‹ Les civilisations inconnues [microforme]Chapitre 4 sur 30 · L’UTAH · texte numérisé non relu

L’UTAH

nations d’un ex-protestant français. » Le schisme! ah! le schisme! c’est lui qui a perdu l’une après l'autre les religions les plus prospères et qu’on croyait éternelles. C’est aussi lui qui menace le mormonisme. Mais que veulent-ils donc, ces réforhateurs tracassiers de 12 foi nouvelle ? Serait-ce la suppression de la polygamie ? A cette question intempestive, il me semble entendre tous les Mormons de l’Utah répondre par ces mots indignés : « Ah! ce serait joli! » Non, le mormonisme, s’il réussit jamais, ne devra son succès qu’à ses «berrations 50ciales et à ses absurdités spiritualistes. Retranchez de ce système tout ce qu'il y a d’insensé et de contraire à la nature, pour en faire un plan raisonnable de société nouvelle, il tombera infailliblement, F. } excellent. Que voulez-vous! l'esprit hui es ainsi fait! Credo quia absurdum.

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Nous en étions là de notre étade sur les Mormons, et entouré des docëments necessaires pour nous édifier sur la foi nouvelle, nous allions continuer notre travail, quand nous apprimes que Paris comptait, üon pas un apôtre mormon, mais deux. Cette excellente nouvelle nous a été apportée par le digne émule de l’apôtre Bertrand lui-même, dans une visite édifiante dont ce saint des derniers jours a bien voulu nous honorer.

On n’a pas tous les jours la bonne fortune de deviser avec un apôtre, et j'ai cru faire plaisir aux lecteurs en i ffrant le récit, aussi exact que possible, de cei atretien qui m'en a appris de belles sur les disciples de Joseph Smith.

— Monsieur Oscar Comettant ?

— C'est moi, monsieur.

— Monsieur, je suis le personnage que l'apôtre Bertrand désigne quand il dit, dans ses Mémoires d'un Mormon, ces paroles : « En outre, un certain » nombre de nos frères ont fait scission, grâce aux » ténébreuses machinations d’un ex-protestant fran- » Çais. »

— Enchanté, monsieur, de faire votre connaissance. Donnez-vous donc la peine de vous asseoir.

pnsieur, le motif de ma visite est double.

— Je voudrais, monsieur, qu'il fût triple; car, pourquoi vous le cacherais-je ? j'aime les apôtres, qui sont tous de très-aimables gens et ont toujours une multitude de choses intéressantes à conter.

L'apôtre mormon s’inclina modestement.

— Monsieur, permettez-moi d’abord de rétablir la vérité en ce qui me concerne."Je ne suis point un ex-protestant, mme l’a dite par erreur l’apôtre Bertrand, et, pour opérer.la scission dont il parle, je n’ai point eu recours à de ténébreuses machinations, comme le dit encore par erreur ce même Bertrand , qui est très-sujet à commettre des erreurs. J'étais catholique romain avant d’avoir été éclairé sur la vraie religion par le prophète Smith, quand

il écrivait sous la dictée des anges ; car, si pénible qu'il me soit de faire cet avèu, dans les dernières années de sa vie, l'amour du temporel l’avaitemporté chez lui sur l'amour du spirituel, et Dieu ne parlait plus par sa bouche.

— Ah bah! vous m'étonnez!

— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.

— Diable ! mais en êtes-vous bien sûr?

— d'en ai la preuve.

— Est-ce qu’à votre tour des anges vous auraient révélé quelque chose à ce sujet ?

— Non, monsieur. A la vérité, j'ai bien fait iquelques rêves mystiques relativement à la prop 16 e d Joseph Smith, mais je ne crois pas qu'ils fussent un révélation de la divinité. |

— Vous êtes modeste , monsieur. Et à ( attribuez-vous ces rêves ? .

— À des dispositions purement physiaudile à des digestions laborieuses peut-être.

— Il faut, monsieur, pour éviter de retomber dans des rêves où le prophète se montre à vous avec des torts exagérés peut-être, croquer après dîner quelques pastilles de Vichy, ou bien encore faire un usage immadéré de graine de moutarde blanche.

— Je sais que c’est bon pour l'estomac. Quoi qu'il en soit, toutes les pastilles de Vichy ne pourraient modifier mon opinion sur Joseph Smith, que Dieu a manifestement abandonné dans les derniers temps de sa vie.

— Vous croyez alors que s’il ne l’a pas lui-même avoué, c'est par amour-propre ?

— C'est bien possible. Mais revenons au second motif de ma visite, qui est de vous éclairer sur les étonnantes déviations de la primitive Église des Mormons, sous la direction sacrilége de Brigham Young, et sur le missionnaire Bertrand, qui fait ici le bon apôtre, sachant bien qu'entre nous deux le coupable d'un schisme, c’est lui et non pas moi. Sans vouloir porter atteinte à l'honorabilité et au talent de ce favori de Brigham Young, je dirai qu’il y a chez lui des défauts de caractère qui le rendent à mo avis passible de toutes les sévérités et entièrement impropre au saint ministère dont il est revêtu. Dès l’âge de deux ans, M. Bertrand.

— Pardon si je vous interromps, mais je ne puis croire que Dieu ait abandonné brusquement Joseph Smith après lui avoir donné les marques d’une entière confiance.

— L'amour du temporel, monsieur , et les tentatives réitérées du démon, qui un jour lui souffla ce mot maudit : polygamie !

— Comment, monsieur l’apôtre, la polygamie ne vient pas de Dieu et vient de l’enfer.

— Oui, monsieur, de l'enfer, car elle est formellement condamnée par le livre de Mormon, qui est la parole de Dieu.

— Je tombe de surprise en surprise ; et, voyant le mormonisme fondé sur la polygamie, je la croyais naturellement ordonnée dans le livre de Mormon. Il y

a mieux, je crois me rappeler que la polygamie, qui du reste est mentionnée dans la Bible, a été ordonnée au prophète américain par un ange envoyé des cieux tout spécialement pour cet objet.

— Oui, monsieur, on l’a dit, mais c'est une imposture.

— J'ai lu que cet ange était d’une stature un peu plus élevée que celle des hommes de ce temps-ci, et qu'il était vêtu d’habits blancs sans couture.

— En effet, cela a été écrit, mais encore une fois, c'est une imposture.

— Vous croyez que les habits de l’ange étaient cousus ?

— Je crois qu'aucun ange n’a donné un ordre semblable à Joseph Smith, car Dieu n'aurait pu se contredire. Du reste, nous reviendrons sur cette question importante... Je vous disais que l’apôtre Bertrand, dès l’âge de deux ans.

— Cette question, monsieur, est en effet trop importante pour que nous puissions l’abandonner, ne fut-ce qu'un instant. J'ai là, dans un certain carton, le texte même de la révélation faite par l'ange au prophète yankee.

— Ah! vous avez ce texte?

— Oui, monsieur, et, si vous le permettez, j'aurai l'honneur de le mettre sous vos yeux.

Et sans attendre la réponse de mon saint visiteur, j'allai chercher cette pièce, un peu longue, il est vrai, mais que j'offre tout entière à la curiosité du lecteur comme un modèle de style imitatif, et pour

l'intelligence de ce dogme délicat de l’église nouvelle.

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