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LES ARTS HINDOUS

Dans notre précédent ouvrage sur la Civilisation des Arabes, nous avons consacré plusieurs pages à faire ressortir l'importance qu'on doit attacher aux oeuvres d'art pour reconstituer la civilisation d'une époque. Nous avons montré que l'artiste et l'écrivain ne font que traduire sous une forme visible les sentiments, les besoins, les croyances de l'époque où ils vivent, et les expriment à ce point que les meilleures pages d'histoire sont, en réalité, les œuvres littéraires et artistiques que chaque âge a laissées. Nous avons fait voir que la liberté de l'artiste et de l'écrivain n'est qu'apparente, qu'ils sont enfermés, en réalité, dans un réseau d'influences, d'idées et de croyances dont l'ensemble constitue ce que l'on pourrait nommer l'âme d'une époque, âme dont la voix est trop puissante pour que les plus indépendants puissent se soustraire à son inconsciente mais inévitable influence. Chaque âge a sa littérature et

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ses arts, parce que chaque âge a ses besoins et ses croyances, que la littérature et les arts traduisent dans leur langage. Nous avons montré également que c'est parce que les arts d'une race correspondent, comme ses institutions, à une constitution mentale déterminée, qu'il est impossible à un peuple d'adopter les arts d'un autre sans les transformer. La transformation subie par l'architecture arabe, non seulement dans l'Inde, mais encore dans les divers pays conquis par les Musulmans, est le meilleur exemple que l'on puisse citer de ces adaptations.

Recherchant ensuite ce qui constitue le tempérament artistique d'une race, nous avons vu qu'il consiste dans la rapidité avec laquelle cette race imprime un cachet personnel aux arts antérieurs , qu'elle commence toujours à adopter aussitôt qu'elle débute ellemême dans la civilisation. Certains peuples empruntent de divers côtés ce qui s'adapte à leurs besoins, mais n'y ajoutent rien ; d'autres combinent les éléments d'origine étrangère à ce qui provient de leur fonds propre, et impriment à cet ensemble un cachet personnel tellement prononcé qu'il faut une science avancée pour découvrir ces éléments étrangers. Ainsi ont procédé les Grecs lorsqu'ils ont emprunté aux Assyriens et aux Egyptiens leurs arts ; ainsi ont également procédé les Arabes lorsqu'ils se sont assimilé la civilisation gréco-latine. Ainsi n'ont pu agir les Turcs et d'autres races privées de génie artistique. Que l'on compare les plus anciennes mosquées du Caire, telle que celle d'Amrou avec l'une des dernières construites, celle de Kaït Bey, par exemple, et l'on verra immédiate-

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ment comment un peuple doué de sentiment artistique arrive à transformer entièrement les arts qu'il emprunte à un autre. Que, d'autre part, l'on compare entre elles les mosquées construites par les Turcs à Constantinople, toutes copiées servilement sur le monument byzantin de Sainte-Sophie, puis surchargées de quelques éléments étrangers, et l'on comprendra que de telles transformations sont au contraire impossibles à certains peuples.

Nous avons vu que l'Inde avait été envahie par les conquérants les plus divers ; nous devons donc nous attendre à trouver des influences étrangères nombreuses dans ses arts ; mais le génie du peuple hindou est tellement spécial, que, quelle que soit la chose empruntée par lui à un autre peuple , elle devient rapidement entre ses mains absolument hindoue. Même dans l'architecture, où il est pourtant difficile de dissimuler les emprunts, son génie particulier apparaît visiblement. Une colonne grecque copiée par un architecte hindou n'est bientôt plus une colonne grecque, mais une colonne hindoue. Mettez dans les mains d'un artiste hindou un objet européen quelconque, il en adoptera peutêtre la forme générale, mais en exagérant certaines parties et en multipliant les motifs d'ornementation, au point de le dépouiller entièrement de son caractère occidental.

