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en une poudre très-dure, mais qu'on n'oserait peutêtre pas appeler du diar ‘nt.»
Logiquement, théoriquement, la production artificielle du diamant est possible ; mais si la cristallisation du carbone exige des températures que l’homme ne puisse pas produire et un refroidissement de plusieurs milliers de siècles, si elle exige la dissolution du corps sous des pressions auxquelles nous ne puissions pas atteindre, si même elle exige une force spéciale qui nous est encore inconnue, il faudra se résoudre à ne demander le diamant qu’à la nature. La nature elle-même est très-avare de charbon cristallisé, et le Brésil seul avec l'Inde produit le diamant, qui, jusqu'à ce jour, ne s’est rencontré que dans des terrains de transport d’alluvion.
C’est dans la province de Minas-Geraes et à Bahia que se trouvent au Brésil les terrains diamantifères. Des légions d'esclaves sont, à certains moments de l’année, occupés à laver les terres auxquelles se trouvent mêlés les brillants. Il est tel propriétaire de ces terrains qui, en quelques mois, a réalisé un million de bénéfice. À Bahia surtout, le rendement du diamant a été prodigieux. Il a beaucoup diminué depuis quelque temps, et des rivières ont été détournées de leur cours pour en exploiter les lits.
La récolte du diamant est très-pittoresque. Pendant la sécheresse, toutes les terres diamantifères sont mises de côté pour être lavées dans la saison des pluies. Des espèces d'auges, dans lesquelles passe un filet d’eau destiné à entraîner les parties
terreuses, sont disposées côte à côte, et chaque auge est tenue par un nègre. Sur un endroit élevé est assis l'inspecteur des travaux, qui veille à ce qu'aucun diamant ne soit dérobé. Quand le lavage a fait découvrir au noir une pierre précieuse, il doit frapper des mains pour avertir l'inspecteur, qui à son tour avertit un gardien sous ses ordres, lequel s’empare de la pierre et va la placer dans un récipient rempli d'eau suspendu à la vue de tous au milieu de l'habitation où se fait le lavage.
Les peines les plus terribles sont infligées à l’esclave qui tenterait de détourner quelque diamant à son profit. En revanche, des récompenses sont offertes à ceux qui découvrent de belles pierres.
Celui qui trouve un diamant de dix-sept carats est porté en triomphe chez l'inspecteur qui lui tresse une couronne de fleurs et lui donne sa liberté.
Une pierre de dix carats transforme le nègre le plus négligé dans sa mise en un dandy de premier ordre, en lui donnant droit à deux chemises blanches entièrement neuves, à un habit bleu taillé à la dernière mode, à un chapeau de soie bleue aussi ou jaune, ce qui est là-bas le comble de l'élégance, à une montre de vingt-cinq francs, à une paire de souliers, en cuir véritable et non imité, à une guimbarde, s’il a du goût pour la musique et à un couteau de poche.
Pour une pierre de six carats, le nègre peut prétendre à une chemise de couleur, à une veste de toile avec un chapeau jaune ou bleu à son choix.
Pour un diamant de quatre carats, il reçoit, avec les félicitations de l'inspecteur, une bouteille de rhum, pas de chemise, maïs un demi-pantalon, qui lui tient lieu d’habillement complet.
Pour des pierres plus petites, le nègre doit se contenter des félicitations du gardien, ce qui est déjà bien gentil pour des esclaves, peu gâtés d'ordinaire par les félicitations de leur maître.
Malheureusement les diamants de dix-sept carats et même de dix, de six et de quatre carats, ne sont communs nulle part. Dans les lavages d'une année, aux mines si riches d’Icquitinhonha, on n’a jamais trouvé plus de deux ou trois pierres pesant de dixsept à vingt carats. Sur dix mille diamants, huit mill: pèsent moins d’un carat, et dans toutes les mines du Brésil, pendant l’espace de deux années, on n'a trouvé qu'un seul diamant du poids de trente carats. D'où il résulte que bien peu d'esclaves sont rendus à la liberté dans les mines, et qu'on y compte ceux qui, le dimanche, vont en habit bleu et en chapeau jaune jouer de la guimbarde sous les croisées de leur belle, C’est ici le lieu d'entrer dans quelques explications sur la signification et l’origine du mot carat. Nous les empruntons à M. Bruce.
Le mot carat, dit-il, vient du nom de la fève d’une espèce d'érythrina du pays des Shangallas en Afrique, pays où se fait un grand commerce d'or. Cet arbre est appelé kuava ou kouava, mot qui signifie soleil dans le pays, parce qu’il porte des fleurs et des fruits de couleur rouge de feu. Comme les semences
sèches de ces légumes sont toujours à peu près également pesantes, les sauvages de ce pays s’en sont servis de temps immémorial pour peser l'or. Ces fèves ont été ensuite transportées dans l'Inde, où on les a employées dans les premiers temps à peser les diamants.
Les nombreux diamants bruts exposés par le Brésil nous les montrent sous trois différents aspects : amorphes, cristallins et cristallisés.
