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POPULATIONS DU SINDH ET DU RAJPOUTANA

Si en quittant le Pundjab nous descendons le cours de l'Indus, nous arrivons dans le Sindh, où nous retrouvons en grand nombre les Jâts, musulmans, sikhs ou jaïnas. L'autre élément principal de la population est formé par les Béloutchis, peuple montagnard analogue à celui qui habite le Bélouchistan, auquel confine le Sindh. Ces Béloutchis sont tous musulmans et appartiennent à la secte sunnite. Ils se divisent en plusieurs tribus : les unes qui se disent Arabes et qui présentent effectivement le type sémitique ; d'autres chez lesquelles la chevelure blonde n'est pas une particularité absolument rare; quelques-unes qui résultent d'un mélange des Béloutchis avec les J âts.

Toutes les populations occupant le bassin de l'Indus parlent généralement des langues d'origine sanscrite ; les principales sont le pundjabi, le sindhi et le marwari, qui n'offrent pas entre eux des différences bien profondes.

Le Bajpoutana est la vaste contrée qui s'étend de l'Indus jusqu'aux portes d'Agra, et de la frontière méridionale du Pundjab aux Etats mahrattes qui vont de Baroda à Grwalior. Toute sa moitié occidentale est occupée par le grand désert du Thar, dans lequel errent des tribus à demi sauvages; sa moitié orientale est sillonnée par de nombreux cours d'eau, entre les vallées desquels s'étendent des jjlateaux et

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se dressent des montagnes. Les plus importantes de ces montagnes sont la chaîne des Aravulli, d'où se détache, au sud-ouest, la masse imposante du mont Abou.

Ces irrégularités du sol dans le Rajpoutana ont empêché les races de s'y fondre comme dans les plates vallées du Gange et de l'Indus.

Fig. 43. — Musulman de Delhi, fabriquant une écharpe.

Elles y sont restées très distinctes et correspondent aux différentes régions des vallées, des plateaux et des montagnes. Au bord des rivières se groupent les cabanes des Jâts touraniens et agriculteurs; sur les plateaux se dressent les châteaux fortifiés des belliqueux Rajpouts aryens ; enfin, sur les pentes élevées et dans le fond des forêts inaccessibles, les Bhils aborigènes défendent encore leurs antiques coutumes et leur sauvage liberté.

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Les Rajpouts ont donné leur nom au pays parce qu'ils en ont été les maîtres et qu'ils y forment encore un groupe ethnique fort important, mais on les trouve répandus dans toute l'Inde du Nord, soit purs, soit mêlés à des populations diverses.

Bien que l'histoire ne soit pas toujours d'accord avec leurs légendes quant à l'antiquité de leur origine, il est certain que par leur type les Rajpouts représentent la race la plus belle et la plus pure de l'Inde. Ils sont d'une taille haute et élégante, ont la peau claire et mate, les yeux grands, bien fendus, jaune foncé ou gris, le nez aquilin, les narines fines et frémissantes, une chevelure noire abondante et bouclée, la barbe longue et bien fournie ; souvent ils laissent croître démesurément cette barbe ou plutôt les favoris , qu'ils ramènent ensuite sur le sommet de la tête pour les nouer avec leurs cheveux. Leurs femmes sont généralement fort belles.

C'est parmi les Rajpouts que se rencontre la plus vieille noblesse du monde. Le rajah d'Odeypour est le seul souverain qui puisse dire que ses ancêtres régnent depuis plus de mille ans.

L'histoire des anciens Rajpouts nous est aussi inconnue que celle des autres anciens Etats de l'Inde, mais les légendes hindoues sont pleines des exploits de leurs héros; et les luttes formidables qu'ils soutinrent contre les musulmans , les sièges terribles qu'ils subirent, notamment celui de Chittor, dans lequel les femmes se brûlèrent par milliers plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi, et les défenseurs se firent tuer jusqu'au dernier plutôt que de se rendre, prouvent l'antique valeur de cette race. Elle tranche par son courage sur la masse des Hindous, généralement assez pusillanimes.

Lorsque les musulmans envahirent l'Inde ils y trouvèrent les Rajpouts établis dans toutes les villes du nord et dans la plaine du Gange jusqu'au Bengale actuel. Ils régnaient à Lahore, Delhi, Kanoudje, Adjodhya, etc. La région qu'ils occupaient s'étendait au nord de l'Indus et du Satledj jusqu'à la Jumna, près d'Agra et au sud jusqu'aux monts Vindhya, en un mot sur tout le nord-ouest de l'Inde.

