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Les civilisations inconnues [microforme]

Joseph Smith, Mœurs et coutumes des saints des derniers jours. — “Guerre des apôtres mormons à Paris.

11 n’y a plus guère qu'un seul pays au monde où

les lois permettent à l’Étre suprême de se manifester

aux hommes par la voix des prophètes : ce sont les États-Unis. Essayez donc d'être prophète en France! je ne connais pas de plus sûr moyen d'aller en police correctionnelle et de s’y faire condamner comme escroc. Vous auriez beau, comme Joseph Smith, le prophète américain, fondateur du mormonisme, jurer que vous ave 7 eu de fréquents entretiens dans

Miles bois ou ailleurs avec une foule d’'ambassadeurs

célestes d’une blancheur éclatante, — que Dieu en

personne vous est apparu au milieu d’une vive clarté

que vous choisissant pour compléter l'œuvre des

prophètes anciens, il vous a révélé l'endroit s°:.* où

était déposé le nouvel Évangile; — que ce livre

divin est formé de lames d’or avec fermoir en dia-

mants; — que de toutes les religions en usage la meilleure ne vaut pas grand'chose, d’après le témoignage de l'Être suprême lui-même, et que la seule excellente est le mormonisme ; — que sais-je encore? une foule d’autres cho: ; non moins merveilleuses ; la police s’emparera de votre personne, vous serez condamné comme escroc, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, et au besoin les lames d’or de votre livre sacré seront fondues pour payer procès. à

En Amérique, au contraire, les prophètes, quand il s’en présente, — et il s’en est présenté quelquesuns, — jouissent de la liberté qui protége tout le monde. Ils peuvent écrire et parler tout à leur aise. On les croit ou on ne les croit pas; ils réussissent où ils ne réussissent pas; cela dépend des circonstances dans lesquelles ils se produisent, des gens qui les recommandent, de leur mérite personnel, de l'état des esprits auxquels ils s'adressent, et de ce je ne sais quoi de mystérieux, qui assure le triomphe ou

détermine l’insuccès. Dans tous les cas, les autorités | ne songent point à leur ravir leur liberté, à moins B

toutefois que par leurs prédictions ils ne se mettent en désaccord avec les lois du pays. Alors on empoigne mon prophète comme un simple mortel, et, suivant le cas, on l’emprisonne ou on se borne à l’envoyer prêcher dans le désert.

Mais si les lois, en Amérique, consacrent tous les genres de liberté, elles sont quelquefoi< imrpuissantes

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L'UTAH. 8 tains religieux. C'est précisément ce qui est arrivé pour cet infortuné Joseph Smith, le fondateur du mormonisme, mort assassiné par de faronrhes dissidents, et dont nous allons raconter bri‘vement l'histoire.

Quelques lignes de biographie sur le prophète yankec sont d'autant plus nécessaires que ce chargé d’affaires de la puissance céleste pourrait bien, d'ici à peu de temps, être supplanté dans l'admiration des fidèles par un autre prophète non moins yankee dont on parle beaucoup en Amérique en ce moment, et qui, par le nombre de ses miracles,semble devoir dépasser Joseph Smith, son prédécesseur en thaumaturgie. Le progrès, de l’autre côté de l'Océan, se manifeste partout, et l’'émulation stimule jusqu'aux prophètes eux-mêmes. Il y a des-gens, blasésenmatière de spiritualisme, pour lesquels les miracles de Joseph Smith ont vieilli, et qui en veulent de nouveaux, n’en fût-il plus au monde. Je suis beaucoup moins difficile que ces amateurs, et je trouve les miracles de l'inventeur du livre des Mormons très-convenables et très-suffisants pour asseoir une honnête religion comme celle que sat À ds les saints des derniers jours. .

Au surplus, vous allez en juger.

Joseph Smith naquit à Shœron, comté de Kindsor- Vermont (États-Unis), le 23 décembre 1805. Encore tout enfant, il partit de cette petite ville pour suivre son père à New-York.

Le futur prophète avait quatorze ans lorsqu'on le

voit à Manchester remplir les modestes fonctions de garçon de ferme. À quinze ans, les sermons de je ne sais quel pasteur ayant échauffé sa jeune imagina- - tion, il néglige les travaux de la ferme pour réfléchir au meilleur moyen de mériter le paradis. Considérant que l'adoption d’une religion est chose grave au milieu du nombre étonnant de religions et de sectes

qui florissent aux États-Unis, et viennent comme 1

d’elles-mêmes s'offrir à la consommation, il forma le projet de les étudier toutes. IL fut entrainé à cette résolution par la peur de l'enfer, ayant entendu dire par chaque ministre de chaque secte différente qu'une seule doctrine était agréable à Dieu, la leur, et que Dieu punirait des flammes éternelles les infidèles, c’est-à-dire tous ceux qui le prieraient autrement qu'ils le priaient eux-mêmes.