Le diamant amorphe, autrement dit qui en est à son premier degré de formation, est un produit spécial de Bahia ; sa découverte ne date que de 1843. Ce diamant, entièrement opaque, est mis en poudre et sert aux lapidaires, ainsi que le diamant cristallin, pour tailler le diamant cristallisé, le seul qui entre dans les parures. Le diamant amorphe se vend à raison de 4 à 5 francs le carat, tandis que le diamant cristallin, qu'on appelle aussi bord, se paye de 20 à 24 francs, comme étant supérieur pour la taille au diamant amorphe, dont le carbonate est toujours souillé de principes étrangers.
Quant au diamant cristallisé, il varie de prix suivant sa limpidité, sa forme et le nombre de ses facettes. Il y a d’abord le brillant double taille, qui n'offre pas moins de soixante facettes. Puis vient le brillant simple taille qui ne présente que treize facettes sur le dessus et neuf sur le dessous. La rose diffère des deux premières catégories de brillant en ce qu'elle a le dessous entièrement plat. Sur le dessus, qui s’élève en dôme, on compte vingt-quatre facettes.
A côté du brillant double taille, du brillant simple taille et de la rose, les lapidaires désignent certaines façons de diamants sous les noms de pierres en table, de pierres épaisses, de demi-brillant ou brillant recoupé, de pendeloques, de rose demi-Hollande, de rose de Brabant, de rose d'Anvers, de diamant vitrier et de briolette.
« La briolette, dit M. Halphen (une autorité qu'il faut toujours consulter), n’a ni dessus ni dessous. La briolette a la forme d’une petite poire surchargée de facettes sur tous les sens. Aux Indes, d'où venaient autrefois exclusivement les briolettes, on a l'habitude de les percer d’un petit trou à la partie supérieure. Aujourd'hui, quelques lapidaires d'Amsterdam taillent très-bien les briolettes, mais ne sont pas encore parvenus à les percer. » Comment, en effet, les Indiens peuvent-ils s’y prendre pour percer le diamant, que le diamant seul peut entamer ?
Au Brésil, les propriétaires des terrains diamantifères vendent par lots les diamants bruts, qu'ils ont eu soin de classer par grosseur. Le diamant brut perd moitié à la taille. Le marchand de diamants calcule cette perte, et fait la part des défauts cachés à l'œil par le pardingue, tels que crapauds, glaces, etc. En sortant de chez le lapidaire, les diamants trèsblancs et sans défauts se vendent, quand ils n’atteignent pas le poids d’un carat, à raison de 200 à 210 fr. le carat. Ceux qui atteignent au poids d’un carat se payent de 250 à 300 fr.
Le prix d’un diamant pesant un carat étant établi,
il devient facile pour tout le monde d'estimer la valeur de diamants plus gros de même qualité. La règle est celle-ci : les prix de deux brillants d’une même eau sont dans le même rapport que le carré de leur poids. Si donc un diamant pesant 1 carat vaut 250‘fr., une pierre de même eau pesant 10 carats, vaudra 25,000 fr., 100 fois 250 faisant 25,000; un brillant de 8 carats vaudra 64 fois le prix d'une pierre de 1 carat ; un diamant de 6 carats, 36 fois le prix d’un brillant de 1 carat, etc., etc.
Toutefois cette règle cesse d’être applicable aux diamants de grosseur phénomér*le, qu'on appelle parangons. Le régent, qui appartient à la couronne de France, fut payé deux millions cinq cent mille francs par le duc d'Orléans. Il vaut aujourd’hui beaucoup plus, sans qu'on puisse en préciser la valeur. Plusieurs inventaires de la couronne portent sa valeur à 12 millions. Sous la première république, où tous les objets qui tenaient à la couronne avaient naturellement baissé de prix, le régent ne figure que pour une somme de six millions.
Avant d'être taillé, le régent pesait quatre cent dix carats. Il en pèse aujourd’hui un peu plus de cent trente-six. Ce diamant, le ko-hinoor (mont de lumière) et l'étoile du sud sont les trois plus belles pierres connues. Les deux premières viennent de l'Inde, la troisième a été trouvée au Brésil. Avant la taille du mont de lumière, il pesait près de deux cent cinquante-cinq carats. Il n’en pesait plus que cent vingt-cinq après avoir été taillé; ce diamant
est de la plus belle eau et vaut de huit à dix millions de francs.
Cette magnifique pierre a été taillée à Amsterdam, et il a fallu la laisser deux mois sur la meule. A douze heures de travail par jour et à raison de deux mille cinq cents à trois mille tours de roue à la mi-: nute, jugez, mon cher directeur, si le diamant s'use difficilement!
L'étoile du sud est le seul gros brillant qui provienne du Brésil. On dit que l’esclave qui l’a découvert a eu, outre sa liberté et un habillement complet, une rente viagère de 6,000 francs par an. On peut, en faisant allusion au nom du diamant qu'il a trouvé, dire que ce nègre est né sous une belle étoile.
Dans la vitrine de l’exposition brésilienne où sont exposées tant de jolies pierres en tous genres, j'ai vu un diamant jaune, un diamant noir et un diamant bleu. Il existe un diamant bleu célèbre, c’est celui de Hosse; on l'estime trois millions ; son poids est de quarante carats.
