LE C(»ITE
Voyons, qu’as-tu à me dire? Parle, je suis très-pressé; j’attends ma fille... une affaire importante...
Louison.
C’est d’elle que j’ai è te parler.
LE COUTE
Qu’as-tu à me dire î
Louison.
Qu’avec toute ta science, toute ta politique, tu t’occu^s beaucoup plus de ce qui se passe dans le ménage du grand Turc que dans le tien.
LE COMTE
Et que se passe-t-il chez moi ?
LODISON.
Il se passe, monsieur le comte, que ta fille maigrit, comme lorsque je la sevrai.
LE COMTE
Et quel est son mal, savant médecin ?
LOOISON.
Son mai, c’est d’avoir vingt ans.
LE COMTE
Quel diable de propos me tiens-tu là?
LOUISON
Vrai comme j’ai donné le plus pur de mon lait à celui qui sera un jour le roi Louis XV, ce mal, c’est l’amour I LE COMTE, te levant,
Marie oserait aimer t... Tu déraisonnes!... Je me serais bien aperçu... moi!...
LOUISON
Toi, t’apercevoir!. . . Mais tu la laisses libre d’aller de bal en bal, de château en château. . .
LE COMTE
U me semble que j’ai chargé messieurs de Beaumesnil d’être scs cavaliers, de me remplacer enfin I
LOUISON
Tiens, c’est vrai ; ces messieurs, je n’y pensais pas
Mais tu sais que le plus jeune, monsieur le Commandëur, n’ayant pas un penchant très-décidé pour la danse, n’accompagne jamais la fille au bal.
LE COMTE
C’est donc monsieur Edouard, son frère aîné, qui l’accompagne?
LOCISON.
Mais oui, mais toujours, ruais avec zèle el empressement, avr c peut-être trop d’empressement; voilà ce que je voulais te dire.
LB COMTE
Si ce n’est que cela I
LOUISON
Tu trouves que ce n’est pas assez ?
LB COMTE
Te serais-tu aperçue?...
LOUISON
Non.
LE COMTE
Mais, enfln, si Marie aime quelqu’un...
LODISON.
Pour cela, oui.
LE COMTE
Alors, c’est lui, le marquis.
LODISON.
Pour cela, non. Mais je ^urai qui elle aime, et pas plus tard
S u’aujourd’hui. Est-ce que je veux la voir mourir sur pied I... 'ui, je le saurai.
Moi, je le sais déjà.
LODISON.
Ah!... Eh bien! puisque tu le sais, qui aime-t-elle? Serait-ce un de tes jeunes officiers de la garnison, un de ces capitaines qui vont venir à ta soirée?
LE COMTE
C’est mon secret, madame Louison ; c’est mon secret. Reposetoi sur moi... Va dire à ma fille de venir, que je l’attends ici depuis dix minutes. {Il s'assied.)
LODISON.
A la bonne heure ! A la bonne heure I part en sortant.) Ce qui ne m’empêchora pas de suivre mon idée... Au contraire. {Elle sort par le fond à gauche.)