RÉVÉLATION SUR LA POLYGAMIE
Reçue par Joseph Smith, à Nanvoo, le 12 juillet 1843, proclamée le 20 août 1852, et publiée le 14 septembre 1852 dans le Deseret-News.
« En vérité, en vérité, ainsi dit le Seigneur à vous, Joseph, mon serviteur, puisque vous vous êtes en-
quis pour savoir etcomprendre comment moi, le Sei- :
gneur, ai justifié mes serviteurs Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que Moïse, David et Salomon, mes serviteurs, sur ce qu’ils avaient plusieurs femmes et concubines. Voici, je suis l'Éternel ton Dieu, et te répondrai sur cette matière. C’est pourquoi préparez vos cœurs à recevoir et à suivre les instructions que je vais vous donner, car tous ceux à qui cette loi est révélée doivent y obéir. Voici, je vous révèle une nouvelle et éternelle alliance ; et si vous ne gardez pas cette alliance, vous serez damnés, car quiconque rejette cette aliance ne peut entrer dans ma gloire. Et tous ceux qui recevront une grâce de ma main devront observer la loi qui a été faite à cet effet, ainsi que les conditions de cette loi, telles qu’elles ont été déterminées dès avant la création du monde. Elles ont été instituées pour la plénitude de ma gloire, et comme appartenant à la nouvelle et éter-
OO OO Am"
nt ee ee, ©, —.
nelle alliance ; et celui qui en reçoit la plénitude doit être et sera fidèle à la loi, ou bien il sera damné, dit le Seigneur.
» En vérité, je vous le dis, voici les conditions de cette loi : Toutes les alliances, contrats, engagements, obligations, serments, vœux, traités, liaisons, associations, espérances, qui ne sont pas faits, enregistrés et scellés par l’Esprit-Saint de promesse, par révélation et commandement, pour le temps comme pour l'éternité, de la maïn de mon oint que j'ai choisi sur la terre pour tenir cette autorité (et j'ai désigné mon serviteur Joseph pour tenir ce pouvoir dans les derniers jours, et il n’y a jamais sur la terre qu’un seul homme à la fois à qui soient remis ce pouvoir et les clefs du sacerdoce) sont de nulle efficacité, vertu ou force dans et après la résurrect 0! des morts; car tous les contrats qui ne sont pas faits à cette fin sont anéantis, quand les hommes sont morts.
» Voici, ma maison est une maison d'ordre, dit l'Éternel, et ron une maison de confusion. Accepterai-je une offrande, dit le Seigneur, qui n'est pas faite en mon nom? ou bien recevraïsje de vos mains ce que je n'ai pas ordonné ? Et vous prescrirai-je, dit le Seigneur, autrement que par 1,161, comme moiet mon Père l'avons établi pour vous, avant même la création du monde?dJe suis le Seigneur ton Dieu, et je vous donne ce commandement qu'aucun homme ne viendra au Père que par moi, ou par ma parole qui est ma loi, dit l'Éternel. Et tout ce
qui se fait sur la terre, que ce soit décrété par des rois, des princes, des puissances, toutes choses sans exception qui n’ont pas été faites par moi ou par ma parole, dit le Seigneur, seront abolies et d'aucun effet après la mort, dans et aprés la résurrection, dit le Seigneur votre Dieu ;car mes seules œuvres subsisteront, et tout ce qui ne sera pas de moi sera renversé et détruit.
» C'est pourquoi si un homme épouse une femme dans le monde, et qu'il l'épouse non par moi ni par ma parole, ils contractent une alliance pour aussi longtemps qu'ils vivront sur la terre ; mais leur mariage perd son effet quand ils sont hors du monde. Aucune loi ne les oblige plus, après leur mort. C'est pourquoi, lorsqu'ils sont hors du monde, ils ne peuvert se marier ni être donnés en mariage, mais ils deviennent des anges dans les cieux, et leurs fonctions consistent à servir ceux qui sont dignes d'une gloire plus grande et éternelle , car ces anges n’ont pas gardé ma loi, c'est pounquoi, ze pouvant plus s'élever, ils demeurent, dans leur condition de salut, séparés et à part, sans exaltation et pour toute l'éternité ; ét dès lors ils ne peuvent devenir des dieux, mais ils sont des anges de Dieu à jamais.
» Je vous le dis en vérité, si un homme épouse une femme et fait avec elle une alliance pour le temps et toute l'éternité, si cette alliance n'est pas contractée par moi ou par ma parole, qui est ma loi, et si elle n’est pas scellée par le Saint-Esprit de promesse et des mains de mon int, que j'ai revêtu de
cette autorité, une telle alliance n'est point valide, elle est sans efficacité quand ils sont hors du monde, parce qu'ils n’ont pas été unis par moi ni par ma parole, dit le Seigneur. Quand ils sont hors du monde, leur alliance n’est pas reconnue, parce que des anges et des dieux sont placés là, et ils n'acceptent pas ces mariages. C’est pourquoi, ils ne peuvent hériter ma gloire, car ma maison est une maison d'ordre, dit le Seigneur.
» Et jetv@us dis encore, si un homme épouse une femme par ma parole, qui est ma loi, et par la nouvelle et: éternelle alliance, et si cette alliance est scellée sur eux par le Saint-Esprit de promesse, des mains de mon oint, à qui j'ai donné cette autorité et les cit. de ce sacerdoce, il leur sera dit : Vous aurez part à la première résurrection ; et si c’est après la première résurrection, vous aurez part à la prochaine résurrectiof; et vous hériterez des trônes, des royaumes, des principautés, des puissances, des dominations, de toutes les hauteurs et de toutes les profondeurs de la création ; alors ce sera écrit dans le Livre de vie de l’Agneau. Et s'ils gardent mon alliance et qu'ils ne commettent point de meurtre pour verser le sang innocent, toutes les promesses quelconques qui leur auront été faites par mon serviteur seront accomplies ; elles seront en pleine force quand ils seront hors du monde, et elles seront acceptées par les dieux et les anges qui sont placés là par leur exaltation et leur gloire en toutes choses, comme elles ont été scellées sur leurs têtes ; et leur
gloire sera la plénitude et une continuation de leur race à toute éternité.
ils ‘Seront des dieux, parce qu'ils n'auront : c'ést pourquoi, ils existeront d'éternité à toute éternité, parce que leur postérité continuera ; ils seront lau-dessus de toutes choses, parce que toutes <h es leur seront assujetties. Alors ils seront des dieux, parce qu'ils auront tout pouvoir, et que les anges leur seront soumis.