Chacun des ministres de chaque secte étant de à

bonne foi en parlant ainsi, rien n’égala l'embarras et la frayeur du pauvre garçon de ne pas tomber sur

la seule doctrine agréable à Dieu, et par suite d'aller À brûler éternellement dans les flammes de l'enfer. Il À

se mit donc à étudier l’une après l’autre chaque re-

ligion, et négligea de plus en plus les travaux de la À

ferme. Peu de gens ont eu cette patience, assurément fort louable, et le plus grand nombre des humains aimerait mieux, peut-être, se tromper dans

le choix en prenant au hasard que de choisir juste à |

ce prix.

Quoi qu'il en soit, le résultat des recherches de | Joseph Smith sur la meilleure religion à adopter fut

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qu'il résolut d'en inventer une nouvelle avec l’assistance du ciel. Voilà, direz-vous, un garçon de ferme bien difficile ! En effet ; mais, par bonheur, ils ne sont pas tous comme cela. Le plusétonnant c’estque, immédiatement après avoirpris l'audacieuse résolution de faire une nouvelle reliÿion, deux êtres enveloppés d’une brillante auréole’se présentèrent à lui le sourire sur les lèvres. C'étaient des anges. Excusez du peu! fls lui parlèrent avec une douceur ineffable, lui confirmant ce qu’il pensait sur les religions pratiquées jusqu'ici, et l’encouragèrent à en fonder une qui n'eût jamais servi, et dont les Américains avaient le plus grand besoin. Les célestes persônnages promirent au garçon de ferme de l’accomplissement de son œuvre auprès de Dieu, dont ils se faisaient pour lui la haute protection. Mais ils ne mulèrent pas que, pour mériter cette haute protection, il fallait le prier beaucoup. ‘’“‘täit la moindre des choses, et le futur prophète, pour s’adonner exclusivement à la prière, prit congé de son patron

de ferme, qui allait le congédier.

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Il pria tant et si bien que, le 21 septembre 1832, il eut le bonheur, trop rare, hélas! de voir la modeste chambre qu'il occupait dans une pension bourgeoise s'éclairer d’une lumière surpassant en éclat la lumière électrique. Au milieu de cette lumière, il vit une personne plus lumineuse encore, dont l'expression, pleine de bonté et d'innocence, bannissaïit toute crainte. C'était un ange envoyé de Dieu, celui-

là, pour annoncer à son protégé la nouvelle la plus importante assurément qui ait marqué l’histoire de ce siècle. L’ambassadeur céleste, qui s’exprimait en anglais, apprit à Joseph Smith que l'alliance conclue avec l’ancien peuple d'Israël et sa postérité était près de s’accomplir, et que la seconde œuvre de préparation pour le second avénement du Messie allait commencer. Il ajouta que la plénitude de l'Évangile allait être connue de toutes les nations et que cet appendice se trouvait enfoui dans la terre.

L'ange lui montra la place où ce saïnt post-scrip- | tum était déposé. |

Smith voulut s’en emp‘'rer, mais l’ange s’y opposa.

— Plus tard, dit-il.

Smith se remit à prier vec plus d’ardeur que À jamais: à.

Il faudrait un volume pour relater les nombreux entretiens que le prophète eut avec les anges, qui venaient, comme de bons voisins, passer régulièrement les soirées avec lui. On ne dit pas si, de temps en temps, ils firent, pour se récréer avec le prophète, un cent de piquet, mais rien ne paraît plus probable.

Avec de semblables relations, ce serait bien le diable si on ne réussissait pas.

Smith réussit, et, le 22 septembre 1827, l'ange lui remit en mains propres, aux sons d’une musique céleste, le précieux grimoire.

Ce grimoire était gravé sur des plaques d’un métal ayant toutes les apparences de l'or. Elles avaient à | peu près huit pouces de longueur sur sept de largeur. |

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Le texte était de l’égyptien réformé. Elles étaient re-

liées, comme en un volume, par trois anneaux Ce

livre d’or était accompagné d’un instrument extrêmement curieux, appelé par les anciens urim et thummin. Au moyen de cet instrument, et à l’aide de conseils fournis par des anges, le prophète n’eut aucune peine à traduire le livre, qui n’est autre chose que le livre de Mormon. La première édition, tirée à 5,000 exemplaires, fut publiée à Palmiyre (État de New- York).

Joseph Smith avait préludé à ce grand miracle,

D dont personne ne contestera la nouveauté, par des

miracles d’un ordre moins original. Par exemple, il avait ressuscité un mort, rendu la vue à des aveu-

M gles, fait marcher des paralytiques, et, je crois aussi,

fait remuer des tables par les esprits frappeurs, dont

il serait peut-être juste d'attribuer l'invention à

Joseph Sruith.

Malgré tant de beaux miracles, peu de gens s’étaient encore occupés du prophète américain.

C’est qu'il faut bien le dire, les religions, comme toutes les autres institutions d’ici-bas, commencent

modestement, pour se développer ou tomber suivant

les circonstances.

L'Église des saints des derniers jours s'installa d’a- Lord à Manchester (New-York). Joseph Smith bapisa par immersion six néophytes qui, par le com-

andement de Dieu et l'adminictration des anges, avaient recu l’apostolat.

Tout n'est pas rose dans l'état de prophète, et le

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