PREFACE DE L'AUTEUR
Différents amis m'ayant prié de revenir à mes travaux sur les Cicadines, travaux interrompus depuis de longues années par suite du manque de livres et de matériaux suffisants, tels qu'exemplaires originaux, je me suis décidé, en Tannée 1864, à me remettre à l'ouvrage et à entreprendre un travail sur les Cicadines d'Europe. Je ne me cachais pas l'importance de cette entreprise, mais je ne me faisais cependant aucune idée de la peine qu'exigeait, et des diflicultés que présentait un pareil travail. En effet, ce n'est que dans le cours de ces nouvelles études que je reconnus combien il est difficile de rassembler les matériaux nécessaires, souvent disséminés dans des ouvrages et des collections difficilement abordables, d'examiner et de décrire toutes les espèces et les originaux d'après une méthode appropriée à la hauteur actuelle de la science, et de se guider soi-même, en l'absence de tout autre ouvrage général, si ce n'est celui des Rhynchoten Lievlands, du D'' G. Flor, 1861.
Cependant, une fois au travail, je ne me laissai pas décourager; d'autant plus que le D" Stcil me promettait de venir à mon aide en me procurant les types des auteurs suédois, promesse remplie aujourd'hui par l'envoi de ces types et de beaucoup d'espèces d'autres pays. De M. Bohemann, lui-même, je reçus, à son passage à Prague, un lot de Cicadines suédoises et ses Nova Svenska Homopt. M. Mink me communiqua ses Cicadines recueillies aux environs de Crefeld, — 31. Freij-Gessner mit à ma disposition sa riche collection d'espèces suisses, du sud de la
Russie, corses, françaises et espagnoles (recueillies par Meyer-Dûr).
Je dois à l'obligeance du D" Redtenbacher, directeur du Cabinet impérial d'histoire naturelle de Vienne, et de M. Rogenhofer, son conservateur, communication des espèces typiques de Fabricius, Megerle, Mann et Kolenaty qui se trouvent à ce musée. Je suis redevable au D'' Floî^ de la communication de ses espèces nouvelles, de beaucoup d'autres encore et de son ouvrage sur les Rhynchotes de Livonie. J'ai reçu de MM. Mulsanl et Reij un grand nombre de Cicadines du Midi de la France, parmi lesquelles se trouvaient plusieurs des espèces décrites par eux, et aussi quelques espèces nouvelles. J'ai reçu du chevalier de Framnfeld beaucoup de petites Cicadines indéterminées, pour la plupart des Jassides, et de provenance autrichienne; du D'" Mayr un grand nombre de types de Herrich-Schaeffer, d'espèces autrichiennes et hongroises, d'autres récoltées aux environs de Naples par M. Emery, et, enfin, des Cicadines décrites par Kirschbaum. Le Z)"" Stein m'envoya un grand nombre de petites espèces récoltées en Grèce par le D'' Krûper, espèces dont quelques-unes étaient nommées; il y joignit un certain nombre de types de Germar, sur la validité desquels j'avais des doutes comme espèces. Je reçus de M. Berquier des Cicadines indéterminées, récoltées autour de Trieste ; du professeur D' Eeller des espèces innommées, récoltées autour d'Insbruck et dans le Stubaithal; du professeur P. Vinc. Gredler des espèces tyroliennes ; du professeur Z)'' Noivichij des Hémiptères et des Cicadines des Carpathes et de différentes régions de la Galicie; de .1/. Brischke des Hémiptères et des Cicadines indéterminés, rassemblés autour de Danzig et supérieurement préparées; du candidat en philosophie Wiistnei des espèces du Mecklembourg; de M. Erber plusieurs fois des envois de Corfou, Syra, Tixos, Monténégro, dans lesquels se trouvaient maintes raretés ou nouveautés ; de M. Scott
des espèces de différentes parties de l'Angleterre; de M. Oschannin des espèces russes de quelques gouvernements; de MM. Lethierry et Z)'' Puton des insectes du département du Nord et de l'Algérie; de MM. Ungerer et professeur Kissl des Hémiptères et des Cicadines de Bavière; de M. le \ice-direclem Fritsch des Cicadines de Bohême et de Salzbourg.
Je dois des remerciements spéciaux à M. Lucas de Heyden pour la communication de toutes les Cicadines qui servirent au travail de Kirschbaum, intitulé les « Cicadinen von Wiesbaden, » communication me permettant de réviser et de rectifier l'œuvre de cet auteur.
J'exprime ici à tous les correspondants précités mes meilleurs remerciements pour la confiance qu'ils m'ont témoignée en me communiquant leurs Cicadines et en me permettant ainsi la rédaction et l'achèvement du présent ouvrage. L'ajournement regrettable de l'apparition de ce livre provient en partie de ma dangereuse et longue maladie des années 1868 et 1869-1870.
