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Ï LA RELIGION AU JAPON

Les Japonais, qui professent le bouddhisme (une vieille religion qui a plus de 3,000 ans), ont une trinité divine (Bouddha, Dharma et Sâkya), une vierge mère, le paradis pour l'âme des élus; l'enfer pour celle des réprouvés, et le purgatoire par la métempsycose. Dans le bouddhisme, il y a un pontife suprême et infaillible en matière de doctrine : des patriarches chargés du gouvernement spirituel dans les provinces ; un conseil de prêtres supérieurs qui se réunissent pour désigner le souverain pontife, et dont les insignes mêmes rappellent ceux de nos cardinaux ; des couvents de moines et de religieuses qui ressemblent beaicoup aux nôtres, et parmi lesquels

j'ai remarqué l’ordre si riche des frères mendiants ; des prières pour les morts, l’intercession des saints, le jeûne et les macérations, les reliques vénérées par les fidèles, le baisement des pieds, les génuflexions, les litanies, les processions dans l’intérieur des temples et dans les rues, avec cierges allumés, encens brûlé, musique, reposoir, cortége de jeunes filles vêtues de blanc et jonchant le sol de feuillages et de fleurs ; l’eau lustrale, le culte des images, les pèlerinages, le symbole de la croix allié à l'architecture et aux ornements des temples, etc., etc.; sans compter une foule de miracles à l’un desquels nous devons la création de ce délicieux arbrisseau dont nous savourons l’infusion parfumée ét qu’on appelle thé.

En ce temps-là (519 de notre ère) vivait au Japon un pieux ermite du nom de Darma. Le saint homme se nourrissait exclusivement d'herbes et de racines, mais il se trouvait, heureux ainsi, parce qu'il était rempli de l'esprit de Bouddha.

Nuit et jour il méditait, et, pour ne point interrompre cette utile occupation, il avait fait vœu de ne jamais s’abandonner au sommeil. Ce vœu était téméraire, et Darma, malgré tous ses efforts pour résister à cette loi de la nature, s’endormit un jour profondément. Quand il se réveilla, il demanda pardon au ciel d’un acte si coupable, et, pour s’en punir autant que pour ne pas être exposé à retomber dans la même faute, il s’arracha les paupières.

Bouddha ne pouvait laisser sans récompense un pareil hommage rendu à sa puissance infinie, et,

dans son inépuisable bonté, voici la surprise qu'il ménagea au bon ermite :

Le lendemain, quand celui-ci, les yeux sans paupières, revint au lieu même où il s'était soumis à cette dévote opération, il vit, quoi ? que ses paupières, qu'il avait dédaigneusement jetées par terre comme un objet inutile et dangereux, avaient été métamorphosées en arbrisseaux. Naturellement il voulut goûter les feuilles de ces arbisseaux (vous et moi nous en eussions fait autant à sa place). Ilen porta donc quelques-unes à sa bouche, et tout aussitôt il éprouva une agitation extraordinaire qui lui inspira de la gaieté, lui dégagea le cerveau et le rendit plus propre à la contemplation.

Et voilà comment l'usage de cette plante précieuse s'est répandu partout, par la volonté de Bouddha, et grâce au plus délicieux des miracles.

Les Japonais ont aussi la confession auriculaire. Voici comment elle se pratique dans certains cas.

Parmi lesconfréries qui dépendent directement du pape bouddhiste se trouve celle des jamabos, dont le nom signifie littéralement soldats des montagnes. « Le principal objet de l'institut des jamabos, » dit Clavel, « est de combattre pour la cause des dieux et pour la défense de la religion. On les voit constamment occupés à franchir les cimes des monts les plus escarpés. Les pénitents se rendent auprès d'eux en pèlerinage pour se faire absoudre de leurs péchés, mais ils n’obtiennent ce résultat qu'après s'être soumis à de dures austérités. Ce sacrifice préalable”

accompli, on les conduit sur le faîfte d’un rocher, où leurconfession doit avoir lieu, Une poutre est engagée dans le flanc de ce rocher; à l'extrémité de la poutre, qui s’avance au-dessus d’un précipice, sont suspendus les deux plateaux d’une balance ; le pénitent est placé dans l’un de ces plateaux ; dans l’autre on met un contre-poids. Alors commence la confession. Il faut qu’elle soit complète et sincère. S'il arrive au pénitent de dissimuler quelqu'une des fautes qu'il a commises, et que les jamabos qui l’interrogent en concoivent le moindre soupçon, ils enlèvent le contrepoids en agitant violemment la balance, et lancé hors du bassin où il se trouvait en équilibre, le pénitent tombe dans le gouffre ouvert sous ses pieds 1. »

