III. — Les Odeurs et la Voix
On savait, à la vérité, depuis longtemps, que les substances volatiles, les particules odorantes, agissent, bien que d’une manière indirecte, sur l'organe vocal; on avait maintes fois constaté, chez des personnes qui avaient séjourné dans une pièce remplie de fleurs, des migraines, des nausées, des vertiges, et jusqu’à un état syncopal plus ou moins prolongé. De même, l’expérience a permis d’établir que les émanations résineuses sont efficaces dans certaines affections du larynx ; que les effluves de telles plantes aquatiques sont, par contre, nuisibles ; mais on ignorait que des fleurs naturelles ou des parfums artificiels entravent l’émission de la voix, allant jusqu’à déterminer l’enrouement, parfois F aphonie complète.
C’est en causant un jour avec le docteur Fauvel que nous eûmes la confirmation de ce que nous ne faisions jusqu’alors que soupçonner. « Certainement, répondit très aimablement à notre interrogation l’éminent laryngologiste, les odeurs ont une influence néfaste sur la voix ; et il y a beaux jours qu’il m’a été donné de l’observer. Peut-être avezvous connu Marie Sasse, la grande chanteuse ? Eh bien, Marie Sasse m’a conté qu’au moment où elle répétait Y Africaine, elle avait, un soir, complètement perdu la voix, brusquement, dans les circonstances suivantes.
l’odorat
« Elle chantait chez les Rothschild, s’il m’en souvient, avec Mme Penco, du Théâtre Italien. Mmo Pcnco, pressée ce jour-là, demanda à sa camarade de lui céder son tour. Marie Sasse v consentit sans se
faire prier. En remerciement, Mme Penco offrit à Marie Sasse un superbe bouquet de violettes de Parme, sur lequel elle avait répandu un flacon presque entier d’extrait concentré de la même fleur. L’effet fut presque immédiat : à peine Marie Sasse avait-elle respiré le bouquet, qu’elle devenait complètement aphone ! »
Gomme le docteur Fauvel, le docteur Gouguenheim, le docteur Poyet, le docteur Glover, tous médecins ou anciens médecins du Conservatoire, sont unanimes à convenir que les parfums abîment la voix.
Comment et pourquoi? Ici les avis sont divergents.
Serait-ce que les cordes vocales se mettent en état de parésie, de défaut de contraction, comme le pensait Fauvel? Est-ce une action d’ordre nerveux, l'influence réflexe d’une impression nasale, comme nous le disait Gouguenheim ? Si l’explication est encore à trouver, le fait existe. Demandez plutôt aux chanteurs et chanteuses de votre connaissance. Mais ne prenez pas cette peine, nous nous sommes livré nous-mêmes à cette enquête, dont nous allons vous faire connaître les résultats.
Dans le monde artistique, ce n’est pas d’hier qu’on a remarqué que certaines Heurs naturelles, telles que le lys, le mimosa, la violette, la tubé-
LES CURIOSITÉS DE LA. MEDECINE
reuse et quelques parfums artificiels, entre autres l’eau de Cologne russe, la peau d’Espagne, etc., produisent une influence nuisible sur les organes vocaux. Mme Renée Richard (de l’Opéra) nous a confié, à cet égard, qu’elle a, depuis longtemps, interdit aux élèves qui fréquentent ises cours de porter, durant le trajet de leur domicile à celui de la cantatrice, même un simple bouquet de violettes à leur corsage. Quand les élèves ont respiré, en cours de route, ces fleurs au parfum pourtant peu pénétrant, elles sont presque incapables d’émettre un son. Mme Richard, voulant se rendre compte de la cause du phénomène, a examiné au laryngoscope celles qui présentaient cette singularité, et elle a constaté une tuméfaction des cordes vocales caractéristique, alors que celles-ci sont molles et comme cotonneuses chez celles qui se trouvent dans les conditions normales.
Mme Christine Nillson, devenue comtesse de Casa Miranda, a banni les fleurs de son appartement, dès qu’elle a reconnu leur influence sur la voix.
(( A part la rose, nous écrivait Mme Isaac, de f Opéra-Comique, tous les parfums sont nuisibles à la voix, mais principalement le mimosa, la violette et le lilas. »
Le lilas blanc, appuie Mme Emma Calvé, est surtout mauvais ; la tubéreuse et la jacinthe sont pires encore que le lilas blanc, nous assure Delmas, l’excellente basse chantante de l’Opéra.
Au Conservatoire, si on n’enseigne pas que les bouquets doivent être enlevés de tous les endroits
l’odorat
où l’on doit chanter, on recommande, en toutes occasions, aux élèves qui y fréquentent, de se sevrer de parfums, de quelque nature qu’ils soient. « Je n’ai jamais aimé, nous déclarait naguère un professeur de notre établissement national de musique et de déclamation, je n’ai jamais aimé sentir trop près de moi, quand je chantais, les parfums, quelque exquis qu’ils pussent être. Etait-ce le résultat de mon imagination, je n’en sais rien ; ils me produisaient un peu l’effet, en diminutif, de l’odeur exhalée par les pastilles du sérail, par le travail des bitumiers, ou même par la fumée du tabac... r>
Le grand artiste Faure a bien voulu, aussi, nous faire part de ses impressions. La violette est sa bête noire et il n’a que malédictions pour l’humble fleurette. Le lys et le , mimosa ne trouvent, du reste, pas davantage grâce à ses yeux ; le mieux est, à l’entendre, de les reléguer dans une pièce inhabitée.
L’auto-suggestion est-elle pour quelque chose dans la production du phénomène ? Nous serions, quant à nous, assez disposé à le croire. A ce sujet, Mm PÉ an, la veuve de l’éminent chirurgien, nous racontait un jour, qu’à une de ses matinées artistiques où le Tout-Paris défilait, un chanteur en renom allait entrer en scène, lorsqu’elle le vit tout à coup pâlir, se troubler... Elle s’enquiert si l’artiste a un malaise subit, si la chaleur de la salle, ou toute autre chose, l’incommode. Il ne s'agissait, de rien de tout cela, mais d’un bouquet, que l’acteur avait aperçu dans le fond de la salle, et dont il demandait
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
le retrait immédiat, faute de quoi il lui serait impossible d’articuler un son. Pur effet de l’imagination, car le bouquet était... en fleurs artificielles !
IV. — Le Nez et l’Odorat dans leurs relations avec l’appareil sexuel.
Nous ne sommes pas de ceux qui trouvons matière à raillerie dans les traditions ou les expressions populaires. Sous une apparence fruste, on découvre des trésors de bon sens dans une multitude de proverbes qui, avant réflexion, nous porteraient plutôt à sourire. Combien de fois avons-nous exprimé le désir qu’un savant, qui aurait des loisirs, soumît au creuset de l’analyse les remèdes
7 fJ
dits de bonne femme, pour en extraire l’élément actif ? Un travail de sélection de même genre, mais dans un autre ordre d’idées, ne devrait-il pas être tenté pour les dictons qui, dans leur naïf langage, en disent parfois si long sur les mœurs et les usages d’un peuple ou d'une race, ou qui expriment sous une forme concise et synthétique une vérité physiologique ?
