L'HYDRE DU CHANGE
( Ce n'était pas ttn loup, ce n'en était que l'ombre.
LAfORTAIin
Certain, — incertairiy — pair du change^ — arbitrage, arbitragistes, solidarité des marchés se faisant fatalement équilibre I Les belles ehoses et les grands mots I — Comment s'y prendre, aini lecteur, pour faire arriver jusqu'à ton simple et droit entendement ce qui cache sous ces paroles à l'usage de la moderne Cabale une complète nudité? La Science, — j'entends cette science connue de toute éternité, qu'on pourrait appeler de nos jours la science Ruolz, vu qu'elle use comme l'autre, avec quelque succès, du procédé de l'argenture, — la science expliquait autrefois, par l'Aorreur du vide, l'ascension de l'eau dans le corps des pompes. L'heureuse trouvaille l On sait que cette horreur s'arrêtait à trente-deux pieds, ni plus ni moins, et la démonstration valait, ici, la théorie. Pourquoi, à l'endroit de la Monnaie ou de la Marchandise, choses qu'on sait devoir aller librement d'un pays à l'autre, pourquoi se priver d'une de ces mystifia
cations qu'adorent les sots et qui font si bien le compte de Tagile et fin cambiste, pendant que d'autres sont là, le nez en Tair, attendant que la lumière se fasse? — Travaillons ensemble, lecteur bénévole, moi en me faisant clair, toi par quelque attention à hâter cette heure. Aussi bien, avons-nous Tun et l'autre une égale horreur du vide.
A une époque où Ton recevait bien plus de l'étranger qu il n'achetait lui-même de nos produits, ce qui fera par exemple que, dans la période de 1836 à 1846, Timporlation française dépasse de beaucoup l'exportation, le Change, c'est-à-dire l'obligation pour chaque pays de s'acquitter en monnaie étrangère, à concurrence du montant des achats effectués, ne fit sentir que deux fois en France son action défavorable. Non-seulement l'on put alors combattre avec quelque avantage la pression fort grande des divers marchés, mais la Banque, « cette vigie des affaires, » comme on l'appelle dans un certain monde, pourra invariablement maintenir le taux de son escompte sur le pied ordinaire de 4 0/0. C'est seulement en 1847 que ce taux recevait une passagère atteinte par l'élévation à 5 0/0 du tarif des négociations en banque, tarif qui retombait bientôt après à son ancien niveau. — Ceci est connu de chacun et faisait en 1857 l'objet de nos remarques.
Au contraire, le jour où la France devient créancière de l'étranger, c'est-à-dire alors qu'elle vend au dehors beaucoup plus qu'elle n'achète dans le même temps, d'où un change favorable par le fait de quelque gros solde nous revenant, ce jour-là éclatent de& embarras, sous couleur d'exportation fatale de numéraire, qui se traduisent par un surhaussement notable du taux de l'escompte. Moins on doit au dehors, plus cependant l'argent est censé sortir en grand, et plus son loyer se fait payer cher par suite; c'est ainsi que le taux de l'escompte fait échelle de 5 à 10 0/0. Ceci semble drôle, en présence surtout d'une richesse métallique qu'aug-
mentent sans cesse les soldes acquittés par l'étranger chaque année (1).
Ici, Ton m'arrête, et les porte-fanion de cette science qui a à son service plus de fer battu que de fin et bon argent, de s'exclamer :
Ces entrées et ces sorties de métaux précieux « ne signifient rien, » absolument rien. Ce qu'il faut rechercher, c'est jusqu'à quel point cette augmentation « est en rapport avec les besoins qu'elle est appelée à satisfaire. // se peut, en effet, que le mouvement de la circulation et du crédit aille plm vite que celui des métaux précieux. » — Vraiment! frère Jean des Endormeurs? Et moi qui pensais tout bonnement que l'idéal du Crédit était de réduire au plus mince appoint l'emploi de l'or et de l'argent monnayés, par cette raison même que l'un esta Vengin métallique ce que la télégraphie est à l'administration des postes I Moi qui, partant des banques, avais surtout en tête d'aller vite comme pour décupler, centupler l'activité de l'appareil encombrant des échanges! Voilà que les affaires auront pris en dix ans un tel essor, une si notable extension que le numéraire, croissant dheure en heure, serait ici manifestement insuffisant, d'où une parfaite injustice à prendre à partie en temps de crise la Banque de France, laquelle traduirait « à sa manière nos prétentions
(1) Voici qui pent donner
une idée dtf celte prétend
ue exportation d'espèces
lant en France qu'en Angleterre :
FHANCB.