LE PARAGUAY ET L'URUGUAY
Si l'on en juge par son exposition, le Paraguay a Men de la peine à se relever de l'engourdissement moral et physique dans lequel l'a tenu si longtemps plongé le paterne mais abrutissant gouvernement des jésuites. Infortuné pays 1 II ne s'est vu affranchi I des jésuites que pour tomber dans les mains d'un honune, ou plutôt d'un tigre maniaque dont la politique bizarre , le despotisme capricieux , la tyrannie maladive et les folles cruautés ont fait une des figures les plus originales et les plus abominables de l'histoire en plusieurs volumes des féroces dominateurs de l'humanité.
Rusé comme lui seul savait l'être, plus patient que le chat en arrêt devant un trou de souris, José- [(faspar-Rodriguez de Francia, pour l'appeler par 'tons ses noms, ne dut sa dictature perpétuelle qu'aux IDanœuvres de l'intrigue, savamment alliées à usa
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naissance des bijoutiers, des lapidaires, des pio; priétaires de terrains diamantifères, et des nègres, pauvres diables gui doivent au diamant tant de pantalons bleus, de chapeaux jaunes et de coups de fouet.
LE PAMGCAY ET LTEUGCAY.
Si Ton en juge par son çipcçilicaî . le Paraguay a ien de la peine à se relrTei le ren£rTii%iisseinent àoral el physicpie dans le«5iîel îa tenu si lonLiemps longé le paterne mais aLmtissaDt gouvtrriienieiit es jésuites. Infortuné pays ! Il ne s'est ru atfranclii es jésuites que pour tomber dans les mains dun omnie, ou plutôt d'un tigre maniaque dont la polique bizarre , le desxx)tisme capricieux , la tyrannie laladive et les folles cruautés ont fait une des flures les plus originales et les plus alnmiinables do histoire en plusieurs volumes des féixioes douiinuîurs de l'humanité.
Rusé comme lui seul savait rétnî, pluH patiunt ue le chat en arrêt devant un trou de HouriM, Joftéraspar-Rodriguez de Francia, [K)ur rapiMilur par cms ses noms, ne dut sa dictatui*e ijeryéUiulUi i^ii'iiUJL QMnœuvres do r intrigue , savamuuiUV VL\Yktoà^^
apparente intégrité, laquelle servit comme de pass^ port à son ambition exécrable. Son talent fut de sii voir attendre afin de profiter des erreurs comiiii8fl| par les hommes d'action. Il fit de la politique unpd comme on joue aux échecs, n'ayant qu*im but : ga gner la partie, et sacrifiant à cet objet indistincte ment toutes les pièces de son échiquier. C'était m joueur de première force , et un beau jour le Para guay ne dut pas s'étonner de se voir échec et wà par ce docteur en droit canon qui avait pris al grades à Tirniversité de Cordova, dirigée par li franciscains.
Quel roman tissé d'abominations souvent invraisemblables que la vie de cet homme I Le docteur droit canon aimait à voir couler le sang, et les c; de douleur arrachés par la torture à des malheurei le plus souvent innocents des crimes dont on le^ accusait, étaient pour lui la plus agréable des mttj siques. Quand les soins de son gouvernement \i laissaient des loisirs, il faisait volontiers fusiller d8( prisonniers pour se distraire. Le spectacle de la fa sillade rafraîchissait ses sens et donnait de la luci dite à ses idées. S'il arrivait que les prisons se trou vassent trop rempUes , l'intègre docteur — car fl l'avait surnommé l'intègre — faisait faire de la plac aux nouveaux prisonniers en envoyant les plus an ciens au suppUce. Évidemment son intégrité, dan ce cas, consistait à ne priver aucun des prévenus d séjour de \a ^t\sow ^\\.^<^ ns^nsî^ "^^^^^^dioît, pofl ne les exwo^'^v Iv. \^ \s^\fô^^'^ ^^-sv.Vn^^ Nfscss. ^^
UB PARAGUAY KT l'URUGUAT. 388
Utude, réglise s'ouvrait aux fidèles, le monument fut brisé en mille morceaux qui jonchèrent aussitôt le Bol, et les ossements du tyran disparurent à jamais sans que personne se souciât de savoir comment. Depuis, la rumeur publique chuchote que le diable a réclamé son bien : Tâme et le corps du défont. y>
Je trouve que le diable, pour faire justice de ce scélérat, a beaucoup attendu.