» En vérité, en vérité, je vousle dis, siÿOusne gardezma loi, vous ne pouvez pas atteindre à cette gloire 5 car étroite est la porte et étroit est le chemin qui Conduit à l'exaltation et à la vie éternelle "et il Y en a peu quile trouvent, parce que vous ne me recevez pas dans le monde et vous ne me connaissez pas. Mais si vous me receviez dans le monde, alors vous me connaîtriez et vous parviendriez à votre exaltation, afin que là où je suis vous y soyez ‘Aussi. Connaître le seul vrai Dieuret Jésus-Christ qu'il a envoyé, voilà la vie éternelle. Je suis Jésus-Christ. Recevez donc ma loi. Large est la porte et spacieux est le chemin qui mène à la mort; et beaucoup le suivent, parce qu'ils ne me reçoivent pas ni ne gardent ma loi.
» En vérité, en vérité, je vous le dis, si un homme épouse une femme suivant ma parole, et que leur mariage soit scellé par le Saint-Esprit de promesse conformément à mon ordre, si lui ou elle se rend coupable de quelque péché ou transgression quelconque envers la nouvelle et éternelle alliance, st de toute sorte de blasphèmes, s'ils ne commettent
pas de meurtre pour verser le sang innocent, ils auront encore part à la première résurrection et entreront dans leur exaltation ; mais ils seront détruits dans la chair et seront livrés entre les mains de Satan jusqu’au jour de la rédemption, dit l'Éternel.
» Le blasphème contre le Saint-Esprit, qui nesera point pardonné dans le monde ni hors du monde, consiste à commettre un meurtre pour verser le sang innocent, et à consentir à ma mort après avoir recu ma nouvelle et éternelle alliance, dit le Seigneur; et celui qui ne garde point cette loi ne peut en aucune manière entrer dans ma gloire, maisil sera damné, dit l'Éternel.
» Je suis le Seigneur ton Dieu, et te donnerai la la loi de ma sainte prêtrise, comme elle fut établie par mon Père et par moi avant la création du monde. Abraham a reçu toutes les choses quelconques qu'il a reçues, par révélation et commandement, par ma parole, dit le Seigneur ; et il est entré dans son exaltation, et il est assis sur son trône.
» Abraham a recu des promesses touchant sa postérité et le fruit de ses reins — desquels reins vous êtes, mon serviteur Joseph, — lesquelles promesses devaient continuer aussi longtemps qu'ils seraient dans le monde. Pour ce qui concerne Abraham et sa postérité, il lui fut promis qu'elle continuerait hors du monde, et ils continueront dans le monde et hors du monde aussi ingombrables que les étoiles; or, quand même vous compteriez le sable sur ie bord de la mer, vous ne pourriez jamais les comp-
ter. Cette promesse vous appartient, parce que vous êtes le fils d'Abraham et que la promesse a été faite à Abraham; et c’est par cette loi que se perpétuent les œuvres de mon Père, dans lesauelles il se glorifie. Allez donc, et faites les œuvres d'Abraham ; gardez ma loi, et vous serez sauvés. Mais si vous ne gardez pas ma loi, vous ne pouvez recevoir les promesses de mon Père qu'il a faites à Abraham.
» Dieu l’ordonnia à Abraham, et Sara donna Agar pour femme à Abraham. Kt pourquoi le fit-elle ? Parce que c'était la loi, et d’/.gar sortirent beaucoup de peuples. C'était là, entre autres choses, l’accomplissement des promesses. Abraham était-il donc pour cela sujet à condamnation ? En vérité, je vous dis non ; car moi, le Seigneur, le lui avais commandé. T svsit été ordonné à Abraham de sacrifier son fils Isaac, et pourtant c'était écrit : « Tu ne tueras point. » Toutefois, Abraham ne refusa pas, et cela Jui fut imputé à justice.
» Abraham recut des concubines, et elles lui donnèrent des enfants, et cela lui fut imputé à justice, parce qu'elles lui avaient été données, et qu'il a été fidèle à ma loi. Isaac et Jacob ne firent également que ce qui leur avait été commandé ; et parce qu'ils ne firent que ce qui leur avait été commandé, ils sont entrés dans leur exaltation, confcrmément aux promesses, et ils sont assis sur des trônes ; ils ne sont pas des anges, mais destdieux. David reçut aussi beaucoup de femmes etide concubines, ainsi que Salomon et Moïse, mon serviteur, comme aussi plu-
ueras , cela
| donstice, a été ment qu'ils s sont prosont aussi
que plu-
sieurs autres de mes serviteurs depuis la création du monde jusqu’à ce jour ; et en rien ils n’ont péché, si ce n'est dans les choses qu'ils n'avaient pas reçues de moi.
» Les femmes et les concubines de David lui furent données de ma part par la main de Nathan, mon serviteur , et par les mains d’autres prophètes qui avaient les clefs de cette autorité ; et dans aucune de ces choses il n’a péché contre moi, excepté dans le cas d'Urie et de sa femme. C’est pourquoi il est tombé de son exaltation , et il a reçu sa part ; et il n’héritera pas d’elles hors du monde, car je les ai données à un autre, dit le Seigneur.
» Et de plus, comme appartenant à la loi du sacerdoce, si un homme épouse une vierge , et désire en épouser une autre et que la première y donne son consentement ; et s’il épouse la seconde et qu’elles soient vierges et qu'elles n'aient pas été promises à un autre homme ; alors il est justifié : il ne peut pas commettre d’adultère, puisqu'elles lui ont ‘té données ; car il ne peut commettre d’adultèr: avec ce qui lui appartient et à personne autre ; et s’il a dix vierges qui lui sont données par cette loi, il ne peut pas commettre d’adultère, car elles lui ont été données et elles lui appartiennent. Il est donc justifié. Mais si l’une ou l’autre des dix vierges, anrès qu'elle est mariée, va avec un autre homme, elle a commis l’adultère et sera détruite ; car elles lui sont données pour multiplier et remplir la terre selon mon commandement et pour accomplir la promesse
qui fut faite par mon Père avant la création du monde ; et pour leur exaltation dans les mondes éternels, afin qu'elles puissent enfanter des âmes d'hommes ; car là se perpétue l'œuvre de mon Père pour sa propre gloire.
