LE CONSEIL ET LE COMBAT
Le conseil supériem* où l'on agitait toutes les questions administratives, commerciales, judiciaires ou d'intérêt général, était nécessairement présidé par le commandant en chef. Ses autres membres étaient les trois capitaines Duarte Barbosa, Serrano et Car-
valho, leurs lieutenants ou pilotes entre lesquels on ne signalera que Sébastien del Cano,J'astrologue San- Martino et le chevalier Pigafetta, successeur d'Antonio de Coca comme contrôleur comptable.
Depuis qu'on trafiquait, certaines irrégularités frappaient cet intègre serviteur en qui la confiance de Magellan augmentait de jour en jour. La cupidité de Carvalho et de plusieurs autres devant être nuisible aux intérêts de la couronne, il fit en termes très-mesurés des observations sur la nécessité de respecter les articles du règlement commercial.
Carvalho, blessé au vif, protestait non sans aigreur. Il fut vivement soutenu par Sébastien del Cano, excellent pilote, matelot peu courtois.
Pigafetta maintient ses assertions avec fermeté.
Carvalho s'emporte. Le loyal Serrano, prenant fait et cause pour le chevalier, va jusqu'à prononcer le mot de malversations :
— Eh! eh! voici qui sonne mal, mon compère, s'écrie le capitaine de la Victoria.
— Les faits sont patents, mon compère, repartit Serrano, je ne retire pas une syllabe et tant pis pour les oreilles qui en tintent!
Magellan s'interposa. Se réservant d'ouvrir une enquête sur les violations du règlement commercial et de la comptabilité des matières, il interrompit le débat; et l'on allait passer à une autre question quand fut introduit le messager de Zula, jeune bissayo son propre fils.
Pour tout hommage, il ne pouvait offrir à la divi-
sion espagnole que deux chèvres qu'il amenait; Si- Lapu-lapu en était cause. Résolu à méconnaître toute suzeraineté, il empêchait ses voisins d'en user librement.
— Votre père est donc opprimé? dit Magellan.
— Oui, seigneur ; mais si la nuit prochaine vous vouliez seulement lui envoyer une chaloupe de se cours et quelques-uns de vos gens de guerre bien armés, il s'engage à battre son rival et à le contraindre au tribut.
— C'est bien! j'irai moi-même! dit Magellan en congédiant le fils de Zula.
— Au nom du ciel, général, s'écrie aussitôt Juan Serrano, ne compromettez pas dans une échaufîourée toute votre grande mission. Vous êtes notre phare, l'àme de notre glorieuse entreprise. Je vous en supplie au nom du salut commun, ne vous exposez pas ainsi sans nécessité absolue.
— Le danger est-il donc sérieux? demande l'astrologue peu compétent en pareille matière.
— Oui, seigneur, très-sérieux.
— Oh! oh ! font en ricanant Carvalho, vSebastian del Cano et quelques autres.
— Très-sérieux, sur mon honneur! répéta fièrement Serrano. D'après vos ordres, j'ai combattu la tribu de Bulaïa et mis le feu à ses cases. J'ai vu de près les insulaires de Mactan. Opiniâtres, inaccessibles aux craintes qu'inspirent aux autres nos armes offensives ou défensives, ils n'ont pas pris la fuite quoique attaqués à l'improviste. Ils se sont défendus
avec un courage de lions, et ce n'est pas sans peine que j'ai opéré ma retraite ; encore y ai-je perdu cinq hommes.
— Sa seigneurie se fait valoir! dit Carvalho à Sébastian del Cano et autres, de manière à être entendu par Serrano qui dédaigna l'interruption.
— Général, je vous en conjure, poursuivait-il, ne vous exposez pas aux hasards d'une opération peu importante en cas de succès, fatale en cas de revers. Désignez l'un de nous pour diriger ce coup de main, et croyez bien que, pour ma part, je suis prêt comme toujours.
— Admirable ! charmant, le compère I fait Carvalho avec un accent de haine furieuse.
Serrano, cette fois, haussa les épaules avec un suprême dédain :
— Ce que je veux, général, dit-il, et je ne veux pas autre chose, c'est que votre existence précieuse ne soit pas compromise à la légère.
