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CLASSIFICATION DES MONUMENTS DE L'INDE

Les plus anciens monuments de l'Inde sont, à l'exception de quelques cavernes sans caractère architectural, antérieurs de trois siècles à peine à notre ère. Nous avons cependant des preuves certaines qu'avant cette époque les Hindous possédaient une architecture et qu'ils

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édifiaient des villes et des palais. Nous le savons, non seulement par les descriptions que contiennent les antiques épopées du Mahabliârata et du Ramayana, mais aussi par ce fait que les plus anciens monuments qui aient survécu, la balustrade chargée de bas-reliefs de Bharhut par exemple, ont atteint un degré de perfection qui implique nécessairement un long passé artistique. On suppose généralement que toutes ces constructions ont été perdues, parce qu'elles étaient en bois et en briques, les pierres ayant été employées seulement pour les fondations. J'ai observé en effet que, dans les régions les plus reculées de l'Inde, telles que le Népal, qui ont le mieux conservé les anciennes coutumes, l'habitude de construire en bois et briques subsiste encore. Mégasthène avait noté cette particularité trois siècles avant J.-C. et le seul grand temple ancien

qUl SOlt, aU mOinS en paitie, Fig. 200. — Madura. Vue d' ensemble d'une gopura de la pagode.

probablement contemporain

des premiers temps de notre ère, celui de Bouddha-Gaya, est en briques. Le travail du bois et de la brique étant bien plus facile que celui de la pierre, on conçoit aisément que les Hindous aient employé de préférence ces matériaux.

Ce n'est donc probablement que vers le temps d'Asoka, c'est-à-dire dans le troisième siècle avant J.-C, que l'Inde commença à se couvrir de Ces monuments en pierre dont quelques-uns nous sont restés. Leurs premiers constructeurs ont probablement copié les anciens édifices en bois. Cette opinion a été soutenue par plusieurs auteurs , et j'en trouve

la confirmation dans le fait que j'ai constaté au Népal, de l'exactitude avec laquelle les artistes reproduisaient dans les temples en pierre les colonnes sculptées des temples de bois.

Les plus vieux monuments bouddhiques — colonnes commémoratives, topes, balustrades couvertes de bas-reliefs — se montrent avec un degré de perfection qui se continue pendant plusieurs siècles dans les régions les plus diverses de la péninsule : Amravati, Ajunta, Sanclii, etc. Avant d'être fixé sur l'âge relatif de ces divers monuments, on croyait pouvoir mettre en évidence l'évolution progressive de Fart par les premières ébauches des temples souterrains ; mais d'admirables bas-reliefs sont précisément contemporains de ces premières ébauches. Ces temples souterrains n'ont été d'abord que des abris ou de petites chapelles creusés par des moines vivant dans la solitude. Juger des origines de l'architecture d'une époque par des travaux si élémentaires serait vouloir deviner celles d'une grande ville moderne par les cabanes que peuvent se construire .des bergers dans les montagnes. Aussitôt que les temples souterrains acquièrent quelque importance, ils deviennent immédiatement des œuvres architecturales de premier ordre.

En dehors des temples creusés dans le roc, il ne nous est resté de ces époques primitives qu'un petit nombre de bas-reliefs et de colonnades échappés comme par miracle à la destruction. Il est heureux pour nous que les bouddhistes aient eu l'idée de tailler leurs premiers temples dans le roc des montagnes et de les soustraire ainsi à la main du temps. Si les hommes ne les avaient pas trop souvent mutilés, ils seraient aussi intacts qu'à l'époque où ils furent construits. Leur nombre est immense si on le compare à celui des monuments élevés en plein air, tels que les colonnes monolithes sur lesquelles Asoka faisait graver ses édits et les balustrades sculptées entourant les tumulus, qui sont aujourd'hui en nombre fort restreint.

Quant aux grands temples construits en plein air et aux palais antérieurs à notre ère, il n'en est rien resté. Fa-Hian, qui visita l'Inde au quatrième siècle après J.-C, trouva déjà en ruines les palais d'Asoka. Ces ruines lui parurent cependant si belles qu'il affirmait que ce palais ne pouvait avoir été construit par de simples mortels.

Du cinquième au huitième siècle de notre ère, les temples bouddhiques souterrains disparaissent graduellement et sont remplacés par des temples en plein air consacrés aux divers cultes. La plupart ayant été édifiés par les sectateurs du jaïnisme, on a donné au style particulier qu'ils présentent le nom de style jaïna; mais cette expression est, suivant nous, fort impropre, car les temples brahmaniques et jaïniques, édifiés pendant la même période, eurent exactement le même style, ainsi qu'on peut s'en convaincre aisément en comparant entre eux les temples brahmaniques et jaïniques de Khajurao.

Nous verrons dans le cours de ce chapitre que l'architecture de l'Inde a varié considérablement d'une région à l'autre, et d'une époque à l'autre. Les variations observées dans l'architecture européenne pendant le cours des siècles n'ont pas été plus grandes.

