DESCRIPTION DES CHUTES DU NIAGARA PAR HENNEPIN
(Vues en 1678). (D
" Description des chutes de la rivière Niagara que Ton voit entre le lac Ontario et le lac Erié:"
" Entre les lacs Ontario et Erié il y a une grande et prodigieuse colonne d'eau qui tombe d'une façon surprenante et étonnante car l'univers n'en présente pas de pareille. Il est vrai que l'Italie et la Suisse se vantent de l'existence de merveilles de ce genre, mais il est bon de dire que ce sont de pauvres modèles en face de celles dont je vais parler.
Au pied de l'horrible précipice nous trouvons la rivière Niagara qui n'a plus qu'un quart de mille de largeur mais qui est extraordinairement profonde en quelques endroits. Elle est si rapide en amont de la descente qu'elle entraîne violemment les, bêtes sauvages qui essaient de la traverser pour aller se nourrir de l'autre côté, car elles ne peuvent pas résister à la violence du courant qui les précipite invariablement la tête la première d'une hauteur de près de six cents pieds.
Cette chute merveilleuse se compose de deux grands cours d'eautransversaux et de deux chutes avec une île située au milieu. Les eaux qui tombent de cet horrible précipice écument et bouillonnent de la façon la plus hideuse, faisant un bruit plus terrible que le tonnerre; quand le vent souffle du sud,, leurs mugissements désordonnés peuvent s'entendre à plus de dix milles à la ronde.
1 Edition de Londres de 1698 (chapitre VII).
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La rivière s'étant jetée dans cet incroyable précipice, continue sa course impétueuse en un seul bloc sur deux lieux, jusqu'au Grand Rock déjà signalé avec une rapidité indicible. Mais, passé cela, son impétuosité se ralentit, elle glisse doucement le long de deux autres lieues jusqu'à ce qu'elle arrive au lac Ontario ou Frontenac.
Toutes les embarcations des plus grands bateaux peuvent remonter du fort au pied de la haute Roche déjà citée. Cette roche est à l'ouest et séparée de la terre par la rivière Niagara, à deux lieux en aval de la grande chute; sur ces deux lieues les gens sont obligés de remonter leurs bagages par terre par une très bonne route ; les arbres sont peu nombreux, surtout des pins et des chênes.
De la Grande Chute à cette Roche qui est à l'ouest de la rivière, les deux parois sont si prodigieusement hautes que cela fait trembler de regarder fixement l'eau s'écoulant avec une rapidité qu'on ne peut pas s'imaginer. Si ce n'était que cette grande cataracte qui interrompt la navigation, ils pourraient naviguer sur plus de quatre cent cinquante lieues, traverser le lac Huron et atteindre l'extrémité éloignée du lac Illinois, deux lacs que l'on peut facilement appeler de petites mers d'eau douce.
" Réimprimé d'après une plaque photographique de l'original dans le rapport du Service topographique de l'Etat de New-York 1879 ".)
LETTRE DE M. KALM, GENTILHOMME SUÉDOIS ACTUELLEMENT EN VOYAGE EN AMÉRIQUE, à SON AMI à PHILADELPHIE, CONTENANT UN RÉCIT PARTICULIER DE LA GRANDE CHUTE DU NIAGARA (1).
(C'est le premier aperçu, des Chutes du Niagara écrit en Angleterre.)
Albany, 2 septembre 1750.
Monsieur: — Après un assez long voyage, fait en peu de temps, je suis revenu en cette ville. Vous devez vous souvenir
1 < c<-i n'est pas publié dans les voyages de l'auteur, mais paraît dans l'annexe aux Voyages de John Partram de Pennsylvanie à Onondaga, Oswego et lac Ontario (J. Whiston et B. White, Fleet St., Londres, 1851).
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qu'en vous quittant, je vous ai dit que cet été, si le temps le permettait, j'irais voir les chutes du Niagara, une des plus grandes curiosités du monde. Quand je suis revenu de Quebec, Tannée dernière, vous m'avez fait plusieurs questions au sujet de cette chute et je vous ai dit ce que j'avais appris au Canada de plusieurs gentilshommes français qui avaient été là, mais ce n'était que de ouï dire; je ne pouvais rien vous certifier parce que je ne les avais pas vues moi-même, et je ne pouvais pas satisfaire ma propre curiosité et à plus forte raison la vôtre. Maintenant, depuis que j'ai été sur les lieux, je puis vous en fournir une description plus exacte et plus satisfaisante.