— Opération peu importante, coup de main, échauffourée, bagarre d'écervelé! oh! oh! fit Carvalho d'un ton sarcastique. Le compère est fort pour déprécier les services d'autrui ! N'est-ce donc rien, mes honorés seigneurs, que d'assurer la suprématie de Sa Majesté sur le vaste et riche archipel Saint-Lazare, et ne sentez-vous pas que tolérer une rébellion, c'est encourager toutes les autres. Un serment est prêté, il faut contraindre à le tenir !
— Laissons donc! dit Sébastian del Cano, Serrano sait bien qu'on ne peut laisser impuni l'infidèle Si-
Lapu; mais, comme il a vaincu à Bulaïa, il veut vaincre encore, et avoir seul, par devant Sa Majesté l'empereur, le mérite de toutes les victoires remportées sur les infidèles.
Serrano rougit à ces paroles.
— Dieu m'est témoin, dit-il, que je n'ai jamais eu pareilles pensées. Je n'aspire qu'au succès de nos efforts communs, qu'à la gloire de nos armes et au triomphe de notre mission. Et j'ose le déclarer hautement, je ne suis pas plus astucieux que je ne suis cupide...
— Insolente allusion! Ah! compère! tu me payeras ces outrages ! s'écrie Carvalho exaspéré.
Magellan indigné se lève :
— Aux arrêts, à votre bord, sur-le-champ, dit-il en tirant son épée. Un mot de plus, je vous casse comme verre et vous réduis à la basse paye de goujat ; sortez!...
Au milieu d'un silence profond, Carvalho, terrassé, sortit de la chambre du conseil. Et retournant droit à son bord, il y fit trembler tous ses gens, à commencer par son propre fils qu'il souffleta, précisément à propos des tarifs et du règlement commercial :
— Me prends-tu aussi pour un voleur, toi ? dit-il en le frappant.
Puis, l'écume aux lèvres, il maudit tour à tour Magellan, Serrano, Barbosa qui avait constamment approuvé ce dernier, et bien entendu ce fâcheux contrôleur de Pigafetta, gâte-métier s'il en fut.
— Au diable les imbéciles! grommelait-il entre les
dents. Si l'empereur Charles-Quint veut tant de bénéfices, qu'il vienne affronter les écueils, les tempêtes, la faim, la soif, le scorbut et le reste !
— Je ne sais ce qu'a mon père aujourd'hui, fit le jeune Déodat, il est méconnaissable.
Sur quoi, se jetant dans un balagaî, il rejoignit au magasin les compagnons du Tour du monde qui, en ce moment, s'y trouvaient tous réunis.
Cependant Magellan disait au conseil :
— Je suis profondément touché des observations loyales du capitaine de la Concepcion, cœur droit et valeureux serviteur qui, en toutes circonstances, a donné le bon exemple. Elles ont du vrai; je vais jusqu'à les trouver fondées, quoique je compte, avec le secours de Dieu, sur la supériorité de nos armes; mais je suis et serai jusqu'à la mort esclave de ma parole; je viens de promettre au fils de Zula d'aller moi-même au secours de son père; j'irai.
Serrano soupira. Barbosa, San-Martino et quelques autres éprouvèrent un sentiment pénible. Sébastian del Cano, depuis l'expulsion de Carvalho, n'osait bouger ni desserrer les dents.
— Les dangers sont sérieux, je l'admets, dit encore Magellan ; eh bien ! le bon pasteur ne doit jamais abandonner le troupeau.
— Hélas! il l'abandonne! murmura le brave Serrano avec la plus profonde émotion.
Pigafetta, l'astrologue et Duarte Barbosa entendirent sans se permettre d'approuver. La séance était levée; il ne s'agissait plus de discuter, mais d'obéir.
Sous la dictée du capitaine général, Pigafetta dressait le rôle de l'expédition. Son propre nom fut le premier qu'il dut inscrire :
— Merci, seigneur et ami! dit-il avec enthousiasme.