Ainsi, un proverbe dit, mais celui-là nous remprunterons aux Latins, si osés en la matière :
Noscitur e labiis quantum sit virginis antrum ;
Noscitur e naso quanta sit hasta vivo.
N’avez-vous pas deviné qu’il existe une relation évidente entre rappendice nasal et les organes sexuels ; que ces rapports ont été notés dès la plus haute antiquité P
De tout temps, en effet, on a remarqué qu’un
l’odorat 275
grand nez était le signe d’une exceptionnelle puissance virile. Dans les satiriques de l’ancienne Rome, sous la plume de Martial et de Juvénal, revient à tout instant ce parallèle.
Dans la Vie d’Héliogabale, Lampridius raconte que ce prince dissolu choisissait pour compagnons de ses infâmes débauches des jeunes gens dont le nez avait de respectables dimensions (1).
Les physiologistes n’ont pas, d’ailleurs, essayé de nier la corrélation, la sympathie qui existe entre l’appareil de l’olfaction et celui de la reproduction, a L’odorat, dit Clocquet, est en rapport immédiat avec les fonctions de la génération. » « 11 n’est pas sans intérêt de remarquer, observe Feue, que, quelle que soit l’odeur qui provoque une sensation agréable, les mouvements mimiques du nez et de la lèvre supérieure, en particulier, rappellent ceux qui accompagnent l’excitation génésique (2). »
L’amour, écrit Mantegazza, a beaucoup de rapports mystérieux avec le sens de l’odorat. Dans le monde animal, les parfums sont souvent l’excitant le plus direct et le plus puissant de la lutte amoureuse, et avant même que la femelle ait vu celui qu’elle recherche, les ailes du vent ont porté à ses farines l’odeur qui l’enivre de volupté. La nature a placé le musc, la civette, le castoréum et beaucoup d’autres substances odorantes, de façon à montrer avec évidence à quelles fins elle les destine. Lt les Heurs, qui nous ravissent par leur éclat si varié, ne
(h) Joal, De V Epistaxis génitale , C>.
([>.) Féré, Pathologie des Emotions , /j 3 9 . Beaucoup de personnes ne peuvent visiter des fabriques de parfums, au dire de Mantegazza, sans éprouver des désirs particuliers.
276 LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
nous disent-elles pas combien sont intimes les rapports qui lient l’odorat et l’amour, et les molécules odorantes aux mystères de la reproduction ? (1)
N’est-ce pas Cabanis qui écrit que « la saison des fleurs est en même temps celle des plaisirs de l’amour (2) », témoignant ainsi que les lois de la nature sont immuables et régissent le monde végétal aussi bien que le monde animal ?
Chez les animaux, a dit Longet, la liaison entre les fonctions olfactive et génitale est aussi incontestable qu elle est intime. A l’époque du rut, les individus d’une même espèce devaient se rechercher mutuellement. Il leur fallait donc un moyen de se diriger les uns vers les autres, un moyen d’excitation, et la nature a pris soin de faire exhaler vers cette époque une odeur forte et spéciale aux organes sexuels de la plupart (3).
C’est un fait bien connu que, chez la plupart des animaux, une odeur se dégage, au moment du rut, des organes génitaux ou des glandes qui les avoisinent.
Chez certaines femelles destinées à reproduire des hybrides, on est quelquefois obligé de couvrir les yeux du mâle et d’imprégner la femelle qu’on veut faire saillir des parfums naturels d’une autre femelle préférée de ces mâles et choisie dans leur espèce. On fait habiter l’étrangère dans l’écurie de la sultane, à côté d’elle, durant plusieurs jours. On transporte, au moment du coït, les
(1) Mantegazza, Physiologie de V amour , i49-
(2) Une dame, très sensible aux odeurs, disait : « J’éprouve tant de plaisir à sentir une fleur, qu’il me semble que je commets un péché. » Mantegazza, Physiologie de V Amour, i5i, note.
(3) Longet, Traité de Physiologie.
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produits de sécrétion féminins qui doivent tromper 1 officiant, qu’on a préalablement mis dans l’impossibilité de voir la concubine qu’on substitue à sa légitime. Souvent, dans ce cas, l'illusion est assez complète pour tromper le maître et seigneur. Si le mâle se doute de la fraude, il faut doucement éloigner la cavale adultère et mettre à sa place l’épouse préférée, la lui faire sentir et lui substituer la première, quand on croit l’illusion assez complète, et le moment arrivé... (1)
Les particularités qui suivent sont peut-être plus ignorées.
Une remarque a été souvent faite par les vétérinaires : lorsque le isens de l’olfaction est perverti chez un étalon, son ardeur est presque éteinte. De même, si la femelle n’exhale pas une odeur sui generis, le mâle s’en éloigne (2). Ainsi, le taureau se refusera à saillir une de ces vaches qu’on appelle des vaches rohinières , dont le « relent ne lui monte pas au nez ». Aussi, pour surmonter cette antipathie, a-t-on imaginé d’aromatiser la région vulvaire de la femelle pour dissimuler sa véritable odeur.
Chez les chevaux, on se sert, à cette fin, d'infusions très concentrées de sainfoin, de serpolet, de sauge, et autres foins aromatiques. Quelquefois, on pratique des injections vaginales avec ces mêmes substances, mais il est rare nue le mâle s’en contente, préférant à tout le parfum naturel.
(1) T)r Galopin, Le Parfum de la Femme , 160-161.
(2) Notons, en passant, que Cabanis conseillait l’air des étables et des vacheries, pour restaurer les forces des gens épuisés par des excès de coït. ( Rapports du Physique et du Moral,
t. II, 419-420).
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
Dans certaines espèces animales, ce parfum est, du reste, des plus pénétrants. Le musc, la civette, le castoréum et toutes les humeurs odorantes sécrétées par les follicules inguinaux voisins des organes sexuels, agissent par leur odeur et favorisent l’accouplement. Qui n’a observé les chiens se flairant avant de copuler ; l’étalon frottant ses naseaux avec du mucus de la vulve de la cavale (ce que les anciens appelaient l’hippomane), avant de commencer le combat amoureux ?
Les chats sont spécialement excités par l’odeur du marum, de la cataire ( nepeta c ai aria), des racines de valériane et de serpentaire de Virginie. Ils se roulent littéralement, quand on leur en présente.
Rien de tel pour faire frayer les carpes que de leur frotter l’anus avec du musc ou de la civette. La civette réussit pareillement, au dire d Olina, à faire chanter les rossignols en cage, sans doute parce qu’elle accroît leurs désirs.
