‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 28 sur 64 · LE MARQUIS, MARIE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, MARIE

MARIE

Je vou^ disais tantôt, en riant, que vous m’avez fait une place beaucoup trop importante dans votre brillante fête; maintenant je vous dis serieusement, et après tout ce que j’ai vu, que cette place est inexplicable, inconvenante, ridicule... Oui, ridicule, ou pour vous, ou pour moi... Que diront, que penseront vos invités? Que cet hôtel, dont le faste tourne au délire, est un présent que me destine votre royale personne. La plaisanterie...

LE marquis.

Plaisanterie 1 Et à qui voulez-vous que je le destine? Oui, c’est un présent, un préseut de noces.

HARIB

Ah ! vous vous mariez donc?

LE UiRQUIS.

Au nom du ciel, ne me désespérez pas avec tous ces étonnements. N’est-il pas arrêté entre nous que nous nous marierons dès le retour de votre père ?

HÀIUE.

Nous marier 1 nous deux 1

LB MARQUIS

Auriez-vous déjà oublié vos promesses V

MARIE

Mes promesses!...

Ici, dans ce salon, à cette place, je vous ai demande, il y a peine une demi-heure, si vous acceptiez ma main, vous m av z répondu...

MARIE

Moi I vous vous trompez, Édouard...

LE MARQUIS

Vous ne vous souvenez donc plus!... Mais vous avez consenti... Oui, consenti... et maintenant...

MARIB.

Quoi I vous n’avez pas pris pour ce qu’elles valaient mes réponses polies, rien qiie polies, à une proposition que j avais lieu de croire toute aussi légère i

LB MARQUIS

Légère!...

MARIB. . .

Le ton sur lequel vous m’avez parlé de votre amour si inattendu, si soudain, m’a donc complètement trompée.

LB MARQUIS

Oh I oui, il vous a trompéb.

MARIE

Puisqu’il en est ainsi, mon cher Edouard, je regrette de toute mon âme de n’avoir pas été plus sérieuse envers vous.

LB MARQUIS

Oh! c’est une passion sincère qui n’est pas née d’hier comme vous lecroyez. L’habitude de vous voir semblait me permettre de vous l’exprimer toujours assez à temps... J’attendais une occasion, elle est venue... Votre fête, jour do Sainte-Marie... cette Si cette passion n’eût pas été vraie, pourquoi aurais-je acheté, a prix d’or, ce palais? pourquoi l’aurais-je embelli comme un tem-

pie? Pourquoi aurais-je appris à toute la noblesse do France que j'allais unir mou nom au vôtre?

HARIE.

Quoil vous avez donné ce retentissement?

lE MARQUIS.

Ouil...

MARIE

Vous êtes allé bien vite, monsieur de Beaumesnil !

LE MARQUIS

Monsieur de Beaumesnil!... Ah! ce respect est plus cruel que le plus cruel refus du monde!... Moi qui croyais... comme on s’abuse!... Vous me repoussez!... Que va-t-on dire?... Je serai ridicule !... Ah! bien ridicule, vous venez de le dire... Monsieur de Beaumesnil!... Allons, monsieur de Beaumesnil, il faut vous retirer... Je me retire... je m’en vais!... Adieu, mademoiselle do Canillyl Adieu, Marie !... J’irai... je vaisà Pans... Mais, k Paris, je serai ridicule aussi, {fhisqu’on sait k la cour... Où ne sait-on pas que j’allais me marier avec vous?... Je n’irai pas à Paris. Adieu! adieu!

MARIE

Et où allez-vous?

LE MARQUIS

Bien loin... pourvu que...

MARIE

Partir ainsi au milieu d’une fête, d’une fête que vous donnez.

LE MARQUIS

Ah ! c’est vrai !... Je donne une fête.

Que la raison vous conseille.

' LE MARQUIS

La raison!... Vous avez toute la vôtre, vous, parce que vous n’aimez pas.

MARIE, avec soudaineté.

Je n’aime pas 1

LE MARQUIS. •

Ce cri!... ,

MARIE

Rienl •

LE MARQUIS

Vous aimez I Oh t vous aimez !

MARIE

Je vous jure... Tenez, Édouard, parlons de nous, qu’une franche, qu’une solide amitié... (£lle lui tend la main.)

Uh LES CINQ MINUTES DU COMMANDEUR.

LE MARQUIS

De l’amitié! {Il s’éloigne désespéré.) De l’amitié!... Marie I Mariel... Vous ne me reverrez plus!... Elle ne me rappelle pas !... Marie I Vous m’avèz tué !... (Il sort désolé par le fond à droite.)

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