Après un voyage fatigant, d'abord à cheval, à travers le pays des sauvages des Six Nations jusqu'à Oswego ; puis de là, en canot sur le lac Ontario, je suis arrivé le 12 août au soir au Fort Niagara. Les Français m'ont paru très perplexes à mon arrivée, s'imaginant que j'étais un officier anglais qui, sous prétexte de voir les chutes Niagara avait un autre objet en vue, mais aussitôt que je leur eu montré mes passeports, ils ont changé de manières et ils m'ont reçu avec la plus grande politesse. Les chutes Niagara sont à six lieues françaises du fort Niagara. Vous remontez d'abord sur l'eau la rivière Niagara durant trois lieues, puis vous remontez trois lieues par portage. Il était trop tard quand j'arrivai au fort et je ne pouvais songer aller aux chutes le même jour, mais je me préparai à y aller le lendemain matin. Le commandant du fort monsieur Beaujon, invita tous les officiers et les gentilshommes qui étaient là à souper avec lui. J'avais lu précédemment presque tous les auteurs qui avaient écrit quelque chose au sujet de ces chutes, et l'année dernière, en Canada, j'avais posé tant de questions à ce sujet que je croyais m'en être fait une bonne idée et maintenant, au souper, je demandai à ces messieurs de me dire tout ce qu'ils savaient et jugeaient valoir la peine d'être dit et ils agirent en conséquence. Je remarquai qu'au sujet de beaucoup de choses, ils étaient tous d'accord et quant à quelques-unes, ils différaient d'opinion, ce dont j'ai pris note particulièrement. Quand ils m'eurent dit tout ce qu'ils savaient, j'ai fait quelques questions au sujet de ce que j'avais lu ou entendu ; j'ai demandé si c'était vrai ou faux et j'ai consigné leurs réponses dans chaque cas. Mais, comme je l'avais constaté dans des voyages antérieurs, peu de gens observent avec exactitude les trava
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de la nature ou consignent la vérité avec précision. C'est pourquoi je ne suis jamais satisfait avant d'avoir tout vu de mes propres yeux, autant qu'il est en mon pouvoir. En conséquence, le lendemain matin, 13 août, au lever du jour, je me mis en route pour la chute. Le commandant avait donné des ordres à deux officiers du fort de m'accompagner et de tout me montrer et il envoyait par eux à M. Jonquières, qui avait vécu dix ans au portage et qui savait mieux que personne tout ce qui a trait aux chutes, des ordres de me montrer et de me dire tout ce qu'il savait. Un peu avant d'arriver au portage, l'eau de la rivière devint si rapide que quatre hommes dans un léger canot d'écorce avaient beaucoup de mal à remonter. Les canots peuvent remonter jusqu'à une demi-lieue en amont du commencement du portage, mais il faut travailler ferme contre un courant excessivement rapide; plus haut, c'est impossible, tout le cours de l'eau, sur deux lieues et demie jusqu'aux grandes chutes, est une série de petites chutes l'une au-dessous de l'autre, dans laquelle le plus grand canot ou bateau court le risque de chavirer. Nous avons débarqué et nous sommes mis à marcher pour remonter le portage ayant en plus de nous les côtés élevés et escarpés de la rivière deux grandes collines à gravir l'une après l'autre. Là, sur le portage j'ai vu plus de 200 sauvages dont la majorité appartenaient aux Six Nations occupés à porter des ballots de fourrures, surtout du daim et de l'ours. Vous seriez surpris de voir l'abondance de choses qu'on apporte en cet endroit. Un sauvage reçoit 20 pences par paquet qu'il porte, la distance est de trois lieues. A dix heures et demie du matin, nous arrivâmes à la grande chute que j'ai trouvée comme suit: la rivière ou plutôt le détroit va là du S.S.E. au N.N.O., et les roches de la grande chute sont transversales, mais pas en ligne droite; elles font presque la figure d'un demi-cercle du fer à cheval.