Faut-il donc s*étonner que ce riche et malheureux pays soit encore si peu avancé au point de vue industriel, et que nous n'ayons guère à constater dans le petit espace réservé à son exposition que des matières premières. Mais si Véteignoir des jésuites et le sabre de Francia ont pesé si longtemps sur cette partie de l'Amérique, déjà pour elle ont commencé à luire des jours meilleurs. Les temps sont à l'émancipation des peuples, et les hommes à cette heure, généralement plus libres et par conséquent plus libéraux et plus instruits qu'autrefois, respirent le progrès avec l'air qui les fait vivre.
Le président Lopez, qui a si heureusement succédé au trop fameux docteur, a suivi une poUtique plus humaine et gouverné le Paraguay avec une certaine habileté. Son fils, Francesco Solano Lopez, acclamé président par le congrès après la mort de son père, continue les améUorations réclamées dans toutes les branches de l'administration. Un de ses premiers actes a été de faire planter deux millions de pieds de cotonniers dans les endroits secs et sa-
386 LES GIYlLtSATIONS mcoifmjEs.
Monneux, plus particulièrement favorables à la culture de ce précieux textile, rendu chaque jour plus rare depuis la guerre désastreuse des États-Unis.
La crise américaine a éveillé Tattention du monde entier sur la culture du coton, et chacun de son côté 8*est mis à cultiver cette plante, placée au premier rang dans Tbistoire industrielle des nations modernes. Mais on ne saurait se le dissimuler, si beaucoup de terrains sont propres à la culture du coton médiocre, du coton courte soiCy une partie des États- Unis a pu seule, jusqu'à présent, produire Tespèce supérieure du coton longue soie. Ce coton a tous les avantages : grande finesse, force, propreté, longueur, nuance. En outre, ses tubes en spirale s'adaptent à merveille aux procédés de la filature en se liant facilement, en glissant Tun sur l'autre avec une force élastique naturelle pendant la formation du fil. C'est ce coton qui, filé au n° 420, donne pour une livre de matière un fil de 322,505 mètres de longueur ; tandis que le coton de Dacca, dont on tisse une mousseline ambitieusement appelée toile de vent, ne donnerait pour le môme poids qu'un fil de 185,392 mètres d'étendue.
Le coton longue soie des États-Unis se récolte dans plusieurs petites îles de la portion de la côte qui se trouve entre Savannah et Charleston. De là le nom qu'on lui donne aussi de coton sea-islands (îles de mer). Telle est la supériorité du coton longue soie de ces îles fortunées sur le coton longue soie des autres coivUfee^ âi^\ kKv^Yio^ue, que les pre-
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386 LES GIYILtSATIONS mcôifmjEs.
Monneux, plus particulièrement favorables à la culture de ce précieux textile, rendu chaque jour plus rare depuis la guerre désastreuse des États-Unis.
La crise américaine a éveillé l'attention du monde entier sur la culture du coton, et chacun de son côté 8*est mis à cultiver cette plante, placée au premier rang dans Tbistoire industrielle des nations modernes. Mais on ne saurait se le dissimuler, si beaucoup de terrains sont propres à la culture du coton médiocre, du coton courte soie, une partie des États- Unis a pu seule, jusqu'à présent, produire Tespèce supérieure du coton longue soie. Ce coton a tous les avantages : grande finesse, force, propreté, longueur, nuance. En outre, ses tubes en spirale s'adaptent à merveille aux procédés de la filature en se liant facilement, en glissant Tun sur l'autre avec une force élastique naturelle pendant la formation du fil. C'est ce coton qui, filé au n° 420, donne pour une livre de matière un fil de 322,505 mètres de longueur ; tandis que le coton de Dacca, dont on tisse une mousseline ambitieusement appelée toile de venty ne donnerait pour le môme poids qu'un fil de 185,392 mètres d'étendue.