Nous nous bornons à constater ces similitudes entre le bouddhisme et le christianisme, sans cher-

cher à les expliquer; mais elles sont telles que les premiers missionnaires qui pénétrérent au Japon se crurent au premier abord en plein christianisme. Voici encore quelques-uns des prodiges opérés par Bouddha (il y a trois mille ans), et qu'on cite

{ A l'appui de tout ce qui précède, voir les ouvrages suivants : Histoire pittoresque des religions, parF.-T.-B. Clavel, 1844 ; Japan and her people, by Andrew Steinmetz, esq. London, 1859 ; — Epistolæ japonicæ, 1570; — Histoire ecclésiastique du Japon, par le père François Solier, 1627; — Voyages adventureux, Ferd. Mendez Pinto, 1628; — History of Japan, Kampfer, 1727; — Narrative of my captivity in Japan, Golownin, 1818;— Cérémonies usitées au Japon, Titsingh, 1819; — His pilarinage, Pierchaz, 1617; — Japan, voorgesteld in schorten, Meytan, 1830,

avec vénération à trente-cinq jours de voyage de Paris.

Tantôt il prend la forme d'un poisson, sort du fleuve qui le recélait, et pendant douze ans nourrit les hommes de sa chair; tantôt il fait présent d’un de ses yeux à un aveugle : un œil, cela se donne volontiers.

Les missionnaires bouddhistes firent, après leur maître, un excellent usage des miracles. C’est par un miracle que le bouddhisme s’introduisit en Chine, où le brahmanisme tenait bon, cherchant à discréditer les miracles des autres par les siens, qu’il prétendait seuls wrais et authentiques.

Voici le miracle des missionnaires bouddhistes en Chine. Ayant vainement essayé de convertir la cour lu Céleste-Empire à la foi nouvelle, ils furent jetés en prison pour y mourir de faim. Mais eux, pas maladroits, récitèrent la prière appelée Mah4 pradjn hära mitd, et à l'instant même une vive clarté illumina leur cachot. Un génie de couleur d'or, d’une taille démesurée, armé d’une massue, vint enfoncer les portes et délivrer les prisonniers. Effrayé d’un pareil prodige, l’empereur Chi-houang-ti ordonna qu'on rendit la liberté aux prisonniers, fortement

lapan Epis- ébranlé dans ses convictions et ne sachant plus trop par le à quel saint se vouer.

avé Ce miracle n'avait réussi qu'à demi.

Les historiens chinois racontent dans les termes suivants l'adoption officielle du bouddhisme dans le Céleste-Empire.

Ming-ti, de la dynastie des Han, eut un songe dans lequel il vit un homme de couleur d’or (c’est évidemment la couleur favorite de Bouddha), d’une taille élevée, la tête environnée d’une auréole blanche, lumineuse, voler dans l'air au-dessus de son palais. Il consulta sur ce songe des hommes compétents. On lui répondit que dans les contrées occidentales il y avait un puissant génie nommé Fo, à qui les peuples rendaient un culte religieux. En conséquence, l’empereur chargea un grand officier et un lettré d'aller avec plusieurs autres personnages notabies dans l’Hindoustan prendre des informations à ce sujet, dessiner des temples et recueillir des préceptes. Le grand officier s’adressa aux samanéens et revint avec deux d’entre eux. C’est alors que le royaume du Milieu (la Chine) commença à observer l'usage des génuflexions. Un prince de Tehou, nommé Yng, fut le premier à embrasser la religion nouvelle. Il s'était procuré le livre de Fo, en 42 chapitres, et des images de Säkya (Fo ou Bouddha). Ming-ti fit peindre des représentations religieuses et les plaça dans la tour de la Pureté. Le livre sacré fut déposé dans un édifice en pierre près de la tour de Lan; et comme, en revenant à Logang, le grand-officier avait posé ce livre sur un cheval blanc, on construisit un monastère que l’on nomma le temple du Cheval-Blanc. Mateng et Tchou-fa-lan passèrent leur vie dans le monastère.