Au-dessus de la chute, dans le milieu de la rivière, il y a une île gisant aussi S.S.E. et N.N.O. ou parallèle aux côtés de la rivière, sa longueur est d'à peu près sept ou huit arpents français (un arpent est de 180 pieds). L'extrémité inférieure de cette île se trouve précisément au bord perpendiculaire, de la chute. De chaque côté de cette île coule toute l'eau qui vient des lacs du Canada savoir: Lac Supérieur, Lac Michigan, lac Huron, et lac Erié, qui, vous le savez, sont de petites
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mers plutôt que des lacs et recueillent de plus beaucoup de grandes rivières qui s'y jettent et dont la plus grande partie descendent cette chute Niagara. Avant que l'eau arrive à cette île, elle ne coule que lentement relativement à sa vitesse en passant l'île où elle devient l'eau la plus rapide du monde, coulant avec une vélocité surprenante en arrivant aux chutes; elle est très blanche et en quelques endroits est rejetée haut en l'air. Les plus grands et les plus forts bateaux seraient là culbutés et renversés. L'eau qui descend du côté ouest de l'île est plus rapide, plus abondante, plus blanche et paraît presque passer plus rapidement qu'une flèche. Quand vous êtes aux chutes et que vous regardez la rivière en haut, vous voyez qu'elle a partout une pente ressemblant au flanc d'une colline. Quand toute cette eau arrive à la chute même, elle se jette perpendiculairement. La surprise devant ce spectacle est incroyable. Je ne puis pas trouver de mots pour expliquer ce saisissement ! Vous ne pouvez le voir sans être terrifié; imaginer une telle quantité d'eau tombant d'une hauteur surprenante. Je ne donte pas que vous desiriez savoir la hauteur exacte de cette grande chute. Le Père Hennepin suppose qu'elle est de 600 pieds verticalement, mais on ne l'a pas cru beaucoup en Canada, le nom d'honneur qu'ils lui donnent là est "le grand menteur" ; il écrit sur des endroits qu'il n'a jamais vus. Il est vrai qu'il a vu cette chute, mais, comme beaucoup de voyageurs, il a une tendance à tout amplifier et c'est ce qu'il fait au sujet de cette chute du Niagara. Ce faible des voyageurs m'a causé beaucoup de désappointements et j'ai rarement eu le bonheur de trouver les merveilleuses choses que d'autres m'avaient décrites. Pour ma part, je suis amoureux du merveilleux, mais j'aime à voir les choses comme elles sont et à les raconter ainsi. Depuis le temps du Père Hennepin, cette chute, d'après toutes les descriptions qu'il en a données diminue de plus en plus, et ceux qui l'ont mesurée avec des instruments mathématiques trouvent que la tombée verticale de l'eau est exactement de 137 pieds. M. Morandrier l'ingénieur du roi en Canada, m'a assuré et confirmé par écrit que 137 pieds était la hauteur exacte et tous les messieurs français qui étaient avec moi à la chute s'accordent avec lui sans la moindre contradiction; il est vrai que ceux qui ont essayé de la mesurer avec un cordeau trouvent quelquefois qu'elle compte 140 ou 150 pieds
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et quelquefois plus, mais la raison en est qu'elle ne peut pas être mesurée ainsi avec certitude, l'eau emportant le cordeau. Quand l'eau est arrivée au fond de roche, elle rejaillit à une grande hauteur en l'air; en d'autres endroits, elle est blanche comme du lait ou de la neige et tout est en mouvement comme une chaudière en ebullition. Vous vous souvenez que Hennepin dit qu'on entend très loin le bruit de la chute. Tous les gentilshommes qui étaient avec moi, étaient d'accord que le plus loin où on peut l'entendre est à 15 lieues et encore, très rarement. Quand l'air est bien calme, vous pouvez entendre jusqu'au fort Niagara; mais c'est rarement le cas en d'autres moments, parce que, quand le vent souffle les vagues du lac Ontario font de bruit là contre la rive. Ils m'ont appris que quand ils entendent au fort le bruit de la chute plus fort que d'habitude, c'est l'indice qu'il soufflera certainement du vent de nord-est; cela paraît étonnant car la chute est au sud-ouest du fort et on supposerait que c'est plutôt l'indice d'un vent contraire. Quelquefois, m'a-t-on dit, la chute fait plus de bruit qu'à d'autres moments et cela est regardé comme une marque certaine de l'approche de mauvais temps ou pluie, les Sauvages le considèrent comme un signe certain. Quand j'étais là la chute ne faisait pas un bruit extraordinaire; auprès même des chutes nous pouvions entendre tout ce que nous disions sans