UN SEIGNEUR
Pardon, monsieur le Comte, madame de Beaumesnil, son mari et le Commandeur occupent une loge d’avant-scène à côté de celle de monsieur de Bourbon.
HORNAC.
Mais qu’est-il donc arrivé à ta cousine ? je brûle de connaître. . . Au nom de sainte Bastille et de saint Pierre Encise, hâte-toi de nous dire...
BLAMONT
Ce matin, un jeune homme qui n’a pas voulu dire son nom, s’est présenté hardiment chez elle, et a demandé avec beaucoup d’instance à lu\ parler; il semblait avoir choisi le moment où elle était seule. Madame la marquise a fait répondre qu’elle ne pouvait pas le recevoir. Il a insisté ; ma cousine a refusé de nou-
veau. Son obstination ne s’est pas découragée. Enfin il a dit qu’il entrerait malgré tout.
MORNAC
C’est trop fort; il n’y avait donc là aucun parent, aucun ami pour faire entendre raison à ce mal-élevé ?
BLAHQNX.
Non.
' TOURKON.
Mais les domestiques ?
BLAMONT
J’allais vous en parler. Après trois ou quatre refus successifs, ayant voulu forcer l’entrée, l’intendant de la marquise s’est jeté sur son passage.
MORNAC
A la bonne heure.
BLAHOM.
Il a pris l’intendant par un bras, l’a soulevé et l’a jeté par la croisée sur une charrette de foin qui était dans la cour.
TOÜRNON.
Cependant on a dû finir par empêcher ce drôle d’entrer dans les appartements de la marquise?
BLAHONT.
On ne l’a pas empêché.
ROSAMBERG.
Gomment !
BLAWOHt.
Mais ma cousine, au moment oh se produisait cet acte inouï de violence, a gagné précipitamment le jardin afin d’échapper à un danger dont la cause est restée un mystère pour tout le monde.
ROSAMBERG.
Parbleu ! c’était un voleur ; voilà le mystère.
TOUS
Mais oui.
BLAHONT.
Je ne crois pas.
HORNAG.
Qui prouve cependant que ce n’était pas un voleur?
BLAHONT.
D’abord, c’est qu’il n’a rien volé ; ensuite deux lignes écrites au crayon et trouvées par la marquise sur son secrétaire , lorsqu’elle est rentrée dans son appartement oh le brutal personnage n’avait pas jugé à propos de l’attendre.
MORNAC
Et que disaient ces deux lignes?
BLAUONT.
Ceci : « Madame la marquise, tous n’avez pas voulu me recevoir aujourd’hui chez vous, eh bien ! moi, je vous recevrai bientôt chez tout le monde. »
uoRNAC, remontant.
Une énigme ; allons, ce n’est pas un voleur, c’est un sorcier.
BLAHONT.
Quoi qu’il en soi, ma cousine...
HORNAC, l'interrompant après avoir aperçu Raoul. A mi-voix. Messieurs... messieurs... regardez 1
{Pendant la dernière partie de celte scène, Raoul est entré sans bruit et sans être aperçu des jeunes gens tous attentifs à écouter la Rn du récit de Blamont. Après avoir regardé autour de ' lui, Raoul s'assied près de la fenêtre à la table sur laquelle brûlent des bougies ; sa tête est couverte d'un béret de velours blanc ; il est serré dans une tunique en drap rouge, il porte des guêtres collantes ; sa culotte est en drap jaune clair ; t'{ a des gants de daim.)