Le coton longue soie des États-Unis se récolte dans plusieurs petites îles de la portion de la côte qui se trouve entre Savannah et Gharleston. De là le nom qu'on lui donne aussi de coton sea-islands (îles de mer). Telle est la supériorité du coton longue soie de ces îles fortunées sur le coton longue soie des autres conlrèes à.e Y kTaéno^ue, que les pre-
LE PARÂGUAT ET l'uRÙGUâT. 387
miers ont été parfois cotés à quatre-vingts cents la livre (quatre francs vingt centimes), pendant que les que les seconds étaient offerts à seize cents la livre (quatre-vingt-quatre centimes). L'Algérie est peutêtre le seul pays du monde où le coton, bien cultivé, pourra un jour lutter avec le seor-islands. C'est au gouvernement français à aviser aux moyens propres à atteindre ce résultat, qui déciderait de Tavenir de notre belle colonie en lui créant une source de richesses pour ainsi dire incalculables.
Les cotonniers plantés au Paraguay par ordre du président Lopez répondront-ils aux espérances que le gouvernement de ce pays semble avoir fondées sur cette nouvelle culture? Il est permis de le croire en présence des échantillons de coton sauvage exposés à Londres. Ce coton, d*un jaune clair, a la soie assez longue et d'une bonne consistance. Son amélioration dépendra de la culture.
Dans tous les cas, avec leur laine végétale plus ou moins bonne et plus ou moins abondante, le Paraguay et rUruguay sont assurés de leur immense récolte de laine animale. Des millions de moutons paissent dans les immenses prairies de cette partie de l'Amérique, qui, en outre, fournit annuellement au Brésil et à l'Ile de Cuba environ cinq cent mille quintaux espagnols de viande de bœuf séchée, laquelle, avec les haricots noirs, nous l'avons dit, est la principale nourriture des esclaves. Cette viande, si elle ne se vendait au poids, pourrait se mesurer au mètre, tant elle est plate et longue.
388 LES GlVILISÀTIOIfS INGOIfNUKS.
Pour préparer cette viande, on la sale d^abord légèrement et on la met à sécher au soleil. C'est Taffaire de quelques jours. Elle est d'un goût agréable et peut se conserver facilement deux aimées. Ajoutons qu'elle vaut dans le pays dix centimes la livre.
On évalue à dix millions le nombre des I)étes à cornes du Paraguay et de l'Uruguay.
Avec la laine, la viande sèche, le suif et les peaux de bêtes, y compris les peaux de phoques qu'on pêche en grande abondance dans l'île de Lobos, près de Montevideo, le maté occupe le premier rang parmi les produits du territoire paraguayen.
Le maté , qu'on appelle aussi thé du Paraguay, est une herbe aromatique qu'on trouve là-bas à l'état sauvage. L'infusion du maté est certainement aussi agréable que celle du thé noir, et pourrait bien un jour faire en Europe une redoutable concurrence à la plante chinoise. On prend le maté au moyen d'un tube, comme les citoyens des États- Unis prennent leur cherry coblers. Le maté est à la fois très-agréable au goût, rafraîchissant et stomachique.