Les crapauds (i) sont attirés par les émanations de Y anthémis cotula, du stachys palustra, de Yactea spicata. %
L’odeur du chenopodium vulvaria provoque chez les chiens la sécrétion urinaire.
Ce qui n’est pas moins remarquable, c’est qu’il est des plantes dont le parfum est modifié durant l’accouplement : dans la Botanique de Duchartre, Morren a signalé de nombreux cas à F appui de
fi) « Si, après avoir examiné des grenouilles et des crapnids femelles, dit Galopin, qui avait élé lui-même témoin de l’expérience, on plonge les mains dans l’eau, les mâles s’empressent d accourir de loin et de les embrasser étroitement. » Dr Galopin, op. cit., 32.
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cette thèse. La plupart des orchidées perdent leur parfum une demi-heure après l’application du pollen (1).
Le nom de la famille de ces plantes, orchis, annonce assez à quoi se comparent les doubles bulbes de leurs racines, et l’odeur du sperme quelles exhalent n’est pas pour infirmer la comparaison. Plusieurs de ces végétaux, entre autres le salep, jouissent de vertus aphrosidiaques, non pas seulement parce qu’on a observé des analogies toutes fortuites de forme avec des analogies d’odeur, mais parce que leur action a été réellement constatée.
Il est à noter que la plupart des végétaux qui exaltent les facultés génératives sont des aromates. La vanille, la cannelle, le macis, le girofle, la muscade, le poivre, le safran, l’ail, sont des substances très odoriférantes.
Est-ce pour ce motif que, de tout temps, les femmes ont employé les parfums dans leur toilette secrète, en ont usé pour captiver ceux qu’elles voulaient s’attacher ? N’est-ce pas J. -J. Rousseau qui a dit dans ison Emile (2) : « Le doux parfum d’un cabinet de toilette n’est pas un piège aussi faible qu’on le pense P » ; ce que Parny a exprimé dans ces vers élégants :
Plus tendrement un cœur soupire,
L’air et les parfums qu’on respire De l’amour allument les feux (3).
(1) Rivière a cité le conophallus, dont les fleurs femelles exhalent une odeur infecte, jusqu’au moment où les fleurs mâles y répandent le produit de leurs étamines.
(a) J.-.l. Rousseau, iïmile, édition stéréotypée, 262.
(3) Elégie VII, livre III.
LES CURIOSITES DE LA MEDECINE
On a soutenu que les artifices de toilette étaient un produit de notre civilisation, rien n’est plus faux. A ceux qui n’ont pas encore tout à fait rompu avec les classiques, nous rappellerons ce que dit Homère, au quatorzième livre de Y Iliade : « Junon lavait son corps avec de l’ambroisie et se parfumait avec une essence aussi précieuse que 'suave. »
Et ce ne sont pas seulement les belles Grecques qui ont eu recours à oes procédés de séduction. Dans l’Ancien Testament, on voit Rutii s’inonder de parfums pour plaire à Booz.
Les Arabes, les Orientaux et tous les peuples qui ont adopté la religion mahométane, ont le culte des parfums. Mahomet lui-même partageait son affection entre les parfums et les femmes, ou plutôt il les adorait inséparablement. k
En Nubie, les courtisanes se frictionnaient avec un cosmétique odoriférant, composé de graisse de mouton, de savon, de musc, de bois de santal pulvérisé, de sembil (valeriana celtica) et de mehleb (fruit qu’on cueille en Arménie, en Perse et en Asie Mineure (i).
A la séance de la Société anthropologique de Berlin du iS octobre 1873, Hartmann a présenté des vases troués, en terre cuite, envoyés par J. Hildebrant, qui servaient aux femmes somalis pour se parfumer les organes génitaux, et qui s’appellent en nubien Kalenqùl ou Terenqùl. On en âvait rencontré dans les cabanes les plus pauvres. Le parfum qui s’y consommait s’obtenait en faisant brû-
(1) Mantegazza, Hygiène de V Amour, 175.
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1er de l’ambre, les opercules d'une espèce de Strambus qui se trouve dans la mer Rouge, et le bois de l’Acacia Verek. Ces fumigations s’emploieraient encore en Abyssinie (Ascherson), et sur les côtes de la mer Rouge (Issel).
Aujourd’hui que l’industrie est parvenue à reproduire synthétiquement la plupart des odeurs de lleurs naturelles, et que l’usage des triples et quadruples extraits s’est généralisé, telles Parisiennes de nos jours laissent loin derrière les Orientales les plus expertes dans l’art de se parfumer. Mais ce sont artifices qui répugnent à celles dont le charme réside dans les seuls avantages naturels. Celles-là savent mieux que toutes les autres, que l’excitation génésique est plus sûrement provoquée par l’odeur de leur corps, que par les cosmétiques les plus compliqués. Cette excitation n’est pas seulement due à l’odeur dos sécrétions provenant des organes de la génération, mais encore à celle des sécrétions cutanées et (i), parfois, à une sécrétion locale.
L ’odor di femirta est, pour tout dire, des plus complexes, et le chimiste le plus habile aurait quelque peine à en dissocier les éléments.
(i) Le Dr Galopin a noté que les personnes de la même profession se recherchent el se marient ensemble : c’est un mariage d’odeurs, « le parfum de la femme s’harmonisant avec celui de l’homme ». La Marseillaise respire avec volupté son mari, qui sent l’ail et l’oignon ; les ouvriers en phosphore épousent presque toujours dos ouvrières de la même profession qu’eux. C’est bien à des accouplements de ce genre qu’on peut appliquer, en l’amplifiant, la définition si connue du mariage: « Un échange de transpiration la nuit... et le jour. »
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Il est des femmes qui sentent l’ambre, le musc, mais naturellement : telles, les blondes cendrées, au dire du Dr Galopin, qui a fait de la question une étude approfondie. D’autres, principalement des femmes aux cheveux châtains, sent la violette : Agnès Sorel, Diane de Poitiers, Mme de Maintenon possédaient ce rare privilège (1).
Certaines femmes, très brunes, à la peau blanche, dégagent une odeur d’ébène.
Aubert (de Lyon) a observé des femmes qui, à l’approche et durant tout le temps de leurs règles, exhalaient une odeur aromatique acidulé, ou chloroformée. Cette odeur se manifestait surtout sous les bras, dans les régions axillaires.