Les emprunts faits par les Hindous ont été, comme nous l'avons vu, très restreints, ou au moins très localisés, dans l'architecture ; ils ont été beaucoup plus importants, au contraire, dans les autres arts ; mais sous les transformations qu'ils ont subies, ils sont bientôt devenus presque méconnaissables.

Le principe général de l'ornementation hindoue est caractérisé par une exagération débordante , une multiplication de détails qui sont précisément le trait dominant de ce peuple dans ses œuvres littéraires, religieuses et philosophiques. C'est surtout en étudiant les arts hindous qu'on comprend à quel point les œuvres plastiques d'une race sont en rapport avec sa constitution mentale et forment le plus clair des langages pour qui sait les interpréter. A vrai dire, si les Hindous avaient , comme les Assyriens, entièrement disparu de l'histoire, les bas-reliefs de leurs temples, leurs œuvres d'art, leurs statues nous en diraient à

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peu près autant de leur passé que nous en savons aujourd'hui. Nous

Fig. 238. — Hyderabad. Le Char uiinar et la Grande rue.

Hyderabad a trois siècles à peine d'existence. Elle est cependant la ville de l'Inde qui possède au plus haut degré le cachet d'une ancienne cité musulmane du moyen fige. Son monument le plus remarquable est celui que représente cette planche. Construit au commencement du dix-septième siècle, il est situé dans ou plutôt au-dessus de la plus grande rue de la ville. Ses vastes arcades forment une sorte d'arc de triomphe construit de façon à permettre de jouir de la perspective de toute la rue. La grande arcade a 15 mètres de hauteur les minarets 56 mètres.

avons montré comment la simple étude des statues et des temples nous fournit une histoire du bouddhisme bien autrement exacte que celle que nous présentent les livres.

Pendant des milliers d'années, l'Inde a été le plus riche pays du monde, et les arts, quelles que fussent les révolutions qui l'agitèrent, y furent constamment prospères. Depuis les temps les plus reculés de l'histoire, tous les peuples ont recherché ses objets d'art, ses bijoux, ses étoffes ; et l'on peut dire que, pendant des milliers d'années, l'Inde a drainé l'argent de l'univers. Les révolutions, les changements de dynasties déplaçaient de temps en temps les fortunes, mais elles restaient toujours dans la péninsule, et ceux dans les mains desquels elles tombaient continuaient à en user comme leurs prédécesseurs, pour élever des temples, des palais, s'entourer d'objets précieux et encourager de tout leur pouvoir les arts qui constituaient une des plus riches ressources du pays. Dans notre chapitre consacré à l'histoire des premières invasions musulmanes, nous avons vu quelle était l'étonnante richesse de l'Inde, et à quel point la vue de cette richesse frappa les vainqueurs.

La plus opulente contrée de l'univers en est devenue aujourd'hui la plus pauvre. Soumise depuis un siècle à un drainage en sens inverse, elle est épuisée entièrement. Ce n'est plus elle qui répand ses produits dans le inonde entier ; ce sont les manufactures de Birmingham, Manchester, etc., qui lui envoient leurs marchandises de pacotille. Impuissant à lutter contre la force industrielle des machines européennes, l'Hindou renonce de plus en plus aujourd'hui à ses arts séculaires, et s'engage comme domestique ou comme agriculteur.

Nous avons montré que l'architecture disparaît depuis que la conquête anglaise s'est affermie. Malgré les encouragements de quelques esprits éclairés, il en sera bientôt ainsi de la plupart des arts. Les grands seigneurs indigènes deviennent chaque jour trop pauvres pour les encourager, et d'ailleurs ils croient faire la cour aux maîtres actuels de l'Inde en s'entourant de produits britanniques. Ce n'est pas sans stupéfaction que le visiteur européen, reçu dans de riches palais hindous, tels, par exemple, que celui du Maharana d'Odeypour, y contemple, à côté de merveilles artistiques indigènes, d'affreux bibelots sortis des bazars anglais à vil prix.

Quittant maintenant ces généralités nécessaires à l'intelligence des

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arts hindous , nous allons examiner sommairement les plus importants d'entre eux.