Le Paraguay fournit à la médecine un nombw assez considérable de plantes, en tête desquelles i faut placer la salsepareille, qui forme l'objet d'ui commerce important. J'ai vu, sans avoir aucun envie d'en essayer la valeur, une caisse de ferblan remplie de ce^ -vè^^X-^w:?. -^x^s. ^"^^^^^^s^^^^^g^ç^es, côté d'une aulte c^^^^ t^tvîI^t^ssscî^ ^'^^ ^'^îçsssxiSSi
LE PÀEÂ.6UAT ET l'uRUGUàT. 389
de minerai : plomb, or, fer, etc. Je ne sais si les mines du Paraguay sont riches, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles ont été peu exploitées jusqu'à présent. Ce pays produit aussi du charbon de terre et différentes espèces de marbre. Celui qu'on extrait des carrières de Maldonado est considéré comme très-beau.
Nous n'aurons, je crois, rien oublié quand nous aurons mentionné des échantillons de blé d'un beau grain, des patates douces sauvages, du tabac sauvage aussi, trois bouteilles de vin dont il ne m'a pas 5té donné d'apprécier la qualité, douze bouteilles de différentes espèces de liqueurs, de la farine de manioc, de l'essence d'anis, des bois d'ébénisterie, panni lesquels le myrthe noir a obtenu les plus grands éloges du jury, de la terre argileuse excellente pour la statuaire, des selles , des éperons et une mouche particulière au pays, très-abondante, et qui possède, dit-on, des qualités analogues à celles qui distinguent les mouches cantharides.
Il me semble voir M. Leperdriel sourire de satisfaction à ce dernier produit, qui assure à Tindustrie à laquelle il s'est voué de nouvelles garanties di! prospérité.
Si je n'ai pas mentionné la viande de cheval se chée parmi les produits exposés par l'Uruguay, c'a que, peut-être, elle se dissimule sous l'étiquette de viande de bœuf. Le fait est qu'on tue pour les saler une grande quantité de clievaui ÔJKû&NRwNfc"' Tique du Sud.
Quelle leçon ce serait que l'histoire du Pérou , si rhistoire avait jamais servi de leçon à personne I L'ancien empire des Incas était un des pays du globe les plus peuplés, les mieux cultivés, les plus riches. Ces hommes adoraient le soleil qui fécondait leur terre fertile, et ils vivaient heureux parce qu'ils étaient naturellement doux et travailleurs.
Un jour, surprise étrange 1 ils virent à rhorizon un point blanc s'avancer vers la cité. Le point grossit : c'était une barque de grande dimension, de forme singulière, montée par des hommes à face pâle et tels que les fils du soleil n'en avaient jamais contemplé. Ces étrangers dirent qu'ils venaient d'un pays qu'on trouve au delà des mers et qu'on appelle l'Espagne. Ils demandèrent l'hospitalité.
— Soyez les \Âeii"v^iwa ^^tmi nous , dirent les
fils da sdkSiy. jtraa Ois îiimmamnB ffimnii^ iignoKiit s'entr'aider.
EtilskgtoiniLiAlriÈgcEa-fg lfcitf^^ dans leurs tfastsiçllfs ycfûsr ^nje^r aioc- ctol
— Oh! dinnanû lies f^poEraolIs» ces lempLes sont d*or massif eA. i&'sE^as&* Saolte Yietge^ xenei en aide à tos hmnnilhfiftf senifiams et fûtes qoe la vraie religion tiîoiiipliie de llddlilne. Us partirent et revinrent arec des canoaiBs et une arme jias meurtrière encore dans leurs mains sacrilèges et ianatiques*: l'image da Ornst, dn Qirîst qui a dit : c Faites aux hommes tout œ qœ tous Toolez qu'ils tous fassent, :^r c'est la Ich et les prophètes; » du Christ qui a dit encore : c Ne tous amassez pas des trésors sur la terre ou les Ters et la rouille gâtent tout ; mais amassez-TOus des trésors dans le del où les vers ni la rouille ne gâtent rien ; car où est votre trésor, là est Totre cœur. »
Le canon gronda et la croix fut arborée. Alors commença une série de crimes sans exemple dans les annales des crimes. Jugez im peu : des fanatiques débauchés et cupides au milieu de ces hommes craintifis, faibles , innocents, incapables de nuire et de résister, sur un sol pétri d*or et d'ar^ genti
Les campagndb furent abandonnées , les cultures perdues , et tout ce qui ne mourait pas sous le poignard des envahisseurs, allait travailler aux mines. De Tor! de Tor! encore de Vorl U>\x^owt% ôfcVcîi\
