LOUISON, MARIE
LouisON, entrant vivement une lettre à la main.
Le courrier est arrivé.
MARIS
Ahl
LOUISON, luiremettant la lettre.
Pour toi... de ton père !
MARIE
De mon père ! La lettre que j’attendais : de Toulouse !... que veut dire ? C’est de Paris qu'il devait m’écrire... Laisse-moi un instant.
LOUISON
Je vais allumer les rafraîchissements. (Èlle se retire.)
MARIE décacheté vivement et lit à mi-voix pendant qu’on ne cesse de danser au fond. ,
« A l’heure oîi je vous écris, je suis dans la prison de Tou- » louse! » En prison !« Après avoir été arrêté à Agen que je tra- » versais pour me rendre dans le Béarn auprès de monsieur » de Marescreux : notre conspiration aura été découverte. » 11 est perdu! — « On vient me chercher pour paraître devant mes » juges. Soyez ferme, mademoiselle de Canilly. Je sors de mon » premier interrogatoire ; j’ai cru digne de ne rien nier. Mais » j’ai gardé le silence quand les juges m’ont ordonné dénommer
y> les personnes liées avec moi dans le but de renverser le Ré- » gent. Ils m’ont annoncé que j'allais sqbir la torture. » La torture I — ( Mouvement de douloureux repos. — Joie plus vive au fond. — On revient de souper. — Marie reprend la lecture de sa lettre.) « Relevez la tête, mademoiselle de Canilly, je ne suis pas » le premier gentilhomeme que la torture aura brisé. — « Encore * une fois, ne voulez-vous rien révéler? » 11 fallait tout avouer. « Sur ma réponse négative, un vase de plomb, plein d’eau glacée, » a été incliné sur mes lèvres, puis un second, puis un troi- » sième... J’étouffais 1 On a suspendu un instant. Ma ffUe, voi- » lez d’un crêpe noir les armes de notre maison jusqu’à ce que » les fils que vous aurez un jour m’aient vengé. Mettez le plus a d’adresse possible pour satisfaire celte vengeance... Je vous » l'ai dit, il faut baiser la main qu’on ne peut pas couper. On » m’entraîne de nouveau. » Jamais mon courage n’ira jusqu’au bout de cette redoutable lettre, ! « Je suis quitte de la seconde 3* épreuve î Us m’ont enfermé les jambes entre trois planches de » fer, et me les ont lentement serrées! ils ont meurtri mes » chairs, froissé mes nerfs, brisé mes os. Cachez bien vos lar- » mes, mademoiselle de Canilly 1 je ne pleure pas, moil... » Ah 1 c’est pour moi qu’il éprouve tous ces supplices, je ne l’ai pas assez retenu, pas assez empêché .. je ne lui ai pas crié assez fort : Non, je ne veux pas, mon père I restez !... {Elle lit). « Puis- » que vous vous obstinez à ne rien révéler, m’a dit ensuite le » juge , nous allons vous mettre en présence de vos propres » aveux... Devinez-vous ce qu’ils m’ont lu alors? La lettre » que je vous écrivais de Paris, celle oii je vous annony> çais le début favorable de notre affaire, mon départ pour le > Béarn ûxé qu lendemain et le succès qui ne pouvait nous fail- » lir. — Qui la leur a livrée? M. de Marescreux. » Trahi I Je l’avais dit! je l’avais prédit ! « Oui, monsieur de Marescreux, » quelle récompense lui a-t-on accordée, ai-je demandé. Mon- » sieur de Marescreux a été décapité sur la place publique de » Pau. Tel est son arrêt, voici le mien. Accuse d’avoir cher- » ché à renverser le Régent pour mettre à sa place Philippe V. » Je suis condamné h avoir la tète tranchée sur la place du mar- » ché à Toulouse... » Mon Dieu! mon Dieu ! je n’ai plus de pèrel « Vous pouvez encore me sauver. Mon arrêt de mort ne sera » exécuté que dans un mois; j’ai sondé mes trois geôliers, ils » sont hommes, donc, on peut les acheter. Pour trois cent mille » livres, ils me laisseraient évader. .. » {S'interrompant.) 11 s’agit donc de trois cent mille livres... {Jlvec véhémence.) Je les aurai I Mon père ! ma vie pour la vôtre !... Je les aurai ! {Musique jusqu'à la fi,n de l'acte.) , , i .t > .d i .
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