CONCLUSION
Ainsi, partout et toujours l'initiative est nulle ; le Monopole ne s'éveille, il ne songe à sortir de sa parfaite quiétude que lorsqu'il se sent sérieusement menacé» et que le fantôme de la Concurrence se dresse devant lui, La conclusion est claire dès lors : si Ton répugne à lui faire vider la place, si ridée d'une concurrence fait dresser les cheveux sur la tête, comme il est manifeste que le pays ne peut incessamment pfttir des vices d'un appareil trop faible, — qu'on donne, par la pluralité des banques des auxiliaires indispensables, des ÉMULES à ce qui est bien plus la Banque de Paris, que la la Banque de Bordeaux, du Havre ou de Toulouse. Qu'un pays comme la France cesse d'être indéfiniment aux prises avec cet autre chien du jardinier qui ne veut ni faire ni laisser faire.
A défaut de la Concurrence, l'E^EMPLE. — Le pays et le progrès trouveront, du moins, à cela, leur compte.
C'est I'exemple de la Prusse et -de l'Allemagne qui fit qu'un jour chez nous l'opinion prenait assez; de confiance ^n
elle-même pour aborder le prêt foncier; c'est à Tinfluence de Fexemple que cède l'Ecosse lorsqu'elle fonde, en 1695, une banque de circulation formée sur le principe que William Paterson venait de faire triompher à Londres. EtcePaterson, que la Cour des directeurs contraint bientôt de se retirer des * conseils de la Banque qu'il avait fondée, d'où était-il luimême parti, sinon de Texemple donné par Venise et Hambourg ft l'endroit des vireme nts en banque, exemple qu'il saura doubler de la pratique des joailliers de la Cité?... Dans le monde des grandes applications de l'ordre économique tout n'est qu'EXEMPLE. C'est ainsi seulement que l'humanité se rectifie outre qu'elle pousse plus loin ses reconnaissances. « L'homme n'invente pas, il observe, » s'est un jour écrié l'éminçnt initiateur de l'Impôt-assurance.
Partisans et défenseurs d'un monopole qui n'est plus à la taille de la France telle que l'ont faite le Rail-way puissant, la Télégraphie électrique Ja Réforme commerciale qui abaisse partout les frontières, le Tarif postal à la fois modéré et uniforme, — si tant est que sur le terrain de l'Emission en banque la Concurrence soit faite pour inspirer des craintes, demandez du moins à la pluralité la force et l'influence de quelque bon exemple qui puisse rectifier et faire avancer le Monopole. Ce que la Banque de France refuse de faire, d'autres le feront avec le succès que Ton constate ailleurs. ~ Si elle se tient en dehors du Change, une banque dans le Rhône pourra l'aborder; et le papier sur Gênes, sur Turin, ou sur le Levant délivrera le commerce des hausses d'escompte fondées uniquement sur la sortie de quelques millions allant solder des soies ou des cotons. — Si la Banque trouve qu'on fait de trop maigres affaires à dresser sa tente dans la zone des 37 départements où l'Emission n'est pas encore apparue, d'autres verront probablement les choses d'un œil différent, et l'on se sera ainsi non-seulement fortifié d'un puissant appareil de plus, mais on aura fait acte de justice envers des
— a38 — populations qui ont droit aux mêmes faveurs de TEseompte à prix réduit puisqu'elles acquittent le même impôt. — Si le Monopole persistera ne recevoir qu'en seconde main la publique épargne que d'autres rémunèrent, et si elle est par suite aussi mal approvisionnée, à Toccasion, qu'elle est mal outillée, une banque aflranchie de ce même contrôle dans la Gironde ou dans le Nord, fera ce qu'elle ne veut pas faire. D'où cette conséquence, que si les espèces manquent à l'hôtel de la rue de la Vrillière, Bordeaux ou Valenciennes sera en possession d'un stock métallique démesurément riche, pou* ' vant, au besoin, se porter ici ou là, de façon à défier toute crise, je veux dire tout calcul.
Si la Banque de France, enfin, qui peut se livrer au commerce des métaux précieux et qui préfère les acheter de quelque gros affineur de Londres ou de Paris plutôt que d'opérer elle-même sur ce terrain, éprouve des répugnances que la Banque nationale de Bruxelles ne connaît pas, — une banque placée hors de l'obédience du Monopole pourra exploiter à Metz ou à Nancy ce riche filon ; comme nos voisins les Belges, il lui sera dès lors facile de maintenir le taux de rEscompte beaucoup plus bas qu'à Paris ou à Londres (1).
