‹ Les chutes du NiagaraChapitre 270 sur 271 · DE LA DÉCOUVERTE · texte numérisé non relu

DE LA DÉCOUVERTE

Cartier. — Après la découverte du continent septentrional par Cabot en 1497, on dit que des bateaux de pêche français visitèrent les Bancs de Terreneuve, mais cachèrent la notion de leurs lieux de pêche, si bien que le golfe et le fleuve St-Laurent ne furent connus qu'après les voyages de Jacques Cartier en 1534 et 1535. Le 3 octobre 1535, Cartier fit l'ascension du Mont Royal (à Montréal) et vit de là les rapides impétueux de Lachine avec le parcours plus calme de la grande rivière du Canada (St-Laurent) s' étendant bien en amont. On lui montra aussi une autre rivière (Ottawa) venant de l'ouest. Les guides indiquèrent trois rapides en amont de Lachine, au delà desquels on pouvait voyager à l'est durant trois mois sans rencontrer, d' obstacles*1 } En conséquence, Cartier a été le premier européen qui a découvert le commencement de la route du Niagara.

Champlain. — Les rapides de Lachine n'ont pas été revisits avant que Champlain ne s'y rendit en 1603. Il essaya de les remonter, mais échoua. Néanmoins, il demanda aux sauvages des renseignements sur la source de la "Grande Rivière du Canada". Leurs récits sont donnés dans 1" 'Histoire de la nouvelle France" par Marc Lescarbot, publiée en 1609 et ont été pris du livre de Champlain: "Des Sauvages" (1604.) (2) Ces descriptions concordent étroitement et deux d'entre elles prises d'une exemplaire original de son Carbot (pp. 381-384) peuvent être brièvement répétées ensemble. Un troisième récit par d'autres sauvages donne plus de détails quant au St-Laurent, diffère un peu quand aux distances et a trait aux Mille Iles.

Après avoir passé à Montréal les rapides de Lachine qu'ils pouvaient voir à une distance de deux ou trois lieues, il y a une rivière qui mène au pays Algoumequin (ceci a trait à la rivière

1 "Jacques Cartier and His Four Voyages to Canada." By Hiram B. Stephens. Montreal, p. G6.

2 Voir Edition de Québec (1870), Vol. IL, et "Champlain not Cartier" par Peter A Porter, Niagara Falls, 1899.

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Ottawa). En continuant à remonter la rivière on passe cinq rapides à une distance de huit à neuf lieues où chaque rapide est d'un quart de lieue. Les rapides sont excessivement difficiles à passer. Puis on entre dans une rivière qui est comme un lac, long de quinze lieues suivant Tun et de six ou sept suivant un autre. (Ce sont les rapides entre les portions élargies du St-Laurent qui forment les lacs St-Louis et St-François). Au delà, on passe cinq autres rapides dans une distance de vingt à vingt-cinq lieues en amont desquelles on pénètre dans un "très grand lac" long de 150 lieues d'après l'un et de 300 lieues d'après l'autre. A la fin de ce grand lac (Ontario) il y a d'autres chutes, d'une lieu de largeur descendant avec un très grand courant d'eau dans le lac. Après avoir passé ces chutes et porté les canots, on pénètre dans un autre grand lac où l'on ne voit pas la côte d'aucun côté car le lac est aussi grand que le premier. A la fin de ce second lac, il y a une mer, mais ils n'ont pas été au delà.

Dans cette narration combinée il y a une description claire du lac Ontario où l'on parle aussi de ce qu'on appelle maintenant la vallée de Trent et la baie de Quinte en descendant lesquels les Algonquins venaient faire la guerre aux Iroquois qui descendaient d'autres rivières sur le côté sud du lac Ontario. C'est là la première allusion au lac Erié qui est clairement mis de l'avant et aussi à la rivière Niagara et aux grandes chutes citées — avec même une allusion à leur largeur. Mais toutes ces distances peuvent facilement être réduites. L'emplacement de la rivière Niagara à une quarantaine de milles de sa position est là seulement une erreur de détail. Un compte rendu aussi clair, obtenu nécessairement au moyen de dessins de Sauvages parlant une langue qui ne pouvait pas être bien comprise est très remarquable et si le livre avait été publié à une date postérieure, on aurait pu douter de l'antiquité de la narration. La première nouvelle donnée au monde de l'existence des fameuses chutes doit être attribuée à Champlain bien qu'il ne les ait jamais vues, mêmes dans ses voyages postérieurs.