» En vérité, en vérité, je vous le dis, si un homme ayant les clefs de cette autorité a une femme et lui enseigne la loi de ma prêtrise qui a trait à ces choses, alors elle devra croire et le servir, ou bien elle sera détruite, dit le Seigneur votre Dieu ; car je la détruirai, car j'ex‘lterai mon nom sur tous ceux qui recoivent ma loi et l’observent. C’est pourquoi, si elle rejeite cette loi, il pourra légitimement devant moi recevoir toutes choses quelconques que moi, le Seigneur son Dieu, lui donnerai, parce qu’elle w’a pas voulu croire ni le servir selon ma parole ; et alors elle devient le transgresseur ; et il est exempt de la loi de Sara, qui servit Abraham d’après la loi, quand je commandai à Abraham de prendre Agar pour femme. Maintenant , au sujet de cette loi, en vérité, je vous le dis, je vous en révélerai davantage plus tard. Que ceci vous suffise pour le présent. Voici, je suis Alpha et Oméga. »
L'apôtre mormon parcourut plutôt qu'il ne lut dans son entier cette pièce qui parut l’égayer médiocrement.
— C'est bien le même texte, me dit-il, que celui que je connaissais sur cette prétendue révélation ; mais, encore une fois, JosephSmith n'écrivait plus sous l'inspiration du Très-Haut, lorsqu'il produisit
ce commandement d'ailleurs assez embrouillé.
— L'accusation est grave, dis-je à l’apôtre. Avezvous le livre de Mormon ?
— Je ne m'en sépare jamais.
— Voyons donc ce qu'il dit à l'égard de la polygamie.
Le saint des derniers jours ouvrit son livre sacré et lut ce qui suit :
— « Tout homme parmi vous n'aura qu'une » femme, et de concubine il n’en aura aucune. Car » moi Dieu, le Seigneur des armées, je me réjouis » de la chasteté des femmes. Vous avez brisé le cœur » de vos tendres épouses ; vous ayez pe: ‘1 la con- » fia’ice de vos enfants , à cause des mauvais exem- » ples que vous mettez devant eux ; et ies sanglot » de leurs cœurs montent au ciel contre vous ? » Est-ce clair ? et les Mormons corrompus , dont l’apôtre Bertand vient de répandre en Europe les détestables doctrines, pourront-ils soutenir après ce texte si formel que la polygamie est d'institution divine ?
— J'avoue, monsieur l’apôtre, que les bras me tombent. Mais comment font-ils, dites-moi, pour mettre d'accord le texte sacré qui leur défend la polygamie, avec la polygamie qu'ilsise permettent, Oseraient-ils soutenir que les lois divines puissent être améliorées par les lois humaines ou que Dieu se contredit?
— Les prûtres mormons, comme les prêtres de la plupert des autres religions, sont adroits à tourner les difficultés, et les contradictions entre ce qu'ils
devraient faire et ce qu'ils font ne les effrayent nullement. Ils agissent déjà à l’égard du livre de Mormon comme certains catholiques agissent depuis longtemps à l'égard de la Bible ; ils le vénèrent en théorie, et en pratique ils défendent qu'on le lise. Aussi qu’est-il arrivé ? C’est que la foi s’est perdue, cette foi par laquelle les anciens recevaient l'effet des promesses, faissient des œuvres de justice, soulevaient des mon‘agnes, mettaient en fuite des armées étrangères et fermaient la gueule aux lions. N'est-ce pas par la foi que Moïse divisa la mer et fendit le rocher ? Et dirons-nous que maintenant la nature, les objets et le pouvoir de la foi ont changé ou cessé ? Ne devons-nous pas dire plutôt que ce sont les hommes qui ont cessé d’adorer le vrai Dieu, de la véritable manière, et ont ainsi perdu ce qui est la source de ses bénédictions. Comment l'or pur s'est-il changé en un vil métal, suivant l'expression de Jérémie, si ce n’est par l’apostasie ?
— Vous avez peut-être raison, monsieur l’apôtre.
— L’apostasie, voilà la peste morale qui a conduit à sa chute la nation juive, et menace aujourd’hui de précipiter dans un abîme sans fond toute la chrétienté divisée en plus de sept cents sectes différentes. Vivons-nous dans les jours où régnent les effets de la grande apostasie, telle qu’elle a été prédite au XXIV: et au LIX:*d'Isaiïe, et au XXIV°de saint Matthieu ?
— Je dois vous avouer, monsieur l’apôtre que je n'ai à ce sujet que des idées vagues.
— S'il en est ainsi, et qui pourrait en douter, ne pouvons-nous pas espérer que « d’autres ouvriers » seront envoyés dans la vigne à cette onzième » heure (Matth. xx), juste avant le jour de la co- » lère de Dieu sur Babylone et l'heure des der- » niers jugements (Apoc. x1v), annonçant que le » royaume des cieux est près (Luc xxr), et criant » d’une voix forte : Voici l'époux qui vient; sortez » au-devant de lui (Matth., xxv). » Et ne seront-ils pas informés de sa venue par un saint ange, qui doit restaurer l'Évangile dans ces derniers jours (Apoc. x1v) et la dispensation ainsi rétablie ne sera-t-elle pas la dispensation de la plénitude des temps (Eph. I, acte nt), et le royaume ainsi annoncé celui dont parle Daniel (Dan., 11) ?
— C’est bien possible , et je n’y vois pas d’objection. Kohbg
— Il yen a une pourtant. ”#.
— C'est encore bien possible. 4,
— Paul dit : « Mais quand nous-même nous an- » noncerions ou quand un ange du ciel vous annon- » cerait un autre évangile que celui que nous avons » annoncé, qu'il soit anathèrne ! » (Galat. 1.)
