J. W. SPENCER
Mai 1906.
PREFACE
Le Niagara et son histoire sont si familiers que la majorité des gens se figurent que tout ce qui regarde les chutes a déjà été écrit et tout travail additionnel paraît tenir plutôt de la répétition ou du roman. Parmi les divers travaux littéraires, très peu ont trait à l'aspect géologique, et un nombre plus petit encore ont grossi notre bagage scientifique à cet égard. Et pourtant ces contributions, comme on peut en juger par beaucoup des découvertes indispensables annoncées dans ce livre, formaient des chapitres trop incomplets pour servir de base à l'établissement d'une science des Chutes. Cette assertion vise non seulement leur aspect géologique, mais encore leur aspect physique; bien que le volume de la rivière ait été mesuré pour connaître le développement d'énergie possible, quelques-uns des problèmes n'ont pas été résolus par l'ingénieur, non seulement les problèmes qui ont trait à l'avenir, mais encore ceux qui s'appliquent au débit moyen. Le retrait des chutes dans les diverses strates est la limite ordinaire des recherches utiles aux géologues. Mais les changements de volume et des courants de la rivière, de la hauteur des chutes, les effets des vallées ensevelies, déterminés par des causes agissant loin de la grande cataracte, ont ouvert un champ d'investigation nouveau, ainsi que l'application de méthodes de recherches plus précises que celles qu'on avait suivies autrefois; si bien que les Chutes du Niagara ont donné naissance à cette branche de la science absolument unique, incomprise jusqu'à présent et qu'il était impossible d'interpréter à la lueur de connaissances qui lui étaient étrangères.
Quatre levés de la ligne de retrait des chutes ont été faits à des intervalles considérables. Le dernier publié a été fait en 1890, mais aucun n'a été entrepris par les autorités canadiennes. Comme le détournement d'énergie appelait l'attention
Xll CHUTES DU NIAGARA [Com. géol.
et comme il modifie le retrait, le Dr Robert Bell, sous-ministre et directeur de la Commission Géologique du Canada, a senti le besoin d'agir promptement, car les travaux en voie d'exécution tendaient à modifier les conditions naturelles, si bien que l'occasion finale s'enfuyait rapidement. De plus, les observations prises par les ingénieurs des compagnies de force motrice pouvaient avoir leur valeur et seraient perdues quand ces ingénieurs se disperseraient. Dans ces conditions, et voyant que j'avais commencé un travail de ce genre, pour mon propre compte, en faisant le levé de la ligne de crête en octobre 1904, le Dr. Bell m'a donné l'ordre de préparer une monographie complète sur la " Science des Chutes," car il connaissait mes travaux antérieurs sur ce sujet. Ils avaient été déjà publiés dans un rapport de l'honorable Andrew H. Green (x) qui avait provoqué l'établissement du parc des Chutes du Niagara, du côté de l'état de New- York, après que Lord Dufferin eût proposé un parc semblable du côté canadien.
C'était M. Green qui avait donné naissance à la Deep Waterways Commission pour la protection des Chutes. A cet égard, il est bon de dire que j'ai représenté M. Green dans quelquesunes de ses négociations avec feu le secrétaire d'Etat Hay, qui s'intéressait aussi beaucoup aux Chutes du Niagara. De fait M. Green désirait beaucoup que je fisse le travail exécuté maintenant sous les ordres du Dr Bell.
Quand M. Low lui a succédé au directorat, il a prolongé mes instructions jusqu'à une date que je jugeais suffisante, mais il n'en a rien été, attendu que j'ai du compléter le travail moimême par amour de la science et que la Commission Géologique en a le profit conformément aux arrangements effectués par M. Low.
Les ordres reçus ont pris effet en juin 1905 et le travail sur le terrain a été exécuté jusqu'en février 1906. Ceci était dû à la clémence de l'hiver, car, jusqu'au 25 janvier 1906, les
1 Onzième rapport. Corn. State, Niag. Falls, 1895.
du Canada] PRÉFACE
cultivateurs ont pu labourer. Après que le rapport eut été bien avancé, sa complexité a exigé une révision sur le terrain et j'y suis retourné durant plusieurs semaines pour le quitter le 26 octobre, 1906.
Les nouvelles investigations en cours ont consisté dans les recherches suivantes: (1) sondages à tous les points du changement de la gorge, même sous les Chutes du Niagara elles-mêmes et dans le Whirlpool; (2) forages pour reconnaître la nature des lits des chenaux ensevelis sur lesquelles la rivière a coulé ensuite; (3) levés avec instruments des anciennes berges de la rivière et de la position des strates; (4) investigations des fluctuations du lac basées sur des mesurages quotidiens durant cinquante années et sur leur relation avec la stablilité de la croûte terrestre, sur l'abaissement des issues du lac et des lacs euxmêmes et sur les nouveaux résultats des débits des rivières — qui sont toutes modifiées par les changements météorologiques. J'ai examiné aussi les effets futurs sur les Chutes du Niagara et sur les lacs d'en haut du détournement de l'eau aux Chutes. Le recul des chutes, de leur naissance aux jours actuels et pour l'avenir a été déterminé aussi bien que leur âge. L'existence d'une ancienne décharge Erié, quelques milles à l'ouest, qui n'était pas soupçonnée jusqu'à présent, est la découverte la plus importante de l'histoire des changements de la région du lac. La ligne frontière internationale qui montre que les plus grandes chutes sont dans le Canada a été tracée sur la carte.
En plus des autres résultats scientifiques, des particularités se rapportant aux questions internationales ont surgi relativement aux effets du drainage des Chutes à la frontière internationale et de l'abaissement des lacs par détournement d'énergie, ainsi qu'à la propriété des droits hydrauliques des Chutes du Niagara. L'établissement de la ligne frontière aux Chutes devient même une question géologique et pas simplement une question de levé ordinaire.
XIV CHUTES DU NIAGARA [Com. géol.
Il était bien à propos que les investigations fussent faites par les soins de la Commission Géologique du Canada, car la plupart des traits que révèle l'histoire du Niagara dépendent du Canada. Des annotations et des documents ont été publiés en annexes pour compléter le travail.
Il serait injuste de ne pas rappeler la mémoire de feu le Prof. J. P. Lesley, qui, le premier, a jugé de la valeur de mes premières observations au sujet des chutes du Niagara et, grâce aux chaleureux encouragements duquel, j'ai songé à développer mes recherches dans la voie posée et approuvée par lui, ajoutant un nouveau chapitre, comme il l'a dit, à la science qui a fourni les bases du travail actuel.
La meilleure collection de publications sur les Chutes du Niagara est celle de Thon. Peter A. Porter, de Buffalo, qui possède un grand nombre de volumes anciens. La bibliographie a été omise de ce travail, parce que la plus grande partie est entièrement en dehors du sujet, mais on peut la trouver dans les publications précieuses des Commissaires de la Réserve de l'Etat des Chutes du Niagara, à New- York.