Ce que voyant le Monopole ancien, il ne peut manquer de se convertir sous peu à des pratiques autres que celles qui, depuis dix ans, font la joie et le profit de quelques spéculateurs au grand mécontentement du pays pris en masse.
(1) Voici ce qu'on lit, touchant le profit que donne Fafflnâge à la Banqne belge, dans une note adressée en décembre 1856, au ministre des finances par M. Kreglinger, commissaire près cette banque :
« Le public tire indirectement de ces opérations deux avantages bien plus, grands encore. Le premier c'est le taux minime de l'escompte, car il est établi par l'expérience faite à plusieurs reprises que c'est principalement à ces dépôts (de matières précieuses affinées ou afflnables) qu'est dû le FORT EN- CAISSE de la Banque C'est donc grâce â, eux (ces dépôts) que la Banque a pu
maintenir si longtemps son escompte à 2 4|â, et n'a pas dû dépasser aujourd'hui encore le maxl'HUN de 4 ( t 5 ponr 100 [Documents parlementaires, Bruxelles, I8S9. »
Qu'en pense M. Maurice Aubry. lui qui écarte Bruxelles du tableau de ses escomptes par le mptif que le taux ressort là au «aximiin ?
Tu le vois, ami lecteur, toi qui ne prends parti ni pour rAmiral ni pour de Guise, ni pour Tabbé Tena;, ni pour ceux auxquels il fait rendre gorge, mais qui es simplement du parti du bon sens et des bâtiments bien clos, bien couverts, où Ton est à Fabri du vent et de la pluie, Texemple a du bon, à défaut de la libre Concurrence. — Ce qu'on ne fait pas, un autre peut le faire ; ce dont Tun ne veut pas* survient quelqu'un qui s'en accommode et fait voir comment, en s'y prenant de telle façon, chacun et lui-même y trouve son compte.
Hais, ppur que l'exemple porte, pour qu'il opère sur l'entendement, il le faut à portée des yeux de la main, pour ainsi parler ; sans cela, bonsoir : placé à distance, c'est comme s'il n'existait pas. Les doctes entre les doctes sont là sur la porte qui diront que c'est bien différent : — il n'existe là-bas que des montagnes, tandis qu'ici c'est le plat pays; et puis. Ton est protégé par l'océan, tandis que la frontière est chez nous toute ouverte. L'on est, enfin, dans ce pays, d'une sobriété exemplaire, tandis que le Français « n'est jamais content » et la preuve c'est qu'il se bat mieux que personne, étant sans vivres, en campagne comme en garnison ou en quartier d'hiver. Bref, public mon ami, ces éminents personnages ont tant profité en cette île brumeuse, qu'un bras de mer sépare à peine de la terre de Tintinnabulie que certains peuples se prennent à douter sérieusement qu'ils soient des hommes.
Ce que l'on peut dire, c'est qu'en mainte occasion l'on abusa de la distance où se trouvent les meilleures méthodes pour n'en tenir nul compte.
Ce faisant, le temps s'écoule, la sérénissime Crise se pavane durant un quart de siècle, sinon même davantage. C'est toujours ça de pris pour de simples morteb dont la vie dure à peine le double. — Mais, bien cher public, le temps c'est pour tous de l'argent, et le bon exemple, pour agir vite,
doit être, comme dans les familles^ placé sous nos yeux, /sinon même* à portée de la main.
Que la PLURALITÉ des banques, à défaut de la libre concurrence dans rÉmission, le donne donc ce meilleur et utile EXEMPLE qui forcera le Monopole de compter enfin avec luimême, je veux dire avec tous.
N'est-ce pas au nom de tous, c'est-à-dire dans l'intérêt de chacun, vous et moi, que le Monopole a été créé, mis au monde? Que ce qu'il ne fait pas d'autres puissent le faire ; on ne lui prend, en somme, que ce dont il n'use pas, et c'est bien le moins qu'on se permette dans l'intérêt public, à un moment donné. — Sortons enfin, par la pluralité, de l'iMPASSE où FuNiTÉ nous tient.