J'aurais bien encore à revenir sur la formation du diamant, qui n’est dans son essence, comme nous l’avons dit, que du vil charbon. Mais un scrupule nous retient : si les mystères de cet aristocrate de la pierrerie, qui est en définitive d’une naissance obscure, allaient en dégoûter ces dames, ce serait à ne m'en consoler jamais, et, tout bien considéré, — l’espace d’ailleurs venant à me manquer, — je m'arrête.
J'espère que mon abstention me vaudra la recon-
naissance des bijoutiers, des lapidaires, des propriétaires de terrains diamantifères, et des nègres, pauvres diables qui doivent au diamant tant de pantalons bleus, de chapeaux jaunes et de coups de fouet.
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Si l’on en juge par son exposition, le Paraguay a bien de la peine à se relever de l’engourdissement mor”! et physique dans lequel l'a tenu si longtemps plongé le paterne mais abrutissant gouvernement des jésuites. fnfortuné pays! Il ne s’est vu affranchi des jésuites que pour tomber dans les mains d’un homme, ou plutôt d’un tigre maniaque dont la politique bizarre , le despotisme capricieux, la tyrannie maladive et les folles cruautés ont fait une des figures les plus originales et les plus abominables de l'histoire en plusieurs volumes des féroces dominateurs de l'humanité.
Rusé comme lui seul savait l'être, plus patient que le chat en arrêt devant unt u de souris, José- Gaspar-Rodriguez de Francia, pour l'appeler par tous ses noms, ne dut sa dictature perpétuelle qu'aux manœuvres de l'intrigue, savamment alliées à une
apparente intégrité, laquelle servit comme de passeport à son ambition exécrable. Son taient fut de savoir attendre afin de profiter des erreurs commises par les hommes d'action. Il fit de la politique un peu comme on joue aux échecs, n'ayant qu'un but : gagner la partie, et sacrifiant à cet objet indistinctement toutes les pièces de son échiquier. C'était un joueur de première force , et un beau jour le Paraguay ne dut pas s'étonner de se voir échec et mat par ce docteur en droit canon qui avait pris ses grades à l’université de Cordova, dirigée par les franciscains.
Quel roman tissé d'abominations souvent invraisemblables que la vie de cet homme! Le docteur en droit canon aimait à voir couler le sang, et les cris de douleur arrachés par la torture à des malheureux le plus souvent innocents des crimes dont on les accusait, étaient pour lui la plus agréable des musiques. Quand les soins de son gouvernement lui lsissaient des loisirs, il faisai‘ volontiers fusiller des ; prisonniers pour se distraire. ‘e spectacle de la fusillade rafraîchissait ses sens e! lonnait de la lucidité à ses idées. S'il arrivait que : 3 prisons se trouvassent trop remplies, l’intègre docteur —car on l'avait surnommé l’intègre — faisait faire de la place aux nouveaux prisonniers en envoyant les plus anciens au supplice. Évidemment son intégrité, dans ce cas, consistait à ne priver aucun des prévenus du séjour de la prison auquel tous avaient droit, pour ne les envoyer à la potence qu'à leur tour et par
passede saimises an peu t : gatinctetait un Paraet mat ris ses ar les
nvraieur en les cris eureux
droit d'ancienneté. Les prisons du docteur étaient composées J’étroites cellules plus affreuses que les plombs de Venise. Rarement le prisonnier parvenait à savoir l'accusation qui pesait sur lui.
Un jour, un malheureux qui pourrissait dans son cachot fut visité par ce despote.
— Pourquoi suis-je ici? demanda le prisonnier.
— Est-ce que je le sais! dit plaisamment l’ancien élève de Cordova. J’ai, ma foi! bien autres choses à penser ! L'important, c'est que mes prisons soient bien garnies, pour inspirer à mes fidèles sujets une terreur salutaire. Autant vaut toi qu’un autre.
Le dictateur était ce jour-là de bonne humeur. Il aimait parfois à rire.
« L'époque moderne, dit le commandant Page, cité par le docteur Demersay, n’a rien produit de comparable à ce régime odieux du dictateur du Paraguay. Pendant tout un quart de siècle, et au mépris des avis et des reproches des gouvernements étrangers, Francia régna en tyran sur ce beau pays et commit une foule de crimes sous ce prétexte spécieux, érigé par lui en aphorisme, que la liberté doit être mesurée aux hommes sur leur degré de civilisation. À sa mort, malgré les exécutions sans nombre qui souillèrent son règne, les prisons de l’Assomption regorgeaient de prisonniers. Il y en avait plus de sept cents, dont quelques-uns enfermés depuis vingt ans. Comme les prisonniers de la Bastille délivrés le 14 juillet, ces malheureux étaient physiquement anéantis,
» quelques-uns d’entre eux tombés dans l’idiotisme. » En rentrant dans le monde, ils n’y cnt retrouvé » ni leurs foyers, ni leurs familles, balayées par cet » affreux courant de tyrannie. »
Francia est mort tranquillement dans son lit en 1840 , à l’âge respectable de quatre-vingt-trois ans. Il voulut, se sentant perdu, tuer son médecin dont il n'avait plus besoin, pour finir comme il avait vécu. Malheureusement les forces lui manquèrent, et il perdit connaissance au moment où il allait, d'un coup de sabre, lui fendre le crâne. IL est vraiment bien fâcheux que la Providence ait cru devoir refuser à ce cher docteur en droit canon la suprême et dernière consolation de sabrer son docteur en médecine pour le remercier de ses bons soins.