En examinant les riches matériaux à ma disposition, je reconnus que la nervulation des élytres et des ailes était de première importance pour la séparation et la création des genres, mais que les caractères tirés de la forme de la tête, des antennes, des pro et mésonotum, des jambes et de leurs différentes armatures, devaient naturellement aussi être portés en ligne de compte. Quant à la distinction des espèces, je dus la baser non-seulement sur les caractères tirés de la structure des différentes parties du corps, du dessin, de la coloration et de l'armature, mais encore et surtout sur l'examen des organes génitaux des deux sexes. Le D'" Flor avait déjà reconnu partiellement, dans son excellent travail sur les Rhynchotes de Livonie, que l'examen des organes génitaux était absolument nécessaire pour la distinction des espèces. Kirschbaum, en cela, n'a fait que l'imiter.
Je trouvai, en sus des organes mentionnés par le D'' Flor,
deux autres organes non utilisés ni par lui, ni par Kirschbaum : i° les styles cornés, inarticulés, s/i/Zf, griff'el [mentionnés par erreur dans les Grunzûge zur gêner. Theilung d. Delph^cini, dans les Yerhanld. k. k. zool. bot. Ges., 4866, sous le nom de Raife (cerceaux, chez les Orthoptères, Cerci, appendices anaux articulés, griffel)], qui se rencontrent chez les mâles, à l'état libre (chez les Delphacides, Cixiides,etc.) ou cachés (chez les Scarides et les Jassides). Flor signale ces appendices chez les Cixius, mais ne s'en préoccupe pas davantage. Kirschbaum ne les décrit que chez quelques genres de Fulgorides, et souvent d'une façon inexacte; il ne s'en préoccupe pas davantage chez les Cercopides, Jassides. 2° Chez les femelles des Delphacines, les plaques latérales (nebenplatten), parapiagx. [ÏMême ouvrage, p. 517; plaques basilaires ou latérales (grundplatten ou nebenplatten). J. R. Sahlberg dans son OtVers. Finlands Cicadaria, 1871, t. I, fig. 6, les appelle loin latérales.] Ces 2 organes fournissent dans leurs différentes variations de bons caractères pour la détermination exacte des espèces.
Après groupement et inspection des matériaux à ma disposition, il se trouva que le nombre des espèces avait presque doublé, plus que doublé même dans bien des genres. Je n'épargnai ni peines, ni frais, pour mener à bonne fm l'œuvre une fois commencée. Comme les types de Fallen n'existent plus aujourd'hui que par tradition — d'après le D'" Stal — comme beaucoup d'autres espèces sont très-difficiles à voir ou à avoir, étant disséminées en exemplaires uniques dans diverses collections, et beaucoup de types périssant fortuitement ou par vétusté, j'ai reproduit par le dessin colorié chacun des types originaux qu'il m'a été donné d'examiner. Ces dessins \ dont
1. Ces dessins coloriés, admirables de fini et d'exactitude, sont anjourd'hui la propriété de ÎNIM. Lethierry etPuton, qui les mettraient volontiers à la disposition de l'éditeur ou de la Société qxii voudraient les publier.
iO sont figurés sur chaque feuille iii-8'>, devront servir à distinguer dans les temps à venir les espèces d'une façon indubitable et former la base sur laquelle s'appuie le présent livre.
Les genres et leurs caractères sont figurés au trait dans un cahier spécial, et au nombre de G sur chaque feuille in-S". Le présent ouvrage formera donc 3 volumes avec les dessins.
Je connais et je possède d'une façon assez complète la littérature traitant de mon sujet. J'en suis redevable en partie à MM. Stâl, Mayr, Signoret, Scott, J. Sahlberg et Rogenhofer, tant en envois directs qu'en extraits d'ouvrages de langues diverses, difficiles à se procurer, et en prêts des bibliothèques viennoises du cabinet impérial de zoologie, de la Cour et de la Société zoolog. botanique. Je dois à M. Dohrn les Fulgorides du D'" Schaum (dans Encycl. der AVissensch).
M. Kirschbaum que j'ai, depuis 1866, prié cinq fois par lettre de me communiquer les espèces nouvelles qu'il possède personnellement et que je n'ai pas vues dans d'autres collections, a gardé un silence obstiné, quoique je lui aie deu.x fois olferi: caution pour le retour exact de son envoi. Il ne reste donc qu'un petit nombre de ses nouveautés que je n'ai pas vues et dont la valeur comme espèces est encore douteuse, attendu que personne ne les connaît. M. Kirschbaum craint probablement de nouvelles rectifications de ses déterminations, et il lui importe de publier rapidement beaucoup de nouvelles espèces, sans connaissance suffisante de celles décrites jusqu'ici, et sans connaissance complète de la bibliographie traitant du sujet. Ce naturaliste préfère laisser à d'autres le soin de deviner ses énigmes.
Les limites de la faune des Cicadines d'Europe, et les zones de leur richesse sont les mêmes que celles de mes Hémiptères d'Europe.
D^ F.-X. FlEBER.