SCÈNE IV
LOUISON, toujours assise à la table, LE COMTE.
LE COMTE
Je te l’ai dit cent fois, je ne veux pas que tu t’acharnes ainsi sur le marquis de Beaumesnil. C’est un esprit faible, très-faible, c’est un enfant ! je t’ai même dit l’origine et la cause de celte faiblesse intellectuelle, afin que tu eusses quelque soin de ne pas la îroisser. Sa mère, pendant qu’elle le portait, fut surprise au milieu de la nuit par un incendie qu’avaient allumé des brigands au château qu’elle habitait. Elle n’échappa que par le plus grand des hasards aux bandits et aux flammes ; mais elle eut une peur si violente qu’elle la transmit à son fils : chétif, débile, énervé, le marquis a reçu l’épouvante eu naissant. Un rien l’exalte, un rien l’abat, un rien le fait rire, un rien le fait pleurer, un rien
{ leut le tuerl... Et tu le railles sans cesse, tu es toujours après ui...
LOÜISON.
C’est lui qui est toujours après moi.
LE COMTE. 1
D’ailleurs, j’ai été son tutepr et celui de son frère, ce sont presque mes fils... Je ne souffrirai pas... Maintenant, voyons... qu’as-tu à me dire? Tu as voulu me parler avant mon départ ; je t’écoute, parle. {Il s’assied.)
LODisoM, se levant.
Comte, dis-moi d’abord dans quel pays nous sommes.
LE COMTE. , ^ ,
Cette question ! Nous sommes depuis trois mois è Mézièros, la capitale de la province des Ardennes.
LODISON.
J’aime mieux Saint-Mandé, la capitale du bois de Vincennes, oh j’étais blanchisseuse avant d’être nourrice. Mais qu’as-tu donc fait au Régent pour qu’il ait ep la fantaisie de t’envoyer ici au fin fond de la France au milieu des bois et des forêts?
LECOMTE
Sotte! Tu ne comprendras donc jamais que c’est un honneur insigne qu’il m’a fait en me nommant lieutenant général de cette place frontière 7 Sous-gouverneur I
LODISON.
Tu appelles cela de l’honneur? Mazettc! J’ai déjà manqué de perdre le nez pour l’avoir mis une fois à la portière par le froid de cigogne qu’il fait ici.