PRACTIQUE
« Entre tous les propos que tu as dits par cy devant, il n'y en a pas un si esloigé de sapience que celui que tu viens de dire : mais je dis au contraire qail vaudroit mieux une peste, une guerre et une famine, en France, que non pas six hommes qui sçussent faire en si grande abondance ce que tu dis. Car, après que l'on seroit asseuré que la chose se pourroit faire, toqt le monde mespriseroit le cultivement de la (erre, et s'estudieroit à chercher à faire de Tor, et par ce moyen la terre demeureroit en friche, et toutes les forests de la France ne sçauroyent fournir de charbon tous les alchymistes l'espace de dix ans.
» Ceux qui ont veu les histoires disent qu'un Roy ayant trouvé quelques mines d'or en son royaume employa la plus grande partie de ses sujets pour tirer et affiner laditte mine, qui causa que les terres demeuroyent en friche, et la famine commença an dit royaume. Mais la Royne (comme prudente et esmeue de charité envers ses sujets) fit faire secrètement des chapons, poulets, pigeons et autres viandes de pur or, et quand le Roy voulust dîner, elle se fist servir des dittes viandes, dont il fust joyeux n'entendant pas à quoy la royne tendoit. Mais voyant qu'on ne luy apportoit point d'autres viandes, commença à se fascher ; quoy voyant, la Royne le supplia de considérer que Vor n'estait pas nourriture, et qu'il valoi t mieux employer ses sujets à cultiver la terre que non pas à chercher dés mines d'or.
» Si tu ne te veux arrester à un si bel exemple, entre en toymesme, et t'asseure que s'il y avoit six hommes en France comme tu dis qui sçussent faire l'or... il se feroit si grande quantité d'or qu'il "viendroit à tel mespris que nul n'en voudrait bailler pain ne vin pour eschange. Je ne dis pas que ce ne soit chose juste que les princes commettent gens à minières, mesmes des forfaires criminels, pour extraire les dittes mines, afin de s'en ayder, tant pour le commerce que pour les instruments nécessaires que l'on forme des dits métaux,.,. »
(Traité des Métaux et Alchymie,)
p. 8i. — Pétition des commerçants de la Cité, déposée le 6 août 1861, sur le bureau de la Chambre des Communes,
AUX HONORABLES COMMUNES DU ROYAUME-UNI DE LA GRANDE-BRETAGNE ET DR L'IRLANDE, ASSEMBLÉES EN PARLEMENT
L'humble pétition des soussignés, négociants et commerçants de la Cité de Londres, expose :
1" Que des variations fréquentes et c^sidérables dans la valeur de l'argent et dans les prix des marchandises sont extrêmement préjudiciables aux affaires et au commerce, et contraires au progrès et à la prospérité générale du pays;
2*^ Que pendant une période de cent quarante ans, antérieure à la promulgation de V acte de la Banque de 1844, les variations dans le taux d'escompte de la Banque furent extrêmement rares, que le taux ne tomba jamais au-dessous de 4 p. 0/0 et ne s'éleva jamais (excepté une fois en 1839) au-dessus de 5 p. 0/0 et qu'il en résulta nécessairement une stabilité et une égalité constante dans la valeur de l'argent. Mais depuis la prx)mulgation de cet acte, les variations ont été plus fréquentes et plus considérables qu'elles n'avaient jamais été auparavant. Il n'est pas survenu moins de 79 variations dans une période de 17 ans, le taux a varié de 2 à 10 0/0, soit une différence de 500 0/0, et quelquefois plus d'une variation est survenue dans une même semaine ;
3*^ Vos pétitionnaires croient et vous exposent que ces variations sont la conséquence directe et inévitable des efforts puérils de la législature pour établir un système de circulation mensongère sur une fausse base et par une série de règlements artiûciels et de restrictions pour rendre conformes aux lois naturelles des opérations que la nature des choses met en opposition perpétuelle avec elles;
4" Que, contrairement à tout bon principe d'économie politique et financière, notre circulation dépend forcément de l'émission do banknotes d'une simple compagnie de banque qui est déjà chargée du recouvrement du revenu public et du payement de la dette publique, outre qu'elle encourt encore les lourdes responsabilités d'une banque de dépôt et d'une banque d'escompte ; la circulation est donc embarrassée par les opérations de banque des etnission-
naires, et ensuite par les opérations d^s spéciilation ou de com^ merce des marchand» de métaux précieux aingi que des banquiers de ce pays et des autres contrées ;
S'^ Que toute cette émission de hanknotes est basée» en apparence» sur leur remboursement à vue et en or, mais qu'en réalité la plus grande partie ne repose que sur une masse de valeurs du gouvernement non négociables, valeurs que le gouvernement ne pourrait racheter contre de l'or et que la Banque ne pourrait vendre si cela devenait nécessaire ; que la possibilité de rembourser ces hanknotes ne peut être maintenue que par les règlements abusifs, et par des restrictions contraires à la nature des choses, imposées par acte du Parlement. Si ce n'eussent été les 14 millions sterling de hanknotes qui ne reposent sur aucun avoir en or, l'acte de 1844 n'aurait été nullement nécessaire ;
