‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 26 sur 40 · DES SERVICES RENDUS PAR LE MONOPOLE DE LA BANQUE DE FRANGE · texte numérisé non relu

DES SERVICES RENDUS PAR LE MONOPOLE DE LA BANQUE DE FRANGE

Od a beaucoup parlé dans ces derniers temps, notamment au sein du Sénat, des titres que la Banque s'était acquis aux sjmpathieSy à la reconnaissance publiques.

Ces services sont grands ; mais ils seraient autrement considérables, si rÉmission décentralisée mettait, partout, une population douée d'activité autant qu'elle se distingue par une compréhension vive et juste en possession de l'escompte à prix réduit. C'est là que doit aboutir le programme des institutions qui peuvent remplacer, dans quelque mesure, les espèces par le Papier. Il ne peut venir à l'idée de personne de vouloir contester, ou seulement de prétendre rabaisser les services rendus au pays par la Banque. Outre que ces services sont de plusieurs sortes, on ne saurait nier qu'ils soient très réels et surtout marqués invariablement à l'empreinte d'un patriotisme qui ne fléchit ni ne recule. La Banque de France justifie, à cet égard, pleinement son titre. Quelles que soient les couleurs dont le Souverain se pare, son zèle et son dévouement restent les mêmes. — Lorsqu'on aura dit qu'au sein de cette administration modèle, il existe comme une tradition d'honneur, de distinction, de rare bienveillance à l'endroit du négoce qui ne s'est jamais perdue ni démentie, on sera pleinement à Taise pour faire ressortir «par où l'institution pèche et par où elle laisse à désirer. C'est, en outre, une chose connue, qu'autant ses allures générales sont à rebours des véritables nécessités du Commerce, autant ses exigences sont empreintes de modération et de justice dans le particulier. La Banque de France est à la fo|s Ip ç^émcm (\\xi fait peçer sur ^esdébitçuygla loi Ifimoiqs

dure et qui sait le mieux compter avec certaines situations pour donner de Taide, loin d'ajouter à la pression des circonstances.

L'époque de 1848, alors que son Portefeuille regorgeait de papier pris dans l'engrenage d'une révolution, est là pour le prouver. Sans d'excessifs ménagements, qui peut dire comment se serait faite cette liquidation que le temps seul pouvait amener à bien.

Voilà, peut-être, le titre le plus sérieux de la Banque de France à l'estime d'un pays qui lui donnait, d'autre part, franchement son appui dans le même temps. — C'est ainsi qu'on put dégager le Trésor lui-même qu'écrasait, à cette époque, une dette flottante démesurément lourde. La ville de Paris, ainsi que Marseille et le département de la Seine lui devront, à cette même époque, un aide non moins précieux. Ces choses-là, nul n'en méconnaît la valeur, quelque largement qu'ait été récompensée de ce dévouement la compagnie qui vit décréter, presqu'au même instant, l'absorption des banques départementales, objet de ses désirs.

Mais si le Monopole s'est créé, dans un espace d'environ soixante ans, des titres sérieux à la considération publique, il ne faut pas perdre de vue de quel prix, au regard des fautes commises et des obstacles mis à tout progrès, ont été payés certains services. La Banque, considérée au point de vue de Tordre, de la comptabilité, de la tenue irréprochable, de la sévérité sans rudesse est, certes, une administration qui honore le pays et qui mérite d'être prise pour exemple ; mais pour ce qui est des vues, du sentiment exact d'une époque, des intuitions supérieures du Crédit et de la Monnaie elle est à une fort grande distance de sa nombreuse clientèle. Il n'est pas un progrès qu'elle n'ait combattu et repoussé au nom du salut public, depuis la coupure de 100 francs qui lui rendit de si bons offices en 1848, jusqu'à l'assimilation

de l'élément provincial par rétablissement de nombreuses succursales.

D'autre part, on la voit accueillir avec une faveur marquée les plus funestes dons. Qu'est-ce, en effet, que cette extension du prêt et des avances au capital mobilier, sinon l'adultération fâcheuse et fausse de l'Émission ? La Banque mieux pénétrée de son rôle aurait dès l'abord repoussé le fatal présent. Elle aurait enfin saisi la circonstance où la Valeur mobilière se constituait et s'affirmait pour se délivrer, il y a dix ans, d'un hôte qui ne saurait loger sous le même toit que l'escompte. — Ainsi, c'est presque toujours le choix le plus malheureux qui l'inspire et la guide ; ce dont elle ne veut pas doit faire sa fortune, et ce qu'elle étreint avec empressement deviendra pour elle à certaines heures un cauchemar.

On n'est pas plus aveugle.

Chacun connaît, enfin, cette histoire de la moderne Danaé qui achète un jour les lingots que ses propres vendeurs lui soutireront demain en pièces monnayées pour les exporter avec prime, et qui, sur le terrain du Change ne trouve rien de mieux que d'acheter, du trafic cambiste avec ses tirages, les lingots qu'elle se pourrait procurer, soit par le commerce des métaux précieux aidé de l'affinage, soit par l'exploitation même du Change. De telles pratiques, suivies dans le domaine de l'Économie domestique, feraientmettre en tutelle ou pourvoir d'un conseil judiciaire celui qui opérerait ainsi. Mais aux lieux où trônent les dispensateurs du crédit et de l'escompte tout cela est sérieusement décrété, acclamé, invariablement tenu pour bon et sage.

Cela ne serait pas, si l'intérêt privé était ici un stimulant, outre qu'ildonne au besoin l'exemple. — Sans l'habitude où est la Banque d'Angleterre de publier chaque huit jours son bilan, l'on n'aurait pu décider la Banque de France à en faire autant ; d'où la nécessité de l'exemple, à défaut de rivalité intérieure. De même, sans la crainte de voir la place occupée

par une nouvelle compagnie, en 1846, jamais, on Ta vu, le Monopole de l'Émission dans la Gironde ne se serait décidé à réduire de 5 à 4 le taux de l'escompte resté immuable durant un quart de siècle. L'aiguillon de la Concurrence se faisait ainsi sentir bien avant d*ayoir pénétré au fond des chairs. — Enfin, sans tout le bruit qui s'est fait et qui continue à se faire aux alentours du Monopole battu en brèche, on eût attendu longtemps encore pour que la coupure de 50 francs fit son entrée.

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