Les trafiquants et les missionnaires étaient dans la région du Niagara dès 1626 (peut-être Brûlé en 1611); mais ils n'avaient pas fait mention des chutes. Sur la carte de Champlain en 1632 (dont j'ai vu un exemplaire original), le lac Erié est re-

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présenté plutôt comme un détroit ou une rivière élargie avec des îles non existantes ou exagérées reliant "La mer d'eau douce des Hurons" (lac Huron), à la fin du lac Ontario où Champain place les grandes chutes. Dans sa note explicative (No. 90) dans le volume, il dit: "Sault d'eau au bout du Sault Saint Louis fort haut où plusieurs sortes de poissons descendans s'étourdissent". (Le lac St-Louis est le même que le lac Ontario.) La carte de Champlain est inférieure au récit des sauvages du lac Erié donné un quart de siècle avant et n'indique rien de nouveau sur les chutes du Niagara.

Lalement et Ragueneau. — En 1641, le père Lalement vint de la mission Ste-Marie dans le comté de Huron apparemment à travers la péninsule du sud-ouest d'Ontario pour entrer dans le pays de la "Nation neutre", puis il fallut "quatre jours pour aller à l'entrée de la rivière si célèbre de cette nation qui se jette dans le lac Ontario ou lac St-Louis". "Le cours d'eau ou rivière est celui par lequel se jette notre Grand lac des Hurons,une mer d'eau douce; il coule d'abord dans le lac d'Erié ou de la nation du Chat, et à la fin du lac, il entre dans le territoire de la Nation Neutre et prend le nom de Onguaahra, jusqu'à ce qu'il se jette dans Ontario. "{1)

En 1648, le Père Ragueneau écrivit: "Presque droit au sud du pays de la Nation neutre, nous trouvons un grand lac de 200 lieues de circonférence appelé Erié: Il est formé par le débit de la mer d'eau douce (c'est-à-dire le lac Ontario) et se précipice sur une chute d'eau de hauteur effrayante dans un troisième lac appelé Ontario."(1)

Bien que ces récits décrivent plus complètement le lac Erié et situent exactement le Niagara ils n'ajoutent pas d'information quant au caractère des chutes en plus de la narration des sauvages de Champlain, bien qu'il donne le nom de la rivière et que l'autre cite les chutes. On ne saura jamais quel fut le premier Européen qui a vu les chutes, c'était sans doute quelque coureur de bois ou quelque missionnaire qui n'a pas laissé de notes écrites. Mais sûrement celui-là ou ceux-là les avaient fait connaître puisqu'elles étaient "si célèbres" quand Lalement vît la rivière et Ragueneau, les chutes plus tard; c'est pourquoi leurs noms figurent comme pionniers des visiteurs de la région. Les

1 Jesuit Relations. 1641, Thwaites' edition, pp. 191, 193.

1 Ib., 1648 (French and English edition, by Reuben Gold Thwaites, 1908), p. 63.

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Iroquois hostiles avaient bouleversé le cours des premières explorations de cette région et l'avaient détourné vers le lac Huron et au delà par une autre route avant que le lac Erié fût connu autrement que par des rapports.

La Salle, accompagné de Dollier de Casson et de René de Gallinée était dans cette région en 1669. Gallinée parle d'avoir passé près de l'embouchure de la rivière Niagara et d'avoir entendu le rugissement des chutes. (1) Dans sa carte de 1670, il dit que les chutes tombent d'après les dires des Sauvages d'une hauteur de plus de 200 pieds. (2) Une autre carte sans nom a été faite trois ou quatre ans plus tard, sur laquelle le Niagara est décrit comme ' 'chute haute de 120 toises par où le lac Erié tombe dans le lac Frontenac" (3) (Ontario). Ainsi la largeur et la hauteur des chutes du Niagara étaient citées avant la visite de La Salle et de Hennepin en 1678.

La célèbre visite de Hennepin fut suivie d'un coup d'œil aux cataractes par La Houtan en 1688, (qui leur donne une hauteur de 800 pieds).

Charlevoix fut le premier observateur attentif qui visita les chutes (en 1721). Il évalue la ligne de crête à 400 pieds. Il dit qu'exactement au milieu, la cataracte est divisée en deux par une île très étroite d'un demi-mille de longeur qui finit en pointe, mais que bientôt les deux chutes se réunissent. Il essaya de mesurer leur hauteur et il donne 140 pieds (français). Il dit qu'une des chutes avait plusieurs points en saillie, mais que l'autre paraissait très uniforme. A cette époque la chute transversale de Hennepin avait disparu. L'étroitesse de l'extrémité de l'île a été confirmée par Kalm en 1750 et par le tableau de Pierie en 1768.

Cavagnac, fils du gouverneur général du Canada, les a visitées en 1722 et donne 26 brasses (166 pieds anglais) pour la hauteur des chutes.

Le récit plus complet de Kalman en 1750 est donné à l'annexe I.

Ce court aperçu fournit la majeure partie des renseignements sur les chutes du Niagara transmis durant plus d'un siècle après qu'elles ont été signalées pour la première fois par Champlain.

1 Ecrits de O. P. Marshall, p. 219 où il cite le journal de Galinée.

2 La Salle, par Parkman, notes à la fin du volume

3 Parkman cite aussi le second auteur.

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