6^ Que le but avoué des promoteurs de l'acte de 1844 a été de diminuer les variations dans la valeur de l'argent et dans le prix des marchandises, pour empêcher les paniques monétaires et pour assurer le remboursement absolu de hanknotes qui ne sont réellement pas remboursables. Ce but devait être atteint, en réglant les émissions de la Banque sur le cours des changes avec l'étranger, ei en forçant la circulation à se restreindre dans le cas où les changes nous sont défavorables, de la même manière que si la circulation était purement métallique ;
7<> Que l'échec lamentable éprouvé à l'égard de ce but est attesté par les débats qui ont souvent eu lieu dans votre honorable assemblée, par les enquêtes faites par vos comités, par les bills d'indemnité que l'abrogation plusieurs fois répétée diOS dispositions Ws plus essentielles de cet acte a rendus nécessaires pour le pouvoir exécutif;
8° Que le remboursement en or des hanknotes n'a pu être assuré qu'au prix de sacrifices très-coûteux pour le pays ; que la circulation n'a pu être réglée conformément aux provisions dudit acte bien qu'elle ait été soumise à une violente pression, pour la faire concorder avec Vélat des changes avec V étranger. Et les essais que l'on a tentés dans le but de forcer la circulation, qui, durant les jours de prospérité, est excitée par la puissance expansive du papier à se restreindre dans les temps d'adversité, suivant la loi de l'or, sont fondés sur un principe que vos pétitionnaires eonsidèrent comme faux en théorie et ruineux dans la pratique;
90 Quand le crédit est bon et que le taux de l'escompte est J)as,
la circulation des hanknotes s'accroît outrer-mesure ; l'argent étant
' abondant, les prix s'élèvent; l'élévation des prix nous est favorable
à Tintérieur, mais elle nous est défavorable à Textérieur ; à mesure que se font les émissions, les prix s'accroissent ; nos profits, nos achats et la cherté causée par le papier augmentent parallèlement, jusqu'à ce que, dans la plénitude .de notre richesse, la multiplicité des placements que nous faisons dans les emprunts étrangers, dans les fonds et autres valeurs, et des importations qui dépassent énormément nos exportations, font tourner les changes contre nous. Alors les prix établis et les dettes contractées en monnaie de papier doivent être payés et acquittés en or; et nous n'avons pas d'or en quantité suffisante;
10;* Que les changes défavorables et l'exportation de l'or qui en est la conséquence ont une tendance naturelle, en restreignant la circulation, à faire baisser le prix des marchandises ; l'acte de 1844 semble avoir été tout spécialement imaginé et combiné pour accélérer et exagérer cette baisse, par l'élévation forcée du taux d'escompte de la Banque, qui rend plus cher au commerce anglais l'usage de la monnaie d'or et de papier ; tandis que l'or est à meilleur marché chez l'étranger : le but désiré et recherché, le résultat obtenu étant d'obliger le commerce et l'industrie anglaise à vendre leurs produits à prix réduits, de manière que l'étranger. puisse être tenté de rapporter de l'or pour les acheter ;
11® Vos pétitionnaires vous exposent respectueusement que le but de la législature, si tant est qu'elle dût intervenir en pareille circonstances, devrait être de retarder et de modérer la réduction des prix jusqu'à ce que la pression ait diminué et que les changes se soient régularisés par l'action d'autres moyens plus conformes aux lois économiques, et que l'adoption du principe contraire a une tendance directe à produire des variations fréquentes et considérables et des paniques que l'on avait voulu empêcher en adoptant cet acte;
12® Que l'effet de ces variations sur les affaires et le commerce a été des plus désastreux, toute exportation d'or, même de quelques millions seulement, et quelle qu'en ait été la cause, soit qu'elle provienne d'une balance de commerce contraire, de la guerre ou de bruits de guerre sur le continent, d'emprunts étrangers ou des spéculations de banques étrangères ou de marchands de mé^ taux précieux, devenant la cause d'élévations successives dans le taux d'escompte de la Banque, et causant la dépréciation des marchandises et valeurs commerciales, dépréciation qui s'élève à des centaines de millions^ amenant la banqueroute et la ruine d'industriels et de commerçants jusque-là très solvables, la diminution du nombre des producteurs et travailleurs auparavant occupés, la ré-
duction de leurs salaires, plongeant le pays dans la misère et les privations, excitant la spéculation, jetant la démoralisation dans les classes commerciales et manufacturières, et réagissant plus ou moins sur le bien-être de millions d'individus;
13° Vos pétitionnaires vous exposent que la création d'une monnaie de circulation, ou en d'autres termes, la conversion d'une proportion adéquate du capital du pays en un moyen d'échange facilement transportable, pour les besoins des transactions, devrait être laissée ^/6re, et que, si la circulation était libre, elle se régulariserait conformément aux lois naturelles de l'offre et de la demande et suivant les besoins du commerce et du système d'impositions;