— Eh bien! comment vous tirez-vous de là avec votre nouvel évangile ?
— De la manière la plus simple. Le Christ a dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui » n'entre point par la porte dans la bergerie des » brebis, mais y monte par une autre issue, est un » larron et un voleur. » (Jean x.)
— Eh bien! n'est-il pas clair que Jésus-Christ a voulu dire par là qu'il ne reconnaissait comme vraie qu'une seule doctrine, celle qu'il prêcha lui-même et que prêchèrent les apôtres ; que toute modification à ses lois, pratiquée par des hommes dans le but de pénétrer dans la bergerie, c’est-à-dire au ciel, par une autre porte que celle ouverte par le fils de Dieu, devait être condamnée.
— C'est bien cela, et je conclus que c'est le comble de la folie de croire qu’il puisse y avoir plus d’un seul et vrai ordre, entendez bien, ordre de l'Évangile. C'est là pourtant ce que prétend si audacieusement ce Bertrand qui, dès l’âge de deux ans.
— Mais Île livre de Mormon ne modifie-t-il pas sensiblement l'Évangile? I1 me semble à moi, sauf meilleur avis, que c’est moins encore par la fenêtre que par la cheminée que vous voulez escalader la bergerie. Mr
— Permettez! la loi de Moïse avait été donnée par révélation divine ; cela a-t-il empêché le Fils de Dieu de venir sur la terre promulguer en quelque sorte les décrets de son père, lorsque les juifs, à l’égal des chrétiens de nos jours, s’écartèrent du sentier divin tracé par le Tout-Puissant ? Tant que les fils d'Israël observèrent toutes les ordonnances de la loi de Moïse, ils furent bénis; mais quand ils eurent apostasié, que les passions humaines l’emportèrent chez eux sur les aspirations divines, que l’amour du temporel prit la place de l'amour du spirituel, qu’ils songèrent à devenir puissants et riches, égoïstes, vaniteux,
OS AS, sv
cruels ; qu'ils se divisèrent, qu’une suite de docteurs en théologie firent entendre, par intérêt personnel le plus souvent, leurs lecons discordantes, leurs traditions tronquées, leurs interprétations contradictoires, leurs éloquentes et trompeuses disputes, Jésus vint, et dit aux Pharisiens hypocrites et aux Scribes : « Malheur à vous qui fermez le royaume des cieux aux hommes! car vous-mêmes n’y entrez point, ni ne souffrez que ceux qui veulent y entrer y entrent; vous êtes semblables aux sépulcres blanchis qui paraissent beaux du dehors, mais qui au dedans sont pleins d’ossements de morts et de toutes sortes d’ordures. Serpents, race de vipères! » commentéviterez-vous le supplice de la géhenne! » (Voyez Matthieu xx.) Ce n'est pas tout : le Christ a encore dit aux Pharisiens : « Vous êtes les » enfants de votre père le diable, et vous faites ses » œuvres : Car il a été menteur dès le commence- » ment. » Et pourtant les Scribes, les Pharisiens et les Saducéens à ceite époque faisaient profession d’être les disciples de Moïse et de servir Dieu selon sa toi; mais Jésus, qui ne fut point leur dupe, donna cet ordre à ses apôtres : « Allez par tout le monde et » prêchez l'Évangile à toute créature : celui qui aura » cru et qui aura été baptisé sera sauvé; mais celui » qui n'aura pas cru sera condamné.» Est-ce clair?… Comment, vous ne comprenez pas ?
— Pas encore parfaitement.
— Qu'a été le Nouveau Testament? Ur système d'inspiration, de pouvoirs apostoliques, de miracles,
p4 LES CIVILISATIONS INCONNUES.
de guérisons, de révélations, de prophéties, de visions, d’anges, etc. Or, je vous demanderai si l’ordre de choses dont je viens de parler s’est perpétué dans sa pureté et son efficacité jusqu'à,ce jour? si l'apostolat, les dons de vision, de révélation, de prophétie, de miracle, de grâce, etc., sont demeurés intacts? Répondez, je vous prie, et dites-moi sous quelle bannière viendront se ranger les Juifs et les autres tribus d'Israël quand, suivant les Écritures, leurs temps seront accomplis, quand sera venue l’époque marquée pour la restauration des choses dont les prophètes ont parlé depuis le commencement du monde; ce dont le faux prophète Bertrand ne sait pas le premier mot, bien que dès l’âge de deux ans...
— Vous avez toujours des questions embarrassantes auxquelles il m'est impossible de répondre. Mais, si j'ai bien compris, nous serions dans une époque d’anarchie spirituelle, et le livre de Mormon est la parole de Dieu qui doit mettre bon ordre à tout ce qui se passe à cette heure.
— Vous avez compris.
— Eh bien! monsieur l’apôtre, permettez-moi de ne pas en croire un mot.
— Ah! croyez-le, cher monsieur, le livre de Mormon est divin, et c’est bien lui qui introduira le millenium, l'ère de la vérité, de la connaissance universelle; l’ère de la concorde universelle.
— Mais, dis-je à mon saint visiteur, vous qui parlez de concorde universelle, commencez donc par vous mettre d'accord avec l’apôtre Bertrand.
> vil’or- Jétué r? si pro- 8 insous et les ures, ’épomi les onde ; as le
ssan- Mais, poque est la
Mon interlocuteur ayant eu besoin d’éternuer, ne répondit pas tout de suite à mon observation.
Après que les picotements des muscles de la narine furent apaisés :
— Vous venez de me remettre, me dit-il, sur la voie. Je vous disais donc que l’apôtre Bertrand avait, dès l’âge de deux ans...
— Du reste, monsieur l’apôtre, je comprends trèsbien qu’il ne faille rien préjuger contre l'ère de vérité et de concorde générale que doit apporter chez les hommes le livre de Mormon, parce qu'il sera. survenu quelques légères controverses au sujet de l'interprétation de ce livre ; mais qui me prouve qu'il est véritablement divin ?
— Tout, et notamment ceci : Joseph Smith, le prophète inspiré, a été persécuté et regardé comme un imposteur.
— Permettez-moi de trouver cette preuve insuffisante.