parler plus fort que le ton de la conversation. Je ne sais comment on a trouvé un tel bruit ici, c'était probablement en d'autres occasions. Si vous vous rapprochez de cette vapeur ou de ce brouillard ou si le vent le souffle sur vous, il est si pénétrant qu'en quelques minutes, vous êtes mouillé comme si vous aviez été sous l'eau. J'ai envoyé deux jeunes français me chercher du pied de la chute au fond quelques échantillons de chacune des herbes, des pierres et des coquillages qu'on trouve là; ils revinrent au bout de quelques minutes et je croyais réellement qu'ils étaient tombés à l'eau; il leur fallut se déshabiller complètement presque nus et accrocher leurs vêtements à sécher au soleil. Quand vous êtes du côté est du lac Ontario, à bien des lieues de la chute, vous pouvez, tous les matins clairs et calmes, voir les vapeurs du lac monter dans l'air, vous croiriez que tous les bois du voisinage ont été mis en feu par les Sauvages si grande est la fumée que l'on voit. Vous pouvez le voir de la même façon du côté ouest du lac Erié, à bien des lieues de là.
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Plusieurs de ces messieurs français m'ont dit que quand les oiseaux arrivent en volant dans ce brouillard ou cette brume de la chute, ils tombent droit et périssent dans l'eau: soit parce que leurs ailes se mouillent ou parce que le bruit de la chute les étourdit et ils ne savent où aller dans la noirceur; mais d'autres étaient d'avis qu'il en meurt très peu ou jamais de cette façon, car tous sont d'avis que parmi le grand nombre d'oiseaux que l'on trouve en bas de la chute, il n'y en a pas d'autre espèce que ceux qui vivent et qui nagent dans l'eau, comme: les cygnes, les oies, les canards, les poules d'eau et autres. Et très souvent on voit de grands vols d'oiseaux courir à leur perte de cette façon; ils nagent dans la rivière au-dessus des chutes et sont attirés de plus en plus par l'eau et comme le gibier d'eau aime beaucoup à se laisser porter par le courant, il jouit là de ce plaisir le plus longtemps possible jusqu'à ce que la force de l'eau soit telle qu'il ne leur est plus possible de s'enlever. Ils sont ainsi attirés dans le précipice et périssent. Si on les observe quand ils sont attirés auprès de la chute, on constate qu'ils essaient de toute leur force à employer, leurs ailes et à quitter l'eau, mais ils ne peuvent pas. Dans les mois de septembre et d'octobre on trouve tous les matins de telles quantité de gibier d'eau au pied des chutes sur la rive que la garnison du fort s'en nourrit en majeure partie pendant longtemps; en plus du gibier, ils trouvent aussi diverses espèces de poissons morts, ainsi que des daims, ours et autres animaux qui ont essayé de traverser l'eau au-dessus de la chute; les plus grands animaux sont généralement trouvés brisés en morceaux. Juste au-dessous de la chute, l'eau n'est pas rapide, mais fait des cercles et blanchit comme un pot en ebullition, ce qui n'empêche pas les sauvages de s'y risquer pour pêcher dans de petites embarcations, mais un peu plus bas commencent les petites chutes. Quand vous êtes au-dessus des chutes et que vous regardez en bas, la tête commence à tourner; les Français qui ont été là des centaines de fois se risquent rarement à regarder en dessous sans en même temps se tenir solidement à un arbre avec la main. On croyait impossible autrefois à un être vivant de se rendre sur l'île qui est au milieu de la chute, mais un accident survenu, il y a une douzaine d'années environ a fait changer d'idée. L'histoire est celle-ci: Deux sauvages des Six Nations partirent du fort Niagara pous aller chasser sur une
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île qui est au milieu de la rivière ou détroit, en amont de la chute et où il y avait beaucoup de daims. Ils emportèrent avec eux beaucoup d'eau de vie française du fort et ils y goûtèrent beaucoup en remontant le portage. Puis quand ils furent en canot, ils prenaient une goutte de temps en temps et remontèrent ainsi le détroit vers l'île où ils se proposaient de chasser; mais, se sentant pris par le sommeil ils se couchèrent dans le canot jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à l'île qui est au milieu de la chute. Là, l'un des hommes fût réveillé par le bruit de la chute et appela les autres en leur disant qu'ils étaient perdus. Cependant ils essayèrent de sauver leur vie. Cette île était la plus proche et avec un peu de travail ils y abordèrent. Ils furent