À partir du moment où l’empereur des Chinois fut gratifié de ce songe miraculeux, le bouddhisme ne

fit que croître et embellir. Toutefois il fut un temps où, d’après les Bouddhistes, Bouddha, voulant éprouver son Église, permit à un grand nombre de Chinois de se montrer tièdes envers la vraie religion et de critiquer certains actes de ses ministres. Il s’organisa alors de pieux pèlerinages dans le but de raffermir la foi chancelanté.

Les pèlerins visitèrent tour à tour, dans un voyage qui dura plusieurs années, tous les endroits qui avaient été témoins des miracles de Bouddha, de ses macérations, de ses artifices. Dans l’Hindoustan, ils s'agenouillèrent et prièrent sur le lieu même où le Dieu s’incarna sous les traits d'un simple mortel, Säâkya. A Bénarès, ils se réjouirent de la prééminence que ie bouddhisme avait obtenue sur le brahmanisme. Mais cette dernière religion avait de trop profondes racines pour n'être pas vivace, et ils se massacrèrent mutuellement.

Les religieux bouduhistes n’oublièrent pas, en vue des biens à venir du spirituel, les biens présents du temporel. Ils songèren : étendre leur puissance et à s'enrichir. L'empereur Wou-ti, s'étant converti à leur croyance, abdiqua, se fit moine bouddhiste et alla se réfugier dans un monastère. Là, il se fit raser la tête, se couvrit d'un vêtement grossier, et ne prit pour aliments que des herbes et du riz. Le peuple, peu satisfait de la conduite de l’empereur, l’obligea de jeter le froc aux orties et de reprendre la couronne. Pour déterminer les religieux à laisser partir un hôte si illustre, l'État fut contraint de leur payer

une somme considérable en or. A cette époque, les bouddhistes possédaient en Chine treize mille couvents, avec des biens considérables. C'est beaucoup sans doute pour de modestes religieux, mais on n'est pas parfait.

Nous venons de voir que les moines de Bouddha se firent payer très-cher pour laisser l’empereur Wou-ti reprendre son sceptre; ils ne se firent pas payer moins cher pour empêcher de quitter le sien et de se faire religieuse une femme qui régnait alors dans le nord de la Chine. Les dignitaires de l'Église de Bouddha lui persuadèrent qu’elle gagnerait bien plus sûrement le ciel en ne se faisant pas religieuse et en restant sur le trône, à la condition toutefois qu’elle ferait élever un monastère où mille moines seraient entretenus à ses frais. Cet édifice fut construit; il se composait de neuf tours et n'avait pas moins de neuf cents pieds de haut. On l’appela le séjour de la paix universelle.

Ce couvent, où tant de moines étaient très-bien entretenus, rendit jalouse une autre princesse bouddhiste, l’impératrice Wou-heou, qui chargea son moine favori de présider à la construction de deux édifices bouddhiques, dont l’un s’appellerait le temple de la Grande-Lumière, l’autre le temple du Ciel. Dix mille ouvriers furent employés à ériger ces monuments, et la dépense s’éleva si haut que les trésors de l'empire en furent épuisés. N'imporre, l'essentiel pour l'impératrice Wou-heou était d’éclipser sa rivale, de s'ouvrir les portes du ciel et d’être agréable

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à Hoaï-y, son moine favori. Le temple du Ciel, auprès duquel nos églises catholiques ne sont que des baraques, avait cinq étages d’une hauteur et d’une magnificence sans égales.

Voici quelques chiffres qui ne manquent pas d’intérêt. En 845 de notre ère, Wen-tsoung ordonna le dénombrement des samanéens de l'empire. Ce travail fit connaître qu'il existait 4,660 temples et monastères autorisés par les empereurs, et 40,000 construits et entretenus par les particuliers; que le nombre des religieux et des religieuses vivant dans ces édificess’élevait à 260,500; que leurs terres et domaines étaient immenses et d’une valeur inappréciable; enfin qu'ils possédaient 150,000 esclaves. Wen-tsoung considéra cet état de choses comme dangereux pour l’empire;en conséquence, il décréta la destruction de touslestemples bouddhiqueset descouvents quien dépendaient, la sécularisation des religieux des deux sexes rés dans le pays, l'expulsion des religieux étrangers, l’affranchissement des esclaves et l’assujettissement des propriétés à l'impôt. Toutefois, comme gage de son esprit de tolérance, il permit qu’il subsistât dans les deux cours de Lo-yang et de Sin-gan-fou, comme dans chacune des provinces de l'empire, un nombre déterminé de monastères et de religieux samanéens, lesquels seraient placés sous la surveillance immédiate de mandarins spécialement ‘préposés à cet objet. ‘à

Mais ces mesures si sages n’affaiblirent que pour un temps le bouddhisme chinois. La persévérance

de ses prêtres triompha de tous les obstacles, et le bouddhisme règne aujourd’hui sans entraves sur la majeure partie de la population.

