POPULATIONS DU GUZERAT ET DE LA PENINSULE DE KATTYWAR
Le Guzerat s'étend au sud du Rajpoutana, et comprend une partie continentale qui est le Guzerat proprement dit, contrée riche, fertile et couverte de villes prospères telles que Baroda, Surate, Ahmedabad ;
et une partie péninsulaire et montagneuse, la presqu'île de Kattywar, séparée de la première par le golfe de Cambay.
Ce pays, baigné par la mer, accessible aux marchands venus de tous les points du monde qui y font un commerce très actif, présente une population extrêmement mélangée. On y voit des Mahrattes , des Rajpouts, des Jâts, brahmaniques ou jaïniques ; des Musulmans,
Fig. 48. — Pandit hindou d'Odeypour.
chiites ou sunnites ; des Parsis, et enfin des tribus aborigènes, dravidiennes comme les Bhils, ou kolariennes comme les Kolis.
Dans la presqu'île de Kattywar, les montagnes du centre servent encore de refuge à des peuplades sauvages, tandis que dans les villes et sur les côtes dominent les Hindous de la secte jaïnique. Cette secte, analogue au bouddhisme, est celle de l'Inde qui attache le plus d'importance à la construction de sanctuaires en l'honneur de ses divinités ; aussi la presqu'île est-elle couverte d'admirables échantillons de l'ar-
RACES DE L'INDE SEPTENTRIONALE OU HINDOUSTAN. 131
cliitecture hindoue. Sur le double sommet du Satrunjaya , montagne du sud-est, s'élève une ville entière composée de temples, dans laquelle il est permis d'adorer, mais non de séjourner; quand les dévotions sont achevées sous les voûtes imposantes et entre les piliers ornés de patientes et délicates sculptures, le fidèle redescend à Palitana, la ville véritable, qui s'étend au pied du mont sacré.
Fig. 49. — Minas (tribu demi-sauvage du Rajpoutana).
Dans le Guzerat la prépondérance appartient à une secte vishnouite dont les pratiques sont très curieuses. Toute la religion des fidèles consiste dans la vénération aveugle d'une trentaine de grands prêtres ayant le titre de Maharajahs, qui vivent à leurs dépens. Pour donner une idée du genre de vie de ces prêtres et de la naïveté de leurs partisans, nous citerons encore M. Malabari, écrivain hindou et éditeur de Ylndian Spedator de Bombay.
« Le prêtre déifié, dit-il, est le Maharajah, incarnation visible de
Vishnou-Krishna, à qui tout pieux vishnouite consacre son corps, son esprit, sa propriété, et non seulement les siens, mais ceux de quiconque est sous sa dépendance. »
ce... Voici quelques impôts que le Maharajah tire de ses dévots adorateurs : Pour l'honneur de le contempler, 5 roupies (10 francs environ) ; de le toucher, 20 roupies ; de lui laver les pieds, 35 roupies. Pour la joie de s'asseoir à ses côtés, 60 roupies; d'occuper la même chambre que lui, 50 à 500 roupies ; pour le plaisir d'être fustigé de sa main, 13 roupies ; pour boire l'eau dans laquelle il s'est baigné ou dans laquelle on a lavé son linge sale, 19 roupies. Enfin pour accomplir avec lui le Rasi Krida (littéralement « essence du plaisir ») les femmes doivent verser 100 à 200 roupies. »
L'auteur hindou que je viens de citer fait remarquer à propos de ce dernier point que c'est un phénomène psychologique incompréhensible de voir des hommes très jaloux de leurs femmes, des femmes très respectueuses de leurs devoirs renoncer ainsi à leurs sentiments les plus chers. Le phénomène est intéressant à observer sans doute, mais je ne trouve pas qu'il soit incompréhensible du tout. Des divers mobiles capables d'agir sur les âmes, la foi religieuse a toujours été le plus puissant. Elle apprend à l'homme à tout supporter et à tout braver. Ce n'est qu'en s'appuyant sur elle que les martyrs ont contemplé en souriant les flammes de leur bûcher et que des conquérants ont fondé de gigantesques empires.