Les Péruviens ne pouvaient Tien, cwiïçtwiôsft^t^
893 LES CIVILISATIONS INGONmiES.
amour désordonné des Espagnols pour un métal gui n'avait à leurs yeux que peu de valeur, tant il était abondant.
Nuit et jour ces malheureux fouillaient la terre pour en extraire de Tor et de l'argent, et quand, barrasses de fatigue , ils demandaient quelque repos, on les massacrait pour faire place à de plus vigoureux. ^ Las Cases, après avoir constaté que douze mil- LIONS dlndiens ont péri de la main des Espagnols, fait à ces derniers des reproches en ces termes :
« Je vous ai vu dresser des chiens énormes poui » aller à la chasse des hommes comme à celles des » botes fauves. Je vous ai vu donner vos semblables 9 à vos chiens. J'ai entendu des Espagnols dire à » leurs camarades : — Prête-moi une longe dln- » dieu pour le déjeuner de mes dogues, je t'en ren- » drai demain un quartier. » — « C'est enfin chez » vous seuls que j'ai vu de la chair humaine étalée » dans vos boucheries, soit pour vos dogues, soit » pour vous-mcnies. Tout cela est prouvé au procès, T> et je jure, par le grand Dieu qui m'a écouté, que » rien n'est plus véritable. »
Las Casas ne put détiTiire un mal horrible qu'en créant une institution abominable, et le carnage, réputé jusqu'alors légitime, attendu que c'étaient des chrétiens qui massacraient des idolâtres, ne fut arrêté que par l'introduction des nègres esclaves dans les colonies espagnoles.
Le Pérou conquis par des brigands ne pouvait que dépérir. - , ^ 4. .'
Qu'on lise ce qu* était l'ancien empire des Incas, et qu'on promène à l'Exposition un regard sur les trois ou quatre pieds carrés consacrés aux produits de l'industrie péruvienne : là sont l'enseignement et la moralité.
On pavait autrefois de pavés d'argent massif les mes de Lima par oi devaient passer les vice-rois envoyés par l'Espagne.
Que sont devenus ces pavés?
Si encore des pavés en pierre les avaient remplacés dans toutes les rues!
Le règne des scélérats ne fut pourtant pas de longue durée au Pérou, et à ces farouches dominateurs les Lidiens succéda une population affable, élégante, hospitalière , spirituelle , insouciante , passionnée , sensuelle et religieuse jusqu'à l'exaltation, et telle qu'elle est encore aujourd'hui.
Il semblerait donc que la cause du mal ayant cessé, le mal dut cesser aussi, et que le Pérou, sous on gouvernement réguUer, allait reprendre son ancienne splendeur.
Mais un ver s'était glissé dans* cette société qui devait la ronger et la détruire : ce ver, c'était l'inquisition, admirable instrument de despotisme par lequel le fanatisme se perfectionna si bien que toutes les facultés de l'esprit relatives aux sciences, aux beaux-arts, au progrès social surtout et à l'industrie furent comme figées dans tous les cerveaux qui ne pensèrent plus que ce qu'on voulait leur faire pen- $er, c'est-à-dire peu de diOBe.
8M Lit cmulitMA» niGoiunns.