Chez quelques-unes, cette odeur n’a rien de désagréable, écrit sans sourire le D1 2 3 Galopin. « Quelques-unes même sentent l’ambre et la violette, quand le dessous des bras est laissé à l’air libre Chez d’autres, les aisselles répandent une odeur prononcée d’épaule de mouton en rut (sic), dont les chats sont si friands qu’ils dévorent les chemises et les robes de leurs maîtresses. » (2)
Féré n’hésite pas à voir des candidats à l’aliénation dans ceux que Tardieu appelait les renifleurs. Ce sont des maniaques que guette la folie, dont ces aberrés génésiques (3) côtoient les frontières ; et à
(1) Céline Montaland ne se fit tant aimer, que parce qu’elle était « dangereusement parfumée ». Galopin, i5o.
(2) Du parfum de la femme, 109.
(3) Dans un livre qui fit jadis quelque tapage, le critique allemand Max Nord au a cherché à établir que la perversion de l’odorat était, chez le chef de l’école naturaliste, un signe incontestable de déséquilibre cérébral. « Zola, dit-il,
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l’appui de son opinion, l’auteur de la Pathologie des émotions (i) cite l’observation suivante, que nous résumons.
Un homme, âgé de près de 60 ans, d’une santé robuste, sans tare névropathique héréditaire, ne s’attaquait qu’aux femmes qui travaillaient dans les champs, en chemises à manches courtes. Le vieux céladon s’acharnait après elles, jusqu’à ce qu’il fût parvenu à introduire sa main dans leur aisselle. Il se retirait sans en demander plus, se contentant de respirer avec délices dans la solitude le parfum attaché à ses doigts. « C’est une odeur qui me remonte, disait-il, qui me ferait faire des lieues. » Il se disait capable de faire des exploits avec ces femmes-là. Il prétendait même qu’il lui était facile de reconnaître la continence et le moment le plus propice pour l’attaque à fond, rien qu’aux qualités de l’odeur.
L’excitation particulière que produisent les rousses sur certains tempéraments ne pourrait-elle tenir à la même cause, c’est-à-dire à l’odeur pénétrante
montre à la fois une prédominance maladive des sensations de l’odorat dans sa conscience el une perversion du sens olfactif, qui lui font paraître agréables et sensuellement excitantes les plus mauvaises odeurs, notamment celles des excrétions humaines. » Les odeurs occupent, il est vrai, une grande place dans l’œuvre de l’auteur de Pot-Bouille (Y. notre article de la Gazette des hôpitaux, du 19 avril 1914) ; mais de là à conclure à la dégénérescence, presque à la folie de Zola, c’est dépasser les bornes du paradoxe. Celle prédominance du sens de l’odorat est manifeste dans d’autres œuvres littéraires, telles que: Le Mâle, de Camille Lemonnier, V Homme-Femme et la Visite de l\:oces, d’ALEx. Dumas fils, etc.
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qu’elles exhalent ? La réponse nous est fournie par le fait suivant, rapporté par Binet (i), fait qui montre bien que cette influence peut s’exercer même à distance et à l’insu de celle qui en est l’objet.
Un étudiant en médecine, M. D..., étant assis un jour sur un banc, dans un square, occupé à lire un ouvrage de pathologie, remarqua que, depuis un moment, il était gêné par une érection persistante, sans qu’il eût pourtant le moindre désir. En se retournant, il aperçut une femme rousse qui était assise sur le même banc, mais de l’autre côté, et qui répandait une odeur assez forte. L’explication était trouvée.
Peut-être était-elle également rousse l’héroïne de l’histoire suivante, que Cloquet a empruntée à un anecdotier du xvie siècle.
En 1672, on célébrait au Louvre le mariage du roi de Navarre avec Marguerite de Valois, et celui du prince de Condé avec Marie de Glèves, douée selon l’histoire, d’une singulière beauté et bonté.
Après avoir dansé longtemps et se trouvant incommodée par la chaleur du bal, cette princesse passa dans une garde-robe, où une des femmes de la reine-mère lui ht changer de chemise. Elle venait de sortir, quand le duc d’Anjou (Henri III) y entra pour raccommoder sa chevelure et s’essuya par mégarde le visage avec la chemise qu’elle venait de quitter. Depuis ce moment, ce prince conçut pour elle la passion la plus violente, que la mort tragi-
(1) Binet, Le Fétichisme dans Vamour.
l’odorat
que de celle qui en fut l'objet ne put arriver à vaincre (i).
Il n’est pas douteux que quand la passion en arrive à ce paroxysme, elle relève du pathologiste, mais la limite qui sépare la passion de l’état morbide est-elle toujours facile à déterminer ?
Rarement, pour des nez normalement constitués, l’odeur cutanée est agréable, surtout chez l’homme, car pour la femme on pourrait prétendre que la suggestion est en jeu. Et cependant, on cite, d’après Plutarque, Alexandre le Grand, dont la sueur odorait la violette ; et moins loin de nous, Malherbe, Cujas, Haller, qui exhalaient par la peau une suave odeur de musc (2). L’histoire ne nous dit pas s’ils étaient très portés sur le chapitre de la sensualité.
D’ailleurs, à qui le soutiendrait, on aurait la ressource d’opposer des exemples fameux : celui, notamment, de Louis X1Y qui, au dire de Lagon, était atteint de cette puante infirmité qu’on nomme le bromidrosis pedum ; et celui d’HENRi IV, avec qui Madame de Verneuil, prenant toutes sortes de libertés, disait un jour : « Bien vous en prend
(1) Cloquet, Osphrésiologie, i38, note. — Chez les Indiens des Iles Philippines, dit Jagor (cité par Binet, le Fétichisme . etc., 25), les amants, an moment des adieux, échangent des morceaux de linge qu’ils portent, et pendant leur séparation, ils respirent Podeur de l’être bien-aimé, en couvrant leur relique de baisers.
(2) Monin, Essai sur les odeurs du corps humain , i/j-
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
d’être roi ; sans cela on ne pourrait vous souffrir, car vous puez comme charogne (i). »
Il faut croire que tous les hommes ne ressemblent pas à Henri IY sous ce rapport ; car il en est qui, sans avoir des attributs extérieurs bien remarquables, arrivent toujours bons premiers dans les lices .amoureuses. Cela tient, très probablement, au parfum de mâle qu’ils dégagent.
A cet égard, les ecclésiastiques, et, en général, ceux qui font profession de continence, ont une véritable grâce d’état. Que cette odeur soit due à la résorption de la liqueur séminale, ou à l’élimination par la surface cutanée de ses principes odorants (2), les paroissiennes n’en ont cure. Le fait n’en existe pas moins, et il a été relevé par bien des observateurs : par Fredault, qui prétend que « l’odeur spermatique )> de l’homme chaste est des plus excitantes ; par Mantegazza, lequel a relaté le cas de cette dame de la cour au temps de Brantôme, qui portait en relique les parties génitales de son mari mort, parfumées, embaumées et renfermées dans un étui d’argent doré (3).
Chacun de nous a, du reste, son odeur propre, suivant son embonpoint, la couleur de son teint, etc.