Refoulés de ces régions fertiles, ils se réfugièrent dans la contrée moins accessible et plus facile à défendre du Rajpoutana actuel.

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Leur territoire se divise aujourd'hui en dix-neuf États, dont seize sont la possession de clans rajpouts et gouvernés par les chefs de ces

Frith.

Fig. 44. — ■ La reine de Bhopal (Inde centrale).

clans. Celui qui occupe le rang le plus élevé est l'État d'Odeypour.

Jusqu'au quatorzième siècle, les Rajpouts luttèrent avec succès contre les musulmans ; ils ne furent sérieusement menacés qu'après la

perte de leur capitale, Chittor. Ce ne fut cependant qu'au temps d'Akbar qu'ils furent incorporés à l'empire mogol, et encore cette incorporation fut-elle beaucoup plus nominale que réelle ; leur situation resta celle de grands vassaux, demi-indépendants. Akbar leur laissa leur organisation, donna à leurs chefs de grandes dignités dans ses armées, épousa des filles rajpoutes, et ses successeurs l'imitèrent.

L'antique constitution des Etats rajpouts est la seule ayant survécu dans l'Inde aux vicissitudes politiques qui se sont succédé à travers les siècles. Leurs coutumes sont les seules qui n'aient pas été plus ou moins altérées par des influences étrangères. C'est par la description de cette constitution et de ces coutumes que nous essaierons dans un autre chapitre de reconstituer la civilisation d'une grande partie de l'Inde vers le dixième siècle de notre ère. Il serait donc inutile d'entrer ici dans plus de détails sur ce peuple intéressant.

En dehors des Rajpouts que nous venons de décrire et des Jâts dont nous avons parlé précédemment, le Rajpoutana contient encore des populations demi-sauvages, qui méritent une étude particulière, et dont nous allons nous occuper maintenant.

Populations demi-sauvages du Rajpoutana, Bhils, Minas, etc. — Les Bhils que l'on rencontre non-seulement dans le Rajpoutana, mais encore dans des régions voisines, forment une des plus anciennes populations de l'Inde. C'est sur eux que les Touraniens ont conquis le nordouest de l'Inde. Les deux peuples se partagèrent longtemps la vallée de l'Inclus, et c'est une invasion aryenne relativement récente, l'invasion rajpoute, arrivée suivant certains historiens dans les premiers siècles de notre ère, qui aurait refoulé les Bhils dans les montagnes. Ce peuple hardi et sauvage ne se laissa pas d'ailleurs vaincre sans résistance. Il inspira longtemps des craintes sérieuses aux Rajpouts .sur lesquels il continuait à fondre du haut de ses retraites, et qu'il harcela pendant des- siècles. Par un acte singulier de respect envers ces anciens maîtres du pays, les rois rajpouts se soumettent encore à une sorte d'investiture de la part d'un Bhil le jour où ils montent sur le trône. Le sauvage se fait alors une légère blessure au

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pouce, une autre à l'orteil, et avec le sang qui en découle marque le front du nouveau souverain.

Malgré ce symbole d'accord entre les deux peuples, les Bhils haïssent les Hindous. Ils profitèrent toujours des guerres que firent les Anglais aux Rajpouts pour reprendre les armes contre ceux-ci. En

Fig. 45. — Le rajah de Burtpore , ses ministres et sa suite.

1857, à l'époque de l'insurrection des cipayes, ils offrirent leurs services au gouvernement britannique.

Les Bhils ne forment pas tous une race pure ; sur les deux à trois millions auxquels on évalue leur nombre, environ 1,000,000 sont restés à peu près sans mélange. Ils sont très fiers de la pureté de leur race qui est en raison inverse de celle que nous reconnaissons, puisque plus l'infusion du sang touranien est considérable et plus le type du Bhil s'ennoblit. A ce point de vue, on peut rattacher aux Bhils deux autres groupes existant dans le Rajpoutana, les Minas et les Mhairs, et dire d'une façon générale que chez le Bhil l'élément primitif domine, que

chez le Mhair, il est égal à l'élément touranien, et que chez le Mina enfin c'est ce dernier élément qui l'emporte.

La contrée occupée par les Bhils depuis qu'ils furent chassés en partie duRajpoutana,est une région montagneuse et boisée qui s'étend du nord des Ghats occidentales au sud des Aravulli et du golfe de Cambay jusqu'à la partie moyenne des vallées de la Nerbudda et de la Tapti. C'est dans les Vindhya et dans les Satpoura surtout qu'ils ont trouvé leur refuge et qu'ils se maintiennent encore indépendants. Ils sont nombreux dans les montagnes du Guzerat et dans le bassin de la Mahi, petit fleuve qui se jette au fond du golfe de Cambay.