— Je compte sur vous, avant, pendant et après, quoi qu'il arrive! dit Magellan qui eut peut-être un fugitif pressentiment de malheur, car il appuya sur le mot après en fixant sur son secrétaire un regard pénétrant.
— Henrique Malaco ! poursuivlt-il.
Aucun des capitaines ni des pilotes ou lieutenants ne fut désigné.
— Espinosa! continua Magellan, réservant au prévôt, excellent soldat, le poste honorable d'enseigne.
Soixante noms furent ainsi mis sur la liste en sorte qu'à la boutique ne tardèrent pas à être relancés le maître bombardier Belchior et tous ses camarades, à l'exception de Bernard Mahuri que sa qualité de coiffeur de la reine exempta de la belliqueuse corvée.
Par le fait le jeune Déodat Carvalho resta chargé du magasin et des marchandises.
Le reste du jour fut employé en préparatifs. Tous les futurs combattants se confessèrent. Belchior, chargé de l'artillerie, fit placer trois bombardes dans les chaloupes autour desquelles se rangèrent près de trente balagais d'Hamadar-Humabon qai vint en personne avec une foule de gens armés.
A minuit, la messe fut dite à bord de la Trinidad. Magellan, Pigafetta, Espinosa et tous leurs hommes
communièrent; puis, casque entête, cuirasse au dos, on partit.
Le bras de mer qui sépare Zébu de Màctàrl fut franchi à force de rames, et trois heures avant le jour, l'escadrille mouilla, au milieu de rochers, sur des bas-fonds qui empêchaient d'accoster le rivage. On ne peut même s'y rendre à gué en droite ligne, circonstance mille fois fâcheuse puisqu'elle doit rendre l'artillerie inutile; il faut marcher dans l'eau parallèlement à la côte durant une distance considérable avant de passer sur le terrain sec.
Si-Lapu était parfaitement sur ses gardes, quand le mahométan converti, attaché à la personne du ra^ jah de Zébu, vint lui porter l'ultimatum du capitaine général.
Le chef de Mactan répondit avec fierté :
— Je n'ai point le cœur d'Hamadar qui flatte les étrangers pour nous imposer le tribut; je ne rampe point comme Zula qui préfère lâchement leur aUiance à la nôtre. Dites-leur que je n'ai aucun souci de leur amitié et que je méprise leurs menaces. Nous sommes des hommes comme eux; comme eux, nous savons combattre et, s'ils ont des lances de fer, nous avons des pieus durcis au feu qui les valent entre nos mains.
— Prenez-y garde, seigneur, ils sont forts! dit le Maure étonné de ce langage.
-^ Nous, nous sommes nombreux et le serons encore plus quand viendra le jour, car nous attendons des renforts. Si ceux qui vous envoient dédaignent notre nombre, qu'ils attendent aussi ; franchement ils nous feront grand plaisir !
Ces paroles étaient un piège, « pour nous encou- « rager, a écrit Pigafetta, à les attaquer tout de suite « dans l'espoir que nous tomberions dans des fossés « qu'ils avaient creusés entre le bord de la mer et « leurs maisons.
« Nous attendîmes effectivement le jour. »
Magellan fit décharger les trois inoffensifs canons de ses chaloupes où il laissa maître Belchior et onze hommes. En même temps, à la tête de quarante-huit autres, il se jette à la mer où l'on avait de l'eau jusqu'aux cuisses. Zula, son fils et un certain nombre d'indigènes chrétiens s'étaient joints aux Espagnols.
Hamadar, en cette occasion, parut animé de la meilleure volonté. Mais soit par excès de confiance en ses propres forces, soit au contraire par défiance c'est-à-dire de peur de trahison, soit enfin, seulement, de crainte d'être embarrassé par des troupes inexpérimentées, Magellan n'accepta le concours que de fort peu d'alliés.
Guidé par les Zula, il marchait sur la bourgade de Si-Lapu,
Tout à coup, à mi-distance, il est enveloppé par quinze cents insulaires, divisés en trois bataillons dont un l'attaque de front, et les autres en flancs. Magellan se forme en carré.
La plus inégale des batailles s'engageait.