Les bruns ont l’odeur cyanique ; les blonds possèdent une faible senteur musquée ; les adipeux exha-
(1) D’après Tallemant des Réaux.
(2) MoNtN, loc. cit., i5.
(3) Mantegazza, L'Amour dans l'Humanité, 94; et Hygiène de l'Amour, du même auteur.
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lent une odeur oléagineuse (1) ; mais « la puanteur vient surtout aux rousseaux tavelez », selon l’énergique expression d’ Ambroise Paré.
Que toutes ces odeurs soient plus manifestes après des excitations ou des abus génésiques, nous nous en référons sur ce point au Dr Monin, qui assure que, chez la femme, il en est de même que chez l'homme. « Tout le monde, dit-il, a décrit, depuis Juvénal, la rance odeur des prostituées (2). »
Mais c’est assez parler de l’influence des odeurs sur l'appareil génital. Il nous reste à montrer qu’inversement, une excitation génitale peut déterminer des phénomènes réflexes du côté de l’appareil de l’olfaction.
Les rapports physiologiques entre les organes génitaux et le nez ont été, pour la première fois, décrits scientifiquement en 1 884 , par Mackensie (3).
Mackensie rappelle que dans Ayuverda, le vieux classique indien, on trouve cité, parmi les causes du rhume de cerveau, du coryza, Yuxoribus concubitus. Hippocrate en avait vaguement parlé. Celse, plus explicite, conseillait d’éviter la chaleur de la femme au début d’un rhume.
Dans ces dernières années, Arviset a publié une thèse inaugurale sur ce sujet (août 1887) ; et Isch-
(1) Celle odeur est très prononcée chez les femmes polysarciques, au moment des menstrues.
(2) Monin, Joc. cit., i4-
(3) De VexcÀtation de l'appareil sexuel, considérée comme facteur dans la production des maladies du nez, in The American Journal medical sciences, 1884.
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
Wall en a parlé, avec détails, dans une série d’articles du Progrès Médical de la même année.
Il est bien connu, dit Arviset, que lorsqu’un homme est en proie au désir vénérien, lorsqu’il est près d’une femme convoitée, ses narines se dilatent et deviennent battantes ; sa respiration est accélérée, bruyante, tous phénomènes qui semblent pouvoir être rapportés à une obstruction partielle des fosses nasales par la muqueuse devenue turgescente. Plusieurs personnes, interrogées sur ce point, ont, affirmé avoir eu à ce moment de l’enchifrènement, de la gêne de la respiration nasale. Aussi Arviset se demande-t-il si, au moment du rut, les corps caverneux des cornets ne sont pas destinés à devenir turgescents, dans le but de déterminer le réflexe de l’érection.
Iscii-Wall, qui a fait, lui aussi, des recherches dans ce sens, a recueilli ce renseignement de certains sujets, qu’après une nuit « bien remplie », ils se réveillaient la langue sèche, sans doute parce qu’ils avaient respiré par la bouche.
Ce qui est loin d’être rare, ce sont les éternuements qui précèdent les rapprochements sexuels. Elsberg, Stalpart, le Dr Tilly (de Chicago) ont rapporté maintes observations de ce genre.
Un client du Dr Joal, un négociant parisien, asthmatique, et qui était allé faire une saison au Mont-Dore pour y soigner son asthme, n’était pris de ses crises, que lorsqu’il était à côté de sa femme. Joal poursuivit son enquête et ne tarda pas obtenir
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de soji malade cet aveu : qu’il ne pouvait faire des excès conjugaux sans être atteint de suffocation, qui débutait par des éternuements et du larmoiement, symptômes indiquant bien l’origine nasale de l’asthme.
L’abus des plaisirs sexuels intervient d’une façon nuisible sur les affections nasales existant déjà ; les personnes, par exemple, qui souffrent d’un coryza, constatent une augmentation des symptômes après une nuit consacrée à Vénus. Bien plus, l’excitation sexuelle portée au delà de ses limites physiologiques, peut créer de toutes pièces un état inflammatoire chronique de la muqueuse nasale (1).
Magkensie a vu, chez bon nombre de femmes atteintes de maladies 'nasales, l’affection s’aggraver au moment des règles, ou à la suite d’excès génitaux.
Trousseau avait déjà remarqué que, dans les cas d’ozène, la punaisie est bien plus prononcée pendant la période cataméniale. Quel médecin 11’a-t-il observé des personnes qui, aux époques menstruelles, ont le nez obstrué, enchifrené, accusant des accès de migraine, des vertiges, tous symptômes dont le point de départ est la turgescence du tissu érectile P
Ces 'symptômes cessent avec le flux cataménial, ce qui indique assez leur origine. Mackensie, qui a plusieurs fois fait l’examen rhinoscopique au moment des accidents, aurait constaté la tuméfaction des cornets, qui se montrait tantôt des deux côtés, tantôt d’un seul, pouvant varier avec les époques menstruelles.
(1) Joal, De l'Epistaxis génitale, 11,
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
La coexistence d’une maladie de l’utérus ou des ovaires exerce une action marquée sur la marche des affections du nez. Il est des cas où on ne vient à bout de la maladie nasale, qu’en guérissant l’affection utérine concomitante. Cloquet avait déjà remarqué que l’olfaction était souvent dépravée dans certains états de débilité de l’utérus (aménorrhée, dysménorrhée, etc.), ou exaltée au moment des menstrues (i).
S’il est prouvé que les cornets deviennent turgides sous l’influence du réflexe génital, on ne sera pas surpris que cette turgescence aille jusqu’à la rupture des capillaires, assez friables pour qu’une épistaxis puisse dès lors se produire. C’est, en effet, ne qui a été observé.
Morell Mackensie a rapporté un fait d’HiLDANus, relatif à un homme pléthorique, qui fut pris, aussitôt après le coït, d’une violente hémorragie nasale. L’étiologie de l’hémorrhinie n’est pas discutable, ainsi que l’ont exprimé Cloquet, Génie (thèse 1876), Isch-Wal, et beaucoup d’autres.
J o al explique, par un mécanisme simple, les épistaxis dites supplémentaires : la plupart des épistaxis supplémentaires, dit ce spécialiste, rentrent dans le cadre des épistaxis génitales ; l’irritation ovarienne et utérine de l’époque menstruelle produit encore, par action réflexe, le gonflement des corps caverneux et l’hémorragie consécutive (2).
Dans une de ses cliniques, Rendu dit qu’il n’est pas rare de voir de véritables épistaxis mensuelles
(1) Cloquet, Osphrésiologie , 33g.
(2) .Toal, broch. cit., 12.
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survenir chez des petites Filles de 12 à i4 ans, au moment de l’établissement de leurs règles.