Les adeptes de cette croyance voient dans son triomphe une preuve évidente de la protection du ciel. Les brahmanistes y voient une de ces épreuves passagères qui ne font qu'accroître définitivement la puissance de la vraie religion, qui pour eux est naturellement la leur, et ils ne s’en effrayent pas. Moi qui ne suis ni bouddhiste ni brahmaniste, je ne vois dans tout cela qu’un conflit d'intérêts divers, et je crois apercevoir dans chaque camp deux grandes catégories d'hommes : les dupeurs et les dupes, les ambitieux et les imbéciles.

Nous ne suivrons pas le bouddhisme dans ses nombreuses croyances. Tout ce que l'imagination peut inventer de merveilles, les unes poétiques, les autres extravagantes, la plupart absurdes, se trouve entassé dans cette religion. On pourrait assurément remplir un volume entier des fantastiques tableaux qu'ont tracés les fondateurs du boudähisme, et qui, suivant eux, représentent les vérités éternelles révélées par la divinité en personne. Il y a les chapitres sur la formation et l’anéantissement du monde, sur la division de la terre en quatre parties distribuées autour du mont Méron, qui occupe le centre même du globe ; sur les quatre couches souterraines, sur les âges humains, sur les rois de la terre, sur les sept choses précieuses, sur l'achèvement de la période actuelle qui doit durer deux cent trente-six

millions d'années. Cent cinquante et un millions deux cent mille sont déjà écoulées.

Quand la vie de l’homme, aujourd'hui de cent ans, disent les livres sacrés, ne sera plus que de trente ans, alors la pluie du ciel cessera,les fleuves seront taris, les plantes ne pourront plus renaître, la terre sera désolée par une immense dépopulation. Quand la vie n’aura plus qu’une durée de vingt ans, des maladies mortelles viendront réduire encore le nombre des hommes ; puis, lorsque la vie aura atteint sa plus étroite limite, qu'elle ne sera plus que de dix ans, les malheureux échappés à tant de causes de destruction, se livreront des combats acharnés; tout ce qui est dans la nature, les arbres, les pierres, les ossemerns même des victimes qui auront antérieurement succombé deviendront entre leurs mains des instruments de mort. En cet instant terrible apparaîtra Bouddha, qui régénérera le monde, et la vie de l’homme reprendra sa progression ascendante.

Après ces chapitres, dont nous ne pouvons guère ici que rappeler les titres ou donner la substance, viennent ceux qui traitent des mondes supérieurs, de l'âme, de la classification des dieux, qui se divisent en plusieurs classes, parmi lesquels figure le dieu des enfers, et au-dessus desquels règne l’Être suprême, esprit universel et indestructible, créateur de toutes choses. Il faut encore citer les translations dans les mondes supéneurs, les dix puissances, les saints du paradis, l'incarnation de Bouddha, qui n'est pas

l'Étre suprême, bien qu'il soit considéré comme divin, et se compose d’une trinité mystérieuse; le paradis, quise divise en plusieurs étages ou contemplations, affectées à l'Âme des trépassés, suivant leur degré de pureté. Nous remarquons les catégories suivantes : le ciel sans nuages, le ciel de la vie heureuse, le ciel des grandes récompenses, le ciel où il n'y a pas de réflexion, le ciel sans fatigue, le ciel du terme de la pensée, le ciel où l’on voit tous les mondes, le ciel où tout est manifesté; enfin le ciel dutsuprême seigneur.

Plusieurs théologiens avancent qu'au-dessus des vingt-huit cieux dont ceux que nous venons de nommer font partie, il y en a d’autres encore; mais cela n'est pas bien prouvé, personne n'y étant jamais allé.

Tels sont, disent les livres sacrés, les lieux de félicités réservés aux êtres qui sont parvenus à se détacher des liens de la matière et à acquérir, par leurs bonnes œuvres et par la contemplation, des degrés de pureté plus ou moins avancés.