— Soit, mais c’est un fait frappant que partout où Dieu a investi des hommes de l'autorité légitime, ces hommes ont toujours été regardés comme des perturbateurs en Israël, des fous, des traîtres, des imposteurs, et ont été chassés et pourchassés. Consultez l’histoire.
* — Ne trouvez-vous pas étonnant que Dieu qui inspire les prophètes, qui est venu lui-même sur la terre, qui a nommé des apôtres pour enseigner aux hommes une religion qu'ils ne pouvaient savoir avant qu'on la leur eût apprise, ait permis aux hom-
mes d’entraver la vulgarisation de son œuvre en persécutant tous ceux qui sont chargés de la répandre, et en tuant cælui-là même qui en était l’auteur?
— Il faut croire que la persécation est en pareil cas une excellente chose, puisque Dieu, qui a la toutepuissance, a bien vouluqu'on le persécutât comme il a permis qu’on persécutät tous les hommes investis de son autorité légitime... Pour en revenir à l’apôtre Bertrand, je vous disais donc que, dès l’âge de deux ans.
— Quoi qu'il en soit, monsieur l’apôtre, je doute encore de la divinité de votre livre de Mormon. Le temps me paraît à jamais passé où Dieu se plaisait à se communiquer aux hommes et à les initier à sa volonté, soit qu'il leur pañlât de vive voix, comme il fit avec Adam, Abraham, Élie et quelques autres; soit qu'il leur envoyät des anges, comme cela arriva, autant que je m'en souvienne, pour Loth, Marie, Élisabeth, Pierre, Paul et Jean; soit enfin qu’il se manifestât par des songes, ainsi qu'il advint à Joseph, à Jacob, son pêre, à celui qui fut l'époux de la Vierge, à Daniel, à Pierre, à Jean le révélateur, etc.
— Et pourquoi done, monsieur l'esprit fort, — pardon de la liberté grande, mais je n’y mets aucüne méchanceté, — vous paraît-il que les temps soient! finis où Dieu doive se révéler aux hommes par Îles moyens que vous venez d'indiquer? Dieu ne seraitil plus tout-puissant, ou aurait-il cessé de s’intéresser au sort de l'humanité? Si l'alliance éternelle a
be und Gene) n Cie bed bed end D. bond Lt PM me
POST VE ET CT ON. Bi ER are
L'UTANH. 57
été enfreinte, peut-on maintenir que l’action humaine seule suffira pour détruire les erreurs du siècle, arrêter le crime ou neutraliser le principe du mal? Et s’il a fallu un pouvoir divin et des révélations immédiates pour établir l'Évangile en premier lieu, ne sont-ils pas nécessaires pour perpétuer le même Évangile dans son intégrité et ajouter de nouvelles instructions aux instructions anciennes ? Pourquoi donc, si l’on croit aux prophètes anciens, ne croirait-on pas aux nouveaux ? N'est-ce pas ébranler la foi que nous devons avoir dans les révélations anciennes que d'établir systématiquement l’impossibilité de révélations ultérieures? Dira-t-on que Dieu, pour réformer son Église, doive attendre que les hommes soient plus corrompus qu’ils ne le sont? A cela je réponds que le déluge, aux jours de Noé, trouva les hommes dans tous les soins et dans toutes les occupations de la vie, mangeant, buvant, se mariant, ayant comme aujourd'hui des affections conjugales, filiales, de parenté, et qu'ils étaient en société aussi bien qu’à présent. Cela, on le sait, n’empêcha pas le fléau de Dieu de s'étendre sur les hommes d’abord. Pourquoi, répondez-moi logiquement, le Seigneur n’aurait-il pas envoyé un ange à Joseph Smith pour instruire les hommes à nouveau, et les sauver, si faire se peut? Voyons-nous cette uniié pour laquelle Notre-Seigneur a prié, et ne voyons-nous pas au contraire le sectairianismeapporter dans tous les esprits l'inquiétude avec le doute ? Ne voyons-nous pas, lorsque nous passons en revue
le monde chrétien dans son ensemble, quand nous examinons les croyances et l'organisation de toutes les sectes qui le divisent, qu'aucune d'elles n’est édifiée sur le fondement des apôtres et des prophètes? qu’elles ont toutes substitué quelque chose qui exclut, soit virtuellement, soit par profession, les droits, les priviléges de l’apostat? Et encore autre chose : est-ce que quand Dieu a donné au monde des révélations il a jamais consulté la sagesse des hommes? Il serait vraiment curieux qu’on déniât à Dieu le droit d'envoyer de nouveaux prophètes? Si encore une fois vous croyez aux prophètes anciens, vous n'avez pas de raison pour ne pas croire à de nouveaux prophètes, quoique, — chose étrange, — les plus grands ennemis de Dieu et de ses serviteurs soient ceux qui, de tout temps, ont nié la venue des prophètes vivants pour croire exclusivement aux prophètes défunts.
A ce moment l’apôtre se tut pour reprendre haleine. Il avait une certaine facilité d'élocution el ne manquait pas de mémoire. Il crut sans doute que ses paroles avaient porté la foi mormone dans mon cœur, car, me prenant la main avec cette douceur affectée qui convient admirablement aux hommes dont la profession est de convertir les gens :
— Je vois, me dit-il, que les vérités éternelles combattent en vous le doute horrible qui dévorait votre âme. L'Église mormone, mon frère, serait heureuse de vous compter au nombre de ses saints, et, en ce qui me concerne, je remercie le ciel d’avoir
guidé mes pas jusqu'à vous et de m'avoir donné dans le langage cette force de conviction qui part du cœur pour arriver au cœur. Voyons, serez-vous des nôtres? À quand le baptême.
— Mon Dieu! monsieur l’apôtre, je ne dis pas que vos paroles n'aient pas pénétré mon cœur, parbleu! mais je voudrais avoir, comme ondit, le temps de me retourner. Je suis né, par hasard, dans une religion à laquelle je suis accoutumé, et à mon âge on n'abandonne pas facilement des habitudes de toute la vie pour en contracter de nouvelles. Et puis un mot m'effraye : celui de renégat.