Une épistaxis de même nature est celle qu’on pourrait appeler Y épistaxis des onanistes. Il est des saignements de nez, rebelles à toute médication, qui ne reconnaissent pas d’autre cause que les habitudes solitaires. Joal, qui a publié un mémoire excellent sur cette variété d’épistaxis, en a interprété la signification. Les sujets qu’il a observés sont des jeunes gens de i4 à 16 ans, qui se masturbaient à l’excès, et qui n’ont plus eu d’épistaxis du jour où ils ont renoncé à leurs déplorables habitudes. Sans suivre pas à pas le Dr Joal dans sa description, nous ne résistons pas au plaisir de mettre sous les yeux de nos lecteurs une sorte d’autobiographie d’un malade, adressée à l’auteur du mémoire par le Dr Girod, professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand. C’est une letlre d’un confrère, qui raconte sa propre histoire au Dr Girod, son ancien camarades d’études. C’est une page que l’auteur des Confessions n’aurait pas désavouée :
A dix ans, je fus pris des premiers désirs érotiques. La vue, le souvenir de quelque chose de féminin me poussait à des érections violentes, et cependant j’ignorais ce que c’était qu’une femme. Comment ma main se portat-elle à mon membre surexcité? Je ne sais, mais bientôt je pris goût aux attouchements et quelques mois après, je constatais une première éjaculation. Je crus à une émission d’urine et trouvant ce procédé d’uriner beaucoup . plus agréable, je m’en donnais à cœur joie ! Je me souviens de m’être procuré certains jours cinq à six pollutions.
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Je fus pris à cette époque de nombreux saignements de nez : c’était la croissance, disait-on ; le médecin de la famille me prescrivit quelques remèdes ; je devais régulièrement quitter la classe pour aller à la fontaine. Hélas ! je m’égarais souvent dans la salle de gymnastique, pour profiter de la solitude et me donner quelque iouce satisfaction. Les épistaxis continuèrent souvent deux fois par jour, lorsque je me procurais beaucoup de plaisir. Je fus alors atteint d’accès d’asthme d’une intensité extrême. Enfin, vers l’âge de quatorze ans, je fus pris de douleurs violentes aux lombes et aux membres inférieurs : je dus m’aliter. Je saignais toujours du nez et je me masturbais avec fureur. Le médecin comprit, m’admonesta sévèrement et m’annonça de terribles conséquences, si je persistais dans mes habitudes. Je ne me sevrai pas complètement, mais je fus plus sage. Ainsi j’atteignis le bachot, qui me jeta dans les bras de la femme. Mes modiques ressources de lycéen me mettaient dans l’obligation d’espacer mes nouveaux plaisirs ; mes saignements de nez disparurent... Depuis, je me suis fait vieux, père de famille ; mais, aux jours de fête et d’abondance, la toux nasale et les épistaxis reparaissent. Pour moi, il est certain que mes saignements de nez ont une origine génitale.
La connaissance des relations de l’appareil génital avec l’appareil nasal n’est pas encore, que nous sachions, familière aux médecins. Mais nous sommes de l’avis de Joal, à savoir que cette notion de sympathie (i) une fois répandue dans le monde scientifique, la rencontre de faits nombreux
(i) Ne pcul-on expliquer par cette sympathie l’arrêt de certaines épistaxis, grâce à l’application d’eau froide ou de glace sur le scrotum ? (Cf. Schwilgué, Traité de Matière médicale, t. II, 5 et 112).
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viendra démontrer la fréquence des épistaxis génitales.
Sans doute, la goutte, le rhumatisme, l’anémie, la pléthore, les varices nasales sont des facteurs étiologiques importants de l’épistaxis ; mais, dans l’enfance et l’adolescence, le point de départ génital devra toujours être recherché. C’est à l’époque de la puberté, au moment où la vie génitale commence, qu’apparaîtront des épistaxis cataméniales, copulatives, en un mot toutes les hémorrhinies dépendant d’une irritation de l’appareil sexuel.
Espérons qu'il aura suffi d’avoir appelé sur ce point l’attention des praticiens, pour que celle-ci soit désormais en éveil (i).
Les Odeurs des Peuples.
Il n’est personne qui n’ait observé que les sécrétions diverses de la «peau, autant que la perspiration
(i) A propos du nez ef des organes génitaux, Joal a également pu, dans la majorité des cas, vérifier les assertions de M algaigne ( Archives générales de médecine ., 1891): a J'établis comme un principe certain, dit cet auteur, qu’il est possible de juger de la gravité ou de l’acuité de la voix par la forme et la saillie du nez. Je n’ai jamais vu un homme ou une femme avoir un nez retroussé et une voix grave ; toujours les voix graves sont accompagnées d’un nez considérable; il est énorme chez les basses-tailles, chez les chantres de cathédrale par exemple. Je pose en principe que le développement des cavités nasales est en rapport direct avec celui du larynx, et le larynx étant lui-même en relation étroite avec les organes génitaux, peut-être cette coïncidence servira-t-elle à expliquer un fait jusqu’à présent inexplicable, et qui, faux dans quelques applications, certain pour la plupart, a été érigé en axiome par Ovide : Noscitur e naso quanta sit hasta viro. »
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cutanée, répandent autour de chaque individu, comme de chaque espèce animale, une odeur particulière. Tels sujets, à odorat plus ou moins exercé, sont capables non seulement de distinguer des personnes d’un sexe, d’un âge différents, mais des individus d’une race spéciale.
Il est bien établi que les peuples du Nord ne sentent pas comme les peuples du Midi ; que l’odeur cutanée s’exagère chez les habitants des pays chauds, dont la peau fonctionne plus que sous un climat tempéré. De même que les végétaux des latitudes les plus chaudes exhalent les plus fortes senteurs ; de même, la « fleur humaine », pour employer un mot cher à Goethe, est aussi plus odorante en ces régions.
D’après les anthropologistes, les nègres ont une odeur des plus marquées, qui est si forte que (sauf chez les Cafres et les noirs de Madagascar), elle imprègne pour longtemps l’endroit où ils ont séjourné. L’on conte même, à ce propos, que les chiens lancés jadis à la poursuite des esclaves, en Amérique, avant l’abolition de l’esclavage, ne confondaient jamais les traces du nègre avec celles des autres hommes. Les Caraïbes des Antilles étaient arrivés à suivre les nègres au flair.
Mais si le noir, et aussi le jaune, affectent désagréablement notre odorat, Il paraîtrait que le blanc exhale un parfum qui n’a rien d’agréable pour le sens olfactif des Asiatiques. Les nègres et les Chi-
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noirs trouvent que nous sentons le cadavre, que notre odeur est fade. Nous leur rendons, d’ailleurs, leur politesse. Un de nos confrères écrivait récemment qu’on devine les côtes de l’empire, aujourd’hui République céleste, « à l’odeur qui s’en dégage à longue distance », odeur qui participe à la fois de celle des déjections et de la fumée d’opium.