Peinture et sculpture. — Aucun peuple n'a employé davantage la sculpture comme motif d'ornementation que les Hindous. C'est par milliers que les statues, les bas-reliefs couvrent leurs temples, remplis-

Fig. 239. — Agra. Façade du Palais Rouge dans le fort.

Avec cette planche coinniancent les monuments de la période mogole, c'ost-à-dirc les monuments de l'Inde musulmane depuis le seizième siècle. Le Palais llouge dont la construction est attribuée par quelques auteurs à l'empereur Jehanguir aurait été l>âti suivant Cunningliam plus d'un siècle plus tôt. Il paraît être le plus ancien des monuments mogols d'Agra. Il a été évidemment construit d'après des types hin.lous bien antérieurs. Il ne diffère guère de ces derniers que par l'addition d'arcades persanes.

sent leurs sanctuaires ; et cependant, quand on parcourt les livres relatifs aux arts hindous, on est bientôt frappé de l'absence presque complète de documents relatifs à la statuaire. Fergusson a depuis longtemps signalé cette lacune ; mais il ne paraît guère qu'on se soit soucié de la combler. Ce n'est pas avec les esquisses ou les mauvaises lithographies qui figurent dans certains ouvrages sur la mythologie hindoue qu'il est possible de se faire une idée quelconque de la statuaire. Il semble

vraiment que les auteurs de ces travaux aient pris à tâche de choisir les plus détestables spécimens. C'est grâce à ces malheureuses reproductions que s'est formé le préjugé, général aujourd'hui en Europe, que la statuaire hindoue est un art tout à fait inférieur. J'ai l'espoir que les nombreuses reproductions de statues contenues dans ce livre , et qui n'avaient figuré dans aucun autre ouvrage, prouveront que cette opinion est tout à fait erronée. J'ai trouvé à Bhuwaneswar, Sanchi , Ellora, Ajunta, Badami, Khajurao, Kombakonum, etc., à côté d'œuvres évidemment inférieures, des œuvres au contraire fort remarquables et que ne désavoueraient certainement pas des artistes européens. Les bas-reliefs d'Udaygiri, Bharhut, Sanchi, Mahavellipore, représentés dans cet ouvrage, seraient considérés dans tous les pays comme des œuvres tout à fait supérieures.

Au point de vue anatomique ces statues laissent souvent à désirer ; et l'on y trouve des preuves de ces tendances à l'exagération si chères à l'Hindou. Les seins et les hanches des femmes ont un développement qu'on n'observe pas dans la nature ; les dieux à quatre bras choquent également nos idées européennes ; mais la plupart de ces figures ont au moins le mérite d'une vie étonnante. Elles sont loin de présenter cet aspect morne et rigide de nos statues du moyen-âge ou de la plupart des œuvres égyptiennes. Ce monde de dieux, de déesses, de héros, qui remplit les temples présente les formes les plus vivantes et les plus variées ; on croirait à chaque instant qu'ils vont descendre de leur piédestal pour s'avancer vers le visiteur. Le ciseau grec est sans doute infiniment plus correct, mais souvent aussi plus froid.

Il serait assez inutile de discuter longuement sur des statues. Une représentation exacte remplace fort avantageusement, à mon sens, les dissertations si chères aux critiques d'art. Nos photogravures, permettront au lecteur de se former par lui-même une opinion exacte. *

En examinant les reproductions de statues contenues dans cet ouvrage, et voyant la date placée sous chacune d'elles, on remarquera sans doute que le plus ou moins de valeur des sculptures ne suit aucun

* (Voir p. 79, 81, 83, 183, 192, 198, 219, 230, 249, 251, 255, 259, 271, 311, 313, 315, 405, 407, 409, •119, 429, 435, 443, 457, etc.)

