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LES SPÉCULATIONS PHILOSOPHIQUES DU BOUDDHISME

Parallèlement au bouddhisme se sont développées des sectes philosophiques, analogues à celles qui se développèrent pendant les temps bra hmaniques. Les doctrines de ces sectes ne présentent, comme nous l'avons déjà dit, aucune idée nouvelle ; mais comme quelques-unes de leurs oeuvres ont eu la fortune d'être traduites en Europe et prises pour le bouddhisme lui-même, il ne sera pas sans intérêt d'en résumer rapidement l'esprit.

Le fond général de ces spéculations est la proclamation de l'universelle vanité des choses ; vanité des choses de la terre et vanité des choses

CIVILISATION DE LA PÉEIODE BOUDDHIQUE

du ciel. Tous les êtres sont de simples apparences, des phénomènes en train de disparaître, semblables à lecume qui se forme pour un instant

Fig. 153 Ahmedabad. Mosquée de la reine à Saringpore (xve siècle).

{Hauteur de la portion du minaret représentée dans le dessin : 5™ 65.)

la surface de l'eau. c< Il n'y a ni hommes, ni femmes, ni création, ni vie, m personne ; ces conditions n'ont aucune réalité. Toutes sont le produit de l'imagination. Toutes sont semblables à une illusion, semblables

CIVILISATIONS DE L'INDE. 4q

<( à un songe, semblables à quelque chose de factice, semblables à Fi- « mage de la lune réfléchie dans l'eau. ))

Dans cette doctrine philosophique, dont la hardiesse n'a jamais été dépassée par les Européens, il n'y a point de dieu créateur et antérieur au monde. La nature est un enchaînement infini — infini en avant, infini en arrière — de naissances et de destructions , de décompositions et de recompositions perpétuelles, de causes mobiles qui sont des effets et d'effets qui sont des causes, de phénomènes qui n'ont pas eu de commencement et qui n'auront pas de fin.

Après avoir supprimé l'idée de création, les philosophes bouddhistes ont supprimé également la conception fataliste du destin, qui domine toutes les religions helléniques. Il n'y a pas de destin gouvernant les êtres. La destinée future de chaque créature est déterminée uniquement par sa conduite. La loi morale enchaîne les événements. Les actes seuls, ou du moins les conséquences de ces actes, sont éternels. Après une longue série de renaissances, on peut, par le mérite, arriver au bien suprême du non être , devenir insensible aux larmes et à la douleur, entrer dans le Nirvana, et se trouver ainsi définitivement soustrait à la nécessité de revêtir des formes nouvelles.

Les livres de philosophie bouddhique indiquent la série de réflexions par laquelle on arrive à se convaincre de l'illusion des choses. Après s'être élevé au-dessus de l'idée de forme, de résistance et de diversité, le bouddhiste atteint dans sa méditation la région de l'infinité en espace. S'étant élevé au-dessus de l'idée de l'infinité en espace, il atteint l'idée de l'infinité en intelligence ; s'étant élevé au-dessus de l'idée de l'infinité en intelligence, il atteint la région où il n'existe rien; s'étant élevé au-dessus de la région où il n'existe rien, il atteint la région où il n'y a ni idée ni absence d'idées ; s'étant élevé au-dessus de la région où il n'y a ni idées, ni absence d'idées, il atteint la cessation de l'idée et de la perception. Il est alors neutre à l'égard des idées, neutre à l'égard de la conception des idées, il ne conçoit plus, il n'affirme même plus qu'il n'y a rien, car cette affirmation serait encore quelque chose. Dans la région sereine où il s'est ainsi élevé, ce le nom de Bouddha n'est qu'un mot, et Bouddha lui-même est semblable à une illusion, semblable à un songe.))

CIVILISATION DE LA PÉRIODE BOUDDHIQUE

Ces assertions philosophiques, dont je ne contesterai certainement pas la profondeur, conduisent parfois leurs auteurs à des thèses qui ne sont

Fig. 154. — Ahmedabad. Mosquée Moafiz-KUan (quinzième siècle). {Sauteur de la portion du minaret représentée sur le dessin : 12nl70.)

évidemment que de purs exercices de logique. A toutes les questions les philosophes bouddhistes arrivent à répondre d'abord par l'affirmation,

puis par la négation, puis d'une façon qui n'est ni la négation, ni l'affirmation. A une question comme celle-ci par exemple : (( Le Bouddha existe-t-il ou n' existe-t-il pas après la mort? )) Il est répondu : « Le Boud- « dha existe après la mort, le Bouddha n'existe pas après la mort; le (( Bouddha n'est pas plus existant qu'il n'est non existant après la <( mort. »

Des Européens persuadés, comme les apôtres de Çakya Mouni, que le monde doit devenir bouddhiste — ce qui d'ailleurs n'aurait rien d'impossible — ont extrait des spéculations des philosophes bouddhistes un catéchisme qui, bien qu'approuvé par le grand prêtre de Sripada dans l'île de Ceylan, jjorte visiblement l'empreinte d'idées modernes. Je ne suis pas bien sûr que le grand prêtre qui l'a approuvé y ait compris grand' chose, et j'imagine qu'on lui aurait fait approuver, sans beaucoup de difficulté, des thèses contraires prises également dans les livres bouddhiques ; mais comme en définitive ce petit travail représente en style clair ce que l'on peut extraire de plus précis des thèses philosophiques bouddhiques , et que ces thèses paraissent avoir été adoptées par une secte bouddhiste importante dite bouddhisme du sud, nous en reproduirons les passages les plus essentiels.

57. Quelle est la lumière qui peut dissiper notre ignorance et éloigner toutes nos peines ?

C'est la connaissance de ce que Bouddha a appelé les ce quatre nobles vérités ». ô8. Dites ces quatre nobles vérités*!

1° La misère de l'existence ;

2" La cause de la misère, qui est le désir de se satisfaire, toujours renouvelé, jamais satisfait ;

3° La destruction ou l'éviction de ce désir ;

4° Les moyens d'obtenir cette destruction du désir.

65. Lorsque le salut est atteint,, à quoi arrivons-nous ? Au Nirvana.

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