Le docteur Matignon, qui a étudié, dans maints de ses ouvrages, l’hygiène et les mœurs des peuples d’Extrême-Orient, nous confiait naguère qu’un de ses amis, alors attaché au ministère des Affaires étrangères, pouvait diagnostiquer l’arrivée de la valise diplomatique venant de Pékin ou de Tokio, uniquement par l’odeur qui se dégageait de la correspondance ayant séjourné, pendant la traversée, dans la valise, avec d’autres paquets arrivant de Chine.
Un médecin japonais, qui a fait plusieurs séjours en Europe, a .constaté, chez les Européens, et notamment chez les Européennes, une odeur « piquante et rance », extrêmement désagréable... pour des Nippons ; mais, quand ceux-ci ont résidé quelque temps chez nous, ils finissent par s’y habituer. Par contre, un médecin français qui a vécu longtemps au Japon, avance que les Japonais, qui sont, cependant, d’une rigoureuse propreté, sentent très fort pour notre odorat ; et il n’entend point parler des femmes japonaises, dont l’odeur naturelle est masquée par un parfum artificiel, cons-
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titué surtout par de l’huile de camélia, dont elles aiment à s’enduire la chevelure.
Outre l’influence de la race sur l’odeur du corps, d’aucuns ont prétendu qu'il fallait faire entrer en ligne de compte le costume. Les peuples de race blanche, disent-ils, se couvrent d’une manière exagérée ; leurs vêtements, superposés et trop ajustés, favorisent la stagnation et la fermentation des sécrétions cutanées. Mais alors, comment expliquer que les nègres, toujours à peu près nus, que les Hindous, qui n’ont guère qu’une serviette autour des hanches, que les Japonais qui, à chaque enjambée, ventilent leur ample kimono, sentent plus fort que les Occidentaux P On a invoqué l’alimentation : peut-être, a-t-on dit, le régime alimentaire a-t-il une influence ? En ce cas, nous qui sommes des carnivores, nous devrions exhaler une odeur beaucoup plus accentuée que les peuples qui se nourrissent surtout de riz et de végétaux.
Ce qui paraît certain, c’est que les pays ont une odeur, tout comme les individus. Et parfois, cette odeur est des plus persistantes, des plus pénétrantes. (( Quand il m’arrive, nous contait un jour le doc teur Matignon, qui a joué un rôle héroïque au siège des légations, à Pékin, de défaire un paquet de broderies chinoises, ou d’ouvrir une caisse rapportée depuis dix ans de la Chine ou du Japon, l’odeur qui s’en dégage me transporte aussitôt, par ma mémoire olfactive, à Pékin ou à Tokio. »
l’odorat
Un autre voyageur nous narrait que les habitants du Royaume-Uni, en général, débarquant de leur île, apportent avec eux une odeur spéciale, qu’on ne peut définir, odeur qu’ils laissent après eux dans les appartements qu’ils occupent pendant un certain temps. Le fait est bien connu dans les villes habituellement fréquentées par les Anglais.
D’où provient cette senteur ? On l’a attribuée aux algues, au varech, qu’elle rappelle un peu, en effet ; d’autres prétendent qu’elle serait due aux cuirs dont les malles sont faites ; elle aurait cela de commun avec l’odeur du cuir de Russie, qui imprègne les bagages des touristes venus de ce dernier pays ; mais c’est là pure supposition.
Quoi qu’il en soit, l’odeur d’Angleterre, et plus particulièrement l’odeur de Londres est très caractéristique ; elle pénètre les vêtements, le linge, etc., et ne se dissipe qu’au bout de quelques jours, de plusieurs semaines et même de plusieurs mois, si les effets sont conservés dans une caisse fermée. Cette odeur, qui rappelle un peu celle de l’atmosphère de Londres les jours de brouillard, se dissipe, du reste, assez vite, sauf dans les circonstances dont nous venons de parler.
Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce sujet, et cependant combien resterait à dire sur ce problème de Lodorance, que nos modernes physiologistes commencent à peine à aborder.
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Singularités physiologiques relatives à V Odorat.
Digby parle d’un homme dont la subtilité d’odorat était telle qu’il flairait, comme les nègres, l’approche de l’ennemi, et distinguait, à de simples émanations, sa femme d’une autre femme.
Chez le religieux dont il est question dans le Journal des Savants de i684, la pénétration de l’odorat tenait de la divination ; non seulement, ce religieux reconnaissait à l’odeur les diverses personnes, mais ce qui serait plus étrange, et ce qu’il est très permis de révoquer en doute, il aurait distingué les filles ou les femmes chastes de celles qui ne l’étaient pas ! Il avait commencé un traité des odeurs, quand la mort vint le surprendre (1).
Zimmermann raconte que l'illustre Haller luimême avait une perfection si grande de l’odorat que, dans le temps où l’habitude de la dissection le rendait insensible à l’odeur des cadavres, il sentait des pommes renfermées dans la maison voisine, et percevait à dix pas la transpiration de vieilles gens, insensible à tout autre qu’à lui (2).
Daxgnan, enfin, rapporte, comme témoin oculaire de la délicatesse de l’odorat et du tact, un exemple singulier, s’il ne s’est pas mépris sur sa réalité : il dit avoir vu en 1760, à Tournay, dans
(1) Lecat, Traité des sensations et des passions, t. II, 225- 258. « ,1e ne sais, ajoute plaisamment l’auteur de cet ouvrage, en manière de commentaire, si un homme si savant en ce genre n’aurait pas été dangereux dans la société. »
(2) Zimmermann, Traité de V expérience, trad. par Lefebvre
DE V 1LLEBRUNE , t. III, 320.
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une famille de huit à dix enfants, une petite fille de neuf mois ou environ, qui, depuis l’âge de trois mois, pleurait toutes les fois qu’on avait mis sur elle, ou dans son berceau, quelque linge qui avait servi à d’autres, jusqu’à ce qu’on l’eût changé pour lui en donner qui n’eussent servi qu’à elle, ce qu'elle distinguait en les flairant, quoique blancs de lessive (1).
Phil. Salmutii (2) cite l’exemple d’une jeune fille qui trouvait le plus grand plaisir à respirer l’odeur de vieux livres. Un jurisconsulte retirait de celle du fumier une sensation des plus douces, et une autre personne recherchait ardemment celle du bouc (3). 11 11e serait pas difficile de rassembler de pareils exemples en grande quantité ; mais un des plus remarquables est celui d’une dame, dont parle Sam. Ledel (4), et qui ne pouvait supporter, sans tomber en syncope, l’odeur des roses rouges, tandis que souvent elle mêlait des roses blanches dans sa coiffure ; le médecin légiste Paul Zacchias ne pouvait pas, au contraire, souffrir l’odeur des roses blanches (5). On rapporte aussi qu’un de nos plus
(1) D ai o n an, oui), cité, f. I, 7; cf. Lucas, L’Hérédité naturelle, 162-16.S, note.