Mort, ce monstre inspirait encore de la terreur : les personnes chargées de l’ensevelir n'osaient pas s'acquitter de leurs fonctions dans la crainte qu'il ne fût qu’en état de léthargie. Quelques-uns voulaient absolument que le défunt lui-même leur donnât l'ordre de l’enterrer. L'auteur du Voyage au Paraguay dit quelque part :
« Les églises sont très-bien entretenues , excepté une qui paraît moins fréquentée que les autres. Les bons habitants en parlent rarement, car un terrible mystère pèse sur cette enceinte sacrée : elle contenait à une certaine éplque les dépouilles mortelles du. dictateur Francia. C'est là qu'il fut enterré et qu'on éleva un monument au-dessus de sa tombe. Mais un beau matin, au moment où, selon son ha-
tisme.
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bitude, l’église s’ouvrait aux fidèles, le monument fut brisé en mille morceaux qui jonchèrent aussitôt le sol, et les ossements du tyran disparurent à jamais sans que personne se souciât de savoir comment. Depuis, la rumeur publique chuchote que le diable a réclamé son bien : l'âme et le corps du défunt. »
Je trouve que le diable, pour faire justice de ce scélérat, a beaucoup attendu.
Faut-il donc s'étonner que ce riche et malheureux pays soit encore si peu avancé au point de vue industriel, et que nous n’ayons guère à constater dans le petit espace réservé à son exposition que des matières premières. Mais si l’éteignoir des jésuites et le sabre de Francia ont pesé si longtemps sur cette partie de l'Amérique, déjà pour elle ont commencé à luire des jours meilleurs. Les temps sont à l'émancipation des peuples, et les hommes à cette heure, généralement plus libres et par conséquent plus libéraux et plus instruits qu'autrefois, respirent le progrès avec l'air qui les fait vivre.
Le président Lopez, qui a si heureusement succédé au trop fameux docteur, a suivi une politique plus humaine et gouverné le Paraguay avec une certaine habileté. Son fils, Francesco Solano Lopez, acclamé président par le congrès après la mort de son père, continue les améliorations réclamées dans toutes les branches de l'administration. Un de ses premiers actes a été de faire planter deux millions de pieds de cotonniers dans les endroits secs et sa-
blonneux, plus particulièrement favorables à la culture de ce précieux textile, rendu chaque jour plus rare depttis la guerre désastreuse des États-Unis.
La crise américaine a éveillé l’attention du monde entier sur la culture du coton, et chacun de son côté s’est mis à cultiver cette plante, placée au premier rang dans l'histoire industrielle des nations modernes. Mais on ne saurait se le dissimuler, si beaucoup de terrains sont propres à la culture du coton médiocre, du coton courte soie, une partie des États- Unis a pu seule, jusqu’à présent, produire l'espèce supérieure du coton longue soie. Ce coton a tous les avantages : grande finesse, force, propreté, longueur, nuance. En outre, ses tubes en spirale s’adaptent à merveille aux procédés de la filature en se liant facilement, en glissant l’un sur l’autre avec une force élastique naturelle pendant la formation du fil. C’est ce coton qui, filé au n° 420, donne pour une livre de matière un fil de 322,505 mètres de longueur ; tandis que le coton de Dacca, dont on tisse une mousseline ambitieusement appelée toile de vent, ne donnerait pour le même poids qu’un fil de 185,392 mètres d’étendue.
Le coton longue soie des États-Unis se récolte dans plusieurs petites îles de la portion de la eôte qui se trouve entre Savannah et Charleston. De là le nom qu'on lui donne aussi de coton sea-islands (îles de mer). Telle est la supériorité du coton longue soie de ces îles fortunées sur le coton longue soie des autres contrées de l'Amérique, que les pre-
culplus is.
onde | cÔté mier >Jder- Jeaucoton tatsspèce 1s les lon- > s’are en avec ation pour es de nt on > toile
miers ont été parfois cotés à quatre-vingts cents la livre (quatre francs vingt centimes), pendant que les que les seconds étaient offerts à seize cents la livre (quatre-vingt-quatre centimes). L'Algérie est peutêtre le seul pays du monde où le coton, bien cultivé, pourra un jour lutter avec le sea-islands. C'est au gouvernement français à aviser aux moyens propres à atteindre ce résultat, qui déciderait de l'avenir de notre belle colonie en lui créant une source de richesses pour ainsi dire incalculables.
Les cotonniers plantés au Paraguay par ordre du président Lopez répondront-ils aux espérances que le gouvernement de ce pays semble avoir fondées sur cette nouvelle culture? Il est permis de le croire en présence des échantillons de coton sauvage exposés à Londres. Ce coton, d’un jaune clair, a la soie assez longue et d’une bonne consistance. Son amélioration dépendra de la culture.