Fig. 240. — Agra. Détails d'un pilier en pierre sculptée du palais précédent. {Echelle : 43mm pour 1"' )

ordre chronologique. Les plus anciennes, celles de Bharliut et Sanehi, par exemple, qui ont près de deux mille ans d'existence, se trouvent parmi les plus remarquables ; celles du dixième siècle, au Mont Abou, sont très inférieures, tandis que celles de Khajurao, de la même époque, sont au contraire souvent fort remarquables. Il en est de presque modernes, dans certains temples du sud de l'Inde, également très belles à côté d'autres au contraire fort laides. Pas plus dans les arts que dans la lit térature, on ne trouve dans l'Inde aucune trace visible d'évolution.

Peinture. — Alors que les anciennes sculptures de l'Inde sont innombrables, les anciennes peintures sont extrêmement rares et ne consistent guère que dans les fresques des temples souterrains d'Ajunta du cinquième siècle de notre ère*. La perspective en est absente, mais les figures, comme on peut en juger par nos reproductions, sont parfaitement dessinées et très vivantes par l'expression. Elles sont bien supérieures aux froides peintures byzantines, et il est certain qu'à l'époque où elles furent exécutées on n'aurait pas trouvé en Europe un artiste capable de faire mieux.

Malheureusement les peintures postérieures se sont perdues. L'étude des miniatures des plus vieux manuscrits , dont aucun d'ailleurs n'est antérieur aux invasions musulmanes, ne permet pas de supposer que les Hindous soient devenus plus tard supérieurs à leurs prédécesseurs. Pendant la période mogole ils se mirent à l'école des peintres persans, et, comme on peut en juger par les miniatures reproduites dans cet ouvrage, le fini du travail ne rachète nullement le défaut de composition et l'absence de perspective. On se trouve évidemment en présence d'un art primitif resté primitif. Dans sa peinture, comme dans sa littérature, l'Inde en est demeurée à une phase d'évolution correspondant à peu près au moyen âge.

Arts industriels. [Travail du hois, des métaux^ des pierres précieuses, etc.) — On réserve généralement, comme on le sait , le terme de

(*) Ces fresques remarquables, qui avaient bravé l'action du temps, n'ont pas échappé à la main des restaurateurs de profession. Grâce à l'idée peu ingénieuse que ceux-ci ont eue de les recouvrir de vernis, elles ont été plus abîmées en dix ans qu'elles ne l'avaient été en dix siècles. Quand je les ai visitées, le vernis s'écaillait de toutes parts entraînant la peinture dont les fragments s'entassaient sur le sol.

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Beaux- Arts à la peinture, la sculpture et l'architecture, et celui d'Arts industriels à certaines œuvres d'utilité générale, telles que l'orfèvrerie, l'ébénisterie, la damasquinerie, etc., obtenues par des procédés plus ou moins mécaniques. Cette classification, applicable aux produits de l'Occident dans lesquels le travail mécanique intervient de plus en plus, ne l'est pas aux œuvres de l'Orient qui sont le résultat direct de l'habileté

Fig. 241. — Agra. Vue extérieure du fort mogol (commencé en 1571 par l'empereur Akbar).

de l'ouvrier. L'art est indépendant évidemment de ses applications, et je sais tel vase incrusté, tel manche de poignard, où il s'est dépensé plus d'art et d'imagination que dans la construction d'une maison à cinq étages ou d'une gare de chemin de fer. Ce n'est donc que pour nous conformer à des distinctions d'un usage général, que nous classons sous la rubrique d'Arts industriels des productions qui appartiennent assurément aux arts proprement dits.

Grâce à la magnifique collection que possède le musée indien de Londres, l'étude des arts industriels hindous est facile, et cette étude

est aujourd'hui assez complète pour qu'il soit inutile d'entrer dans de longs détails sur un sujet épuisé par le bel ouvrage de Birdwood et les savantes monographies de Ujfalvy, Kipling et bien d'autres. Renvoyant à ces ouvrages pour les descriptions purement techniques, nous nous bornerons ici à des indications générales, complétées par des reproductions empruntées, soit au musée indien, soit à des objets rapportés de notre voyage dans l'Inde*.

