DESCRIPTION DES CHUTES DU NIAGARA
par
ANDREW ELLICOTT en 1789. (1)
Des nombreuses curiosités naturelles que présente ce pays, la cataracte du Niagara est sûrement la plus grande. Pour se faire une idée acceptable de cette chute d'eau surprenante, il faut concevoir la partie du pays où se trouve le lac Erié, élevée de trois cents pieds au-dessus de celle qui contient le lac Ontario. La pente qui sépare le pays bas du pays élevé est généralement très raide et en quelques endroits presque verticale. Elle est formée de strates de pierres horizontales composées de ce que l'on nomme communément du calcaire.
La pente peut être suivie du côté nord du lac Ontario près de la baie de Toronto, en contournant l'extrémité ouest du lac, de là sa direction est généralement est, entre le lac Ontario et le lac Erié. Elle traverse le détroit de Niagara et la rivière Cheneseco après quoi elle se perd dans le pays vers le lac Seneca. C'est à cette pente que le pays doit la cataracte de Niagara et aussi les grandes chutes de Cheneseco.
La cataracte du Niagara était autrefois au bas du côté septentrional de la pente, près de cette place que l'on appelle maintenant le débarcadère; mais depuis de longues années avec la grande quantité d'eau et la hauteur d'où elle tombe la pierre solide est usée et enlevée sur sept milles à peu près vers le lac
1 Dans une lettre de M. Andrew Ellicott au Dr. Bush, de Philadelphie, illustrée d'une vue bien gravée des chutes dessinée par M. Ellicott, Massachusettes Magazine, juillet 1790, p. 387-388. (Note. L'illustration peut difficilement être regardée comme bonne.)
Erié et il s'est formé un abîme dont on ne peut approcher qu'avec horreur. En bas de cet abîme, l'eau se précipite avec une vélocité surprenante après avoir fait le grand plongeon. En remontant le chemin près de l'abîme, l'esprit est certainement engagé aux rêveries les plus pittoresques et les plus romantiques que peut concevoir l'imagination jusqu'à ce qu'enfin les chutes apparaissent à la vue — l'imagination est saisie et l'on admire en silence! La rivière est large d'à peu près cent trente perches aux chutes et le plongeon vertical est de cent cinquante pieds. La chute de cette immense nappe d'eau produit un son que l'on entend fréquemment à vingt milles de distance et un tremblement de la terre qu'on perçoit à quelques perches aux alentours. (1)
Un épais brouillard ou nuage monte constamment des chutes où on peut voir toujours des arcs-en-ciel, quand le soleil brille. Ce brouillard ou brume tombe en hiver sur les arbres du voisinage ou elle se congèle et forme les plus beaux cristaux. Ceci s'applique tout aussi bien aux chutes de Cheneseco. La difficulté évidente d'établir le niveau des rapides dans l'abîme m'empêcha de l'essayer, mais je suppose que l'eau doit descendre de soixante-cinq pieds au moins. La plongée verti cale à la cataracte est de cent cinquante pieds; il faut ajouter à cela cinquante-huit pieds que l'eau descend dans le dernier demi-mille, immédiatement en amont de la chute et nous avons deux cent soixante-treize pieds dont l'eau tombe sur une distance de sept milles et demi à peu près. Si les canards ou les oies sauvages s'abattent par inadvertance dans les rapides en amont de la cataracte, ils ne peuvent plus reprendre leur vol et sont précipités à la mort.
Il y a un aspect de cette chute qui mérite d'attirer l'attention et que je ne me rappelle d'avoir vu signalé par aucun auteur. Juste en dessous de la grande plongée, on peut voir l'eau et l'écume se souffler en figures sphériques comme des meulons de foin; puis, ils éclatent au sommet et projettent une colonne d'écume à une hauteur prodigieuse; puis ils s'abattent et d'autres les remplacent pour éclater de la même façon. Cet aspect
1 Ceux qui ont visité cette surprenante cataracte disent que la descente dans l'abîme est excessivement difficile en raison de la grande hauteur des berges. Mais une fois descendue, une personne peut remonter jusqu'au pied de la chute et s'abriter sous le torrent entre l'eau qui tombe et le précipice, derrière le torrent où il y a assez de place pour contenir beaucoup de monde en parfaite sûreté et où l'on peut converser facilement sans être trop interrompu par le bruit car il est là moindre qu'ailleurs, à une distance considérable. Ceci mérite d'être pris en note par le lecteur d'une tournure d'esprit philosophique.
du Canada] DESCRIPTION DE ELLICOTT 463-
se remarque le plus communément à un chemin entre l'île qui divise les chutes et le côté ouest du détroit où descend la plus grande colonne d'eau.
Je suis, etc.
Andrew Ellicott.
Niagara, 10 décembre 1789.
L'évaluation de l'âge du Niagara par M. Ellicott n'est pas donnée là; mais, on la trouve dans le "Journal of William Maclay" (Appleton's 1890). Ce mémorandum de M. Maclay exprimant son étonnement date de 1789 (voir page 22).
duCanadal NOTES DE RECUL 465