RAJPJPORT VERBAL
à l* Académie des Sciences niorales et politiques sur un ouvrage de M, Paul Coq^ intitulé
LA MONNAIE DE BANQUE OU L*ESPÈGfi ET LE PORTEFEUILLE
Le livre la Monnaie de banque ou l'Espèce et le Portefeuille^ publié pour la première fois chez Guillaumin, au plus fort de la crise de 1857, et qui a reçu depuis, en 1863, de notables additions a été l'objet, de la part de M.Hippolyte Passy, ancien ministre des finances et président de la Société d'Économie politique, d'un rapport à l'Académie, section des sciences morales et politiques, qui trouve ici sa place. Voici comment s'est exprimé sur cette étude l'honorable membre de l'Institut :
M. Paul Coq m'a chargé de faire hommage à l'Académie d'un ouvrage qu'il a publié sous le titre suivant : la Monnaie de banque, l'Espèce et le Portefeuille. A cet ouvrage sont annexés : 1« une notice sur William Paterson, fondateur de la Banque d'Angleterre; 2^ une notice historique sur le gouvernement de la Banque de France, à partir de l'année 1857.
» La première de ces notices est la seule dont je me propose d'entretenir un moment l'Académie. C'est la biographie d'un homme d'un esprit remarquablement actif et fécond, dont les vues en matière de finance, de circulation, de crédit et d'organisation coloniale, devançaient de beaucoup celles de son temps, et qui fut le véritable fondateur de la Banque d'Angleterre. William Paterson eut, au reste, le sort qui trop souvent devient celui des hommes qui, les premiers, ouvrent à l'activité sociale des voies nouvelles. Après avoir tenté bon nombre d'entreprises diverses, il mourut pauvre, inconnu, tellement oublié, qu'on ne sait pas même ni à quelle date ni en quel lieu sa vie s'est éteinte. Un seul fait est certain, c'est qu'il n'existait plus à la fin de 1719.
» Il faut savoir gré à M. P. Coq des recherches qu'il a faites sur les œuvres et les écrits de Paterson. Peut-être entre-t-il un peu
d'engouement dans ce qu'il en dit; mais il s'agit d'un de ces hommes qui ont rendu à la science et à leur pays des services payés d'ingratitude, et d'ordinaire, de tels hommes inspirent d'autant plus d'intérêt qu'il» ont eu davantage à souffrir de l'ignorance hostile ou dédaigneuse de leurs contemporains.
» Quant à l'ouvrage publié par M. Paul Coq, c'est un traité de la Monnaie de banque, qui ne compte pas moins de 560 pages. Prenant pour point de départ cette idée : que le principal objet des banques est le débit à bas prix et facile du Comptant, en d'autres termes, du numéraire disponible, l'auteur s'est attaché à rechercher et à exposer les moyens d'opérer ce débit aux conditions qu'il a indiquées.
» Je n'essayerai pas d'appeler l'attention de l'Académie sur toutes les parties du travail de M. Paul Coq. Émission et garantie, Encaisse, Réserves, Portefeuille, Circulation, il n'est pas un point sur lequel M. Paul Coq n'ait porté ses investigations, et qui ne lui ait fourni matière à dissertation. Il faudrait, pour le suivre sur le terrain qu'il a parcouru, aborder bon nombre de questions compliquées et délicates, encore à l'étude, et dont la solution n'a pas jusqu'ici cessé de soulever des controverses fort animées.
» Parmi les chapitres du livre de M. Paul Coq qui méritent le plus d'attention, je me bornerai à citer ceux qui traitent du Capital des banques, des conditions de l'Émission, et de la composition du Portefeuille, que l'auteur considère avec raison comme le meilleur gage de la sûreté des opérations. Ces chapitres, pleins de réflexions en partie neuves, jettent sur les sujets auxquels il sont consacrés de vives et abondantes lumières.
» Un soin qu'a pris M. P. Coq et qu'il faut louer sans réserve, c'est celui d'emprunter aux faits accomplis, soit en Europe, soit dans l'Amérique du Nord, toutes les informations qu'il est possible d'en tirer. En matière économique, les faits seuls fournissent des renseignements nets et positifs, et c'est à eux qu'il appartient de révéler complètement les lois dont ils sont la manifestation définitive. Tant qu'on ne les a pas recueillis, comparés, examinés en assez grancl nombre, on court risqUe de se méprendre et d'aboutir à des conclusions où l'erreur tient autant ou plus de place que la vérité.