140 Que tout moyen de circulation basé sur l'or, ou la conversion en or, est soumis à ces lois naturelles qui gouvernent la distribution des métaux précieux dans le monde, et toute restriction législative sur l'achat de l'or est en contravention directe avec ces lois ;
15*' Que la loi qui force la Banque d'Angleterre, comme chargée des émissions de monnaie fictive, à prendre à 3 liv. 17 s. 9 d. tout l'or qui peut lui être offert, fixe virtuellement la valeur échangeable ou le prix de ce métal, lui enlève sa vraie valeur échangeable, et le met à trop bon marché dans ce pays, quand son prix s'élève dans les autres pays au-dessus du cours que la loi a fixé;
16® Donc, quand, par quelque cause que ce soit, le prix de l'or s'élève à l'étranger au-dessus du cours fixé en Angleterre, l'or doit, conformément aux lois naturelles, quitter ce pays où il est à bon marché pour passer dans les contrées où il est cher, le profit obtenu sur le transit agissant comme une prime à l'exportation.
L'expérience du passé prouve qu'aussi longtemps que ce profit peut être réalisé, aucune loi ne peut empêcher la sortie de l'or;
170 C'est un principe d'économie politique qu'une hausse dans la valeur des marchandises prbduites ou consommées dans le pays amène nécessairement une augmentation proportionnelle dans la quantité de monnaie employée aux échanges et à la circulation.
De même encore, toute élévation dans la valeur des marchandises produites ou échangées par divers pays rend nécessaire un accroissement proportionnel de la quantité des valeurs monétaires qui leur sont communes pour effectuer la circulation et l'échange de ces marchandises;
180 Q^e^ dans le premier cas, les individus qui ont acheté plus qu'ils n'ont vendu ont besoin de plus d'argent pour donner en échange des marchandises qu'ils ont obtenues, de même, dans le dernier cas, le pays qui importe plus qu'il n'exporte a besoin de
plus d'argent pourpa.yer le surplus de ses importations et a besoin, par conséquent, d'avoir toute liberté pour se procurer de l'or, qui est la matière première des moyens d'échange;
19« Que le commerce intérieur et extérieur de ce pays se sont énormément accrus depuis la promulgation de l'acte de 1844; cet accroissement a nécessité une augmentation proportionnelle de la circulation et de la base métallique sur laquelle elle est fondée, mais que l'on n'a pas pris de mesures pour déterminer celte augmenlalion. Le chiffre fixé pour les émissions de la Banque d'Angleterre est resté le même; le chiffre fixé pour les émissions des banques de province est resté à peu près le même, avec une tendance, cependant, vers une réduction, sans possibilité d'accroissement, et le prix ou la valeur échangeable de l'or, d'où pourrait provenir seulement cet accroissement, n'a pas été changé;
20^ Que cet accroissement des affaires et du commerce, dans ces circonstances, n'est devenu possible que par la multiplication exagérée des lettres de change, des checks, des notes, par l'augmentation des opérations de banque, et par les facilités extraordinaires données par le Clearing house des banquiers pour économiser l'emploi de l'argent. Que, quant à ce qui regarde le commerce ou les échanges à l'intérieur, ces moyens et ces inventions peuvent avoir été suffisants ; mais que, quant au commerce avec l'étranger, ils n'ont été suffisants qu'aussi longtemps que la base sur laquelle ils reposent tous n'a pas été restreinte par les impérieuses demandes d'or pour notre commerce extérieur;
21^ Que l'accroissement du commerce extérieur exige une augmentation proportionnelle de la quantité d'or, pour nous permettre de contrebalancer les chances défavorables, et supporter sans inconvénients les demandes d'or plus considérables qui en résultent plus fréquemment; mais le prix de l'or étant resté fixé à im taux invariable, et ayant une tendance à s'élever dans les autres pays, il ne nous a pas été possible d'obtenir cet accroissement ou de le conserver, malgré les importations énormes d'or de Californie ou d'Australie, et nous n'avons pu suppléer à ce besoin en créant des lettres de change, etc., comme nous l'avons fait pour le commerce intérieur* De là les révulsions de notre commerce tant intérieur qu'extérieur toutes les fois que notre commerce étranger a besoin d'or ;
220 L'or, comme l'eau, trouve toujours son niveau; il est évident que, quand l'or nous quitte, il ne peut en même temps nous venir; notre seule ressource, dans une période de pression, doit être la réduction constante de la quantité que nous possédions au com-
mencement. La sortie de cet or ne peut être arrêtée que par la rédiiciion de la valeur de tous les produits échangeables^ du taux établi par la monnaie de papier au moyen de laquelle ils ont été fabriqués, jusqu'au niveau du prix de l'or et même au-dessous, et cette mesure ruine le commerçant et l'industrie et enrichit le banquier et le capitaliste; et c'est là la conséquence et le résultat de l'acte de la Banque de 1844.
