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CHAPITRE PREMIER

CONSTITUTION MENTALE DES HINDOUS

ans un des chapitres de cet ouvrage consacré à l'étude des caractères moraux et intellectuels communs aux principales races de l'Inde, nous avons tracé à larges traits les caractères engendrés au sein du peuple hindou par l'identité des milieux, des institutions et des croyances. Les chapitres consacrés à l'histoire de la civilisation ont montré comment ces institutions et ces croyances se sont lentement élaborées à travers les âges.

Nous devons essayer maintenant de pousser notre analyse plus loin. Pour bien comprendre la constitution mentale ainsi formée, nous devons suivre l'Hindou dans les diverses circonstances de sa vie, rechercher ce qu'il pense sur un sujet déterminé, quelle est sa conception de l'existence, ses règles de conduite, pénétrer en un mot dans sa psychologie intime.

Cette psychologie intime nous apparaîtra sans doute en étudiant les mœurs, les institutions et les coutumes ; mais les résultats de son expérience de la vie, l'Hindou les a déjà consignés depuis longtemps dans ses livres. Le caractère d'un peuple se montre sans doute dans toutes ses œuvres, mais c'est principalement dans ses œuvres littéraires qu'il faut le chercher.

Toutes cependant ne sauraient être utilisées également pour le but que nous nous proposons maintenant. Les œuvres religieuses et philosophiques proviennent généralement d'auteurs habitués à vivre dans un monde imaginaire assez loin du monde réel. Les grandes épopées sont des œuvres de fantaisie pure, produit de cerveaux excités, reflétant assurément les temps où elles sont nées, mais en les déformant considérablement. Elles nous montrent des personnages aussi exagérés dans leurs sentiments que dans leurs actions. On peut y puiser quelquefois, car en définitive le poète est toujours l'expression du monde qui l'entoure, mais il n'y faut puiser qu'avec une réserve extrême.

Il nous reste heureusement une source d'information bien plus précieuse, car elle représente en réalité l'œuvre collective des hommes parmi lesquels elle a paru. Je veux parler de la collection des apologues, proverbes et contes populaires. Ce n'est pas sans raison qu'on a pu dire que les proverbes sont les échos de l'expérience d'un peuple. Avec une brutale franchise et des formes concises, ils représentent le caractère, les mœurs et les idées de la race qui les a créés. Ils sont répétés par tous parce qu'ils correspondent à la pensée intime de chacun.

Le peuple hindou est passé maître dans cette forme de littérature. Récits, légendes, apologues, etc., sont constamment coupés de nombreux proverbes. On n'y trouve nullement l'indécision et le vague que nous avons reprochés aux productions de l'esprit hindou. Ils ne sauraient être vagues et indécis, puisqu'ils sont l'expression populaire d'idées générales, et que cette expression ne pouvait précisément devenir populaire qu'à la condition d'être à la fois claire et concise. Ces courtes sentences représentent des vérités mille fois vérifiées, et qui, en passant de bouche en bouche, se sont de plus en plus condensées.

CONSTITUTION MENTALE DES HINDOUS

C'est donc en prenant ces maximes pour guide que nous étudierons l'esprit hindou. Les observations effectuées directement sur lui ne sauraient jamais égaler cette source d'informations. Si indépendant qu'il puisse être, l'observateur juge toujours avec les idées que le milieu, l'hérédité et son éducation ont fixées en lui.

Le travail auquel nous nous sommes livré a consisté à extraire des

Fig. 244. — Agra. Mausolée d'Etmadaoula. Vue d'ensemble.

Ce monument, terminé en 1622, est construit en marbre t>lanc incrusté de pierres précieuses. Ses minarets ont 15 m. à peine de hauteur. On ne peut donc le comparer au Tnje par ses dimensions, mais par l'originalité de ses formes et le goût de sa décoration il l'emporte suivant nous sur ce dernier.

ouvrages hindous, notamment du Pantchatantra et de l'Hitopadésa, puis à classer dans des paragraphes spéciaux, les réflexions qui reviennent le plus fréquemment sur les sujets les plus habituels de la vie, la conduite i\ tenir dans les diverses circonstances, les idées ayant cours sur la morale, la politique, etc. Nous n'avons fait intervenir des extraits d'épopées comme le Mahabharata, de livres religieux ou sociaux tels que les Védas, le Manava-Dharma-Sastra, etc., que lorsqu'ils se rapprochaient des

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opinions populaires du Pantchatantra et de l'Hitopadésa, et montraient par conséquent combien étaient anciennes et générales les opinions professées sur certains sujets. C'est ainsi, par exemple, que les maximes un peu humoristiques en apparence du Pantchatantra sur les femmes sont confirmées par les réflexions du grave législateur Manou et nous montrent que les préceptes du premier recueil devaient être bien populaires, puisqu'ils figuraient déjà à l'état de dogmes incontestés dans un code religieux qui est la loi suprême de l'Inde depuis tant de siècles. Lorsque d'ailleurs une vérité est arrivée à cet état de condensation où elle se présente sous forme de maxime ou de proverbe, nous pouvons être certains qu'il a fallu de longues générations d'hommes pour l'élaborer.

Nous nous sommes borné à faire précéder de quelques observations les extraits dans lesquels nous avons cru le mieux saisir la pensée hindoue. Nous avons groupé ces derniers dans les paragraphes suivants :

La destinée. Le caractère. La vie. La vieillesse et la mort. Mobiles des actions humaines. Les femmes. Le savoir et l'ignorance. La pauvreté et la richesse. De la conduite à tenir dans les différentes circonstances de la vie. Règles générales de morale. La politique.

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