Dans tous les cas, avec leur laine végétale plus ou moins bonne et plus ou moins abondante, le Paraguay et l’Uruguay sont assurés de leur immense récolte de laine animale. Des millions de moutons paissent dans les immenses prairies de cette partie de l'Amérique, qui, cn outre, fournit annuellement au Brésil et à l’île de Cuba environ cinq cent mille quintaux espagnols de viande de bœuf séchée, laquelle, avec les haricots noirs, nous l’avons dit, est la principale nourriture des esclaves. Cette viande, si elle ne se vendait au poids, pourrait se mesurer au mètre, tant elle est plate et longue.
Pour préparer cette viande, on la sale d'abord légèrement et on la met à sécher au soleil. C’est l'affaire de quelques jours. Elle est d’un goût agréable et peut se conserver facilement deux années. Ajoutons qu'elle vaut dans le pays dix centimes la livre.
On évalue à dix millions le nombre des bêtes à cornes du Paraguay et de l’'Uruguay.
Avec la laine, la viande sèche, le suif et les peaux de bêtes, y compris les peaux de phoques qu'on pêche en grande abondance dans l'ile de Lobos, près de Montévidéo, le maté occupe le premier rang parmi les produits du territoire paraguayen.
Le maté, qu’on appelle aussi thé du Paraguay, est une herbe aromatique qu’on trouve là-bas à l’état sauvage. L’infusion du maté est certainement aussi agréable que celle du thé noir, et pourrait bien un jour faire en Europe une redoutable concurrence à la plante chinoise. On prend le maté au moyen d’un tube, comme les citoyens des États- Unis prennent leur cherrycoblers. Le maté est à la fois très-agréable au goût, rafraîchissant et stomachique.
Le Paraguay fournit à la médecine un nombre assez considérable de plantes, en tête desquelles il faut placer la salsepareille, qui forme l’objet d’un commerce important. J'ai vu, sans avoir aucune envie d'en essayer la valeur, une caisse de ferblanc remplie de ces végétaux plus ou moins efficaces, à côté d'une autre caisse renfermant des échantillons
l’abord ]. C'est agréainnées.
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de minerai : plomb, or, fer, etc. Je ne sais si les mines du Paraguay sont riches, mais ce qu’il y a de certain, c'est qu'eHes ont été peu exploitées jusqu’à présent. Ce pays produit aussi du charbon de terre et différentes espèces de marbre. Celui qu’on extrait des carrières de Maldonado est considéré comme très-beau.
Nous n'aurons, je crois, rien oublié quand nous aurons mentionné des échantillons de blé d’un beau grain, des patates douces sauvages, du tabac sauvage aussi, trois bouteilles de vin dont il ne m'a pas
.… été donné d'apprécier la qualité, douze bouteilles de
différentes espèces de liqueurs, de la farine de manioc, de l’essence d’anis, des bois d’ébénisterie, parmi lesquels le myrthe noir a obtenu les plus grands éloges du jury, de la terre argileuse excellente pour la statuaire, des selles , des éperons et une mouche particulière au pays, très-abondante, et qui possède, dit-on, des qualités analogues à celles qui distinguent les mouches cantharides.
Il me semble voir M. Leperdriel sourire de satisfaction à ce dernier produit, qui assure à l’industrie à laquelle il s’est voué de nouvelles garanties de prospérité.
Si je n'ai pas mentionné la viande de cheval séchée parmi les produits exposés par l’'Uruguay, c’est que, peut-être, elle se dissimule sous l'étiquette de viande de bœuf. Le fait est qu’on tue pour les saler une grande quantité de chevaux dans toute l'Amérique du Sud.
Quelle lecon ce serait que l’histoire du Pérou, si l'histoire avait jamais servi de lecon à personne! L'ancien empire des Incas était un des pays du globe les plus peuplés, les mieux cultivés, les plus riches. Ces hommes adoraient le soleil qui fécondait leur terre fertile, et ils vivaient heureux parce qu'ils étaient naturellement doux et travailleurs.
Un jour, surprise étrange ! ils virent à l'horizon un point blanc s'avancer vers la cité. Le point grossit : c'était une barque de grande dimension, de forme singulière, montée par des hommes à face pâle et tels que les fils du soleil n'en avaient jamais contemplé. Ces étrangers dirent qu'ils venaient d’un pays qu'on trouve au delà des mers et qu'on appelle l'Espagne. Ils demandèrent l’hossitalité.
— Soyez les bienvenus parmi nous, dirent les
rou , Si sonne !
u globe riches.
it leur
qu'ils
1orizon > point ension,
à face jamais nt d’un on ap-
ent les
fils du soleil, tous les hommes sont frères et doivent s’entr'aider,
Et ils les comblèrent de faveurs et les conduisirent dans leurs temples pour prier avec eux.
— Oh! dirent les Espagnols, ces temples sont d'or massif et d'argent! Sainte Vierge, venez en aide à vos humbles serviteurs et faites que la vraie religion triomphe de l’idolâtrie. Ils partirent et revinrent avec des canons et une arme plus meurtrière encore dans leurs mains sacriléges et fanatiques": l’image du Christ, du Christ qui a dit : « Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu’ils vous fassent, car c’est la loi et les prophètes ; » du Christ qui a dit encore : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre où les vers et la rouille gâtent tout; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où les vers ni la rouille ne gâtent rien ; car où est votre trésor, là est votre cœur. »
Le canon gronda et la croix fut arborée. Alors commença une série de crimes sans exemple dans les annales des crimes. Jugez un peu : des fanatiques débauchés et cupides au milieu de ces hommes craintifs, faibles , innocents, incapables de nuire et de résister, sur un sol pétri d'or et d’argent!
