TOURNON , MORNAC , BLAMONT , ROSAMBERG, RAOUL
assis à table.
TOÜRNON.
Tiens l quel est ce nouveau venu? Quelqu’un de vous le connatt-il î
KORKAC.
Je ne le connais pas, moi.
BLAMONT
Ni moi^ D’où diable t..-. , '
ROSAHBBaS.
Pourtant nous nous connaissons tous ici.
MORNAC
Nous devons tous nous connaître.
R0SEHBBR6.
Décidément, le foyer de la Comédie-Italienne se gâte. .. On y vient sans être connu, sans être présenté.
MORNAC
Y vient qui veut, c’est intolérable ! Ce monsieur est-il Anglais, Allemand, Suédois? Non.
R0SEHBER6.
Non. N’est-ce pas un officier espagnol ?
MORKAC.
Un officier espagnol du temps de Charles-Quint, car nous savons tous que ce costume n’est aujourd’hui celui d’aucun corps de ’ l’armée d’Espagne. Parbleu ! finissons-en avec nos doutes. Demandons-jui directement quel est l’heureux pays qui l’a vu naître.
ROSAMBBRG.
DeiMornac a raison, et je vais le premier... [Il va à Baouï.) De quel pays est monsieur ? [Silence de Raoul.)
TOPRNON.
A l’armée de quelle nation appartient monsieur? [Même silence.)
HORNAC.
Monsieur est-il au service de lasérénissime république de Venise? [Mime silence.)
BLAHONT.
Demandez-lui par la môme occasion s’il n’est pas soldat du Pape.
HORNAC.
Attendez... [Il s’approche de la table et souffle les bougies.) Je vous demande bien pardon, monsieur, mais la bougie est trèschère cette année.
TOüRNON. '
11 fait un froid glacial, j’ai aussi mon idée. [Il va ouvrir la croisée près de Raoul.)
TOUS
Bravo I bravo 1 [Raoul les regarde d'un air dédaigneux.)
BLAHONT.
Assez, messieurs, assez ! Si nous le bafouons plus longtemps, nous allons nous priver du plaisir de nous mesurer avec lui. N<* déshonorons pus aujourd’hui çelui dont nous voulons faire un adversaire demain. <
HORNAC.
11 ne peut déjà plus être notre adversaire.
TOUS
.Non ! non !
HORNAC.
Alors, qu’il ait la bonté de sortir d’ici, où ne peuvent rester que ceux qui ont fait leurs preuves... Monsieur, faut-il?,..
UN AVERTISSEUR, paraissant à la porte de gauche.
Messieurs, la pièce nouvelle va commencer. [Il sort.)
[Raoul se lève pour se rendre dans la salle; aussitôt les jeunes
gens qui viennent de l’insulter lui barrent le passage avec une
banquette; Raoul se fait jour, s’arrête sur le seuil de la porte
et les regarde d'un air moqueur.)
RAOUL, du haut de la banquette.
Messieurs, dans nos montagnes, quand on part pour chasser l'ours, on ne perd pas ses balles à tirer sur les chevreuils qu’on voit passer. Adieu, messieurs; au revoir, peut-être. [Il entre dans la salle.)
Si le drôle n’est pas très-brave, il est du moins fort impertinent ; car il nous a bravés, messieurs, ne vous y trompez pas.
H0SAHBER6.
Oui, messieurs, parfaitement bravés : nous avons été joué® par lui, de Mornac a raison. Eh bien ! messieurs, qu’allons-nous faire?
BLAHONT.
Rien. Nous l’avons bafoué, il s’est moqué de nous, je crois que nous sommes quittes.
TOORNON.
Allons donc ! Ce n’est pas ainsi que je l’entends. Dans l’entr’acle je veux faire sauter, avec la pointe de mon épée, cette coiffure ridicule qu’il a gardée sur .sa tête.
MORNAC
Parfait I
ROSAHBERG.
Et moi je veux qu’il rentre dans la salle avec une seule guêtre.
C’est mieux.
MORNAC
Messieurs!...
BLAMONT
Il nous a appelés chevreuils!
TOURNON
C’est grave! Oui, nous prendrons notre revanche pendant l’entr’acte.
Oui! oui!
TOUS
l’avertisseur , reparaissant.
Messieurs, le spectacle est commencé. [Jlsort.)
BLAMONT
Allez, messieurs, allez voir la Chercheuse d’esprit... Moi,
je
vais m’étendre dans ce fauteuil, où je n’aurai pas besoin de chercher le sommeil.
TOUS , sortant.
A l’entr’aclel à l’entr’acte!
{Blamont s’est installé dans un fauteuil, près de la cheminée.)