— Cher frère, — permettez-moi de vous appeler de ce beau nom, — s’il n’y avait pas de renégats, il n'y aurait pas de prosélytes. Or, quoi de plus précieux pour toutes les religions que de faire des prosélytes?
— C'est possible ; mais vous m'avez dit que des dogmes divers séparaient le mormonisme de l'apôtre Bertrand du vôtre; je connais le mormonisme de ce dernier, mais je ne connais qu'imparfaitement le vôtre, et franchement je considère comme stupide de se convertir à une religion, si divine qu'elle puisse être, si on n’a pas été mis à même de pouvoir l’apprécier.
— Oui et non, etil y a dans le mormonisme, comme un peu dans beaucoup d’autres religions, une foule de croyants qui ne savent pas trop ce qu'ils croient. Mais, puisque vous avez j'rononcé le nom de l'apôtre Bertrand, je suis bien aise enfin de vous dire que, dès l’âge de deux ans...
— Monsieur l’apôtre, il me serait impossible, malgré tout le désir que j'ai de vous être agréable, de me convertir à la secte à laquelle vous appartenez. Il faut pour que je croie que vous me disiez au | moins à quoi il faut croire. |
— Soit, mon cher frère ; je prépare une réfutation } ; complète de l'Église dévoyée dont Bertrand s’est fait le missionnaire. Je dis Bertrand tout court, car à la fin la patience me manque en parlant de cet homme qui dès l’âge de deux ans.
— Et puis?
— Et puis vous lirez ma réfutation en même temps que l’exposé des vérités éternelles. k
— Les vôtres ou celles de l’apôtre Bertrand ? ES — Les nôtres, bien entendu, et j'espère alors que vos scrupules cesseront, et que vous serez avec nous; ce qui réjouira le Tout-Puissant, n’en doutez pas.
— Je n’en doute pas. Mais si entre vos vérités M
éternelles et celles de l’apôtre Bertrand ma conscience reste indécise, et que, tout bien pesé, elles a
me paraissent aussi respectables, aussi vraies et aussi éternelles les unes que les autres, bien que ji contradictoires, que ferai-je alors ? s — Alors je vous demanderai la préférence; et ce 0 sera justice, car enfin il est bon que vous soyez n éclairé sur ce concurrent qui, dès l’âge de deux ; ke
ans.
su * L | — Soit, mais à la condition que, pour suppléer q à l'insuffisance de vos arguments, vous me ferez du q
moins un tout petit rniracle.
L'UTAN.
— J'essaierai.
— Au revoir donc, monsieur l’apôtre.
Le saint homme sortit; mais ce qui me laissa de la défiance au sujet des vérités éternicl:es dont ce respectable commis voyageur cherchait le placement, c'est que je ne remarquai aucune auréole autour de sen chapeau et qu'aucun feu de Bengale n'illumina sa sortie.
Combien j'avais raison de me défier des vérités éternelles de ce second apôtre mormon!
Paris, cher lecteur, possède un troisième apôtre mormon, dont les croyances diffèrent sur plusieurs points importants de celles des deux autres, et qui
pourtant, lui aussi, assure posséder les vérités éternelles.
— Mais il en pleut donc des apôtres mormons!
allez-vous dire.
Il en grêle, et ce troisième saint des derniers jours — qui du reste, vous l’allez voir, fait l’apôtre en simple amateur, — est entré chez moi comme un ouragan de l'île Bourbon, pour me démontrer que mon dernier entretien sur la foi des Mormons était tout simplement un blasphème, et que rien n'est plus divin que la pulygamie conformément à ce
que dit l’apôtre Bertrand, et contrairement à ce qu'affirme son rival, l'autre apôtre mormon.
— Monsieur, me dit en pénétrant dans mon cabinet ma domestique, quelqu'un désire vous parler.
— Son nom ?
— Il m'a dit qu'il était Mormon, et qu'il venait à cause de la poly... poly... polygaminerie.
— Polygamie, vous voulez dire ?
— Je crois qu'oui, monsieur.
— Dites-lui que mes occupations ne me permettent pas de quitter mon bureau pour un simple Mormon, et que je ne me dérange que pour les apôtres. Exprimez-lui comme vous pourrez tous mes regrets.
La servante part et revient. |
— Monsieur, il est apôtre.
A peine avait-elle prononcé ces mots que la porte s'ouvrit brusquement.
— Je ne viens pas vous déranger, mon cher confrère; je sais combien le temps est précieux. Je dis confrère parce que, avant d’avoir abjuré le christianisme pour embrasser le mormonisme, j'ai publié quelques fragments sur Socrate, et une nouvelle intitulée les Deux boutons de roses. L'un de mes boutons était une jeune fille; l’autre, un bouton de rose véritable.
— L'idée était ingénieuse autant que délicate. Et vous avez abandonné da littérature et la’ botanique pour vous faire apôtret. ke
— Mon Dieu! mons ur,jes suis apôtre sans l'être; c'est-à-dire que, mes moyens-me permettant de vivre indépendant, je fais du prosélytisme à mes heures perdues et comme je l’entends, sans que personne
m'en ait prié : uniquement pour rendre hommage aux vérités éternelles et gagner des âmes au ciel.
— J'y suis; vous êtes apôtre amateur. Et que puis-je faire, monsieur, pour vous être agréable ?
— Rendre hommage à la vérité, monsieur.
— De quelle vérité voulez-vous parler ? Il y en a tant de différentes et même de contradictoires que je craindrais de mal placer mes hommages.
— Je veux parler de la polygamie, divine institution s’il en fñt, et qui a été révélée au prophète Joseph Smith, le 12 juillet 1843, par l'intermédiaire d’un ange.
— Oui, je sais, un ange, un dandy dans son genre, qui était vêtu d’habits blancs sans couture.
— On a dit en effet que les habits de cet ange ne portaient aucune trace de couture ; mais ce détail n’a pas été suffisamment éclairci, et le doute est permis. Au surplus, cela importe peu.
— Permettez; je ne suis pas tout à fait de votre avis ; il me semble au contraire que, au point de vue de la fabrication céleste, ce détail ne manque pas d'intérêt; cela tendrait à prouver qu'il n’y aurait pas la moindre couturière au ciel, j'en avais déjà le vague soupcon.
