‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 27 sur 64 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

TOURNON, SEIGNEUR, MORNAC, ROSAMBERG, LE MAR- QUIS, MARIE, Invités au fond.

' MORNAC, d’une voix ^mue.

La ville est illuminée! Lajoie... la victoire I... Ecoutez! Oh! écoutez !

MARIE

Qu’est-ce donc? {Attention générale.]

Belgrade est au pouvoir des chrétiens.

MARiK, à part. '

Oh ! mon Dieu !

TOUS

Vivat! vivat! vivat! {Marie est palpitante d'attention.)

■ORNAC, d'une voix ardente et brisée.

Un incident des plus glorieux a marqué le cours de ce siège. Pour enlever la principale redoute, on avait, pendant la nuit, attaché un mineur aux flancs de la forteresse. Ce mineur travaillait depuis trois jours à se creuser un trou dans le cœur de la pierre, lorsque les Turcs redevenus maîtres des écluses les ouvrirent et remplirent d’eau les fossés. Abandonné par les assiégeants, caché dans la terre, pressé par l’eau des fossés, entendant rouler sur sa tête les cations des Turcs, le mineur ne continua pas moins a travailler dans ce canal souterrain où il n’avançait qu’à la faible lueur de sa lampe. {Murmures d'étonnement et d'effroi.} Au bout de deux jours, 1e prince Eugène repousse de nouveau les Turcs, s’empare des écluses , et le fe.u estaussitôt communiqué à la mine ; l’explosion fut terrible ! Par la brèche béante l’armée s’introduit victorieuse dans la forteresse de Belgrade... La place était prise! Le mineur à qui revient une si glorieuse, une si magnanime part dans ce beau fait militaire, est un jeune ingénieur français...

MARIE, dans un cri qui lui échappe.

C’est monsieur le Commandeur de Beaumesnil! {Tous les regards se portent avec surprise sur Marie.)

MORNAC

C’est le Commandeur de Beaumesnil.

, LE MARQUIS

Mon frère!.. {A part.) Celte fois-ci, ce n’est pas moi.

MORNAC, en désignant Marie.

Gloire à notre jeune souveraine dont le cœur enthousiaste a deviné un ami, un compatriote dans ce valeureux soldat... homraagb à sa beauté, à son imelligence prophétique... Messieurs, éternisons à la manière de nos aïeux le souvenir de cette belle soirée dont elle est l’âme et la lumière 1 -

TOUS

Oui, oui. {Musique pendant la distribution des rubans. Tournon, Mornac, Rosamberg enlèvent tous les rubans attachés aux cheveux et noués aux h;. bits de Marie., et se les attachent au bras comme un ordre militaire.)

Ul

MORNAC, en nouant à son bras un morceau de ruban.

Souvenir de Belgrade... Ordre militaire fondé par Marie do Canilly. {Un valet apporte dans une aiguière des médailles d'or.)

LE MARQUIS, montrant l’aiguière.

Ceci, messieurs, ajoutera encore à la consécration d’une soirée que vous avez bien voulu honorer de voire présence.

TOURNON

Des médailles d’or I (Il lit la devise d'une médaille, tandis que le Marquis distribue les autres autour de lui.) « Installation du » marquis de Beaumesnil et de Marie de Canilly dans leur pa- » lais de Bethel... »

MARIE

Nos deux noms ensemble? que signifie?

MORKAC, à Marie.

Mais partout ils sont ensemble... Voyez ces écussons... Voyez ces couronnes et ces chiffres.

MARIE, piquée et contenue.

En effet... l’honneur... la flatterie...

LE MARQUIS

Toujours Louis XIV.

UN DOMESTIQUE, OM fond. .

Le souper est servi. (Tout le monde remonte au fond. Le Marquis veut entraîner Marie. ) ^

LE MARQUIS

Venez !.. • •

MARIE, bas.

Restez! [Tout le monde sort.)

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