Parmi les arts les plus généralement pratiqués dans l'Inde, et cela depuis l'époque la plus reculée, il faut placer au premier rang le travail des métaux. Bien que les anciens objets soient devenus de plus en plus rares, en raison sans doute des nombreuses guerres et invasions dont l'Inde a été si souvent le théâtre, on en possède quelques-uns en métal un peu antérieurs à notre ère ; tel est, par exemple, un reliquaire bouddhique représenté dans cet ouvrage, et trouvé dans un tope bouddhique de la vallée de Kaboul , avec des monnaies prouvant qu'il remonte à 50 ans environ avant Jésus-Christ. Il appartient, comme les autres objets de cette région, à cet art dit gréco-hindou dont nous avons expliqué les origines.

Les régions voisines de Kaboul, c'est-à-dire le Cachemire et le Pundjab, ont toujours gardé la suprématie pour le travail des objets ! d'or et d'argent : on peut en juger par les échantillons représentés dans cet ouvrage. Mais dans l'Inde entière For, l'argent, le cuivre, le bronze, sont admirablement travaillés; quelques contrées, comme Tanjore, dans le sud de la péninsule, sont célèbres pour le travail du bronze incrusté de cuivre rouge et d'argent, travail dont une des planches coloriées de cet ouvrage donne un spécimen.

L'Inde ne faisant point emploi pour les usages domestiques de porcelaine ou de faïence, mais seulement de bronze et de cuivre, l'art de travailler ces métaux devait prendre un développement considérable. Quelques-uns de ces vases globulaires, rétrécis à leur partie supérieure, nommés lotas, et qui servent à porter et conserver de l'eau, sont parfois d'un travail exquis. Les plus anciens sont bien supérieurs à ceux

* Pour ne pas interrompre la série des monuments les gravures d'objets d'art ont été placées à leur suite.

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qu'on fait aujourd'hui, et sont devenus fort rares. Le musée indien de Londres en possède du deuxième siècle de notre ère, provenant du Koulou, et sur lesquels sont représentées des scènes de la vie de Bouddha.

Ce n'est pas seulement l'or, le cuivre, le bronze, qui ont été admirablement travaillés par les Hindous, le fer l'était également; nous pouvons en juger par la fameuse colonne de fer du roi Dhava, qu'on peut voir

Fig. 242. — Agra. Pavillon de marbre du palais rnogol dans l'intérieur du fort (seizième siècle).

à Delhi dans la vieille mosquée du Koutab. Elle fut édifiée au quatrième siècle de notre ère. Ce n'est qu'à une époque toute récente que les Européens sont devenus capables, grâce à des moyens fort compliqués, de forger de pareilles masses de métal.

L'art d'incruster les métaux les uns dans les autres, c'est-à-dire le damasquinage, l'art de les couvrir partiellement ou de les incruster d'émaux opaques ou transparents * se pratiquent également dans l'Inde

* Les objets en métal, incrustés et émaillés, et les coffrets en bois sculpté, notamment un magnifique coffret du Mysore dont les figures étaient évidemment inspirées par les statues du temple d'Hullabid, formaient certainement les plus remarquables objets de l'exposition Indienne ouverte au South-Kensington en 1886.

depuis une époque reculée avec une perfection que les Européens n'ont jamais réussi à atteindre. Quant aux bijoux, ils ne sont pas fabriqués dans le goût européen, mais ils égalent assurément par la finesse du travail les plus remarquables spécimens confectionnés en Europe.

Les Hindous travaillent aussi le verre et taillent les pierres précieuses. Ils ont été dépassés par les Européens dans ces arts, mais ils ne l'ont pas été dans le travail de l'ivoire et du bois incrusté.

Les armes en acier peuvent être rangées parmi les plus remarquables productions de l'art hindou, non seulement pour la richesse du travail, la beauté des incrustations, mais encore par la qualité de l'acier, réputé de toute antiquité. Les lames de Damas, jadis si célèbres, étaient, suivant Birdwood, fabriquées avec de l'acier hindou. Cet acier du reste, est vanté par les anciens auteurs grecs ; le meilleur était obtenu avec du fer magnétique.