A la vérité les Espagnols étaient couverts d'armures et les indigènes presque nus; mais Si-Lapu, chef intelligent et brave, avait harangué sa troupe, habile-
ment pourvue de boucliers qui détruisirent, dès l'abord, le prestige des étrangers, car les mousquetaires et les arbalétriers ayant tire de loin durant une demi-heure environ, leurs balles ni leurs flèches ne produisirent grand effet.
— Vous voyez bien que leurs traits ne donnent pas la mort subite ! crie le chef de Mactan, dont l'assurance accroît la valeur des siens.
Les Espagnols sont assaillis par une grêle de projectiles, javelots, pieux durcis, pierres énormes. Du sable adroitement lancé dans leurs yeux les aveugle : c'est un supplice. Ils avancent néanmoins. Leur peloton de fer paraît inébranlable.
— Le coude au corps ! lances croisées ! Par les créneaux vivants, feu les mousquetaires ! Et vous, arbalétriers, des flèches en masse, dans le tas!
Tous les coups portent; mais un Espagnol, atteint au défaut de la cuirasse, tombe mort. Un cri de joie retentit parmi les gens de Mactan.
— Courage ! hurle leur chef, nous les tuerons tous ainsi !
— Diable ! murmure Jacques le Lorrain qui, de sa lance, besogne comme quatre.
— Peste! ajoute Petit-Jean qui tiraille par-dessus son épaule.
— Cavalisca! nous serions mieux au bal! dit Jean- Baptiste dont les coups, merveilleusement portés, arrachent à l'enseigne Espinosa l'exclamation :
— Beau !
A peine ce monosyllabe admiratif s'est-il fait en-
tendre, que la pluie de traits et de cailloux redouble, car les femmes et les enfants s'en mêlent. On -vient d'entrer dans le village, Magellan fait crier par Henrique Malaco :
— Soumettez-vous ou nous mettons tout en feu!
Si-Lapu et sa horde répondent par des hurlements de haine. Les femmes poussent des cris perçants. A travers la mêlée éclate l'incendie. Ce spectacle exaspère les barbares. Ils se jettent à corps perdu sur le petit bataillon où leur désespoir fait à l'instant deux nouvelles victimes.
Ici périt, écrasé par le nombre, maître Jacques le Lorrain, soudard accompli qui, s'étantfait remarquer entre tous les compagnons du Tour du monde pour son mélange singulier de rudesse et d'obligeance, avait mérité le sobriquet d'Ours bon-enfant.
Coup sur coup, Petit-Jean a la gorge percée d'un trait qui l'étouffé. Il tenait de l'avocat, son père, une verbosité charmante. Belchior lui-même n'était pas plus belle langue que lui. La voix et la respiration lui sont enlevées à la fois et il rend l'âme en serrant la main de Jean-Baptiste qui n'a pas même le loisir de le plaindre.
Effroyable bagarre ! Zula, son fils, deux autres insulaires sont massacrés.
Plus les rangs se dégarnissent, plus il faut montrer de vigueur.
Magellan, Pigafetta et le prévôt sont admirables. Autour d'eux le sol est jonché de cadavres ennemis. Henrique Malaco ne se signale pas moins. Vingt fois
il a paré les coups portés à son maître. Il ne peut, hélas ! détourner une flèche empoisonnée qui l'atteint à la jambe.
— Tuhudl... Mina!... Bassag!... Bittis!... BolboU... (Aux genoux!... aux jambes!... à la che>ille!)
Voilà le commandement sinistre mille fois répété par les insulaires, car Si-Lapu a remarqué que les jambes sont dépourvues d'armure. L'on rampe pour les frapper plus sûrement.
Jean-Baptiste avise le terrible chef et d'une balle plantée dans sa joue fait sauter partie de sa mâchoire émaillée d'or.
— On n'en meurt pas, encore une fois ! crie presque aussitôt l'opiniâtre seigneur de Mactanj aux jambes! aux jambes toujours !
— La réduction de ces démons est impossible ! dit Magellan. Leur village est brûlé. Il ne reste qu'à se retirer en bon ordre !