En conséquence, vos pétitionnaires prient humblement votre honorable assemblée de vouloir bien instituer une enquête :
1« Sur le principe et les effets de l'acte de la Banque 1844 et spécialement pour savoir si ses dispositions ont été combinées en vue du grand accroissement des affaires et du commerce qui s'est produit depuis la promulgation de cette loi ;
2'* S'il convient que l'émission et la direction de la circulation monétaire continuent à dépendre des affaires d'une corporation de banque, ou soient mêlées à ces affaires, on soient coures à un ministre de la couronne responsable ;
3<^ Si les quatorze millions sterling de baiiknotes émises en contre-valeurs d'une dette du gouvernement ne devraient pas, si elles sont faites payables en or et à vue, avoir leur équivalent en or, pour permettre les remboursements s'ils étaient demandés ; ou, dans le cas contraire, si elles ne devraient pas être faites non remboursables ;
4° S'il ne serait pas nécessaire de chercher et si l'on ne pourrait trouver les moyens de mettre à môme le directeur de la circulation d'obtenir et de conserver de plus fortes réserves en or pour faire face aux éventualités d'un commerce étranger largement accru et s'accroissant. tous les jours ;
50 S'il n'y a pas possibilité d'adopter un système qui permettrait l'expansion et la contraction naturelle de la circulation suivant l'accroissement ou la réduction des échanges, et se réglerait de lui-même d'après les lois de l'offre et de la demande;
Ou que votre honorable assemblée veuille bien prendre toute autre mesure qui lui paraîtra convenable.
Vos pétitionnaires, etc., etc.
Pétition remise à l'Empereur par le commerce des tissus de la ville de Paris.
Ce n'est pas seulement à Londres que le Commerce s'inquiëte des fluctuations constantes du taux de Tescompte et de ces exigences qui troublent sa marche, dérangent ses calculs, nuisent à Tessor général des affaires. L'industrie des tissus s'est particulièrement émue, à Paris, de cet état de choses. Malgré le silence et les ménagements commandés « par les terreurs » que sème autour d'elle la Banque de France, suivant que le faisaient déjà remarquer en 1847 un grand nombre de négociants de la place de Bordeaux, le commerce et la fabrique engagés dans cette précieuse industrie ont cru devoir, tout récemment, appeler l'attention de l'Empereur lui-même sur ces douloureuses épreuves. L'expression de leur plainte, pour être bornée au peu de mots qu'on va lire, n'en a peut-être que plus de signification. Cette adresse, remise à Sa Majesté dans le courant de décembre, porte, assure-t-on, plus de 300 signatures. — Elle en eût réimi un bien plus grand nombre sans le danger qui semble attaché à de telles manifestations, en face d'un monopole qui est l'arbitre et le dispensateur suprême du crédit privé au point de vue de l'Escompte. On peut même dire, en considérant les choses sous cet aspect particulier, que le jour où les pouvoirs publics se montreraient disposés, comme pour la question du Courtage ou pour la liberté du taux de l'Intérêt, à porter le débat sur ce terrain, ou verrait lé Commerce de France manifester par un élan considérable et presque général combien il souffre de ce qui se passe.
Voici le texte de cette pétition, telle qu'on la trouve dans Fave* NiR COMMERCIAL du 18 décembre 1864 :
« Sire,
» Émus du retour périodique des crises auxquelles nous sommes étrangers, lésés par l'élévation du taux de l'escompte de la Banque de France, nous venons respectueusement solliciter l'attention de Votre Majesté sur les conséquences désastreuses-d'un état de choses qui paralyse les affaires et porte une atteinte profonde au travail national.
» Sire,
» Nous avons confiance dans la haute sagesse de Votre Majesté, et, dans ces graves circonstances, nous ne pouvons que la supplier d'instituer une commission d'enquête qui recherche les moyens de remédier à un mal dont souffre le Commerce tout entier. »
(Suivent les signatures.)