APOLOGUES ET PROVERBES. — CONTES ET LÉGENDES
Les apologues et les proverbes peuvent être rangés parmi les productions les plus remarquables de l'Inde. Dans ce genre, les Hindous sont assurément nos maîtres. Leur Pantcliatantra est le plus célèbres recueil de fables et de maximes. Il se compose d'apologues
LA LITTÉRATURE ET LES LANGUES DE L'INDE
dans lesquels les animaux servent à faire la leçon aux hommes. Les récits s'enchevêtrent un peu, mais ils sont généralement assez intéressants, et les maximes nombreuses qu'ils contiennent à chaque page souvent fort curieuses.
Fig. 192. — Bijanagar. Intérieur de la deuxième cour de la grande pagode de Si va (quinzième siècle).
La composition de ce recueil doit être très ancienne ; plusieurs érudits admettent même que quelques-unes des fables qu'il contient furent imitées par Esope; mais l'ouvrage sanscrit qui les renferme se rattache évidemment à plusieurs époques, puisqu'on y cite un astronome qui vivait vers le sixième siècle après Jésus-Christ.
Dans la première moitié du sixième siècle de notre ère, la réputation des fables et apologues indiens s 'étant répandue en Perse, Khosrou Nourshivan, de la dynastie des Sassanides, qui régna de 531 à 579, envoya un savant médecin faire la traduction du Pantchatantra, en langue pehlvi. Les successeurs du roi persan conservèrent précieusement le livre jusqu'à la destruction de leur empire par les Arabes, en 652. Cent ans plus tard le khalife abasside Almansour en trouva un exemplaire qui avait échappé à la destruction de la bibliothèque persane, et le fit traduire en arabe.
A mesure que les siècles s'écoulaient le succès de ces fables ne fit que grandir. Au dixième siècle , le Pantchatantra fut traduit en vers persans, puis en turc vers la même époque par l'ordre de Soliman. Il fut également traduit en grec vers la fin du onzième siècle , en hébreu et en espagnol au treizième, en allemand au quatorzième. Au commencement du quatorzième siècle, Raymond de Béziers en fit une traduction en latin, d'après un texte espagnol traduit lui-même de l'arabe, pour la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel. II n'est guère d'ailleurs de langue dans laquelle cet immortel ouvrage n'ait été plus ou moins fidèlement transcrit. Il joua un grand rôle dans la littérature du moyen-âge. La plupart des fables et des proverbes européens — y compris les fables de La Fontaine — en dérivent.
A côté du Pantchatantra se place un recueil aussi célèbre bien que beaucoup plus moderne, Y Hitopadésa. Il n'est du reste qu'une nouvelle édition du Pantchatantra, abrégée sur certains points, complétée sur d'autres par l'addition de nouvelles fables provenant d'un recueil inconnu probablement fort ancien.
L'Hitopadésa a été également traduit dans la plupart des langues de l'Europe. Nous aurons occasion de donner dans un autre chapitre quelques extraits des maximes dont il est parsemé.
Il existe beaucoup d'autres recueils analogues, mais moins célèbres , qu'il serait sans intérêt de mentionner ici.
Quant aux contes et légendes, on peut dire que les livres de l'Inde en fourmillent. A vrai dire toute la littérature hindoue historique ou religieuse peut être considérée comme une collection de contes et de légendes.
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Beaucoup de contes hindous sont connus en Europe par le livre les Mille et une Nuits. Bien que la plus grande partie de ce recueil soit d'origine arabe, il renferme plusieurs contes hindous; mais ces derniers ont été tellement remaniés qu'il est souvent assez difficile de déterminer ceux qui prirent naissance dans l'Inde.
Les légendes hindoues proprement dites, dont les livres religieux
Fig. 193. — Bijanagar. Entrée du temple de Vitoba (xvie siècle).
ou historiques sont pleins, mériteraient une étude spéciale, non assurément en raison de leur intérêt, généralement très faible, mais pour les indications psychologiques qu'elles peuvent fournir sur la constitution mentale — si difficilement compréhensible pour l'Européen — du peuple hindou. Il faut absolument lire quelques douzaines de ces légendes pour arriver à se faire une idée de la logique spéciale de l'Hindou, de sa pensée aux contours mobiles, de sa façon de relier entre elles des choses dont l'analogie est purement apparente. J'avais traduit pour cet ouvrage quelques légendes du Népal fort caractéristiques à ce point
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