Boni llntoatioe d'un datgé qni ne fiit jamais einél,il eattrai^ iiuda tfoï se montra Igncmnt et dottlnatenr, Tagriciiltute a fité négligée, le commetce 8*6Bt affidUi» llndoBtrie n'est psiB née. Leafodgrants earqpéena» gai ont fait la fortune des Ëtats^^Unis, se Sont Uen donn de gardé d'aller J^lanter leur tente hbqb tm pays Tone a i anuirairo*
Le Pérou, d'une superficie à peu ptôs donlde de odle de la France, n'est guère peuplé que de seice à diX^&Qit cent mine Ames. Paitout m traveikM des plaines arides dans ce pays où J àâSà la etdtore s'éta- Mt Ibrte et TigoureuM, gràûe anl iftigations dans l'ajrt desquelles excellaient les anciens PéruTiens. A cette heure la population agricole dtt Pérou se réduit pour ainsi dire àquelquesp&UTïeÉlndienséchappés au massaicre et à quelques nègres dont les misérableis haMtations ne se Voient que de loin en loin. •
Les produits agricoles exposés à Londres sont le quinquina, qu'on trouve dans les Andes et dont on transporte l'écorce à dos de mulet et d'Alpacà jusqu'à la côte ; le .coton que Ton embarque à Payla, {mis la vanille, la cochenille, la dre, plusieurs espèces de gomme, de la salsepareille, des bois d'ébénisterie et des raisins dont on feît à Pisco des eaux-de- Vie renommées. Il y a quelques filatures au Pérou, mais elles n'ont rien envoyé à l'exposition. Il existe tessi dans plusieurs villes quelques métiers à tisser de la toile commime, mais iaïucun tissu de ce genre n'^a été envoyé à Londres où sont exposés simplement des échan\iïlon& &!^\2^e d^alpaca et de vigo-
gne. En revanche, nous avons vu quelques pièces de bijouterie et de joaillerie travaillées avec goût, à côté de bouteilles de vin de différentes espèces, parmi lesquels le vin muscat a été, dit-on, remarqué.
Ces diiî'érents produits naturels s'eBacent au Pérou devant un autre produit non moins naturel et qui (constitue aujourd'hui une des princiales ressources de la république : le guano.
Singulière destinée de ce pays, qui, dédaignant la culture du sol, cherche à ti-ois cents ans de distance sa richesse dans la poudre d*or et la poudrette ! Hélas ! les Péi*u viens ne voient-ils donc pas que les poudres, quelles soient d'or ou d'autre chose, ne sont pas éternelles, et que la vraie richesse, parce qu'elle se renouvelle sans cesse, c'est l'agriculture.
La Providence qui dans ses décrets mystérieux s'est plu à faire des îles Chinchas l'immense water-^loset de milUons d'oiseaux do mer depuis des milliers d*amiées, peut-être, semblait inviter les Péruviens à se Hvrer plus spécialement aux travaux de l'agriculture, en leur mettant sous la main, en quantité prodigieuse, le meilleur des engrais connu. Mais les- Péruviens, sourds au conseils de la Providence, ont trouvé plus conmiode de faire du guano même leur récolte ; et c'est ainsi que les oiseaux de mer du Pérou auront, dans un temps donné, travaillé à engraisser tous les terrains du globe, ex<:epté précisément celui qui paraissait devoir en profiter le plus.
Âh I que les anciens Péruvienfi savakiil \sà&x5s.
qiie les modernes apprécier ce riche cadeau de la Providence dans leur remarquable système de culture. Pour donner une idée du prix qu'ils attachaient au guano, il suffira de dire que pendant la ponte des oiseaux de mer, quiconque mettait le pied sur leurs îles, ou les troublait, était puni de mort. En tout temps tuer un de ces oiseaux était un crime puni par le dernier suppUce. Après la conquête personne ne fit plus attention aux oiseaux de mer et à leur produit, et le gouvernement péruvien, toujours si nécessiteux pourtant, n'avait jamais songé à utiliser le guano, lorsqu'en 1840, un spéculateur, Francisco Quiros, proposa d'affermer l'exploitation de cet engrais moyennant dix mille piastres.
