‹ Les civilisations inconnues [microforme]Chapitre 29 sur 30 · WEST MAIN STREET WEBSTÉR, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTÉR, N.Y

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ceux qui voyagent dans l'intérieur, je me suis souvenu de mes excursions si pittoresques, si remplies de poésie, à travers d’épaisses et mystérieuses forêts vierges, où les cris sauvages des perroquets planant massés au-dessus des arbres séculaires comme des nuages vivants, se mêlaient au cri perçant de la macaque effrayée pour ses petits, auxquels parfois répondait comme une sombre menace les rugissements lointains du tigre et du jaguar.

Bien d'autres objets encore ont ravivé mes souvenirs. Tels sont ces jolis bouquets de fleurs en plumes et en insectes qui offrent à l’œil les couleurs les plus vives et les plus harmonieuses, les reflets les plus chatoyants, surtout à la lumière, et dont les Brésiliennes se font d’élégantes et si originales coiffures.

Il suffit de parcourir l'exposition du Brésil pour se former une idée de la civilisation relativement avancée de cet empire. Certes les objets fabriqués que nous y avons examinés sont encore inférieurs aux produits similaires qui se font en Europe; mais n'est-ce pas déjà beaucoup que le Brésil, confiant dans son avenir, entre résolûment en lice dans le large champ de l’industrie, au lieu de se borner à exploiter les produits naturels de toutes sortes qui abondent partout dans ce sol pétri de diamants, d'éméraudes, de topazes, d'améthystes, de jaspe, de malachite, de fer, de houille, etc.

Plusieurs fabriques de cotonnade sont établies dans différentes provinces du Brésil. Ces cotonnades

sont en général de qualité inférieure et appropriées à l'usage des nègres.

La province de San-Pedro a exposé des échantillons de soie qui m'ont paru de belle qualité.

Rio-de-Janeiro nous offre du cuir maroquiné et de nombreux échantillons de souliers et de bottes, avec des chapeaux en feutre renfermés dans des boîtes qui ont la grandeur et l'aspect de boîtes à lorgnettes de spectacle; plus des épaulettes en or, des modèles d'embarcation, des photographies, des carabines système Minié, différents objets d'art et des livres fort bien imprimés.

Pernambuco envoie de la coutellerie, des pistolets et un modèle de navire.

De jolies selles et quelques pièces de joailleries complètent la liste des objets manufacturés du Brésil qui nous ont paru mériter le plus l'attention.

Quant aux richesses de l’agriculture elles sont immenses, et il faut se borner à citer les principales : le café, la canne à sucre, le mendioc, qui fait avec les haricots noirs et la viande séchée au soleil la nourriture de tous les nègres et d’une grande partie de la population blanche, le tabac, le riz, le tapioca, le maïs, l’ipécacuanha, l’arrow-root, avec plusieurs espèces de bois, parmi lesquels le palissandre se trouve en grande quantité.

Mais de tous les objets que nous venons de nommer celui qui a le pouvoir d'attirer plus particulièrement les yeux de la foule, celui que les femmes contemplent avec convoitise, auquel elles prodi-

guent leurs plus gracieux sourires, comme si cet objet pouvait les comprendre et se laisser séduire par elles, c’est le diamant, la reine des pierres précieuses. Place donc au diamant.

Si le coton manque en ce moment dans les manufactures, en revanche les diamants paraissent tomber comme la grêle dans les salons parisiens. Jamais peut-être le luxe ne fut plus grand que cet hiver dans la ville du luxe par excellence. Le grand souci des élégantes n'est pas de se procurer les pierres précieuses qui doivent embellir leur parure, mais de les employer au mieux pour l'effet de leurs ajustements. Ce n’est plus seulement pour des diadèmes, pour des bracelets, pour des broches et pour des bagues que les dames font servir le diamant ; elles se sont ingéniées cet hiver à en parsemer leurs robes.

Il y a quelques jours je me trouvais en soirée dans une maison où les invitées paraissaient faire assaut, non de grâce, d'esprit et d'amabilité, mais de richesse. Leurs épaules, leur corsage, leurs oreilles, leurs doigts ne paraïssaient pas avoir d'autre but que de servir de point d'appui à l'or, aux perles et aux pierres précieuses. Une d’elles surtout se distinguait par la profusion de brillants semés sur une robe de feuillages simulant des gouttes de rosée.

Comme elle passait près de l'endroit où j'étais placé, une autre dame, relativement très-simple dans sa mise, et qui se contente de parer sa personne naturellement charmante des vertus et des grâces de on sexe, ne put contenir son admiration en voyant

passer cette fée de la mode, cette reine de l'élégance.

— Que c'est beau, le diamant! me dit-elle.

— Oui, madame, répliquai-je ; mais il est des choses qui ont plus de prix encore que le diamant... aux yeux d’un philosophe.

— Qu'est-ce donc? me demanda-t-elle naïvement.

— Ce sont, madame, les dons du cœur et de l'esprit.

— Bah! répondit-elle, les diamants n'’excluent point les qualités morales chez les femmes, et, si j'osais, je dirais qu'ils les relèvent, au contraire.

— Madame, permettez-moi, pour l'honneur des femmes en très-grand nombre qui ne possèdent aucun diamant, de ne point partager votre avis.

— Quoi qu'il en soit, poursuivit mon interlocutrice, les diamants ont du bon, et j'ai toujours désiré savoir comment ils poussent. Les sème-t-on? les cultive-t-on? les travaille-t-on? car j'imagine que la nature ne doit point les faire aussi beaux qu'ils nous apparaissent dans l’écrin du bijoutier. -

— C'est la physiologie du diamant que vous me demandez, madame ?

— La physiologie du diamant, si vous voule” ; autant celle-là que celle du mariage, par exemple, su'tout au bal.

A cette invitation où ma science allait se trouver en défaut, je pris bravement mun parti.

— Très-volontiers, madame, lui dis-je; mais veuillez m'accorder quelques jours pour me recueillir,. Comme beaucoup d’orateurs qui improvisent

leurs discours, j'ai besoin de les faire d'avance, et, comme beaucoup de savants, il me faut puiser ma science à d’autres sources que la mienne. Je vous demande quelques jours.

Mon interlocutrice ayant bien voulu m'accorder ce délai, je suis aujourd’hui, grâce surtout à ma visite à l'exposition brésilienne, en mesure de satisfaire sa curiosité. Je veux, par la même occasion, faire hommage de mon petit travail à celles de mes lectrices qui aiment le diamant; à supposer, bien entendu, qu'il y en ait une seule.

Comment, au sein de la terre, se forme ce caillou précieux ? On l’ignore, mais on en connaît la nature. Des expériences nombreuses faites par Newton, par les académiciens de Florence, par Smithson-Tennant, par Guyton-Morveau, par Allen, par Papin, par Davy, par Lavoisier, par Star, par Dumas et par quelques autres savants, permettent d'assurer que ce corps si rare, dont les femmes se parent vaniteusement et dont les rois font le plus bel ornement de leur couronne, ne diffère du charbon que par l’arrangement de ses molécules.

En effet, en brûlant du diamant dans un vase clos on a pour résultat de combustion de l’acide carbonique. Mais est-il vrai, comme on le croit généralement, que la chimie soit arrivée à cristalliser le carbone de manière à produire du diamant? M. Halphen va répondre à cette question. « Un seul savant,

M. Despretz, de l'Institut, est parvenu, en utilisant une force électrique puissante, à réduire du charbon

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