(2) Cent. 2, obs. rned. 63.
(3) Ephem. i\ai. Curios., déc. 3, ann. 3, append. 108; cf. Boyle, De insigni efjicacia ejfluvio, c. 6, 53.
(4) Ephem. Nat, Cur., dcc. 2, ann. 10, obs. 8, 27.
(5) Quœst. medico-legal. , lib. 2, lit. 2, quœst. 2, n° i3.
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célèbres monarques, Louis XIY, n’aimait point les parfums (i).
La maréchale de Thémines (2) avait de plaisants ragoûts ; elle mangeait du pain, après l’avoir tenu longtemps à la fumée d’un fagot bien vert ; elle aimait l’odeur des boues de Paris, et quand les boueurs étaient dans sa rue, on ouvrait toutes les fenêtres de sa chambre. Une fois la reine-mère, comme elles passaient sur de la boue, lui demanda en riant : « Madame la maréchale, celle-là est-elle de la fine ? — Non, Madame, répondit-elle en riant aussi, elle n’est pas encore assez faite (3). »
Au rapport de Plutarque (4), Alexandre le Grand « rendoit une odeur fort souefve, de manière que ses chemises et vestemens mesmes en estoyent remplis de bonne odeur, comme s’ils eussent esté parfumez ». On dit que Cujas offrait une particularité analogue.
Orteschi cite l’exemple d’une jeune fille dont la main, par sa face dorsale et les commissures des doigts, sentait fortement la vanille.
Ces faits sont-ils exacts ou inventés par flatterie ? On sait que l’odeur suave des corps a été souvent
(1) Doleus, Encycl. med., lib. 5, 867; cf. Osphrésiologie, de Cloquet.
(2) Elle était la fille de François, seigneur de la Noue, dit Bras de fer, mort en i5qi.
(3) Tallemant, Hist. de la maréchale de Thémines, t. Y, 19 1.
(4) Propos de table, liv. Ier, quest. 6, traduction d’AMYOT.
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invoquée, comme caractère de sainteté, dans les procès de béatification (i).
Sylla, dans la pièce même où il signait ses listes de proscription, se délectait de l’odeur des aromates, Pompée, jusque dans son camp, ne buvait que des vins ambrés ; Marc-Antoine demanda, en mourant, qu’on le couvrît de roses ; Charlemagne faisait arroser les murs de son palais avec des eaux de senteur.
On raconte qu’un cambista (on dirait aujourd’hui un banquier) crut plaire à Charles-Quint, son hôte, et faire montre de son opulence, en mettant dans sa chambre un brasero d’or massif, dans lequel brûlait, au lieu de noyaux d’olives, de la cannelle fine de Ceylan. Les épices se vendaient alors au poids de l’or, et la cannelle était particulièrement estimée en Espagne. Il paraît que Charles-Quint fut très incommodé par l’odeur de la cannelle, et que, voulant sans doute punir le changeur de son ostentation, il lui refusa la permission de baiser sa main, et ordonna qu’on lui payât, comme à un simple aubergiste, le logement qu’il avait occupé dans sa maison.
La répugnance . de Marie 'Stuart à l’égard de Darnley, son mari, provenait de la mauvaise bail) Dr Foissac, De l'influence des climats sur l'homme, t. I,
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leine du roi ; c’est elle-même qui l’écrivait à Botiiwel : « Il m’a quasi tuée de son haleine, car elle était plus forte que celle de vostre parent. » Aussi, quand Darnley engageait la reine à partager son lit, celle-ci, pour coucher seule, s’empressaitelle de se plaindre d’une douleur de côté. « Je n’entre jamais vers luy, écrit Marie Stuart, que la douleur de mon costé malade ne me saisisse tant il me fasche (i). »
Antipathie pour les odeurs.
L’odeur des tubéreuses passait autrefois pour être mortelle aux femmes en couches. Mademoiselle de La Vallière, étant fille d’honneur, se trouvait dans ce cas ; la reine qui avait quelques soupçons, devait le lendemain passer par son appartement, où elle avait prétexté une indisposition pour rester couchée. Mademoiselle de La Vallière ht remplir sa chambre de tubéreuses.
Louis XIV, avons-nous dit, avait pour toute espèce d’odeurs une répugnance invincible ; cette répugnance était même poussée si loin qu’une princesse s’étant trouvée mal en sa présence, on l’emporta évanouie sans oser lui faire respirer de sels.
Comment concilier cette antipathie du grand Roi pour les odeurs avec ce que nous lisons dans la préface du Parfumeur Françoys, publié en 1680, par le sieur Barre, dans laquelle on qualifie Louis XIV du ce roy le plus doux fleurant » qui ait
(1) L. Proal, Les crimes et le suicide, 206.
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existé, et où l’on raconte que Sa Majesté se plaisait souvent à voir M. Martial composer les odeurs qu’il portait sur « sa personne sacrée » ?
C’est au sujet de ce Martial que Molière fait briller les connaissances classiques de la comtesse d'Esc ARBvrAAS, à laquelle on parle des épigrammes de Martial, et qui répond : « Quoi ! Martial fait-il des vers ? Je pensais qu’il ne fît que des gants. » (i)
Martial cumulait les emplois de valet de chambre de 'Monsieur et de parfumeur en vogue (2).
Grétry ne pouvait supporter l’odeur de la rose, de même que la reine Anne d’Autriche et je ne sais quel prince de la maison des Guises.
La princesse de Lamballe haïssait la violette.
Vincent, peintre célèbre, était très incommodé par l’odeur d’une rose. Nous connaissons une dame chez laquelle la fleur d’oranger détermine des spasmes nerveux violents. Lodelius parle d’un marchand à qui l’odeur des roses causait une ophlhalmie
Ou sait que Napoléon s’inondait tous les matins le cou et les épaules d’un flacon d’eau de Cologne ; l’absence de ce cosmétique ne fut pas une de ses moindres privations à Sainte-IIélène. Quant à l’impératrice Joséphine, elle aimait, aussi, passionné-
(1) La Comtesse d'Escarbagnas , sc. XVII.
(2) Rimmel, Le Livre des Parfums , 32 1.
3o4 LES CURIOSITÉS DE LA MÉDECINE
ment les parfums, et le musc par-dessus tout. Son cabinet de toilette en était plein, en dépit des fréquentes observations de Napoléon.
Plus de cent ans se sont écoulés depuis sa mort ; le propriétaire de la Malmaison a fait, à plusieurs reprises, lessiver et peindre les murs de ce cabinet de toilette, mais ni grattage, ni eau seconde, ni peinture, n’ont pu enlever l’odeur du musc de la bonne impératrice, qui est encore aussi forte que si le flacon qui le contenait n’avait été retiré que d’hier.