Bientôt on apprit que l'Angleterre, — qui, on peut le dire, a eu le nez fm en cette circonstance, — exportait depuis quelque temps déjà ce précieux engrais, coté sur le marché de Londres à raison décent quarante piastres le tonneau. Alors il se trouva un négociant qui, moyennant quatre-vingt-sept mille piastres, acheta pour cinq ans l'exploitation du guano. Le négociant réahsa des bénéfices considérables et il y eut en Europe comme une fièvre de guano; chacun en voulait, mais le gouvernement péruvien tenait à tous la dragée haute, et le précieux engrais suivit dans son prix une hausse relative à la demande, ce qui n'a rien que de conforme aux lois du trafic. La réputation du guano s'étendit jusque à.^iis\^.Ç:^^^ ^"n^^. ^^^^^% charge- I ments furent ex^^éâi^^ ^v Vx^'s.-^sva^N^^^iK^^,
Le guano — où la politique va-t-elle se nicher ! — devint au Pérou le prétexte d'une conspiration qui entraîna la chute du gouvernement en 1852. On accusa le général Échénique, président de la république, de se livrer à une véritable orgie de poudrette et onlui démontra, clair comme le jour, que, au train dont il menait cet engrais, il ne resterait plus dans dix ans aux lies Chinchas le chétif produit d'un seul pélican.
L'impression que produisit dans la capitale cette sombre prophétie fut si grande, qu'il se forma aussitôt un parti remuant de conservateiu'S du guano, contre lequel les protestations du général furent impuissantes. Échénique eut beau nommer une commission pour procéder au cubage du guano, laquelle déclara que le Pérou avait de cet engrais sur la planche pour quatre-vingts ans encore, il tomba devant les accusateurs de ses folles dilapidations, et s'embarqua pour les États-Unis, où il vit paisible, loin des orages de la politique des intrigants et de la poudrette.
Avant de vous dire, mon cher directeur, de quelle manière originale s'opère le chargement du guano, permettez-moi de mettre sous vos yeux le tableau pittoresque que trace des héros des îles de Chinchas Fauteur des Souvenirs de F Amérique espagnole. M, Max Radiguet : « Je ne sache pas un pays du monde où les oiseaux se montrent en aussi grand nombre que sur la côte du Pérou; la Providence, qui., comme nous l'apprend Racine, leur donne la i^âtoïo., ^^^^
là tout exprès pour eux d'innombrables bancs de poissons moins favorisés. On voit toute la gent ailée se transporter lentement à la suite d'un de ces bancs qui frétillent à la surface de l'eau ; leurs nuées chargent l'air, puis à l'improviste des bataillons entiers se laissent tomber conune à un commandement et remontent avec leur proie dans le bec. On dirait une pluie d'oiseaux, et nulle autre comparaison ne pourrait mieux rendre ma pensée ! Le repas terminé, ils vont digérer et se reposer sur l'eau, à côté les uns des autres, mais toujours par espèces. Ici les pélicans, là les mouettes, plus loin les goëlands, sans jamais se fourvoyer les uns chez les autres. Alors la mer semble couverte d'oiseaux.
« Ce qui m'a toujours étonné, chaque fois que j'ai observé cette pêche, c'est la constance résignée avec laquelle ces innocents poissons, — qui, eux, ne penseraient pas que la bonté de la Providence s'étend sur toute la nature, — se prêtent h ses desseins en restant des heures entières à fleur d'oau, tandis qu'ils pourraient si facilement, en x)longeant, se débarrasser de l'emiemi. Pourtant ils ne prenaient ce parti que quand les pécheurs, repus, s'en allaient procéder à leur digestion. Ces oiseaux étant protégés par les ordonnances péruviennes, il en résulte chez eux une confiance, une familiarité d'allures véritablement singuhères.