Le bouddhisme, qui admet l'égalité des hommes devant Dieu, ouvre à tous, grands ou petits, riches ou pauvres, l’accès de la béatitude éternelle,

Mentionnons pour mémoire le purgatoire, qui n'offre qu’un intérêt médiocre, et arrivons à l'enfer des bouddhistes, qui ressemble beaucoup à celui de Dante.

L'enfer se subdivise en seize catégories de lieux de supplicees, ou, si l’on veut, en seize enfers,

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dont huit brûlants et huit glacés. En outre, à chacun de ces enfers principaux sont attachées seize petites succursales, où les damnés sont soumis graduellement aux souffrances suprêmes qui leur sont finalement réservées.

Dans la première des seize succursales de chaque enfer central, on applique aux damnés le supplice du sable. Un vent enflammé soufile incessamment sur un sable très-fin, l'échauffe horriblement, et le pousse sur la peau des patients qui hurlent.

Dans le second enfer, des boules de fer creuses remplies d'excréments brüûülants crèvent d'ellesmêmes comme des bombes asphyxiantes.

Mais quel crescendo de supplices il reste encore à endurer!

Dans la troisième succursale, les réprouvés sont étendus sur du fer chaud, et y sont fixés au moyen de cinq cents clous qui leur percent les mains de part en part, les pieds et tout le corps.

Dans la quatrième succursale, ils n’ont pour toute nourriture que du cuivre fondu; c’est pewtonique.

Dans la cisquième succursale, les démons rafrafchissent leurs hôtes au moyen de petites boules de fer rougies à blanc qu'ils leur font avaler comme on avale des pilules.

Dans laisixième succursale, on jette les condamnés dans‘ üti8 chaudière de liqueur bouillante.

Dans la septième.succursale, il n’y a que la nature de la liqueur qui change.

Dans la huitième succursale, ils ont tout le corps pressé entre d'énormes pierres qui les réduisent en bouillie.

Dans la neuvième succursale, on les force à se baigner dans du sang et des matières purulentes qu'ils avalent en respirant.

Dans la dixième succursale, ils ont le corps calciné.

Dans la onzième succursale, un immense fleuve de cendres coule sur eux et leur cause à la fois dix mille douleurs. Le chiffre est gentil.

Dans les autres succursales ils sont plus maltraités encore. :

Cela fait rire parce que cela est insensé.

Je fais grâce au lecteur des grands enfers, auxquels ceux que nous venons de voir servent de préparation. Là, les réprouvés se ruent les uns sur les autres et s’entre-déchirent. S'ils meurent de leurs blessures, c’est pour ressusciter aussitôt et se faire attacher des chaînes incandescentes par la bande des diablotins qui les décapitent, leur scient le corps et les chatouïllent d’une certaine facon qui fait fondre et ruisseler la moelle de leurs os.

Dans les enfers glacés, les corps des damnés se couvrent de rides et de gerçures; leurs chairs s’épanouissent comme la fleur du nénuphar bleu; quelquefois elles se contractent et prennent la couleur du nénuphar rouge; ou bien leurs os dépourvus de leur enveloppe se montrent à nu, et-offrent l'aspect d'un nénuphar blanc.

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Les bouddhistes pensent qu'il n’est point nécessaire de comprendre le sens des prières pour qu’elles soient agréables à la divinité, et que l'important est d'en dire beaucoup. Ils sont même convaincus qu'il n'est pas besoin pour plaire à Bouddha de réciter les prières, et qu’il suffit de regarder vaguement le papier où elles sont écrites.

De là une invention très-originale au moyen de laquelle il prient à la mécanique.

On appelle cet appareil roue à prières.

Ce sont des boîtes cylindriques ou à plusieurs angles dont la surface est couverte de prières écrites en caractères d’or, et qu'on fait mouvoir comme on joue de la serinette. Chaque tour de roue est compté pour le pénitent à l’égal d’une prière parlée. C'est une question de poignet : le plus agréable à Dieu est celui qui tourne le plus longtemps et le plus vite la manivelle.

Des pénitents aisés ont des roues à prières établies sur une grande échelle et mues par des moulins à vent ou à eau. Rien de plus commode; on sauve ainsi son âme sans même se donner la peine de faire aller la mécanique et tout en vaquant à ses affaires.

Mais je crois que pour obtenir la permission de se servir des roues à prières, il faut payer une certaine somme d'argent aux prêtres de Bouddha.