d'abord bien heureux, puis, en considérant bien les choses ils ne se trouvèrent pas beaucoup mieux que s'ils avaient sauté les chutes car ils n'avaient pas d'autre alternative que s'y jeter eux-mêmes ou de se laisser mourrir de faim. Mais la nécessité est la mère de l'invention. A l'extrémité inférieure de l'île, la roche est perpendiculaire et il n'y passe pas d'eau. Cette île a beaucoup de bois, ils se mirent immédiatement au travail et firent une échelle ou des haubans de tilleul (qui est très résistant et très fort) assez longs pour atteindre l'eau en bas; ils attachèrent l'extrémité de cette échelle à un grand arbre qui poussait sur le côté de la roche au-dessus de la chute et laissèrent l'autre extrémité descendre jusqu'à l'eau. Puis ils descendirent par ces escaliers improvisés et quand ils arrivèrent au bas dans le milieu de la chute, ils se reposèrent un peu et comme l'eau, juste en dessous de la chute n'est pas rapide comme cela a déjà été dit, ils s'y jetèrent dans l'intention de nager jusqu'à la rive. J'ai déjà dit qu'une partie de la chute est d'un côté de l'île et l'autre partie de l'autre côté. Il s'ensuit que les eaux des deux cataractes courant l'une contre l'autre reviennent juste contre la roche qui est sous l'île. Par suite, les sauvages avaient à peine commencé à nager que les eaux du remous les rejetait avec violence contre la roche d'où ils venaient. Ils essayèrent plusieurs fois puis finirent par se fatiguer et à force d'être souvent lancés contre les roches, ils étaient tout épuisés avec la peau enlevée en maints endroits. Ils furent obligés de remonter les marches pour revenir à l'île sans savoir quoi faire. Après quelque temps, ils virent des sauvages sur la rive et les appelèrent. Ceux-ci les apreçurent et virent
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leur embarras, mais ils leur offrirent de retourner au fort et de dire au commandant où étaient leurs frères. Ils persuadèrent celui-ci d'essayer quelque chose pour sauver les deux pauvres sauvages, ce qui fut fait de la façon suivante : L'eau qui coule du côté est de l'île est peu profonde spécialement un peu en amont de l'île vers la rive orientale. Le commandant fit faire de grandes perches munies de pointes de fer, deux sauvages décidèrent de marcher jusqu'à l'île avec l'aide de ces perches pour sauver les deux pauvres créatures ou périr avec elles. Ils prirent congé de leurs amis comme s'ils allaient à la mort. Chacun avait deux perches à la main pour piquer contre le fond du courant et se tenir solide. Ils avancèrent ainsi et arrivèrent à l'île où après avoir donné des perches aux pauvres sauvages, ils leur donnèrent le moyen de revenir à la terre ferme. Ces deux sauvages qui de la façon précitée furent les premiers à se rendre sur l'île sont encore vivants. Ils restèrent neuf jours sur l'île et faillirent mourir de faim.(1)
Maintenant que l'on a trouvé le moyen de se rendre à cette île, les Sauvages y vont souvent pour tirer les daims, qui après avoir essayer de traverser la rivière en amont des chutes, sont rejetés sur l'île par le courant, mais si le roi de France m'offrait tout le Canada, je ne risquerais pas de me rendre sur l'île et si vous voyiez la place vous seriez sûrement de mon avis. Sur le côté ouest de l'île, il y a de petites îles ou des roches sans importance. La rive est de la rivière est verticale et celle de l'ouest est en pente. Dans les anciens temps, une partie de la roche, à la chute qui est du côté ouest de l'île surplombait d'une telle façon que l'eau qui en tombe perpendiculairement laissait un vide en dessous, mais depuis quelques années la partie saillante s'est brisée et est tombée, si bien qu'il n'y a plus moyen maintenant de passer entre l'eau qui tombe et la roche car celle-ci en tombant longe constamment la paroi rocheuse .... La largeur de la chute comme celle-ci est en demi-cercle et évaluée à 6 arpents à peu près. Quant à l'île dans le milieu de la chute et de là à chacun des côtés, la largeur est à peu près la même; la largeur de l'île à son extrémité la plus basse est de deux tiers d'arpent ou à peu près. . . . En-dessous des chutes, dans les trous des roches, il y a beaucoup d'anguilles que les Souvages
1 Ces sauvages ont été plus heureux que dix ou douze Utowawas, en essayant d'échapper à la poursuite de leurs ennemis, les Six Nations, furent emportas et précipités en bas de la cataracte par la force du courant et tous périrent. On ne revit même pas trace de leur canot.