Tous les arts connus des peuples qui ont envahi l'Inde, qu'ils soient venus de la Perse ou de l'Europe, ont été immédiatement, comme je le disais plus haut, adoptés et transformés par les Hindous. L'art d'incruster le marbre blanc de pierres précieuses (topaze, turquoise, jade, corail, améthyste, saphir, agate, etc.), d'origine italienne, se pratique encore à Agra, où il reçut un grand développement sous les princes mogols, qui appliquèrent ce mode d'ornementation au revêtement de leurs palais. On peut juger de l'effet ainsi obtenu par la planche coloriée de cet ouvrage qui représente l'intérieur du palais des Mogols à Delhi.

Les soieries, tapis, châles, etc., sont encore fabriqués dans l'Inde avec une perfection bien difficilement atteinte en Occident; mais les mauvaises contrefaçons européennes à bas prix de ces produits remarquables amèneront bientôt leur disparition.

Bien que l'art de la poterie soit pratiqué dans le moindre village de l'Inde, ce n'est pas cependant un de ceux dont on puisse dire que les Hindous y aient égalé les Européens ; beaucoup de leurs poteries de couleur sont cependant fort gracieuses.

L'usage de recouvrir les monuments de briques émaillées, très répandu dans le nord-ouest de l'Inde depuis les invasions musulmanes,

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est d'origine persane, comme le prouvent les débris que l'on retrouve encore dans les plus anciens palais de la Perse. Il est généralement remplacé aujourd'hui par l'application de simples peintures sur plâtre, comme on peut l'observer aux tombes royales modernes de Golconde, par

Fig. 243. — Agra. Intérieur de la mosquée Perle, dans le fort, construite en 1G48. (La hauteur du pilier jusqu'à la partie inférieure des c/iapiteavx est de 3'" 60 environ.)

Tout l'intérieur de la mosquée est en martre lilnnc. Une inscription porte que « depuis la création du monde on n'avait pas vu

de monument semblable. »

exemple. Ce dernier mode de décoration n'a aucune solidité, alors que la brique ém aillée est indestructible. Les monuments couverts de briques émaillées, qu'on rencontre dans tout l'Orient, tels que la mosquée d'Omar à Jérusalem, certains monuments de Lahore, le palais de Gwalior, etc., doivent être rangés parmi les plus admirables choses qui puissent frapper le regard. Lorsqu'on aperçoit de loin leur façade poly-

chrome, dont les couleurs transparentes semblent empruntées à l'arcen-ciel, on se croirait volontiers en présence d'un palais fantastique construit par des génies. Rien rie prouve mieux l'influence désastreuse de notre éducation classique que ce fait, qu'on ne citerait pas un seul architecte européen qui ait essayé d'adapter à un palais de l'Occident cet admirable procédé d'ornementation.

Ici se termine la partie de cet ouvrage consacrée à l'architecture et aux arts hindous. Nés chez un peuple d'artistes et de poètes, puissant par l'imagination et le sentiment, faible par la raison, ils font renaître un instant, comme dans une vision magique , un monde d'épopées grandioses, de luxe éblouissant, de chimères fantastiques.

Ces oeuvres merveilleuses d'un passé qui s'évanouit de plus en plus dans la brume des âges, l'humanité ne les recommencera plus, et nous devons tâcher d'en conserver au moins quelques débris. La lutte pour l'existence chaque jour plus dure de l'âge exclusivement utilitaire où l'homme s'agite maintenant, ne lui laisse guère les loisirs de jeter quelquefois les yeux sur l'histoire de ses ancêtres. Il faut apprendre à ne pas trop la dédaigner pourtant. Ces sanctuaires aujourd'hui silencieux, ces vieilles statues, ces bas-reliefs en ruines, que la pioche de l'ingénieur brise avec dédain pour combler les fossés sur lesquels il posera les rails d'un chemin de fer, sont les archives d'un passé qui nous a faits ce que nous sommes et ce que nous serons un jour.

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