» Sur cette rade des Chinchas, si peuplée de navires, c'est à peine s'ils se dérangent pour laisser passer les embarcations, el \e% ^to^ ^<^licans surtout, à la
figure débonnaire et papelarde, vous suivent de l'œil et vous saluent en leur patois avec une quiétude touchante ; on les voit couvrir im rocher que l'on peut accoster sans en faire envoler un seul. Là ils disposent le guano avec toute la componction, tout le recueillement et toute la gravité que comporte l'exercice d'une opération dont.ils semblent comprendre l'importance. Ces îles sont en même temps leur ossuaire ; la tranquillité qu'ils y ont trouvée toute leur vie, les leur fait élire de préférence pour lieu de sépulture. »
Nous venons de voir le travail des oiseaux , voici celui des honunes.
Les hommes employés à l'exploitation du guano, sont pris parmi les nègres ou choisis dans Témigration chinoise, soit que les nègres et les Chinois aien* l'odorat moins susceptil)le que les Péruviens, soit qu'on les paye moins cher. Toujours est-il que la besogne n'est pa» des plus déUcates. Le guano réduit en poussière vous entre par le nez, par les oreilles, dans les yeux, s'infiltre au travers des vêtements et ne tarde pas à vous envelopper tout entier. Comment ces hommes peuvent-ils respirer au miUeu de ce nuage perpétuel de poudrette ? c'est le secret des nègres et des Chinois. Toujours est-il qu'ils ne se plaignent pas, et qu'on les voit conduire tranquiUement sur de petits rails mobiles posés sur la marchandise, des tombereaux de guano traînés par des mules jusqu'à l'endroit où le navire est en charge.
De larges sacs ouverts aux deux extrémités i»«àr-
vent la poudrette et la conduisent, en guise d'entonnoir, jusque dans la cale du vaisseau. Des agents du fisc surveillent les chargements, et quand ils se rendent à bord un seul chemin leur est offert, c'est une échelle de cordes fixée verticalement le long d'une falaise d'environ deux cents pieds de longueur. Au bas de la falaise, l'employé trouve un canot qui le transporte au navire. Ce moyen de communication, on le voit, est assez singuher ; en outre, il est trèspeu commode et n'est pas sans danger.
Quelques chiffres donneront une idée de l'importance de cet engrais, qui sera longtemps sans doute encore une des principales sources de revenu du Pérou, sinon la principale.
En 1855, l'exportation du guano atteignit un chiffi:e de 410,000 tonnes, dont 284,000 embarquées pour la Grande-Bretagne, 65,006 pour les États- Unis, 26,500 pour l'Espagne, 18,000 pour l'île Maurice, et 14,000 seulement pour la France.
Cette exportation pourrait être de beaucoup plus considérable, sans les embarras que suggère aux navires en charge le gouvernement péruvien. Pour charger aux îles de Chinchas, situées à quarante lieues environ de Callao (le port le plus rapproché de Lima), on est forcé de venir prendre un permis à la métropole, de gagner à vide contre le vent le terrain perdu, de revenir une seconde fois, d'où il résulte qu'il faut souvent de trois à quatre semaines à un navire pour opérer le chargement qu'il effectuerait en trois io\\TÇ»,^\,^ar exemple, le Pérou était
r Angleterre. Mais rancien empire des Incas n'est pas l'Angleterre, et il faut bien en convenir, malgré toutes les sympathies que nous inspire ce pays si plein de souvenirs poétiques, son administration n'est pas le Pérou.
Tout pourtant s'améliore chaque jour dans cette république, et je ne vois pas pourquoi il faudrait désespérer d'un peuple qui, nous Tavons dit, est à la fois aimable, fier, poli, intelligent et passionné.
Avant tout, ce qu'il faudrait au Pérou, c'est plus d'agriculteurs étrangers pour augmenter les véritables ressources du pays, et moins de moines nationaux pour diminuer les revenus de l'État.