LE MARQUIS, MARIE
MARIE
Je vou^ disais tantôt, en riant, que vous m’avez fait une place beaucoup trop importante dans votre brillante fête; maintenant je vous dis serieusement, et après tout ce que j’ai vu, que cette place est inexplicable, inconvenante, ridicule... Oui, ridicule, ou pour vous, ou pour moi... Que diront, que penseront vos invités? Que cet hôtel, dont le faste tourne au délire, est un présent que me destine votre royale personne. La plaisanterie...
LE marquis.
Plaisanterie 1 Et à qui voulez-vous que je le destine? Oui, c’est un présent, un préseut de noces.
HARIB
Ah ! vous vous mariez donc?
LE UiRQUIS.
Au nom du ciel, ne me désespérez pas avec tous ces étonnements. N’est-il pas arrêté entre nous que nous nous marierons dès le retour de votre père ?
HÀIUE.
Nous marier 1 nous deux 1
LB MARQUIS
Auriez-vous déjà oublié vos promesses V
MARIE
Mes promesses!...
Ici, dans ce salon, à cette place, je vous ai demande, il y a peine une demi-heure, si vous acceptiez ma main, vous m av z répondu...
MARIE
Moi I vous vous trompez, Édouard...
LE MARQUIS
Vous ne vous souvenez donc plus!... Mais vous avez consenti... Oui, consenti... et maintenant...
MARIB.
Quoi I vous n’avez pas pris pour ce qu’elles valaient mes réponses polies, rien qiie polies, à une proposition que j avais lieu de croire toute aussi légère i
LB MARQUIS
Légère!...
MARIB. . .
Le ton sur lequel vous m’avez parlé de votre amour si inattendu, si soudain, m’a donc complètement trompée.
LB MARQUIS
Oh I oui, il vous a trompéb.
MARIE
Puisqu’il en est ainsi, mon cher Edouard, je regrette de toute mon âme de n’avoir pas été plus sérieuse envers vous.
LB MARQUIS
Oh! c’est une passion sincère qui n’est pas née d’hier comme vous lecroyez. L’habitude de vous voir semblait me permettre de vous l’exprimer toujours assez à temps... J’attendais une occasion, elle est venue... Votre fête, jour do Sainte-Marie... cette Si cette passion n’eût pas été vraie, pourquoi aurais-je acheté, a prix d’or, ce palais? pourquoi l’aurais-je embelli comme un tem-
pie? Pourquoi aurais-je appris à toute la noblesse do France que j'allais unir mou nom au vôtre?
HARIE.
Quoil vous avez donné ce retentissement?
lE MARQUIS.
Ouil...
MARIE
Vous êtes allé bien vite, monsieur de Beaumesnil !
LE MARQUIS
Monsieur de Beaumesnil!... Ah! ce respect est plus cruel que le plus cruel refus du monde!... Moi qui croyais... comme on s’abuse!... Vous me repoussez!... Que va-t-on dire?... Je serai ridicule !... Ah! bien ridicule, vous venez de le dire... Monsieur de Beaumesnil!... Allons, monsieur de Beaumesnil, il faut vous retirer... Je me retire... je m’en vais!... Adieu, mademoiselle do Canillyl Adieu, Marie !... J’irai... je vaisà Pans... Mais, k Paris, je serai ridicule aussi, {fhisqu’on sait k la cour... Où ne sait-on pas que j’allais me marier avec vous?... Je n’irai pas à Paris. Adieu! adieu!
MARIE
Et où allez-vous?
LE MARQUIS
Bien loin... pourvu que...
MARIE
Partir ainsi au milieu d’une fête, d’une fête que vous donnez.
LE MARQUIS
Ah ! c’est vrai !... Je donne une fête.
Que la raison vous conseille.
' LE MARQUIS
La raison!... Vous avez toute la vôtre, vous, parce que vous n’aimez pas.
MARIE, avec soudaineté.
Je n’aime pas 1
LE MARQUIS. •
Ce cri!... ,
MARIE
Rienl •
LE MARQUIS
Vous aimez I Oh t vous aimez !
MARIE
Je vous jure... Tenez, Édouard, parlons de nous, qu’une franche, qu’une solide amitié... (£lle lui tend la main.)
Uh LES CINQ MINUTES DU COMMANDEUR.
LE MARQUIS
De l’amitié! {Il s’éloigne désespéré.) De l’amitié!... Marie I Mariel... Vous ne me reverrez plus!... Elle ne me rappelle pas !... Marie I Vous m’avèz tué !... (Il sort désolé par le fond à droite.)