‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 48 sur 64 · UN SEIGNEUR · texte numérisé non relu

UN SEIGNEUR

Pardon, monsieur le Comte, madame de Beaumesnil, son mari et le Commandeur occupent une loge d’avant-scène à côté de celle de monsieur de Bourbon.

HORNAC.

Mais qu’est-il donc arrivé à ta cousine ? je brûle de connaître. . . Au nom de sainte Bastille et de saint Pierre Encise, hâte-toi de nous dire...

BLAMONT

Ce matin, un jeune homme qui n’a pas voulu dire son nom, s’est présenté hardiment chez elle, et a demandé avec beaucoup d’instance à lu\ parler; il semblait avoir choisi le moment où elle était seule. Madame la marquise a fait répondre qu’elle ne pouvait pas le recevoir. Il a insisté ; ma cousine a refusé de nou-

veau. Son obstination ne s’est pas découragée. Enfin il a dit qu’il entrerait malgré tout.

MORNAC

C’est trop fort; il n’y avait donc là aucun parent, aucun ami pour faire entendre raison à ce mal-élevé ?

BLAHQNX.

Non.

' TOURKON.

Mais les domestiques ?

BLAMONT

J’allais vous en parler. Après trois ou quatre refus successifs, ayant voulu forcer l’entrée, l’intendant de la marquise s’est jeté sur son passage.

MORNAC

A la bonne heure.

BLAHOM.

Il a pris l’intendant par un bras, l’a soulevé et l’a jeté par la croisée sur une charrette de foin qui était dans la cour.

TOÜRNON.

Cependant on a dû finir par empêcher ce drôle d’entrer dans les appartements de la marquise?

BLAHONT.

On ne l’a pas empêché.

ROSAMBERG.

Gomment !

BLAWOHt.

Mais ma cousine, au moment oh se produisait cet acte inouï de violence, a gagné précipitamment le jardin afin d’échapper à un danger dont la cause est restée un mystère pour tout le monde.

ROSAMBERG.

Parbleu ! c’était un voleur ; voilà le mystère.

TOUS

Mais oui.

BLAHONT.

Je ne crois pas.

HORNAG.

Qui prouve cependant que ce n’était pas un voleur?

BLAHONT.

D’abord, c’est qu’il n’a rien volé ; ensuite deux lignes écrites au crayon et trouvées par la marquise sur son secrétaire , lorsqu’elle est rentrée dans son appartement oh le brutal personnage n’avait pas jugé à propos de l’attendre.

MORNAC

Et que disaient ces deux lignes?

BLAUONT.

Ceci : « Madame la marquise, tous n’avez pas voulu me recevoir aujourd’hui chez vous, eh bien ! moi, je vous recevrai bientôt chez tout le monde. »

uoRNAC, remontant.

Une énigme ; allons, ce n’est pas un voleur, c’est un sorcier.

BLAHONT.

Quoi qu’il en soi, ma cousine...

HORNAC, l'interrompant après avoir aperçu Raoul. A mi-voix. Messieurs... messieurs... regardez 1

{Pendant la dernière partie de celte scène, Raoul est entré sans bruit et sans être aperçu des jeunes gens tous attentifs à écouter la Rn du récit de Blamont. Après avoir regardé autour de ' lui, Raoul s'assied près de la fenêtre à la table sur laquelle brûlent des bougies ; sa tête est couverte d'un béret de velours blanc ; il est serré dans une tunique en drap rouge, il porte des guêtres collantes ; sa culotte est en drap jaune clair ; t'{ a des gants de daim.)

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