TOURNON, MORNAC, LE COMTE, MARIE, SEIGNEUR
ROSAMBERG.
LE COMTE
Je me félicite de vous trouver chez moi, messieurs, pour vous faire mes adieux; je pars dans quelques instants pour Paris.... Oui, je vais à Paris.
MORNAC
Monseigneur nous reviendra bientôt ?
LE COMTE
Bientôt, je l’espère. Je viens de faire ma visite d’adieu à notre excellent gouverneur, que j’ai failli ne pas rencontrer à son hôtel.
MORNAC
11 était sans doute à son château de Rocroy?
LE COMTE
Précisément, et l’on ne savait pas s’il reviendrait ce soir. Ce n’est qu’au moment de partir, que je me suis ci-oisé avec lui dans ses antichambres. Je quitte à l’instant son Excellence.
MORNAC
Le prince ne doit pas moins regretter que nous votre départ, monseigneur.
Oui, il a daigné m’exprimer tout haut l’intérêt... Du reste, je ne l’ai jamais vu d’une gaieté si expansive, lui ordinairement si grave.
MORNAC
, Vous aviz vu rire son Excellence?
TOURNON
Gela sera mis dans la gazette.
HORNAC.
Vous a-t-il dit, monseigneur, la cause de cette gaieté si peu commune chez lui ?
LE COMTE
Oui, messieurs; seulement il riait si fort qu’il a mis beaucoup de temps à me l’apprendre. Enfin, après de nombreux efforts, il a pu me dire qu’en revenant de son château de Rocroy, et lors-
S u’il n’était plus qu’à uue faible distance des fossés de la ville, a cru voir, et il a vu en effet, à cent pas environ d’une énorme louve en train de dépecer une bêle morte, un homme adossé contre un arbre.
MORNAC
Messieurs...
La lune éclairait en plein cette scène; l’homme tenait une épée; mais cette épée tremblait dans sa main, je répète les expressions du Gouverneur, comme une allumette dans la main d’un malade qui cherche dans une nuit do fièvre à allumer sa lampe. (ie« jevma gens se regardent avec atupéfaelion.)
MORNAC
Etrange histoire, messieurs.
ROSAHBERG.
Bien étrange pour nous tous.
LE COMTE
Le Gouverneur a continué ainsi sans cesser de rire. J’ai fait arrêter mes chevaux, et j’ai observé. De temps en temps la louve baissait le cou pour reprendre son festin, et l’homme faisait alors un pas vers la louve ; mais dès qu’elle relevait la tête en grognant, l’homme gagnait bien vite son arbre. Le frisson de la peur le reprenait, et son ombre dessinait de nouveau des lignes tremblées sur la neige.
HORNAC.
Monsieur le comte, ce que vous dites là est impossible.
TOUS
Impossible!
LE COMTE
Messieurs! c’est presque un démenti!
MARIE
Mon père !
TOUS
Oui, oui, c’est un démenti.
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TABLEAU I, SCÈNE XVII. 3l
MORNAC
Le plus formel dénué.
LB COUTE
A qui, messieurs?
UORNAC.
A celui qui prétend avoir vu cala, h celui qui accuse sans être sûr, à celui qui déshonore au hasard, qui flétrit un courage et une réputation en riant; oui, c’est un démenti que nous donnons tous à monsieur le gouverneur.
LE COUTE
Messieurs! prenez garde...
UORNAC.
Et ce démenti, nous irons le lui porter ce soir! Il nous enverra ensuite h la forteresse, si bon lui semble. Jamais un gentilhomme... jamais le marquis de Beaumesnil. ... (£rut7 dans ia cou/me. — Musique . — Tous les Seigneurs remontent. — Marie passe à droite.)
UARIE.
Les voici! les voici!