Certains couvents au Japon sont renommés pour les reliques qu'ils renferment, et attirent de nombreux pèlerins. Dans ces couvents, on vend des’

images de la divinité spécialement honorée dans le monastère. Ces images ont pour eïfet de racheter les péchés que ion a pu commettre. Il se fait un commerce très-lucrutif de ces saintes images bouddhistes.

Mais la plus précieuse de ces reliques, sans comparaison, est une dent canine de Bouddha lui-même.

Les aventures de cette dent exceptionnelle méritent d’être consignées.

Cédée par le roi du Bengale au roi de Ceylan en retour de riches présents, elle fut enfermée dans un temple bâti tout exprès pour la recevoir. La dent sacrée devait subir la loi de l'instabilité des dents humaines. Les Malabares s'étant emparés de cette île six cents ans plus tard, persécutèrent le bouddhisme et traitèrent la dent divine à l’égal d’un vil chicot. Mais un siècle s'était à peine écoulé que les Malabares étaient obligés d'abandonner Ceylan. La dent vénérée, miraculeusement retrouvée, reprit sa place d'honneur dans le temple qui lui était consacré. Les Portugais à leur tour s’en rendirent maîtres dans la dernière moitié du seizième siècle de notre ère.

On offrit à Constantin de Bragance, le chef des Portugais, des sommes considérables pour racheter cette dent; rien ne put le toucher. Comme catholique, il s’indigna de voir rendre un pareil hommage à une simple canine : il fit apporter uu brasier et la réduisit en cendres publiquement, aux yeux des Chingulais pénétrés d’indignation et d'horreur pour

un semblable sacrilége. Ce Portugais était un niais; comment n'a-t-il pas deviné que cette dent était indestructible, et que tant qu'il y aurait une canine quelconque, celle-là ne serait pas ravie à l’adoration des fidèles? Mais il y a des gens qui ne comprennent rien. Le lendemain, les prêtres de Bouddha retrouvèrent cette dent dans une fleur de lotus.

Depuis, les Anglais s’en sont emparés et n’ont voulu la céder à aucun prix. Qu'ils y prennent garde : une dent de perdue, deux de retrouvées, et Bouddha en avait trente-deux, ce qui doit combler d'espoir bon nombre de bouddhistes.

Maintenant un mot sur le temple de Koubosi, érigé dans la ville de Nara, ancienne résidence des empereurs du Japon. Voici la description que nous en avons lue. Ce temple est précédé de trois immenses cours. On eñtre de l’une dans l’autre par de superbes escaliers. Dans la première cour, on remarque deux statues colossales armées de massues. La porte du temple est gardée par deux lions gigantesques. La statue de Bouddha, flanquée de deux autres statues d’une hauteur predigieuse, occupe le fond du temple. En avant sont rangées en amphithéâtre, et de taille graduée, une multitude d’autres

statues dont le nombre s'élève à trente-trois mille

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Le terrain sur lequel est construit ce temple magnifique renferme de splendides jardins, où sont distribuées symétriquement de petites collines artificielles couvertes des plus belles fleurs du pays. Dans

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le voisinage du temple principal s'élèvent plusieurs petites chapelles et de vastes bâtiments, affectés soit à l'habitation des prêtres, soit à leurs assemblées. Ajoutons qu’une bibliothèque précieuse est attachée à ce temple.

Comment s'étonner que devant de pareilles splendeurs les ambassadeurs du Sapon ne s’extasient pas à la vue de nos églises ?

Nous avons dit que le symbole de la croix se trouvait mêlé à l'architecture religieuse du Japon. Beaucoup de temples bouddhistes sont cruciformes en effet, et la croix apparaît dans les ornements sculptés et sur les tombeaux. Ce que nous avons lu relativement à ce symhole nous a paru obscur, et nous pouvons dire seulement que, dans tout le Japon, on voit sur le bord des routes des croix en bois qui servent de potence aux criminels. Ils y sont attachés avec des lianes et exposés ainsi un certain temps,” après quoi on leur donne la mort en les perçant d'une lance.

Sur ce, je prie Bouddha, qui fut un législateur plein de sagesse, de me pardonner cette excursion humoristique à travers son domaine spirituel, et de recevoir ici l'expression de mon profond respect pour tout ce qui, dans le bouddhisme, Comme dans toutes:

les autres religions, ressort de la morale. purs, et qu'on peut résumer par un seul mot : Fraternité. Passons à l’amour au Japon.

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