Les Bhils sont noirs et fort laids ; ils ont le nez aplati, les yeux petits mais point obliques, les pommettes peu saillantes. Us sont de taille peu élevée mais doués de beaucoup d'agilité et de force. Us sont nus, ne portant qu'un pagne autour des reins et une cordelette autour de leurs cheveux noirs, lisses et longs. Leurs armes sont des plus primitives et consistent en épieux, en lances, en arcs, et en flèches qu'ils lancent avec beaucoup de justesse et avec lesquelles ils affrontent même le tigre. Ils vivent de chasse et de pêche et empoisonnent les cours d'eau avec le suc d'une euphorbiacée qui étourdit le poisson et en rend la capture facile.

On trouve chez les Bhils, à l'état rudimentaire, l'organisation politique du clan que l'on voit chez les Iiajpouts si rigoureusement établie. L'existence du clan a pour principe théorique une souche unique, un ancêtre connu duquel tous les membres du clan descendent. Il est rare cependant, même chez les Aryens, que la barrière du clan soit infranchissable, et que des raisons de voisinage ou les nécessités de la défense du territoire, ne fassent pas admettre dans le clan des individus étrangers. Plus ces adoptions sont faciles, plus le système du clan devient élastique et irrégulier, moins avancée est l'évolution du peuple. Chez les Bhils, le clan est aussi ouvert que possible. Un habitant de la plaine, touranien ou même parfois rajpoute, poursuivi pour quelque méfait, se réfugie dans la montagne et devient un outlaw. Les Bhils, dont le nom même signifie proscrit, outlaw, ouvrent leurs rangs au déclassé. Mais, comme chez eux le mariage est exogamique, c'est-à-dire interdit entre individus d'un même clan, avant que le nouvel arrivé

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puisse se choisir une femme, il est nécessaire qu'un clan l'adopte ; aussitôt il se marie dans un autre. Il en est de même après l'enlèvement

d'une jeune fille par ces pillards ; ils ne songeraient point à la marier à un des leurs, avant qu'elle fût officiellement entrée dans un de leurs clans, à l'intérieur duquel il lui devient alors impossible de prendre un

mari. Tant de facilité mêlée à tant de rigueur montre bien les tendances de ce peuple à se constituer comme ses voisins plus civilisés, et en même temps combien son état est encore primitif.

Le mariage se célèbre chez les Bhils avec la plus grande simplicité ; les deux fiancés disparaissent pendant quelques jours au fond des bois, et reviennent en annonçant leur union qui est désormais consacrée. Il est très rare que le divorce la dissolve.

Les Bhils habitent des villages fortifiés que l'on appelle des pals; d'où le nom de palaris, que les gens de la plaine leur donnent, non sans intention méprisante. Toutefois les palaris ou habitants des pals, qui sont, outre les Bhils, les Mairs et les Minas, tout en n'appartenant à aucune caste, ne sont pas regardés comme impurs par les Hindous.

La religion des Bhils est aussi primitive que leurs mœurs. Ils adorent les arbres et placent à leur pied de petites dalles formant autels qu'ils arrosent de sang ou d'ocre rouge, symbole de la vie. Ils ont un grand respect pour le dieu singe Hanouman, ce qui est remarquable, puisque cet être fantastique fut le compagnon de Rama, le héros aryen , et aida celui-ci à conquérir l'Inde sur ses premiers habitants.

Parmi les populations demi-sauvages du Rajpoutana, se rangent encore les Mhairs et les Minas dont nous avons parlé plus haut. Ils forment les deux chaînons qui rattachent les Bhils sauvages aux Jâts civilisés. Ils vivent dans les monts Aravulli, au coeur du Rajpoutana au nombre de plusieurs centaines de mille. Ils construisent comme les Bhils des villages fortifiés; beaucoup d'entre eux ont conservé des habitudes de pillage et se recrutent encore parmi tous les déclassés des autres races, Rajpouts ou Jâts. Ces mélanges contribuent à ennoblir leur type, qui, chez les Minas, se rapproche beaucoup de celui des Jâts.

La civilisation est chez ces deux peuples en progrès rapide. Ils commencent à cultiver la terre et à adopter le culte brahmanique ; mais ils n'en suivent encore les pratiques qu'avec un zèle fort modéré, et conservent pour les arbres , pour les autels de pierre et pour le fer, le respect de leurs frères les Bhils. Les Mhairs et les Minas ont adopté un dialecte hindi, tandis que les Bhils du centre parlent un langage ressemblant à celui des Gonds.

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Fig. 4". — Guerriers rajpouts.

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