Les campagnes furent abandonnées, les cultures perdues, et tout ce qui ne mourait pas sous le poignard des envahisseurs, allait travailler aux mines. De l'or! de l'or! encore de l'or! toujours de l'or!
Les Péruviens ne pouvaient rien comprendre à cet
amour désordonné des Espagnols pour un métal qui n'avait à leurs yeux que peu de valeur, tant il était abondant.
Nuit et jour ces malheureux fouillaient la terre pour en extraire de l'or et de l'argent, et quand, harrassés de fatigue, ils demandaient quelque repos, on les massacrait pour faire place à de plus vigoureux.
Las Cases, après avoir constaté que DOUZE MiL- Li0NS d'Indiens ont péri de la main des Espagnols, fait à ces derniers des reproches en ces termes :
« Je vous ai vu dresser des chiens énormes pour aller à la chasse des hommes comme à celles des bêtes fauves. Je vous ai vu donner vos semblables à vos chiens. J’ai entendu des Espagnols dire à leurs camarades : — Prête-moi une longe d’Indien pour le déjeuner de mes dogues, je t'en rendrai demain un quartier. » — « C’est enfin chez vous seuls que j'ai vu de la chair humaine étalée dans vos boucheries, soit pour vos dogues, soit pour vous-mêmes. Tout cela est prouvé au procès, et je jure, par le grand Dieu qui m'a écouté, que rien n’est plus véritable. »
Las Casas ne put détruire un mal horrible qu’en créant une institution abominable, et le carnage, réputé jusqu'alors légitime, attendu que c'étaient des chrétiens qui massacraient des idolâtres ,-ne fut arrêté que par ! introduction des nègres esclaves dans les colonies espagnoles.
Le Pérou conquis par des brigands ne pouvait que dépérir.
ETS STSS % s y
tal qui il était
la terre 1d, harpos, ON oureux.
ZE MIL- Jagnols, eg :
es pour lles des nblables s dire à ge d’'Inl'en renfin chez
es, soit
LE PÉROU. 393 Qu'on lise ce qu'était l’ancien empire des Incas,
et qu'on promène à l'Exposition un regard sur les | trois ou quatre pieds carrés consacrés aux produits À de l'industrie péruvienne : là sont l'enseignement et { la moralité.
On pavait autrefois de pavés d'argent massif les rues de Lima par où devaient passer les vice-rois 1 envoyés par l'Espagne.
Que sont devenus ces pavés ?
| Si encore des pavés en pierre les avaient rempla-
cés dans toutes les rues!
| Le règne des scélérats ne fut pourtant pas de lon-
| gue durée au Pérou, et à ces farouches dominateurs
| des Indiens succéda une population affable, élégante,
hospitalière , spirituelle, insouciante, passionnée,
sensuelle et religieuse jusqu’à l’exaltation, et telle qu'elle est encore aujourd’hui.
Il semblerait donc que la cause du mal ayant cessé, le mal dut cesser aussi, et que le Pérou, sous un gouvernement régulier, allait reprendre son ancienne splendeur.
Mais un ver s'était glissé dans cette société qui devait la ronger et la détruire : ce ver, c'était l'inquisition, admirable instrument de despotisme par lequel le fanatisme se perfectionna si bien que toutes les facultés de l'esprit relatives aux sciences, aux beaux-arts, au progrès social surtout et à l’industrie furent comme figées dans tous les cerveaux qui ne pensèrent plus que ce qu’on voulait leur faire penser, c'est-à-dire peu de chose.
Sous l'influence d'un clergé qui ne fut jamais cruel, il est vrai, mais qui se montra ignorant et dominateur, l’agriculture a été négligée, le commerce s'est affaibli, l'industrie n’est pas née. Lesémigrants européens, qui ont fait la fortune des États-Unis, se sont bien donné de garde d'aller planter leur tente dans un pays voué à l'arbitraire.
Le Pérou, d’une superficie à peu près double de celle de la France, n’est guère peuplé que de seize à dix-huit cent mille âmes. Partout on traverse des plaines arides dans ce pa;s où jadis la culture s’étalait forte et vigoureuse, grâce aux irrigations dans l’art desquelles excellaient les anciens Péruviens. A cette heure la population agricole du Pérou se réduit pour ainsidire à quelques pauvres Indienséchappés au massacre et à quelques nègres dont les misérables habitations ne se voient que de loin en loin.