Les édifices hindous doivent être jugés par leurs détails et non par leurs plans très simples. On pourrait dire, sans doute d'une façon générale, qu'à l'époque bouddhique les temples se composaient de salles plus ou moins vastes creusées dans les montagnes et de grands tumulus entourés de colonnades; que les temples de l'époque brahmanique se composent, dans le nord de l'Inde, d'une ou plusieurs salles rectangulaires ornées de porches, et surmontées d'une pyramide à faces curvilignes, et dans le sud de l'Inde de vastes enceintes rectangulaires dans lesquelles on pénètre par des portes pyramidales à faces rectilignes et à plusieurs étages ; mais ces généralités apprennent fort peu de choses. Ce n'est qu'en mettant les monuments eux-mêmes sous les yeux du lecteur, comme nous l'avons fait dans cet ouvrage, qu'il est possible de faire connaître les caractères de leurs styles.

Il est cependant un principe fondamental que nous devons mentionner ici, parce qu'il a été adopté dans la construction de tous les temples de l'Inde à peu près sans exception, au moins jusqu'à l'époque musulmane, et même souvent après, et que son application a sauvé les anciens temples de la destruction, je veux parler de la règle absolue des architectes hindous de ne jamais faire usage de voûtes proprement dites, c'est-à-dire de voûtes à joints convergents. Ces voûtes, qui permet-

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tent de couvrir de grands espaces avec peu de matériaux, et qui sont, pour cette raison, exclusivement employées en Occident, portent en elles

Fig. 202. — Madura. Grande pagode, détails des piliers d'une galerie. (La hauteur des piliers jusqu'au plafond est de près de 5m. Les monstres en pierre ont environ 2m de hauteur.)

leur germe de mort. « Elles ne dorment jamais, » disent avec raison les Hindous. Dans un pays sujet aux tremblements de terre et à toutes

sortes d'accidents atmosphériques, les monuments construits suivant nos règles européennes ne durent guère ; les édifices bâtis par les Anglais en sont la preuve. Si les monuments avaient été construits suivant nos règles d'architecture, il y a longtemps qu'ils seraient réduits en poussière. Qu'il s'agisse de soutenir le tablier d'un pont, de recouvrir un édifice, les Hindous font toujours usage de voûtes à assises horizontales, c'est-à-dire de pierres disposées par assises superposées de façon que chacune d'elles fasse saillie sur celle placée au-dessous. Si l'espace à couvrir est considérable, on ajoute aux piliers qui supportent les pierres de la circonférence une seconde rangée de piliers rapprochés du centre de cette circonférence. Même après que les Musulmans eurent généralisé l'emploi des voûtes et arcades à joints convergents, les Hindous refusèrent toujours d'en faire usage, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on les voit figurer dans leurs temples. Il n'est pas supposable d'ailleurs qu'ils aient ignoré ce mode de construction avant les invasions musulmanes ; en admettant qu'ils ne l'eussent pas connu, comme les Égyptiens, de toute antiquité, les Grecs, avec lesquels ils étaient autrefois en relation, le leur auraient certainement appris.

Les grandes lignes d'une classification générale des monuments de l'Inde peuvent certainement avoir pour base, de même que celles des civilisations, les croyances religieuses. L'architecture de la période bouddhique, de la période de renaissance du brahmanisme et de la période musulmane présentent en effet des différences profondes ; mais cet élément de classification est tout à fait insuffisant, La diversité des races entraîne dans les manifestations de l'architecture des différences bien supérieures à celles qui résultent de la diversité des croyances. C'est ainsi qu'on ne' pourrait découvrir aucune analogie entre l'architecture du nord et celle du sud de l'Inde, bien que ces deux parties de la péninsule aient professé la même religion pendant plus de mille ans.

La seule classification de détail qui nous semble rationnelle est celle qui prend pour base les contrées où les monuments ont été construits. C'est celle que nous avons adoptée, et le lecteur verra bien vite

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en parcourant les planches de cet ouvrage que c'est la seule qui permette de rapprocher des monuments semblables, et la seule également qui permette des descriptions générales. Nous n'avons placé dans des paragraphes différents les divers monuments d'une même région que lorsqu'il est arrivé, comme à Delhi par exemple, que les monuments appartenaient à des périodes fort différentes et ne présentaient pas d'analogies entre eux.

Un simple coup d'oeil jeté sur nos planches montre que la perfection des monuments de l'Inde n'est nullement en rapport avec la date de leur construction; les plus anciens sont souvent les plus remarquables.

L'architecture se montre à son apogée dans les temples du mont Abou, et de Khajurao, qui remontent au dixième siècle de notre ère. Parfois médiocres au point de vue de la statuaire, ils présentent dans leurs détails une perfection à la laquelle les siècles ne devaient plus rien ajouter.

Il ne faut donc pas chercher dans l'Inde cette évolution progressive qui semble la loi de l'Occident. L'architecture, de même d'ailleurs que la littérature, est vite arrivée à une certaine phase de développement : cette phase atteinte, l'Inde ne l'a jamais dépassée.

Le tableau qui va suivre indique les éléments de la classification nouvelle que nos recherches nous ont conduit à adopter ; nous consacrerons ensuite quelques paragraphes à l'histoire de l'architecture de

Fig. 203. — Madura. Grande pagode. Détail d'un pilier de la salle dite Puthu Muntapam.

chaque période et de chaque région. Ne pouvant, faute déplace, décrire en détail aucun monument, nous renverrons le lecteur que ce sujet intéresserait à la grande publication* dont ce chapitre n'est qu'un bien court extrait. Les planches que nous donnons dans cet ouvrage, et qui se suivent dans l'ordre de la classification que nous allons exposer, sont extraites du même travail. Elles suffisent à donner une idée de l'importance des monuments de l'Inde.

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