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THEATRE HINDOU

Les pièces du théâtre hindou sont généralement écrites partie en vers, partie en prose ; la langue elle-même varie suivant les personnes en scène. Les individus de castes supérieures s'expriment habituellement en sanscrit, ceux de castes inférieures en pracrit.

Bien que ces pièces soient parfois d'un langage assez licencieux, leur morale est en définitive plus élevée que celle qui paraît sur nos scènes modernes. L'adultère, si souvent le ressort principal de notre théâtre, est exceptionnel dans les pièces hindoues. Sans doute l'amour y joue toujours un grand rôle, mais c'est l'amour suivi de mariage. Convoiter l'épouse d'autrui était sévèrement interdit par les règles sociales. Les courtisanes y jouent, il est vrai, un rôle aussi important que dans nos pièces modernes; mais ces courtisanes tenaient alors dans la société hindoue, comme nous l'avons expliqué ailleurs, une situation élevée, analogue à celle qu'occupaient les hétaïres du monde grec, et jouissaient en raison de leur instruction et de leur éducation d'une tout autre considération que chez nous.

Les pièces hindoues appartiennent presque invariablement à la classe que nous appellerions aujourd'hui des féeries. Les événements sont toujours surnaturels, les dieux y apparaissent constamment, les

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déesses s'unissent aux simples mortels. Quand une situation est trop compliquée , on invoque les dieux, et les dieux la dénouent.

Au point de vue de la composition, les pièces hindoues sont singulièrement faibles; l'ensemble est toujours sacrifié aux détails ; les personnages en jeu sont généralement de grands discoureurs, et leurs discours sentent toujours l'artifice et l'affectation. Il est vraiment bien

Pig. 194. — Bijanagar. Temple précédent. Détails des piliers monolithes.

difficile de voir dans le théâtre hindou l'ombre d'une parenté avec le théâtre grec, dont quelques érudits ont voulu le faire venir.

La faiblesse de ces pièces ne tient pas d'ailleurs au défaut de règles précises; leur composition était soumise, au contraire, à des règles nombreuses et compliquées. Nous possédons plusieurs livres où elles sont longuement développées, et des érudits de profession ont consacré beaucoup de temps à les traduire.

Les acteurs étaient autrefois chez les Hindous plus estimés qu'aujourd'hui. Quant aux auteurs, ils de vaient jouir d'une grande considération, puisque les rois eux-mêmes ne dédaignaient pas d'écrire des pièces

de théâtre; une des meilleures que nous possédions, Le Chariot de terre cuite, a pour auteur Soudraka, roi de Maghada, et paraît avoir été écrite vers le début de notre ère.

Parmi les nombreuses pièces de théâtre hindoues qui sont connues en Europe, nous ne mentionnerons que celles de Kalidasa, auteur qu'on suppose avoir vécu vers le sixième siècle de notre ère, mais sans que cette date présente aucune certitude. De toutes les pièces qu'il a écrites {Le Nuage messager, L'Origine du jeune dieu, Ourvaci aimée par un héros, etc.), Sacountala est la plus célèbre; elle a été traduite en une dizaine de langues, et nous en possédons plusieurs traductions françaises. Elle a fait l'admiration de Goethe, de Lamartine et d'autres éminents écrivains, à l'époque, déjà éloignée, où la découverte de la littérature sanscrite semblait devoir ouvrir à l'homme des horizons entièrement nouveaux. Bien que ne justifiant qu'assez faiblement les éloges enthousiastes qui lui furent d'abord prodigués, cette pièce est certainement une de celles où les qualités des auteurs hindous l'emportent le plus sur leurs défauts. Elle est plus simple, moins extravagante et moins exagérée que beaucoup d'autres compositions analogues. Le sujet en est très humain et très touchant ; les personnages presque naturels. Les discours y sont courts et point trop surchargés de métaphores et de traits prétentieux. Quelques passages sont d'un sentiment émouvant et d'une grâce exquise.

Le sujet peut être raconté d'ailleurs en quelques lignes. Le roi Douchanta rencontre à la chasse, dans un ermitage sacré, la jeune Sacountala, fille d'un ermite et d'une déesse. Suivant une coutume fréquente chez les héros hindous, il en tombe instantanément amoureux, et, suivant une autre coutume non moins fréquente, il s'unit presque immédiatement à elle. Cette forme de mariage simplifiée était reconnue d'ailleurs par la loi, mais à condition qu'elle fût d'abord reconnue par les deux parties intéressées. Satisfait par la possession, et par conséquent un peu refroidi, le roi retourne à Hastinapoura, sa capitale, sans que Sacountala, à en juger par le silence de l'auteur de la pièce, paraisse s'en affecter beaucoup. Ce n'est que lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle va devenir mère qu'elle se décide à aller retrouver son époux de passage. Peu

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convaincue sans cloute qu'elle sera reconnue, elle emporte avec elle pour établir son identité un anneau que le roi lui a donné. Malheureureusement un ermite, que Sacountala a blessé en oubliant par distraction de répondre à une de ses questions, lui jette un sort; le roi perd la mémoire à son endroit et ne la reconnaît pas. Cet oubli est

i'ig. 195. — Bijanagar. Même temple. Détails d'autres piliers.

d'autant plus fâcheux pour la jeune fille qu'elle a précisément perdu son anneau dans une rivière. L'anneau, il est vrai, est bientôt retrouvé par un pêcheur dans le corps d'un poisson ; mais le roi ayant refusé de reconnaître Sacountala, elle est partie, et il est impossible de savoir ce qu'elle est devenue. Douchanta ne la retrouve avec son fils qu'au bout de quelques années. La rencontre est d'ailleurs tout à fait surnaturelle : le roi du ciel, Indra, impuissant à se débarrasser d'une armée de démons, charge cle leur destruction Douchanta, ce qui, en passant, nous

donne une juste idée du pouvoir respectif qu'on attribuait alors aux dieux et aux mortels. Douchanta ayant exterminé les ennemis d'Indra, le dieu reconnaissant lui fait retrouver sa femme et son fils ; et la pièce se termine par une apothéose un peu confuse.

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