— En bon ordre! répètent le lieutenant Pigafetta et le prévôt porte-enseigne.
Mais au premier pas fait en arrière, les barbares et leurs femmes plus furieuses qu'eux-mêmes, poussent de tels cris de triomphe qu'une panique générale met les combattants en déroute.
Autour du capitaine général, il ne reste plus que huit hommes, autant de héros : — Pigafetta blessé à la tête et au pied droit, Henrique à l'épaule et aux deux jambes, Jean-Baptiste le danseur aux deux genoux, aux deux chevilles, forcé de se faire une béquille de son arquebuse, ne combattant que du sabre, Espi-
nosa, seul valide par les pieds, non par la tête qu'a contusionnée un caillou énorme, enfin trois braves Espagnols dont un seul devait survivre.
En se soutenant les uns les autres, l'on était peu à peu rentré dans la mer qui rafraîchissait et couvrait les jambes blessées. L'on reculait vers les chaloupes en combattant héroïquement toujours.
Et la lutte, l'histoire l'atteste, dura ainsi une heure entière.
Le chef de Mactan, las d'une pareille résistance, a une inspiration infernale :
— A leur rajah! tous! tous ! crie-t-il, en bas son casque!
Cent projectiles à la fois sont jetés à la tête du héros, son casque tombe. Henrique plonge et le lui rend. Pour la seconde fois, une pierre trop adroitement lancée lui met la tête à nu.
Et la masse se rue contre le seul Magellan. Pigafetta, Henrique, Espinosa ont beau faire, la farouche multitude a beau jeu, car, de son côté, il ne cherche qu'à couvrir la retraite des siens :
— Le bon pasteur, dit-il, doit périr pour le salut du troupeau.
Le chef de Bulaïa, implacable ennemi, parvient à le frapper au front. Soutenu par ses serviteurs, Magellan riposte en lui plongeant dans le flanc sa lance tout entière.
Si-Lapu l'attaque alors; il veut tirer l'épée; mais son bras brisé refuse d'obéir, et au même instant, entre deux eaux, il a le jarret tranché par un nageui'i
— A bord!... Adieu !... dit-il.
Pigafetta le soutient encore ; il le repousse en s'écriant d'un accent tout à la lois tendre et désespéré :
— Frère, vis pour Béatriz et notre fils Rodrigo !
Les sauvages, à ces mots, se précipitent sur lui avec tant de rage que ses amis sont épargnés. C'est ainsi que Pigafetta roulé par les flots finit par être recueilli dans la chaloupe de Belchior.
Le maître bombardier, pâle de douleur, peut enfin d'un coup de canon chargé à mitraille disperser les misérables qui s'enfuient en traînant par les pieds le cadavre mutilé de Magellan.
En l'un des manuscrits de Pigafetta, rédigé, non en italien ou en espagnol, mais en français, à ce qu'affirme une critique savante (1), le valeureux chevalier, à propos de sa mort, s'exprime en ces termes touchants :
« Tellement qu'ils occirent le miroer, la lumière, le confort de tous et nostre vraye guide. »
« C'est ainsi, dit une autre version, que périt notre guide, notre lumière et notre soutien,
« La gloire de Magellan lui survivra à jamais. Il était orné de toutes les vertus; il montra toujours une constance inébranlable au milieu de ses plus grandes adversités. En mer, il se condamnait luimême à de plus grandes privations que le reste de l'équipage. Versé plus qu'aucun autre dans la connaissance des cartes nautiques, il possédait parfaite-
(i) M. Raymond Thomassy , Bulletin de la Société de Géoyraphie; Ferdinand Denis, Portugal.
ment l'art de la navigation, ainsi qu'il l'a prouvé en faisant le tour du monde que personne n'avait osé tenter avant lui. »
Cette dernière assertion reste exacte, quoique ses navires ne fussent qu'à la moitié du chemin, car il en avait déjà fait l'autre par le cap de Bonne-Espérance; mais il n'eut pas le bonheur d'atteindre au but de son grand voyage, les îles aux Épices, et, après en avoir frayé la route, il périt cruellement au seuil de sa terre promise.