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et les Français attrapent avec leurs mains tout smplement. J'ai envoyé deux petits sauvages qui m'en ont vite apporté une vingtaine. Chaque jour, quand le soleil brille, vous voyez là de 10 heures du matins à 2 heures du soir, en dessous des chutes et en dessous de vous, quand vous vous tenez de côté en dessous des chutes, on peut voir un ou deux magnifiques arcs-en-ciel, l'un sur l'autre.
J'ai eu le bonheur de me trouver à la chute un jour clair et c'est avec délice que j'ai vu cet arc-en-ciel qui avait presque toutes les couleurs de ceux qu'on voit dans l'air. Puis il y a de vapeurs, plus brillant et clair est l'arc-en-ciel. Je l'ai vu du côté est de la chute au fond sous la place où je me tenais, mais en dessous de l'eau. Quand le vent emporte les vapeurs de cet endroit, l'arc-en-ciel disparaît mais reparaît aussitôt qu'il revient des vapeurs. De la chute au débarcadère en amont de la chute où abordent les canots du lac Erié (ou de la chute à l'extrémité supérieure du portage), il y a un demi-cercle. Plus bas les canots n'osent pas arriver, de crainte de subir le sort des deux sauvages et encore peut-être avec moins de succès. On a trouvé en dessous de la chute des débris de corps humains, peut-être des sauvages ivres qui ont eu le malheur de tomber de la chute. On m'a dit à Oswego qu'en octobre ou à peu près on trouve tant de plumes en aval de la chute qu'en une journée, un homme peut en ramasser assez pour remplir plusieurs lits et ils disent que ces plumes proviennent d'oiseaux tués aux chutes. J'ai demandé aux Français si c'était vrai, ils m'ont dit qu'ils n'avaient jamais rien vu de ce genre, mais que si c'était des plumes prises sur des oiseaux morts, il pouvait bien y avoir cette quantité. Les Français m'ont dit qu'ils avaient souvent culbuté de grands arbres dans l'eau d'en haut pour leur voir sauter la chute. Ils descendent avec une vélocité extraordinaire mais on ne les revoit plus jamais, c'est pourquoi l'on croyait qu'il y avait un creux ou un abîme sans fond juste sous la chute. Je crois aussi qu'il doit y avoir là une grande profondeur, mais je crois qu'ils ont mal regardé et qu'ils auraient pu retrouver les arbres à quelque distance de la chute. La roche de la chute consiste en calcaire gris.
Voilà, monsieur, une description courte mais exacte de cette fameuse cataracte du Niagara, vous pouvez vous fier à la vérité de ce que j'écris. Vous m'excuserez si vous ne trouvez
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pas dans mon aperçu des histoires merveilleuses. Je préfère qu'à l'avenir on dise de moi que j'ai raconté les choses telles qu'elles sont et que tout ce qu'on trouve concorde avec ma description; j'aime mieux cela que d'être jugé un narrateur infidèle. J'ai vu dans mon voyage d'autres choses qui, je le sais, réjouiraient votre curiosité, mais le temps m'empêche d'en écrire plus long et j'espère bientôt vous voir.
Je suis, etc.
Peter Kalm.