— C'est possible, maïs encore une fois c’est là un détail, et le point capital est celui-ci : à savoir que la polygamie est d'essence divine, que la monogamie ressort seule des lois humaines, et que prétendre le contraire c'est offenser Dieu en blasphémant.
— Vous auriez raison en cftet si, le 12 juillet 1843,
Joseph Smith était encore l'élu du Tout-Puissant sur la terre, mais j'ai entendu certifier par des personnes bien renseignées, qu'à cette époque Dieu s'était ennuyé de parler par sa bouche. ;
— Et vous le croyez, monsieur ?
— Faut-il vous dire la vérité, toute la vérité ?
— Dites, dites, je boirai, si cela est nécessaire, le calice jusqu’à la lie.
— Buvez-le donc, car il est évident pour moi, oh! mais là, de la dernière évidence, que Dieu ne parlait pas par la bouche de Joseph Smith lorsque celui-ci ordonna la polygamie. J’ajouterai que, dans ma conviction, le prétendu ange envoyé des sphères célestes comme ambassadeur auprès de Joseph Smith était vêtu d’habits cousus.
— Quand donc, murmura l’apôtre amateur en levant les yeux au ciel, la philosophie, d'où naît le scepticisme, sera-t-elle enfin vaincue par la foi?
— J'espère que cela ne sera jamais, monsieur le prosélytiste, et je l'espère dans l'intérêt de la doctrine mormonne elle-même, que vous défendez avec tant de conviction. En effet, si personne ne raisonnait, et si tout le monde croyait ce que chacun lui dit de croire, comme il y a, d’après une statisiique récente, six mille religions ou sectes différentes, votre devoir serait de croire à tous ces systèmes spiritualistes, ce qui serait fort gênant. J'admets comme un fait, triste, il est vrai, mais fatal, que la raison humaine est insuffisante à pénétrer les causes premières; mais est-ce un motif pour abdiquer cette
e, le
oh!
parcedans ères mith
n leis le d
ar le docavec sonn lui ique 1tes, Spinme ison precette
L'UTAZ. 68 raison tout incomplète qu’elle soit, et faut-il nous condamner à l’idiotisme parce que nous ne nous reconnaissons pas assez d'intelligence?
— Eh! que venez-vous me parler des six mille religions ou sectes qui, en dehors de la vraie religion, du mormonisme, semblent avoir été faites plutôt pour égarer l'esprit des hommes que pour le diriger! Quand je parle de la foi, je ne parle que de la vraie foi, de la mienne, et non de celles d’un tas d'imbéciles qui: mériteraient... Mais, pardon; j'oubliais qué/fétant pas Mormon, vous devez nécessairement'appärtenir à une des six mille autres religions. |
— Il n’y à pas de mal, monsieur le missionnaire, et je vous prie de ne point vous gêner.
— Merci, monsieur, merci. Si je ne suis pas tolérant moi-même, je n’en estime que plus la tolérance chez les autres. Aussi bien j'userai de la permission que vous m'accordez de parler librement sur ce qui forme la base même de notre société régénérée par Dieu, c'est-à-dire sur la polygamie.
Ici mon visiteur fouilla fébrilement dans la poche de son paletot et en tira quelques feuilles de papier.
— Monsieur, me dit-il en lançant sur moi un regard triomphateur, si vous ne croyez pas au prophète nouveau uniquement parce qu’il est nouveau et qu'il a vu le jour en Amérique, vous croyez du moins aux prophètes anciens nés en Orient.
— Quelle question! Ah! certes, oui, j'y crois!
— Très-bier.. Veuillez donc écouter les quelques
citations que j'ai copiées pour vous de l’Ancien et du Nouveau Testament. Je serai bien aise ensuite de voir comment vous vous y prendrez pour soutenir que la polygamie n’est pas d'institution divine... Ah! messieurs les monogames, vous croyez nous tenir par quelques textes mal compris ou machiavéliquement interprétés? A ces textes sacrés nous en opposons d’autres non moins sacrés, et qui ont l'avantage de ne présenter aucune obscurité. D'abord, monsieur, partons de ce fait, que si quelques polygames, fils ou petit-fils de polygames, n’ont pas été exclus du sanctuaire de Dieu, c’est que la polygamie est un véritable mariage ayant la sanction de l'Éternel. En effet, il est écrit (Deut. xxrn1, 2) : « Le bâtard n’entrera point dans l'assemblée de l'Éternel, même jusqu’à la dixième génération. »
— Ne trouvez-vous pas que c’est un peu sévère ?
— D'accord, mais cela ne me regarde pas. Ce que j'ai à dire, c’est que les saints patriarches, colonnes de notre foi, tels qu'Abraham et autres personnages, ne furent point monogames, mais bel et bien polygames, ne vous en déplaise. Or, si leur postérité sainte a été et reste éminemment agréable à Dieu, c’est évidemment qu’elle n’était point bâtarde, maïs parfaitement légitime au contraire.
— Vous condamniez la raison il n’y a qu'un instant, et voilà que vous raisonnez à cette heure.
Le missionnaire fit semblant de ne pas entendre et continua.
— Cela établi, je passe à la lecture de quelques
textes. Après le polygame Abraham, qui dans la Bible est représenté comme l'ami de Dieu, et qui est appelé dans le Nouveau Testament le père des fidèles, je passe à son petit-fils Jacob. Croyez-vous, monsieur, que Jacob ne fut point hautement estimé du Seigneur?
— Je n'ai jamais dit le contraire.
— Eh bien! monsieur, Jacob a eu quatre femmes qui lui ont donné douze fils et une fille.
— Permettez-moi de le plaindre rétrospectivement de tout mon cœur.
— Pourquoi cela? les écrivains sacrés ont parlé hautement de ses femmes comme honorables et vertueuses ; elles ont, disent les Écritures, édifié la maison d'Israël. Faut-il suivre cette postérité? Je vois que les douze fils que Jacob eut de ses quatre femmes
devinrent des princes, des chefs de tribus, des patriarches dont les noms sont transmis de siècle en siècle.
— Vous avez raison, mais c’est le cas de répéter le dicton : Autres temps, autres mœurs. D'ailleurs Abraham ne croyait peut-être pas mal faire en épousant plusieurs femmes à la fois.
