et si mauvais ? Sans doute c'est de l'ail doux de Provence ! — Jours finis, voici l'oplite remisé, et l'on attend les vélites.
Vélites, on vous attend. La division Céars est déjà signalée et le corps Huysmans est en train d'opérer sa jonction avec la réserve Hennique, près d'un champ de haricots, en plein vent. Ça va être dur, si ça commence. L'artillerie se ravitaille sous la direction des colonels Vast et Riconard.Ohé ! tas deLamartines!