Les produits agricoles exposés à Londres sont le quinquina, qu'on trouve dans les Andes et dont on transporte l'écorce à dos de mulet et d’Alpaca jusqu'à la côte; le coton que l’on embarque à Payta, puis la vanille, la cochenille, la cire, plusieurs espèces de gomme, de la salsepareille, des bois d’ébénisterie et des raisins dont on fait à Pisco des eaux-devie renommées. Il y a quelques filatures au Pérou, mais elles n’ont rien envoyé à l'exposition. Il existe aussi dans plusieurs villes quelques métiers à tisser de la toile commune, mais aucun tissu de ce genre n'a été envoyé à Londres où sont exposés simplement des échantillons de laine d’alpaca et de vigo-
jamais nt et dommerce nigrants Unis, se ur tente
uble de e seize à erse des re s’étaons dans viens. À Ju se rénséchaples miséen loin.
»s sont le dont on paca jUSà Payta, urs eSpè= d'ébéniseaux-deu Pérou, . I existe s à tisser
ce genre s simplede vigo-
gne. En revanche, nous avons vu quelques pièces de bijouterie et de joaillerie travaillées avec goût, à côté de bouteilles de vin de différentes espèces, parmi lesquels le vin muscat a été, dit-on, remarqué.
Ces différents produits naturels s'effacent au Pérou devant un autre produit non moins naturel et qui constitue aujourd'hui une des princiales ressources de la république : le guano.
Singulière destinée de ce pays, qui, dédaignant la eulture du sol, cherche à trois cents ans de distance sa richesse dans la poudre d'or et la poudrette! Hé-
las! les Péruviens ne voient-ils donc pas que les pou-
dres, quelles soient d’or ou d'autre chose, ne sont pas éternelles, et que la vraie richesse, parce qu’elle se renouvelle sans cesse, c'est l’agriculture.
La Providence quidansses décrets mystérieux s’est plu à faire des îles Chinchas l'immense water-closet de millions d'oiseaux de mer depuis des milliers d'années, peut-être, semblait inviter les Péruviens à se livrer plus spécialement aux travaux de l’agri- Culture, en leur mettant sous la main, en quantité prodigieuse, le meilleur des engrais connu. Mais les Péruviens, sourds au conscils de la Providence, ont trouvé plus commode de faire du guano même leur récolte; et c'est ainsi que les oiseaux de mer du Pérou auront, dans un temps donné, travaillé à engraisser tous les terrains du globe, excepté précisément celui qui paraissait devoir en profiter le plus.
Ah! que les anciens Péruviens savaient mieux
que les modernes apprécier ce riche cadeau de la Providence dans leur remarquable système de culture. Pour donner une idée du prix qu’ils attachaient au guano, il suffira de dire que pendant la ponte des oiseaux de mer, quiconque mettait le pied sur leurs îles, ou les troublait, était puni de mort. En tout temps tuer un de ces oiseaux était un crime puni par le dernier supplice. Après la conquête personne ne fit plus attention aux oiseaux de mer et à leur produit, et le gouvernement péruvien, toujours si nécessiteux pourtant, n'avait jamais songé à utiliser le guano, lorsqu'en 1840, un spéculateur, Francisco Quiros, proposa d’affermer l’exploitation de cet engrais moyennant dix mille piastres.
Bientôt on apprit que l’Angleterre, — qui, on peut le dire, a eu le nez fin en cette circonstance, — exportait depuis quelque temps déjà ce précieux engrais, coté sur le marché de Londres à raison de cent quarante piastres ‘> tonneau. Alors il se trouva un négociant qui, moyennant quatre-vingt-sept mille piastres, acheta pour ciry ans l'exploitation du guano. Le négociant réalisa des bénéfices considérables et il y eut en Europe comme une fièvre de guano; chacun en voulait, mais le gouvernement péruvien tenait à tous la dragée haute, et le précieux engrais suivit dans son prix une hausse relative à la demande, ce qui n'a rien que de conforme aux lois du trafic. La réputation du guano s'étendit jusque dans la Chine où quelques chargements furent expédiés et très-bien vendus.
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Le guano — où la politique va-t-elle se nicher! — devint au Pérou le prétexte d’une conspiration qui entraîna la chute du gouvernement en 1852. On accusa le général Échénique, président de la république, de se livrer à une véritable orgie de poudrette et on lui démontra, clair comme le jour, que, au train dont il menait cet engrais, il ne resterait plus dans dix ans aux îles Chinchas le chétif produit d’un seul pélican.
L'impression que produisit dans la capitale cette sombre prophétie fut si grande, qu'il se forma aussitôt un parti remuant de conservateurs du guano, contre lequel les protestations du général furent impuissantes. Échénique eut beau nommer une commission pour procéder au cubage du guano, laquelle déclara que le Pérou avait de cet engrais sur la planche pour quatre-vingts ans encore, il tomba devant les accusateurs de ses folles dilapidations, et s’embarqua pour les États-Unis, où il vit paisible, loin des orages de la politique des intrigants et,de la poudrette.