— Comment! ne savez-vous donc pas que Dieu conversait fréquemment avec Abraham ainsi qu'avec Isaac et Jacob, et que ses anges les ont visités, leur: ont maintes fois adressé la parole et les ont bénis, eux, leurs femmies et leurs enfants.
— Ah! c'est vrai, je n'y pensais plus.
— Maintenant que je vous ai mis sur la voie, vous devez vous rappeler aussi que le Seigneur a réprouvé les péchés de quelques-uns des fils de Jacob, parce qu’ils ont haï et vendu leurs frères, parce qu'ils ont commis le crime d’adultère. Mais a-t-il jamais condamné leur organisation de famille, et n’a-t-il pas au contraire promis à Abraham qu'il le ferait le père de plusieurs nations, et qu’en lui et sa postérité seraient bénies toutes les familles et nations de la terre? Dieu eût-il tenu ce langage s’il eût blamé le mariage patriarcal?.. Voyons, monsieur le monogame, répondez sans ambages.
— Je n'aime pas, monsieur, qu'on m'impose des conditions, et puisque vous ne voulez pas que je réponde sans ambages, je ne répondrai pas du tout. Je vous eusse volontiers répondu avec ambages, puisque ambagesilya.
— En ce cas, je continue. Si je passe à Moïse, je vois que la pluralité a été perpétuée, sanctionnée et réglementée par sa loi. David, le Psalmiste, avait plusieurs femmes; ce n’était pas encore assez, et le Seigneur lui-même parlant paf la bouche du prophète Nathan, un vrai prophète, celui-là, j'espère.
— Sans contredit.
— Lui donna encore les femmes de Saül. Cela est vrai ou n’est pas vrai; si c'est faux, prouvez-le moi; si c'est vrai, n’avais-je pas raison de proclamer la polygamie d'institution divine ?
— Monsieur, je ne suis point théologien; mais j'ai l’assurancé que si vous aviez affaire à un théolo-
OC, 1e bu PP PP pe °F dt
gien, il ne serait pas embarrassé pour vous répondre, avec ou sans ambages.
— Vos réponses sont évasives, monsieur le monogame, mais je ne me déconcerte pas, et je poursuis. Voici ce que Dieu lui-même dit à David : « Je t'ai donné les femmes de ton seigneur, et si c'est encore peu, je t'eusse ajouté telle ou ‘telle chose » (II Sam. xn1, 8.) Ici non-seulement Dieu permet la polygamie, mais c'est lui-même qui marie avec plusieurs femmes l’homme qu’il aimait tendrement. Qu'avez-vous à dire ?
— Je répète quesi j'étais théologien je vous écraserais de la belle manière. Malheureusement je'ne le suis pas, et n’ai pas d’ailleurs le moindre sprase à mon service.
— C'est dommage. Mais passons de’ T'Andièn au Nouveau Testament.
— À dire vrai, je n’en serai pas fâché, car après tout, il est très-possible que Dieu ait abrogé par de nouveaux décrets ses décrets anciens.
— C’est une supposition erronée, monsieur.
— Permettez, je vous ai dit que je n'étais pas théologien, mais je sais lire et voici ce que j'ai lu : « Les elders et les diacres seront élus parmi ceux qui sont unis à une seule femme. »
— D'accord; mais ceci n'implique pas qu'il y ait du mal à épouser plusieurs femmes, car, dans ce cas, la prohibition aurait été imposée à tous également. Voulez-vous un fait historique à l’appui de mon observation ?
— S'il n'est pas trop long à raconter je le veux bien.
— En 1539, le landgrave Philippe de Hesse voulut, sa femme étant vivante, en épouser une seconde.
— Voilà ce que je ne puis pas : mprendre, car il me Semble que, quand ça n’est pas trop une femme c'est toujours bien assez, Mais veuillez continuer.
— À ceteflet, le landgrave demanda une consultation aux éminents auteurs de la réforme, Martin Luther, Philippe Mélanchton, Martin Bucer, Antoine Corvin et quelques autres. Tous donnèrent un avis favorable au second mariage, à condition toutefois de le tenir secret.
— Pourquoi, si cæt acte n'était pas blâmable, le tenir secret.
— Je n’en sais rien, Ce que je sais c'est que, dans leur consultation, rapportée par Bossuet (Hist. des variaions), on lit ce qui suit : « C'est ainsi que nous l’approuvons et dans les seules circonstances que nous venons de marquer, car l'Évangile n’a ni révoqué ni défendu ce qui avait été permis dans la loi de Moïse à l'égard du mariage}, Jésus- Christ n’en a point changé la police extérieure, mais il a ajouté seulement la justice et la vie éternelle pour récompense. »
— Monsieur, je me jette à vos pieds pour vous supplier de m'épargner tonte autre citation. Adressez-vous au journal le Monde ; vous trouverez là des savants d’infiniment d'esprit qui jongleront avec vos
be et D bu bd ©, nm
textes sacrés comme les jongleurs japonais jonglent avec leurs boules dorées. Vos citations ne m'ont nullement ébranlé, et je réprouve la polygamie comme une monstruosité. Si je l’osais, je vous donnerais même un conseil : Vous avez de la fortune, m’avezvous dit?
— Oh!" une: très-modeste fortune; de l’aisance, voilà tout.
— Raison de plus. N'ayez qu'une seule femme, elle suffira, croyez-le bien, pour faire honneur à vos rentes.
Mon apôtre amateur me salua froidement et sortit, en lançant sur moi un de ses regards de fanatique froissé dans ses convictions, qui me prouva une fois de plus que si l'homme est de tous les animaux le plus féroce, il doit cette supériorité à son penchant pour la superstition. Ce sentiment désordonné a fait, en pleine paix, égorger ou brûler près de huit cent millions de créatures humaines, depuis les incarnations de Vishnou jusqu’à la Saint-Barthélemy.
Puisse Dieu, ce que je n'ose plus espérer depuis la guerre que se font à Paris les apôtres mormons, préserver les saints des derniers jours de tout massacre sacré.
Il n'est pas agréable d’être égorgé, même religieusement.