» C'est un travail sérieux que celui dont j'entretiens l'Académie, et tout, dans les pages dont il se compose, atteste qu'avant d'énoncer et formuler ses opinions, l'auteur à longuement réfléchi et médité. Il est toutefois un point sur lequel je ferai quelfpies réserves.
» C'est en ce qui touche le rôle et les effets du Crédit ainsi que
— aie —
de la Monnaki de bfttt<)tte. Certes ce rérie est eohsiééiralile ; mais il n'a pas toute la portée que Tauteur lui attribue. Le Crédit fait passer des mains où ils reposent oisifs atnc mains qui en ont besoin et veulent les employer utilement, les capitaux déjà existants, tantôt sous forme de numéraire, tantôt sous forme de matières premières, d'instruments detravail. Il en résulte que, grâce à son concours, ont lieu des labeurs qui, sans l'assistance qu'il leur prête, ne pourraient s'effectuer, et dont le manque priverait par conséquent la société de la portion de richesse due à leur accomplissement. Le Crédit compte donc au nombre des forces productives dont les sociétés disposent. En mettant en jeu des capitaux sans emploi, il leur communique la fécondité qu'ils n'avaient pas ; il en fait sortir des produits qu'ils n'auraient pas donnés, et contribue ainsi à accroître I9 somme des richesses livrées à la consommation ou mises en réserve dans l'intérêt de l'avenir. Envisagé sous ce point de vue, le Crédit est réellement producteur ; mais ce qu'il importe de ne iamais perdre de vue, c'est qu'il ne l'est qu'au moyen d'éléments, de matériaux de travail préexistants, mais que laissaient sans emploi ceux qui les possédaient, soit faute d'activité personnelle, soit faute de pouvoir obtenir du prêt qu'ils auraient consenti à en faire des rémunérations à leur gré suffisantes. Le Crédit ne crée pas les capitaux dont il obtient l'usage ; il les emprunte là où ils existent, et se borne à en user comme d'une somme destinée à rendre de quoi couvrir et rémunérer les dépenses et les labeurs qui la font fructifier.
» Il eût été à désirer que M. Coq distinguât plus nettement entre les effets du Crédit, il eût modifié le sens d'un chapitre où, exagérant la portée du Crédit, il représente les banques comme multipliant les capitaux, contrairement, dit-il, à ce qu'on enseigne. Les banques attirent les capitaux et, en les transmettant aux mains qui en ont besoin, elles contribuent à les rendre productifs ; mais elles n'en créent pas ; et leurs émissions, à moins de sortir des limites imposées par la raison et l'honnêteté, ne font que mettre en circulation des valeurs dont elles possèdent, réalisable, à date plus ou moins prochaine, le gage soit en portefeuille, soit dans leurs caisses.
» Quoique nous ne partagions pas toutes les idées de M. Paul Coq en matière de banque et de crédit, et que, parmi ces idées, il s'en trouve quelques-unes qui nous semblent avoisiner l'erreur, nous n'en tenons pas moins son livre en très haute estime. Les questions que M. Coq a traitées sont d'une importance incontestable; il a porté dans leur examen une ardeur soutenue, des lu' mières dues à de laborieuses études» un désir vif et sincère d'ar**-
rîver à la vérité ; H a pu se tromper sur quelques points , mais soti œuvre est considérable, et elle occupera un rang éminent parmi celles qui répondent le plus directement aux préoccupations de notre époque. »
H. Passy.
J'emprunte ce rapport au Journal des ÉconomisleSy U9 du 15 décembre dernier. Ce serait manquer au respect que commandent le caractère et les lumières de Thonorable auteur de l'examen cidessus que d'accompagner d'aucune réflexion le jugement qu'il porte sur un livre où Ton a surtout voulu vulgariser la matière de l'Escompte et de l'Émission. Cette monographie a reçu du public un accueil dont fauteur a gardé le plus reconnaissant souvenir.
APPENDIC
PIEGES JUSTIFIGA'
L'on a réuni sous ce titre quelques do( statistiques et autres, présentant un certa comme les pièces justificatives de Técri