Avant de vous dire, mon cher directeur, de quelle manière originale s'opère le chargement du guano, permettez-moi de mettre sous vos yeux le tableau pittoresque que trace des héros des îles de Chinchas l’auteur des Souvenirs de l'Amérique espagnole, M. Max Radiguet : « Je ne sache pas un pays du monde où les oiseaux se montrent en aussi grand nombre qne sur la côte du Pérou; la Providence, qui, comme nous l’apprend Racine, leur donne la pâture, a placé
là tout exprès pour eux d'innombrables bancs de poissons moins favorisés. On voit toute la gent ailée se transporter lentement à la suite d’un de ces bancs qui frétillent à la surface de l’eau; leurs nuées chargent l'air, puis à l’improviste des bataillons entiers se laissent tomber comme à un commandement et remontent avec leur proie dans le bec. On dirait une pluie d'oiseaux, et nulle autre comparaison ne pourrait mieux rendre ma pensée! Le repas terminé, ils vont digérer et se reposer sur l’eau, à côté les uns des autres, mais toujours par espèces. Ici les pélicans, là les mouettes, plus loin les goëélands, sans jamais se fourvoyer les uns chez les autres. Alors la mer semble couverte d'oiseaux.
« Ce qui m'a toujours. étonné, chaque fois que j'ai observé cette pêche, c’est la constance résignée avec laquelle ces innocents poissons, — qui, eux, ne penseraient pas que la bonté de la Providence s'étend sur toute la nature, — se prêtent à ses desseins en restant des heures entières à fleur d’eau, tandis qu’ils pourraient si facilement, en plongeant, se débarrasser de l'ennemi. Pourtant ils ne prenaient ce parti que quand les pêcheurs, repus, s’en allaient procéder à leur digestion. Ces oiseaux étant protégés par les ordonnances péruviennes, il en résulte chez eux une confiance, une familiarité d’allures véritablement singulières.
» Sur cette rade des Chinchas, si peuplée de navires, c’est à peine s'ils se dérangent pour laisser passer les embarcations, et les gros pélicans surtout, à la
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figure débonnaire et papelarde, vous suivent de l’œil et vous saluent en leur patois avec une quiétude touchante; on les voit couvrir un rocher que l’on peut accoster sans en faire envoler un seul. Là ils disposent le guano avec toute la componction, tout le recueillement et toute la gravité que comporte l’exercice d’une opération dont ils semblent comprendre l'importance. Ces îles sont en même temps leur ossuaire ; la tranquillité qu'ils y ont trouvée toute leur vie, les leur fait élire de préférence pour lieu de sé-
pulture. »
Nous venons de voir le travail des oiseaux, voici celui des hommes.
Les hommes employés à l'exploitation du guano, sont pris parmi les nègres ou choisis dans l’émigration chinoise, soit que les nègres et les Chinois aient l’odorat moins susceptible que les Péruviens, soit qu'on les paye moins cher. Toujours est-il que la besogne n’est pas des plus délicates. Le guano réduit en poussière vous entre par le nez, par les oreilles, dans les yeux, s'infiltre au travers des vêtements et ne tarde pas à vous envelopper tout entier. Comment ces hommes peuvent-ils respirer au milieu de ce nuage perpétuel de poudrette ? c’est le secret des nègres et des Chinois. Toujours est-il qu’ils ne se plaignent pas, et qu'on les voit conduire tranquillement sur de petits rails mobiles posés sur la marchandise, des tombereaux de guano traînés par des mules jusqu’à l'endroit où le navire est en charge.
De larges sacs ouverts aux deux extrémités recoi-
vent la poudrette et la conduisent, en guise d’entonnoir, jusque dans la cale du vaisseau. Des agents du fisc surveillent les chargements, et quandils se rendent à bord un seul chemin leur est offert, c'est une échelle de cordes fixée verticalement le long d’une falaise d'environ deux cents pieds de longueur. Au bas de la falaise, l'employé trouve un canot qui le transporte au navire. Ce moyen de communication, on le voit, est assez singulier ; en outre, il est trèspeu commode et n’est pas sans danger.
Quelques chiffres donneront une idée de l’importance de cet engrais, qui sera longtemps sans doute encore une des principales sources de revenu du Pérou, sinon la principale.
En 1855, l'exportation du guano atteignit un chiffre de 410,000 tonnes, dont 284,000 embarquées pour la Grande-Bretagne, 65,006 pour les États- Unis, 26,500 pour l'Espagne, 18,000 pour l’île Maurice, et 14,000 seulement pour la France.
Cette exportation pourrait être de beaucoup plus considérable, sans les embarras que suggère aux navires en charge le gouvernement péruvien. Pour charger aux îles de Chinchas, situées à quarante lieues environ de Callao (le port le plus rapproché de Lima), on est forcé de venir prendre un permis à la métropole, de gagner à vide contre le vent le terrain perdu, de revenir une seconde fois, d'où il résulte qu'il faut souvent de trois à quatre semaines à un navire pour opérer le chargement qu'il effectuerait en trois jours, si, par exemple, le Pérou était
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l'Angleterre. Mais l’ancien empire des Incas n'est pas l’Angleterre, et il faut bien en convenir, malgré toutes les sympathies que nous inspire ce pays si plein de souvenirs poétiques, son administration n'est pas le Pérou.
Tout pourtant s'améliore chaque jour dans cette république, et je ne vois pas pourquoi il faudrait désespérer d’un peuple qui, nous l'avons dit, est à la fois aimable, fier, poli, intelligent et passionné.
Avant tout, ce qu'il faudrait au Pérou, c'est plus d'agriculteurs étrangers pour augmenter les véritables ressources du pays, et moins de moines nationaux pour diuunuer les revenus de l'État.